Les mystérieuses fèves de Noël

Les mysterieuses feves de NoelIl y a fort longtemps, alors que personne ne connaissait encore le chocolat en Europe, la petite boutique de Fernando fut le théâtre d’une fabuleuse découverte. Fernando était espagnol et confiseur. Il fabriquait des bonbons à longueur de journée…

– Monchieur Fernando ! Monchieur Fernando ! crie le facteur en entrant dans la confiserie. J’ai un paquet pour vous !

Fernando sort de la cuisine les mains couvertes de sucre rose et le nez taché de caramel.

– Cha vient des Amériques ! précise le facteur en chuintant de plus belle à cause de son petit cheveu sur la langue.

Fernando ouvre le paquet avec impatience. Sa sœur est partie aux Amériques il y a très longtemps et, à Noël, elle lui envoie toujours un cadeau, un souvenir de là-bas. Cette fois-ci, pourtant, le confiseur est un peu déçu. Le paquet ne contient qu’un sac sur lequel est écrit « Fèves de cacao ». Il est rempli de grosses graines marron foncé, irrégulières et pas très jolies.

Heureusement, la sœur de Fernando a glissé une carte dans le paquet. En la lisant, le confiseur retrouve le sourire : c’est une recette de cuisine !

– Qu’est-che que ch’est ? demande le facteur avec curiosité.

– Attendez-moi là, répond Fernando en retournant dans sa cuisine, le mystérieux paquet de graines sous le bras.

Lorsqu’il revient enfin, après deux bonnes heures, le facteur est profondément endormi sur une chaise. Fernando lui glisse sous le nez une assiette garnie de petites boules marron.

– Chnif ! Chnif ! fait aussitôt le facteur en remuant le nez et en se réveillant complètement. Cha chent très bon !

– Goûtez ! l’invite Fernando en lui tendant l’assiette.

Le facteur hésite un instant. C’est la première fois qu’on lui propose des bonbons marron et cela ne le tente pas beaucoup. Par politesse, il se sert pourtant, croque avec prudence dansune petite boule et… sourit de toutes ses dents.

– Mais ch’est délichieux ! Comment cha ch’appelle ?

Ma sœur m’écrit que, là-bas, aux Amériques, ils appellent ça le xocolatl.

Pauvre facteur ! Voilà un mot bien difficile à dire quand on a un cheveu sur la langue.

– Le chocolatl ? essaye-t-il de prononcer.

– Non, xocolatl, corrige Fernando.

Chocolat ?

Fernando le regarde en riant :

– Vous avez raison, c’est plus facile ainsi. Nous l’appellerons le chocolat et ce sera ma nouvelle friandise de Noël !

Histoire de Sophie De Mullenheim
Illustration de Quentin Gréban
Source :24 histoires merveilleuses pour attendre Noël, Éditions Fleurus 2008