Une intégration exemplaire

Photo: Journal de Montréal

Photo: Journal de Montréal

Quand on parle de l’intégration francophone des immigrants au Québec, l’exemple de Van Nha Tran, racontée par Dominique Scali, dans les pages du Journal de Montréal d’hier, est typique pour moi, de ce que cette immigration devrait être. Le Québec, une terre d’accueil, de paix sociale et de tolérance, a accueilli ces opprimés pour leur offrir cette belle vie tant espérée. Avez-vous pensé à notre richesse collective si tous les immigrants adoptaient cette culture québécoise? J’ai tellement été ému et impressionné par son histoire que je me permets ici de vous la reproduire:

Van Nha Tran peine à retenir ses larmes lorsqu’il parle de ses enfants, pour qui il a risqué sa vie. Après avoir fui le Vietnam, été attaqué par des pirates, fait prisonnier dans un camp de réfugiés et avoir passé cinq ans sans voir sa famille, il a commencé à travailler au salaire minimum dans un Dunkin Donuts.

«Mes enfants sont reconnaissants», dit Van Nha Tran en essuyant ses yeux. Derrière ses larmes se cache encore le sourire chaleureux avec lequel il accueille six jours sur sept les clients de la tabagie de Sherbrooke dont il est propriétaire avec sa femme.

Malgré ses succès, M. Tran, 61 ans, reste humble. «Non, je ne suis pas un bon entrepreneur», insiste-t-il dans un bon français en agitant le doigt. Car aujourd’hui, il n’est plus propriétaire des deux restaurants Dunkin Donuts qui avaient révélé son talent pour le commerce, la chaîne ayant pratiquement disparu au Québec. Mais si les affaires ne lui ont pas réussi aussi bien que prévu, une chose est sûre: Il a réussi sa vie.

VOLÉ PAR LES PIRATES
En 1988, Van Nha Tran est enseignant au secondaire sous le régime communiste. Il lui arrive parfois de critiquer le régime devant ses élèves, mais assez subtilement pour ne pas attires l’attention des autorités, soutient-il.

«Je ne voulais pas éduquer mes enfants dans un système où il y a de la tricherie. Si vous n’étiez pas membre du parti communiste ou si vous aviez des idées différentes, c’était facile de vous mettre en prison […]», se souvient-il.

Il a alors 33 ans. Il dit au revoir à sa femme et à ses trois enfants, dont la plus jeune n’a même pas un an. Sans passeport, il embarque avec 30 autres personnes dans une petite barque, quittant le Vietnam en direction de la Thaïlande.

ÉPOUVANTABLE
En chemin, des pirates lui prennent tout ce qu’il a, c’est-à-dire les quelques bijoux qu’il avait apportés comme monnaie d’échange. «Je n’avais plus rien. Juste une culotte. Ils ont même pris mon anneau de mariage. Il n’avait pas une grande valeur parce qu’à l’époque nous étions pauvres, mais ils l’ont ôté pareil», raconte-t-il.

Pendant deux ans et demi, il vit dans des camps de réfugiés en Thaïlande et près de la frontière du Cambodge, en attendant de pouvoir rencontrer une délégation étrangère qui accepterait de l’accueillir. La vie dabs ces camps où les toilettes étaient rares était «épouvantable», se souvient-t-il.

Il a droit à environ une tasse et demie de riz par jour, il doit traîner son eau sur des kilomètres et il dort dans un espace de deux mètres par un mètre, séparé des autres réfugiés par du fil de nylon et du papier journal pour avoir un semblant d’intimité.

«Dans le camp de Banthad, à 20h il fallait éteindre les lumières pour éviter de devenir les cibles des canons cambodgiens, dit-il. On entendait «Boum boum» au-dessus de nos têtes.»

SALAIRE MINIMUM
Parrainé par un cousin vivant au pays et l’organisme Caritas Estrie, il atterrit au Canada en 1990. Il étudie deux mois dans un centre de francisation avant de travailler dans une succursale Dunkin Donuts qui reçoit une subvention pour embaucher des immigrants.

C’est ainsi qu’il a son premier emploi, payé au salaire minimum. Il commence par s’occuper de la finition des beignes, puis devient boulanger.

Rapidement, il gagne la confiance de son patron. «Sur ma première paie, mon boss avait oublié d’enlever les 500$ qui venaient de Service Canada. J’ai été honnête et je lui ai dit.»

Pendant ce temps, il tente de faire venir sa famille, mais les démarches d’immigration sont longues. Ce n’est donc qu’en janvier 1993, par un froid glaciel qui contraste durement avec la chaleur du Vietnam, que sa femme et ses enfants débarquent à l’aéroport de Mirabel.

«Quand je l’ai vu, ce n’était pas un inconnu. J’ai foncé dans ses bras», explique sa fille Marie Tran, qui avait cinq ans et n’avait alors vu son père qu’en photos et en vidéo.

En plus de son travail, ce dernier prenait le temps de traduire tous les devoirs de ses enfants en attendant qu’ils puissent se débrouiller eux-mêmes en français, se souvient-elle.

Au restaurant, le père de famille continue de monter les échelons. Il devient gérant de la succursale, puis propriétaire de 10% de la franchise. L’ancienne administration avait de la difficulté à appréhender les différences d’achalandage et le nombre de beignes à préparer. Il a donc pris des notes, fait des statistiques et il a ainsi réussi à rééquilibrer le budget du restaurant.

En 2000, il a complètement racheté la succursale à celui qui était à l’origine son patron, avant d’ouvrir une deuxième succursale ailleurs à Sherbrooke. «Il était vraiment à l’écoute, autant des employés que des clients, souligne Marie Tran, qui a elle-même travaillé dans la succursale pendant son adolescence, tout comme ses deux frères. Toute opportunité était vue comme une chance à saisir. Être pâtissier chez Dunkin, c’était une opportunité pour lui, même si en réalité, il était surqualifié.»

DISPARITION
Le hic, c’est que la chaîne Dunkin Donuts, qui comptait 200 succursales au Québec dans les années 1990, était en train de perdre beaucoup de plumes, notamment en raison de l’arrivée de Tim Hortons. Il ne reste aujourd’hui que trois succursales au Québec, toutes situées à Montréal. Comme les autres, M. Tran a vu sa clientèle fondre et il a dû fermer ses deux restaurants en 2010 et 2012. Il estime avoir perdu 400 000$.

Aucun propriétaire, aussi talentueix soit-il, n’aurait pu sauver la franchise, estime sa fileMarie. «La réalité ce n’est pas toujours comme les calculs», soupire M. Tran. Il est tout de même fier de ce qu’il a accompli. «Même comme réfugié aux mains nues, j’ai toujours pu travailler. […] Des fois, le malheur, c’est une chance. On ose surmonter les difficultés», dit-il.

M. Tran et sa femme possèdent maintenant une petite tabagie, un commerce aux revenus modestes, mais suffisants.

IL ADOPTE SES NEVEUX
Même s’il ne peut donner des millions de dollars à des fondations comme le font les riches entrepreneurs, il a sa façon à lui de redonner. Dans les années 2010, il a adopté deux nièces et un neveu ui étaient orphelins au Vietnam. Ils poursuivent aujourd’hui leurs études au secondaire et au cégep.

Ses plus vieux enfants sont tous allés à l’université et sont dentiste, médecin et avocate. «Il ne faut pas gaspiller le talent. Ici, on peut développer et l’exploiter si on fait des efforts. Là-bas [au Vietnam], les efforts, ça ne marchait pas. J’ai fait le bon choix en venant ici», conclut-il rois décennies après avoir quitté son pays natal.

Vous en pensez quoi ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s