Un dernier rendez-vous avec Suzanne

Pour faire suite à mon hommage d’hier, la famille m’informe que ceux et celles qui voudraient profiter d’un dernier recueillement avec Suzanne pourront le faire ce jeudi, 14 novembre, de 14h00 à 16h00 ainsi que de 19h00 à 21h00 au salon :

Urgel Bourgie
8145 Chemin de Chambly
Saint-Hubert

La famille demande également de ne pas envoyer de fleurs. Un don à la Société canadienne du cancer ou à la Fondation de l’hôpital Anna-Laberge serait apprécié.

Isabelle, Philippe et Mario

Un patriote parti trop tôt

Pierre Falardeau nous quittait en 2009. Dix années sont déjà passées et encore aujourd’hui il n’est toujours pas oublié. Ce grand Québécois qui n’avait pas peur des mots aura laissé un héritage culturel hors de prix à toute une communauté fière d’être ce qu’elle est.

Grande amie de Pierre Falardeau, Josée Legault lui a rendu un vibrant hommage, hier, dans sa chronique du Journal de Montréal. Un texte très touchant que je veux partager avec vous aujourd’hui.

PIERRE FALARDEAU, L’HOMME AU GRAND CŒUR Josée Legault

Il y a dix ans aujourd’hui même, Pierre Falardeau nous quittait. À 62 ans, le cancer l’avait emporté loin des siens. Grand cinéaste, brillant auteur et redoutable polémiste, il brassait toutes les cages. Derrière son personnage de « grande gueule » se cachait un esprit fin, un courage d’irréductible et un très grand cœur.

Des Québécois de toutes origines l’aimaient parce qu’il était vrai. Sa soif d’indépendance, pour son peuple et les gagne-petit, suintait d’une intense sincérité. Sa liberté de dire et de créer lui était précieuse. Dans une société bardée de chartres des droits, toute sa vie il a pourtant dû se battre pour la sienne.

Pierre était un homme droit, cultivé, curieux, drôle, passionné et bon. D’où l’entièreté de son œuvre et de ses combats épiques pour l’indépendance, ou encore contre les poltrons de Téléfilms Canada entêtés à tout faire pour l’empêcher de tourner ses films trop « dérangeants ».

CONVERSATIONS ANIMÉES

Pierre, pour moi, c’était l’homme des longues conversations animées. Que ce soit sur l’avenue Mont-Royal – auquel cas, plein de gens se joignaient à la discussion parce que Pierre, c’était Pierre –, ou dans des soupers amicaux chez ses potes.

Pierre, c’est celui qui, apprenant mon diagnostic de cancer, m’avait appelé pour me dire : « Écoute, Josée, tu vas être fatiguée pendant tes traitements. Faque, si tu as besoin que je vienne laver tes planchers, tes fenêtres, n’importe quoi, je vais le faire ! » Pierre, toujours le cœur prêt, toujours terre-à-terre.

Pierre était l’homme de toutes les audaces, même les plus discrètes. Un exemple parmi d’autres. Une fois par semaine, j’allais prendre un martini au Ritz avec un ami. Un moment donné, j’invite Pierre à venir prendre le thé au Ritz. « Es-tu folle ? », qu’il m’a lancé. Après quelques minutes, il s’est ravisé : « Ok ! On va aller manger des p’tits sandwichs pas de croûtes aux concombres. »

NOTRE APRÈS-MIDI AU RITZ

Ce que nous fîmes. Je ne vous dis pas l’effet bœuf de son entrée dans le chic salon du Ritz. Les serveurs nous ont offert la meilleure table. Et vous savez quoi ? Parmi eux se trouvait de grands fans de Pierre. Eh oui, au Ritz. Ils nous ont apporté un superbe service de thé, y compris de délicieux petits sandwichs aux concombres.

On a mangé. On a refait le monde. Sur notre départ, deux dames se sont avancées vers nous : « Êtes-vous Pierre Falardeau ? « Une fois la chose confirmée, elles lui ont dit toute leur admiration et demandé son autographe. Peu après, interloqué par toute l’expérience, Pierre m’a demandé : « Coudonc, as-tu arrangé tout ça avec le gars des vues ? » « Eh non, que je lui ai dit, le monde t’aime. C’est tout. » Pas besoin de vous dire qu’on en a reparlé souvent.

Pour ses funérailles, on m’avait demandé d’être analyste pour la cérémonie diffusée sur LCN. La journée fut éprouvante. Je pensais à ses enfants, ses amis, son amour et complice de toujours, Manon, de même qu’à mes moments privilégiés avec Pierre.

Depuis, le relire, revoir ses films et ses documentaires, c’est le garder vivant pour mieux s’abreuver de son courage. Bonne éternité, cher Pierre.

Honorer un défunt

Un jour ou l’autre, un proche nous quittera pour toujours. Dès lors, on repassera sa vie et on voudra bien lui rendre hommage. Immortaliser sa mémoire pour toujours. Mais comment ?

J’ai reçu cet article récemment, qui donne des conseils pour y parvenir. Il est de Pamela Fournier, rédactrice d’éloges funéraires, entre autres. Sa page personnelle, « Services linguistiques Pamela Fournier », est disponible sur Facebook. C’est le texte que je vous propose aujourd’hui…

LA PAGE DU DERNIER HOMMAGE Pamela Fournier

Tant de paroles muettes, tant de mercis oubliés… Il est très possible de sentir que les mots nous ont été volés lors de la perte d’un proche. Mais heureusement, il est possible de rédiger un dernier hommage, une exceptionnelle deuxième chance de dire au revoir et merci. C’est aussi une façon unique de se faire entendre par tous les gens qui ont estimé le défunt.

Un être cher meurt. Les étapes se suivent et s’enchaînent à toute vitesse lors de la préparation de la cérémonie des funérailles. Il faut choisir le cercueil, l’urne, les fleurs, la musique, les lectures… Mais il faut aussi choisir les mots. Comment choisir les mots, ceux qui nous brûlent la gorge, ceux que nous aurions aimé dire et surtout, ceux qui resteront à jamais écrits ?

Pour certains, il sera très difficile de rédiger un texte rendant hommage à la personne décédée. Ce qui est important de comprendre ici, est qu’il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de dire adieu. Il n’y a pas de marche à suivre particulière ou de critères à respecter. Il n’est pas nécessaire que ce soit un très long texte avec une introduction et des paragraphes structurés. Il ne s’agit pas d’écrire à la manière de Molière, mais bien de se synchroniser avec ce que dicte notre cœur.

LE JOUR DE LA LECTURE

Préparez-vous ensuite pour la cérémonie, le jour de la lecture officielle. Exercez-vous à lire votre texte. Faites-le à maintes reprises, à voix haute et devant un miroir. Faites les pauses nécessaires après les virgules et les points, afin que les gens vous comprennent bien. Mettez-y votre chaleur, vos émotions. Et si, au moment de faire la lecture officielle, vous ne vous sentez plus capable de poursuivre, acceptez-le. Prenez une pause ou pleurez si vous en avez envie. Les gens de l’auditoire comprendront et respecteront votre peine.

Peut-être qu’ils ont, eux aussi, envie de regarder le sol, de se moucher, de reprendre leurs esprits. Gardez en tête que votre but est d’adresser un dernier message à une personne que vous avez profondément aimé, en compagnie de tous ceux et celles qui l’estimaient.

Vous pourrez garder votre texte à portée de main et le relire lors des journées plus difficiles. La personne aimée est peut-être partie dans l’invisible, mais ce qu’elle représentait pour vous demeurera bien vivant dans votre cœur et bien réel sur cette page du dernier hommage.

Rendre hommage à un être cher, c’est lui accorder un dernier moment d’amour, grâce à la force et la puissance inouïes de vos propres mots. Faites-vous confiance. Tout est là.

QUAND PARLE LE CŒUR

Voici quelques idées qui peuvent vous aider à trouver l’inspiration pour rédiger votre hommage et venir chercher l’émotion :

Créez une atmosphère

1- Choisissez un moment où vous êtes calme et où vous n’êtes pas trop occupé à l’organisation des funérailles.

2- Écoutez une chanson qui vous fait penser à la personne aimée ou bien une mélodie qui vous inspire.

Papier et crayons en main

3- Écrivez tout ce qui vous vient en tête en pensant au défunt. Allez-y dans n’importe quel ordre, faites confiances aux mots qui viennent.

4- Répondez aux questions suivantes, susceptibles de vous aider dans votre rédaction : quelles étaient les principales qualités du défunt ? Par quoi le distinguait-on (son sourire, son rire, sa prestance, etc.) ? Quelles étaient ses passions et intérêts ? Quel est le nom des gens qu’il aimait ? Qu’est-ce qu’il a accompli d’important dans sa vie ? Quelles étaient ses valeurs (l’amour, le partage, la famille, la liberté, etc.) ? Qu’est-ce qui le caractérisait (par exemple : il faisait toujours des clins d’œil. Il avait le don de faire ressortir le positif, il aimait les repas du dimanche soir, etc.) ?

5- Avez-vous une anecdote à raconter ?

6- S’il avait une chanson ou un poème préféré, écrivez-en un extrait.

7- Regroupez ensuite toutes vos idées et faites-en un plan. Vous pouvez y indiquer les points avec lesquels vous voudriez commencer, puis ceux avec lesquels vous voudriez finir.

8- Rédigez le texte comme bon vous semble. Les fautes importent moins que le message à livrer.

Pendant la rédaction, vous aurez peut-être envie de pleurer. Laissez l’émotion monter. Les larmes sont le signe que vous avez trouvé les bons mots.

Lorsque l’écriture de l’hommage sera complétée, faites une petite révision. Assurez-vous que les mots se disent bien à l’oral et que vous êtes à l’aise avec l’enchaînement de ceux-ci.

Source : Revue PROFIL (CFGM), Vol. 31, no 1

Parti rejoindre René, Jacques et les grands disparus de 1976

Un autre monument national nous a quitté ce mardi, Bernard Landry a terminé son parcours avec son peuple à 81 ans. Les éloges pleuvent et je retiens surtout cette remarque de Richard Martineau; « Je sais que c’est l’usage de dire, chaque fois qu’une personne publique disparaît, qu’il n’y a plus personne comme elle. C’est un lieu commun, un cliché. Une formule de politesse, qu’on répète parfois (trop souvent, à vrai dire) sans y croire. Mais je vous pose la question : voyez-vous, autour de vous, actuellement, un politicien avec la prestance de Monsieur Landry ? Moi non plus. » Il aura heureusement des funérailles d’État.

L’homme publique a été de tous les combats et croyait toujours à l’indépendance du Québec. Mais derrière cet homme public, il y avait un homme simple, généreux et convaincu. Un des beaux portraits de la personnalité de Bernard Landry sur ce plan est venu de Joseph Facal, un compagnon d’arme, dans le Journal de Montréal, au lendemain de son décès. C’est ce texte rempli d’émotion et de sincérité que je vous propose aujourd’hui. Reposez en paix Monsieur Landry.

MON AMI Joseph Facal

Il y a des textes que vous écrivez avec des larmes qui coulent sur votre clavier.

Vous écrivez par devoir, pas par envie.

Je suis présentement en France. Un ami commun m’avait appris, il y a quelques semaines, que Bernard était gravement malade. Alors, je lui envoie une lettre. Je lui dis que je voudrais le serrer dans mes bras. Ma lettre arrivera-t-elle à temps ?

Puis, un recherchiste d’une émission de radio m’appelle : il est mort. Commenteriez-vous ?

Et vous dites quoi ? Le jeune homme fait son travail, et c’est normal. Il faut rendre hommage au géant. Mais moi, je ne suis pas dans l’hommage. Je suis ailleurs. J’ai perdu le genre de personne qui, si je n’avais pas eu un père extraordinaire, aurait pu jouer ce rôle.

PROFONDÉMENT ATTACHANT

Bernard Landry fut un homme généreux, inspirant, certes imparfait, mais immense, inoubliable, profondément attachant.

Je suis né en Uruguay, un tout petit pays d’Amérique du Sud. Je suis arrivé au Québec en 1970. J’avais neuf ans.

Ma langue maternelle est l’espagnol. Dès mon arrivée, je commence à dévorer des livres sur l’histoire du Québec. Je vous épargne des détails sans intérêts, mais bon, je deviens souverainiste. Je milite au PQ et j’y rencontre Bernard Landry. Nous sommes au début des années 1980.

Je suis un gamin. L’Uruguay est un pays que la plupart des gens ont du mal à situer sur une carte. Et lui, qui est déjà une figure, s’intéresse à moi, allez savoir pourquoi. Les années passent. Je deviens député sous Jacques Parizeau et ministre sous Lucien Bouchard.

Quand Bernard Landry succède à M. Bouchard au poste de premier ministre, il me nomme président du Conseil du trésor. Moi, le petit gars de Montevideo, en Uruguay, à qui il parlait en espagnol, pour se pratiquer, disait-il.

Quand ma fille est née, il était premier ministre. Je garderai toujours le mot reçu pour l’occasion.

Je sais trop bien comment cela fonctionne quand un grand homme nous quitte. On parle de ses réalisations, de sa place dans notre Histoire. On grave la statue. Et il est normal qu’il en soit ainsi. Dans le cas de Bernard Landry, il y a en effet beaucoup à dire. Mais pour moi, avant d’être un monument, Bernard Landry fut un ami, un mentor, un confident, un complice.

UN GÉANT

Avec lui, j’ai partagé des fous rires, des pleurs et des confidences que je n’aurais osé dire à personne, sauf peut-être à mon père. Nous avons eu nos désaccords, mais sa générosité ne s’est jamais démentie.

C’est un géant qui part, certes. Mais moi, je vois partit un homme qui, dans la vie de tous les jours, m’a aidé à trouver ma voie. Cet homme était aussi admirable de proche que de loin.

Il y a combien d’êtres humains dont on peut dire qu’ils ont changé la vie de ceux qu’ils ont croisés ?

On célèbre le sauveur

Il y a trente ans aujourd’hui, quittait René Lévesque pour un monde meilleur, pour sa vie éternelle. Le sauveur du Québec moderne qu’on n’a jamais remplacé et qui reste toujours unique. Le Journal de Montréal lui a consacré un cahier spécial de 20 pages à sa mémoire, samedi dernier, rempli de témoignages inspirants, admiratifs et évocateurs de ce qu’était l’homme… un grand homme qui faisait pourtant l’unanimité. Un cahier à conserver.

Quand il a fondé le Parti québécois en 1968, j’avais 17 ans et je venais de découvrir celui qui m’intéressa à la politique. Je buvais chacune de ses paroles et il me remplissait d’espoir pour un Québec meilleur et responsable de sa destinée. Alors qu’il était le chef non élu en 1970, il signait une chronique hebdomadaire dans les pages du Journal de Montréal que je m’empressais de lire assidûment. Il préparait sa rentrée en 1973.

Son premier gouvernement élu avec une écrasante majorité en 1976, fut le meilleur des 50 dernières années avec ses réformes audacieuses qui font encore référence 40 ans plus tard. Où serions-nous sans l’adoption de la Chartre de la langue française, la Loi régissant le financement des partis politiques, la Loi sur l’assurance-automobile, la Loi antiscab et la Loi sur le zonage agricole… des réformes importantes durant un premier mandat.

Lors du premier référendum de 1980, j’avais lu avec attention son projet de société « Souveraineté-Association » qu’il projetait de négocier avec le Canada pour qu’enfin le Québec devienne souverain. J’y croyais et j’y crois encore, même si aujourd’hui, c’est devenu mission impossible, ou presque.

René Lévesque c’était un gars très près de son peuple. Une personne simple, accessible, à l’écoute, et un vulgarisateur hors-pair. Il savait simplifier ce qui ne l’était pas au point où tout devenait limpide. Pour lui, le citoyen était sa priorité. Malheureusement, il aura perdu son référendum par la peau des fesses et je me rappelle avoir vu pleurer beaucoup de sympathisants lors du dévoilement décevant des résultats; le NON l’avait emporté avec 59,56% des voies. Une dure défaite dont il ne s’est jamais remis. Au soir de l’échec, il affirma ces paroles rendues célèbres : « Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de nous dire à la prochaine fois! »

Moi aussi je l’ai pris dur. On venait de voir notre château de cartes s’effondrer. 1995 a été encore plus douloureux, perdu par un maigre 1,16%.

René Lévesque était un avant-gardiste. C’était un visionnaire et il est passé à un cheveu de réaliser son rêve. Aujourd’hui, c’est devenu mission impossible avec toute cette démographie qui a changé. Comme dans les Saintes Écritures où il n’y a eu qu’un seul Sauveur, le Québec a eu le sien; René Lévesque était unique, n’a pas été, et ne sera jamais remplacé. C’est pourquoi on le pleure encore après toutes ces années. On n’avait pas les moyens de le perdre.

J’ai toujours gardé en tête cette phrase qui a donné son essor aux artisans et bâtisseurs du Québec d’aujourd’hui, et qui accompagne la photo de ce texte : « On n’est pas un petit peuple, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple. » Et ce peuple, j’espère qu’un jour il le comprendra!

Un hommage pleinement mérité

Guy Martin

Il y a de ces personnes impliquées et disponibles à aider les autres, à faire toujours un peu plus pour la communauté et hier, en début de soirée, on a voulu rendre un hommage sincère à un homme qui se dévoue pour la communauté francophone de Pioneer Village; je veux bien sûr parler de Guy Martin.

Guy, c’est le type qui rend des services depuis quelques années, sans rien demander en retour. Chaque semaine, il publie un calendrier des activités à l’attention des francophones du Complexe. Il profite de ce média pour faire quelques annonces et nous informer des événements spéciaux ou ponctuels qui se déroulent aux alentours. Une initiative qui est appréciée par les Snowbirds.

Ce ne sont pas tous les francophones qui peuvent converser en anglais. Un renseignement important qu’on cherche à comprendre, une assistance au bureau de l’administration pour un problème à régler ou, ce que plusieurs redoutent, avoir à se rendre dans un hôpital pour recevoir des soins d’urgence… Guy est disponible comme traducteur, avec d’autres bénévoles de son équipe. Ça devient très rassurant pour toute la communauté.

Guy et Pierre Marcotte

Pour toutes ces raisons, Pierre Marcotte, l’instigateur de cette rencontre, a pensé lui rendre hommage et souligner son implication et sa disponibilité. C’est ce qu’il a fait, sous le Tiki, à la tombée du jour, en rassemblant tout le monde. Guy ne s’y attendait pas et la surprise fut totale. Une bourse récoltée auprès de la communauté francophone, lui a été remise dans une « enveloppe brune légale », pour le remercier.

Invité à prendre la parole, Guy s’est empressé d’affirmer, avec modestie et humilité, que pour lui, son implication à aider les autres était un don inné qu’il possède depuis toujours et qu’il adorait, en ajoutant sa fierté de rendre la vie des francophones de Pioneer Village, moins soucieuse et plus agréable. La réponse ne s’est pas fait attendre et c’est un tonnerre d’applaudissements qu’il a reçu en guise d’appréciation..

Il faut rendre à César ce qui appartient à César et cet hommage à Guy Matin était pleinement mérité. Merci Guy pour ton implication indéfectible envers tes concitoyens, parce qu’en bout de ligne c’est toute la communauté francophone du Complexe qui en bénéficie. C’est une mission qui t’honore.

Une intégration exemplaire

Photo: Journal de Montréal
Photo: Journal de Montréal

Quand on parle de l’intégration francophone des immigrants au Québec, l’exemple de Van Nha Tran, racontée par Dominique Scali, dans les pages du Journal de Montréal d’hier, est typique pour moi, de ce que cette immigration devrait être. Le Québec, une terre d’accueil, de paix sociale et de tolérance, a accueilli ces opprimés pour leur offrir cette belle vie tant espérée. Avez-vous pensé à notre richesse collective si tous les immigrants adoptaient cette culture québécoise? J’ai tellement été ému et impressionné par son histoire que je me permets ici de vous la reproduire:

Van Nha Tran peine à retenir ses larmes lorsqu’il parle de ses enfants, pour qui il a risqué sa vie. Après avoir fui le Vietnam, été attaqué par des pirates, fait prisonnier dans un camp de réfugiés et avoir passé cinq ans sans voir sa famille, il a commencé à travailler au salaire minimum dans un Dunkin Donuts.

«Mes enfants sont reconnaissants», dit Van Nha Tran en essuyant ses yeux. Derrière ses larmes se cache encore le sourire chaleureux avec lequel il accueille six jours sur sept les clients de la tabagie de Sherbrooke dont il est propriétaire avec sa femme.

Malgré ses succès, M. Tran, 61 ans, reste humble. «Non, je ne suis pas un bon entrepreneur», insiste-t-il dans un bon français en agitant le doigt. Car aujourd’hui, il n’est plus propriétaire des deux restaurants Dunkin Donuts qui avaient révélé son talent pour le commerce, la chaîne ayant pratiquement disparu au Québec. Mais si les affaires ne lui ont pas réussi aussi bien que prévu, une chose est sûre: Il a réussi sa vie.

VOLÉ PAR LES PIRATES
En 1988, Van Nha Tran est enseignant au secondaire sous le régime communiste. Il lui arrive parfois de critiquer le régime devant ses élèves, mais assez subtilement pour ne pas attires l’attention des autorités, soutient-il.

«Je ne voulais pas éduquer mes enfants dans un système où il y a de la tricherie. Si vous n’étiez pas membre du parti communiste ou si vous aviez des idées différentes, c’était facile de vous mettre en prison […]», se souvient-il.

Il a alors 33 ans. Il dit au revoir à sa femme et à ses trois enfants, dont la plus jeune n’a même pas un an. Sans passeport, il embarque avec 30 autres personnes dans une petite barque, quittant le Vietnam en direction de la Thaïlande.

ÉPOUVANTABLE
En chemin, des pirates lui prennent tout ce qu’il a, c’est-à-dire les quelques bijoux qu’il avait apportés comme monnaie d’échange. «Je n’avais plus rien. Juste une culotte. Ils ont même pris mon anneau de mariage. Il n’avait pas une grande valeur parce qu’à l’époque nous étions pauvres, mais ils l’ont ôté pareil», raconte-t-il.

Pendant deux ans et demi, il vit dans des camps de réfugiés en Thaïlande et près de la frontière du Cambodge, en attendant de pouvoir rencontrer une délégation étrangère qui accepterait de l’accueillir. La vie dabs ces camps où les toilettes étaient rares était «épouvantable», se souvient-t-il.

Il a droit à environ une tasse et demie de riz par jour, il doit traîner son eau sur des kilomètres et il dort dans un espace de deux mètres par un mètre, séparé des autres réfugiés par du fil de nylon et du papier journal pour avoir un semblant d’intimité.

«Dans le camp de Banthad, à 20h il fallait éteindre les lumières pour éviter de devenir les cibles des canons cambodgiens, dit-il. On entendait «Boum boum» au-dessus de nos têtes.»

SALAIRE MINIMUM
Parrainé par un cousin vivant au pays et l’organisme Caritas Estrie, il atterrit au Canada en 1990. Il étudie deux mois dans un centre de francisation avant de travailler dans une succursale Dunkin Donuts qui reçoit une subvention pour embaucher des immigrants.

C’est ainsi qu’il a son premier emploi, payé au salaire minimum. Il commence par s’occuper de la finition des beignes, puis devient boulanger.

Rapidement, il gagne la confiance de son patron. «Sur ma première paie, mon boss avait oublié d’enlever les 500$ qui venaient de Service Canada. J’ai été honnête et je lui ai dit.»

Pendant ce temps, il tente de faire venir sa famille, mais les démarches d’immigration sont longues. Ce n’est donc qu’en janvier 1993, par un froid glaciel qui contraste durement avec la chaleur du Vietnam, que sa femme et ses enfants débarquent à l’aéroport de Mirabel.

«Quand je l’ai vu, ce n’était pas un inconnu. J’ai foncé dans ses bras», explique sa fille Marie Tran, qui avait cinq ans et n’avait alors vu son père qu’en photos et en vidéo.

En plus de son travail, ce dernier prenait le temps de traduire tous les devoirs de ses enfants en attendant qu’ils puissent se débrouiller eux-mêmes en français, se souvient-elle.

Au restaurant, le père de famille continue de monter les échelons. Il devient gérant de la succursale, puis propriétaire de 10% de la franchise. L’ancienne administration avait de la difficulté à appréhender les différences d’achalandage et le nombre de beignes à préparer. Il a donc pris des notes, fait des statistiques et il a ainsi réussi à rééquilibrer le budget du restaurant.

En 2000, il a complètement racheté la succursale à celui qui était à l’origine son patron, avant d’ouvrir une deuxième succursale ailleurs à Sherbrooke. «Il était vraiment à l’écoute, autant des employés que des clients, souligne Marie Tran, qui a elle-même travaillé dans la succursale pendant son adolescence, tout comme ses deux frères. Toute opportunité était vue comme une chance à saisir. Être pâtissier chez Dunkin, c’était une opportunité pour lui, même si en réalité, il était surqualifié.»

DISPARITION
Le hic, c’est que la chaîne Dunkin Donuts, qui comptait 200 succursales au Québec dans les années 1990, était en train de perdre beaucoup de plumes, notamment en raison de l’arrivée de Tim Hortons. Il ne reste aujourd’hui que trois succursales au Québec, toutes situées à Montréal. Comme les autres, M. Tran a vu sa clientèle fondre et il a dû fermer ses deux restaurants en 2010 et 2012. Il estime avoir perdu 400 000$.

Aucun propriétaire, aussi talentueix soit-il, n’aurait pu sauver la franchise, estime sa fileMarie. «La réalité ce n’est pas toujours comme les calculs», soupire M. Tran. Il est tout de même fier de ce qu’il a accompli. «Même comme réfugié aux mains nues, j’ai toujours pu travailler. […] Des fois, le malheur, c’est une chance. On ose surmonter les difficultés», dit-il.

M. Tran et sa femme possèdent maintenant une petite tabagie, un commerce aux revenus modestes, mais suffisants.

IL ADOPTE SES NEVEUX
Même s’il ne peut donner des millions de dollars à des fondations comme le font les riches entrepreneurs, il a sa façon à lui de redonner. Dans les années 2010, il a adopté deux nièces et un neveu ui étaient orphelins au Vietnam. Ils poursuivent aujourd’hui leurs études au secondaire et au cégep.

Ses plus vieux enfants sont tous allés à l’université et sont dentiste, médecin et avocate. «Il ne faut pas gaspiller le talent. Ici, on peut développer et l’exploiter si on fait des efforts. Là-bas [au Vietnam], les efforts, ça ne marchait pas. J’ai fait le bon choix en venant ici», conclut-il rois décennies après avoir quitté son pays natal.