L’aide médicale à mourir

aide-medicale-a-mourirOn en parle depuis longtemps et le gouvernement a décidé, il y a neuf mois, de le permettre, par la loi 2. Les médecins? Pour une vaste majorité ils sont contres. Ils s’y opposent ou ne l’endossent pas. C’est très triste.

J’ai un ami qui vient de demander l’aide médicale à mourir parce qu’il souffre du SLA (Sclérose Latérale Amyotrophique ou, maladie de Lou-Gehrig). Il est présentement hospitalisé et en soins palliatifs. Ses jours sont comptés et il est prêt à faire face à la mort. Quand on se voit diminué et dépendant des autres pour ses besoins essentiels, on peut comprendre cette volonté d’en finir contre ce mal incurable.

Cette maladie se définie par la paralysie évolutive des muscles volontaires touchés, entraînant une perte de mobilité, une atteinte de la fonction respiratoire, de la difficulté à manger et à boire, ainsi que des problèmes d’élocution; empâtement de la parole et voix affaiblie. En général, cette maladie incurable est mortelle dans les deux à cinq ans suivant le diagnostic.

Je ne suis pas médecin et je comprends très mal leur majoritaire réticence à appliquer cette aide médicale à mourir. Heureusement, il y a des exceptions et le Journal de Montréal, sous la plume de Johanne Roy dans son édition d’hier, traçait le portrait d’un médecin dévoué, le Dr Alain Naud, dans le cadre des entrevues du samedi. Ce praticien représente ce que devrait être le travail de tous les médecins versus l’aide médicale à mourir.

C’est en pensant à mon ami que je me suis rendu compte de la grandeur d’âme et de la mission de ce toubib, me disant qu’une réelle compassion existe chez certains médecins. Avez-vous pris connaissance de cette entrevue? La voici intégralement.

dr-alain-naud

Photo Journal de Montréal

Médecin de famille dévoué et discret, le Dr Alain Naud de Québec accompagne depuis 30 ans des patients en fin de vie et leurs familles. C’est pour eux qu’il a pris son bâton de pèlerin afin de pourfendre les opposants à l’aide médicale à mourir et de montrer à quel point celle-ci se révèle libératrice lorsque la souffrance devient insoutenable.

Q- Neuf mois après l’entrée en vigueur de la loi 2, en quoi le CHU de Québec se démarque-t-il en ce qui a trait à l’accessibilité à l’aide médicale à mourir?

R- À Québec, nous sommes privilégiés. En toute humilité, on est un modèle pour le reste de la province. Nous avons des équipes dédiées en soins palliatifs et des médecins prêts à s’engager qui viennent de différentes spécialités, chirurgie générale, anesthésiologie, neurologie et même ophtalmologie. Une collègue m’a confié en être ressortie transformée par l’intensité émotionnelle vécue avec le malade et la famille.

Q- Vous vous investissez sans compter dans cette cause. Qu’est-ce qui vous motive?

R- Dans les derniers mois, j’y ai passé tous mes soirs, mes jours de congé et mes fins de semaine parce que les malades en ont énormément besoin. Au CHU de Québec, 2% à 3% des patients décèdent avec l’aide médicale à mourir. Cela demeure une procédure exceptionnelle, mais, pour eux, le monde entier est dans cette demande.

Q- Qui sont ces malades en fin de vie qui souhaitent recourir à l’aide médicale à mourir?

R- La plupart sont en phase terminale d’un cancer, alors que 10% sont atteints d’une maladie dégénérative, comme la sclérose latérale amyotrophique. Ils éprouvent une souffrance psychologique immense et une souffrance psychologique dans la majorité des cas. Totalement dépendants des autres, ils se regardent dans le miroir et ne se reconnaissent plus. Le moteur chez tous ces malades est que la fin s’en vient et le temps qui reste ne fait aucun sens pour eux. Certains se sont battus contre le cancer durant des années. Leur réflexion est faite; ils veulent juste que leur souffrance s’arrête le plus vite possible.

Q- Comment réagissent ces personnes à qui on accordera l’aide médicale à mourir?

R- Une petite dame de 92 ans, aveugle et ayant de la difficulté à parler, a avancé ses deux mains vers moi en me disant: «Venez, il faut que je vous embrasse!»

Une autre malade a appelé la maison funéraire: «Vous viendrez chercher mon corps demain après-midi parce que je serai morte.»

Il faut les rencontrer, ces malades-là qui n’en peuvent plus. Ils voient ce moment comme une délivrance. Ils sont sereins. On a ramené une portion d’humanité avec ce soin.

Q- À ce jour, au-delà de 40 procédures ont été administrées au CHU de Québec. Comment cela se passe-t-il?

R- L’aide médicale à mourir, c’est tout sauf une injection létale. C’est un accompagnement de fin de vie dans le respect et l’écoute, qui repose sur un protocole d’évaluation strict. La procédure dure neuf minutes, mais on passe neuf heures autour du malade et de ses proches. La personne part tout doucement, sans incontinence et dans la dignité. Les familles nous remercient. Ce sont des expériences qui nous font grandir. Il y a des malades qui vont rester dans mon cœur, que je n’oublie pas.

Q- Vous dénoncez vertement le fait que les membres de la Commission sur les soins de fin de vie soient des opposants notoires à l’aide médicale à mourir. Qu’est-ce qui vous heurte?

R- Personne au sein de cette Commission n’a rencontré un seul malade en fin de vie. Assises devant un café, ces personnes remettent en question les décisions rigoureuses d’équipes de professionnels qui gravitent autour de ces demandes. On assiste à une chasse aux sorcières de docteurs qui font un travail exemplaire. Des médecins remarquables ont laissé tomber à cause de cela. C’est malheureux. Je ne fais pas la promotion de l’aide médicale à mourir. La seule bonne décision est celle en accord avec les valeurs du malade.

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