Une autre menace pour la santé

Les aliments ultratransformés menacent notre santé. En parcourant les étiquettes lors des emplettes, on peut constater l’énorme quantité d’ingrédients ajoutés, très souvent inutiles et qui ne nous disent absolument rien avec leurs appellations longues comme le bras. Bien malin qui pourrait déchiffrer ce jargon.

Les avis sont partagés entre les nutritionnistes et l’industrie. Mais les spécialistes en alimentations ont fait l’exercice et Marie Allard en a fait le sujet de sa chronique parue dans La Presse + d’hier. Pour y voir plus clair, c’est la lecture, très étoffée, que je vous propose aujourd’hui.

UN MOIS SANS « ULTRAS » Marie Allard

Pour être en santé, il faut éviter les aliments ultratransformés, clament les nutritionnistes. C’est facile de ne pas manger de croquettes de poulet, de croustilles ou de biscuits industriels. Mais comment bannir tout produit qui contient un ingrédient douteux ou un additif superflu ? La Presse a tenté le coup, pendant un mois. Bilan d’une expérience sans arôme ni colorant rose.

LE NOUVEL ENNEMI À TRAQUER

Près de la moitié – exactement 48,3 % – des calories consommées par les Canadiens provenaient d’aliments ultratransformés, en 2015. Dans le monde, seuls les Américains mangent et boivent plus de ces produits liés à la montée de l’obésité et des maladies chroniques.

Après le gras, le sel et le sucre, les produits ultratransformés sont le nouvel ennemi à combattre. Concrètement, comment les éliminer ? Pour en avoir le cœur net (c’est le cas de le dire), l’auteure de ces lignes a tenté l’expérience. Pendant un mois, sa famille – composée de deux adultes et de quatre enfants de 8 à 11 ans, en garde partagée – a dit adieu à la pizza au fromage (qui attendait de dépanner, bien au froid dans le congélateur) et à beaucoup, beaucoup d’autres aliments.

CONSOMMATION D’ALIMENTS ULTRATRANSFORMÉS AU CANADA

Enfants de 2 à 8 ans 52 % des calories consommées

Enfants de 9 à 13 ans 57 % des calories consommées

Ados de 14 à 18 ans 55 % des calories consommées

Ensemble de la population âgée de 2 ans et plus 48 % des calories consommées

Source : Étude commandée par Cœur + AVC, à partir de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de Statistique Canada, 2015

Informé du projet avant son déclenchement, Carlos Monteiro, le Brésilien derrière le classement des aliments par degré de transformation NOVA, l’a jugé intéressant. « Les aliments ultratransformés sont conçus scientifiquement pour maximiser le plaisir », a souligné M. Monteiro, professeur au département de nutrition de l’École de santé publique de l’Université de São Paulo.

« Les gens, particulièrement les enfants, s’habituent à avoir plusieurs stimuli quand ils mangent ces aliments, si bien qu’il est difficile pour eux d’apprécier la vraie nourriture. Ils deviennent otages de l’industrie alimentaire. »

— Carlos Monteiro, professeur à l’Université de São Paulo

Un fait confirmé quand on a tenté – sans succès – de cuisiner un bouillon maison aussi goûteux que les bouillons en boîte, aux saveurs « boostées » par les additifs.

COMMENT S’Y RETROUVER

Évidemment, il n’est pas question de se nourrir uniquement d’aliments bruts comme les pommes ou les noix, la première catégorie de NOVA. Ni d’ingrédients culinaires tels l’huile ou le sucre, la deuxième catégorie. La troisième catégorie, les aliments transformés – par exemple, le pain composé de farine et de levain –, ne pose pas problème non plus. Bref, ce qu’il faut éviter, c’est la quatrième catégorie : l’ultratransformé. Mais c’est quoi ?

« En gros, il faut regarder la liste d’ingrédients, conseille Jean-Claude Moubarac, professeur adjoint au département de nutrition de l’Université de Montréal. S’il y a une substance non utilisée en cuisine (gluten, caséine, protéines hydrolysées, etc.) ou un additif cosmétique (colorant, saveur, émulsifiant, etc.), c’est un ultratransformé. » Exception : les additifs utilisés pour la conservation, qui sont tolérés.

PRÈS DE 65 ALIMENTS À ÉVITER

Le 4 octobre, nous avons scruté le contenu de nos frigos, congélateurs et garde-manger. Le résultat ? Renversant. Nous avons trouvé 105 aliments à la liste d’ingrédients équivoque, dans une maison où on cuisine beaucoup, en se souciant de la santé. Stéphanie Côté, nutritionniste chez Extenso, la stagiaire en nutrition Anne Charest et Jean-Claude Moubarac ont évalué ces 105 produits. « On se rend compte à quel point les aliments ultratransformés sont omniprésents, en les regardant un par un », a commenté Anne Charest.

Du lot, ils en ont retenu 73 comme ultratransformés, avant de convenir que certains additifs pouvaient servir à la conservation et de réviser ce nombre à 64. Qui sont ces coupables ? La pizza surgelée, bien sûr, mais aussi des barres tendres, du yogourt aux fruits, du maïs en crème, de la boisson de soya, des tortillas, du fromage râpé, des céréales à déjeuner, des barres sportives, du pain 11 grains, des craquelins, de la sauce sriracha, etc. Tout a été rangé dans des bacs au sous-sol (sauf le yogourt et le fromage, qu’on n’a pas voulu gaspiller).

CHASSE AUX SOLUTIONS DE RECHANGE

Le 6 octobre, première lonnnnngue visite au supermarché, où il faut consacrer beaucoup de temps à lire les étiquettes. Verdict : on ne peut pas acheter grand-chose, sauf des aliments de base.

Élise Jalbert-Arsenault, conseillère scientifique à l’Institut national de santé publique, a évalué l’offre alimentaire dans 17 supermarchés montréalais, dans le cadre de son mémoire de maîtrise en 2016.

« Le constat qu’on peut faire, c’est que les aliments ultratransformés sont disproportionnellement mis en valeur. »

— Élise Jalbert-Arsenault, conseillère scientifique à l’Institut national de santé publique

On trouve ultimement des options plus saines, comme des fromages sans substances laitières modifiées ni additifs ou des noix à grignoter.

BARRES TENDRES MAISON

Un après-midi, les garçons souhaitent cuisiner des barres tendres maison. La bonne idée ! Sauf qu’il faut trouver des ingrédients – abricots secs, pépites de chocolat et céréales – sans additifs ni substances douteuses. L’épicerie bio vient à notre rescousse.

Le week-end, on prépare des crêpes aux bleuets, à défaut de pouvoir manger plusieurs sortes de céréales et de pains industriels. Au cours du mois, on cuisine aussi du granola maison, des muffins et des petits pots de gruau, pour le bonheur de tous. Mais cela s’ajoute à la préparation des dîners et soupers, qu’on cuisinait déjà…

Comme il n’y a plus que du yogourt nature, les enfants l’agrémentent d’une tonne de confiture maison (offerte par des amis, merci !), de sirop d’érable ou de mélasse, un sucre qu’on redécouvre. En sevrage de fromage cottage au petit-déjeuner, un des adultes tente d’en concocter à deux reprises, avec un succès mitigé. On multiplie les visites à la boulangerie, où le pain a une liste d’ingrédients simple.

Les expéditions du conjoint à l’épicerie sont accompagnées de photos de listes d’ingrédients envoyées par texto. « Ça, c’est O.K. ? », demande-t-il, incertain devant un additif ou un ingrédient. Trancher entre aliment transformé et ultratransformé n’est pas toujours facile, et il faut parfois faire appel à Jean-Claude Moubarac pour nous éclairer.

RETROUVER LES PLAISIRS SIMPLES

« En préservant les enfants des aliments ultratransformés pendant un mois, ils pourront probablement récupérer leur habilité à ressentir du plaisir à manger une simple pomme », a souhaité Carlos Monteiro avant notre expérience. Au bout du compte, les quatre enfants n’ont été mis au régime sec que la moitié du temps, en raison de la garde partagée et de multiples occasions de manger de la malbouffe (Halloween, anniversaires, danse de l’école, etc.).

Leurs impressions ? « Les crêpes étaient bonnes ! » s’est réjouie une des filles. « J’ai aimé les barres tendres, a commenté un des garçons, fier de sa recette. Elles étaient croustillantes. » Ce qui leur a manqué ? « Le yogourt avec un goût », a répondu l’autre garçon. Comme quoi il est plus facile de sortir les arômes d’un frigo que de ses envies…

L’AVIS DE L’INDUSTRIE

La condamnation des aliments ultratransformés « est exagérée », estime Jean-Patrick Laflamme, vice-président aux affaires publiques et aux communications du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ). « Elle représente un raccourci intellectuel qui induit une équation où on associe la malbouffe aux aliments ultratransformés, alors que certains aliments ultratransformés sont bons pour la santé. »

« Nous pensons que l’escalade de la diabolisation de l’industrie est injustifiée et ne servira personne, ajoute-t-il. Pas plus le consommateur, qui finira par être démotivé à faire des choix qui correspondent à son mode de vie, que l’industrie qui devra vivre avec des impacts économiques importants pour des résultats qui, dans certains cas, restent encore à démontrer. »

QUELQUES STATISTIQUES

230 kg

Les Canadiens achètent au moins 230 kg d’aliments et de boissons ultratransformés par personne, par an.

X 2

La part de calories provenant d’aliments ultratransformés a doublé en 70 ans : autrefois, ils représentaient 24 % des achats d’aliments des familles et aujourd’hui, 54 %.

Source : Étude commandée par Cœur + AVC, à partir de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de Statistique Canada, 2015.

SOLUTIONS DE RECHANGE POSSIBLES

FROMAGE MOZZARELLA RÂPÉ, COMPLIMENTS ÉQUILIBRE, ULTRATRANSFORMÉ

Contient notamment : substances laitières modifiées, chlorure de calcium, cellulose en poudre, etc. « Attention aux fromages déjà râpés, ils contiennent de la cellulose qui agit, la plupart du temps, comme un émulsifiant », dit Jean-Claude Moubarac, professeur adjoint au département de nutrition de l’Université de Montréal.

Solution de rechange : cheddar médium, Riviera.

PAIN 11 GRAINS ENTIERS, BOULANGERIE STONEMILL, ULTRATRANSFORMÉ

Contient notamment : du gluten, « une substance qui n’est pas d’usage culinaire », souligne Jean-Claude Moubarac.

Solution de rechange : pain intégral bio au levain, Première Moisson.

SAUCE SOYA À TENEUR RÉDUITE EN SEL, VH, ULTRATRANSFORMÉE

Contient notamment : glucose-fructose, caramel, protéine de soya hydrolysée.

Solution de rechange : assaisonnement au soja liquide, Bragg.

TORTILAS AU BLÉ ENTIER, MEJICANO, ULTRATRANSFORMÉES

Contiennent notamment : pyrophosphate acide de sodium, sorbate de potassium, propionate de sodium, mono-diglycérides, acide fumarique, stéaroyl-2-lactylate de sodium, maltodextrine, gomme de cellulose, carraghénine, hydrochlorure de l-cystéine.

Solution de rechange : galettes de sarrasin, Soba.

DE L’ARGENT ET DU TEMPS

Deux constats s’imposent, après 30 jours à éviter les aliments ultratransformés : bien manger coûte de l’argent et du temps.

Hausse du budget

Vous pensez que votre épicerie vous coûte cher ? En 1969, les ménages canadiens consacraient 26,7 % de leur budget à l’alimentation, leur principale dépense. Trente ans plus tard, en 1999, ce n’est que 17,9 % du budget qui servait à payer l’épicerie, la boucherie, etc.

Au Québec, en 2016, les ménages ont consacré en moyenne 16 % de leur budget à l’alimentation, selon l’Institut de la statistique du Québec. C’est moins que le logement (27 %) et le transport (18 %). Pourquoi ? Notamment parce que les aliments ultratransformés ne coûtent pas cher. La pizza surgelée Ristorante Dr. Oetker était en solde à 2,98 $ pour 390 g, début novembre chez Maxi. Essayez de faire une pizza maison à ce prix. L’industrie fabrique des aliments attrayants grâce à « l’ajout massif de substances à des matières premières à faible coût », note le rapport présenté en septembre par la Commission d’enquête sur l’alimentation industrielle, en France.

Épicerie à 300 $

Au cours de notre mois sans aliments ultratransformés, nos visites hebdomadaires au supermarché ont coûté près de 300 $, sans compter d’autres factures réglées à la boulangerie, etc. Tout est une question de choix : cuisiner avec des lentilles sèches et des flocons d’avoine, ça ne demande pas de casser sa tirelire. Mais les fruits et légumes, les noix, le poisson et plusieurs autres ingrédients de qualité coûtent cher. À long terme, une fois le garde-manger regarni d’ingrédients sains, il est possible que la facture baisse un peu.

Le classement NOVA des aliments selon leur degré de transformation s’attire d’ailleurs des critiques. « NOVA ne parvient pas à démontrer qu’il remplit les critères requis pour des recommandations diététiques : facile à comprendre, accessible financièrement, réaliste et pratique », dénonce un article publié dans la revue Proceedings of the Nutrition Society, en 2018.

Tâches supplémentaires

Faire son bouillon, ses biscuits, passer à la boulangerie acheter son pain, ne pas oublier d’aller chercher son panier de légumes livré directement de la ferme, tout cela prend du temps.

Demander aux foyers d’éviter les aliments ultratransformés, d’adopter un mode de vie zéro déchet ou de manger bio, c’est ajouter des tâches aux adultes – encore davantage aux femmes, statistiques à l’appui.

En 2015, 65 % du nombre total d’heures consacrées à la préparation des repas par les parents canadiens étaient assurées par des femmes, contre 35 % par des hommes, selon Statistique Canada. Pareil pour le magasinage (notamment l’épicerie), fait à 59 % par les femmes et à 41 % par les hommes.

SOLUTIONS COLLECTIVES DEMANDÉES

« On sait déjà que les attentes envers la maternité sont irréalistes, indique Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure de sociologie à l’UQAM. Beaucoup de femmes ne se sentent pas à la hauteur. » Il faut passer du temps de qualité avec ses enfants, les stimuler (juste assez, pas trop), leur servir un potage maison, et par-dessus le marché, ne pas glisser de barre tendre (certifiée sans arachides) dans leur boîte à lunch, comme elle contient des additifs et des ingrédients douteux.

Si la responsabilité de faire ces tâches ne revient qu’aux parents, « ce ne sera pas possible », estime Catherine Des Rivières-Pigeon.

« La solution ne peut pas être individuelle. Comme société, il faut faire en sorte que le choix sain soit le choix facile. »

— Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure de sociologie à l’UQAM

ÉVITER LES TENTATIONS

Anthropologue et chercheur en nutrition publique, le professeur à l’Université de Montréal Jean-Claude Moubarac s’intéresse à l’impact de la transformation alimentaire sur la santé et la société. La Presse l’a joint pour dresser le bilan du mois sans aliments ultratransformés.

POURQUOI EST-CE IMPORTANT DE LIMITER LA CONSOMMATION D’ALIMENTS ULTRATRANSFORMÉS ?

Dans les études que nous avons réalisées au Canada, on voit très clairement que plus ces aliments sont consommés, plus l’alimentation se détériore. Leur composition pose problème : ils ont un excès de sucre, de sodium, de gras saturés, ils ont moins de vitamines et de minéraux. On voit aussi que plus les gens consomment des produits ultratransformés, moins ils consomment des fruits, des légumes et d’autres aliments nutritifs.

LES ALIMENTS ULTRATRANSFORMÉS NUISENT-ILS VRAIMENT À LA SANTÉ ?

Oui. On a des données qui démontrent que la consommation de ces produits est associée à une détérioration de la santé globale. Il y a des études qui montrent un lien avec l’hypertension, d’autres avec l’obésité, le syndrome métabolique, certains types de cancer. Même si on est encore tôt dans la science, on voit que les impacts sont multiples.

ON PEUT CUISINER AVEC BEAUCOUP DE BEURRE, DE VIANDE, DE SUCRE ET NE PAS ÊTRE EN FORME, SANS MANGER D’ALIMENTS ULTRATRANSFORMÉS.

Oui. La consommation d’aliments ultratransformés n’est pas le seul problème en alimentation, au Canada. Selon moi, il faut s’attarder à trois facteurs :

1) Le niveau de transformation : on doit choisir des aliments frais et peu transformés.

2) La diversité : il faut choisir une grande diversité d’aliments frais et peu transformés, surtout à base de plantes.

3) Les modes de cuisson et de préparation : on doit limiter le sucre, le sel et l’huile en cuisine.

IL EST VRAI QUE SI ON CUISINE SES PROPRES BISCUITS, ON RISQUE D’EN MANGER MOINS SOUVENT QUE SI ON LES ACHÈTE EN BOÎTE AU SUPERMARCHÉ.

Oui. Il faut réfléchir à la fréquence et à la raison de consommer un aliment. Dans notre approche, ce n’est pas grave si le riz utilisé est brun ou blanc. Ce qui fait surtout la différence, c’est avec quoi on le combine. Le riz peut être blanc, donc faible en fibres, mais s’il est consommé avec des légumineuses, la combinaison devient nutritive. Je dis aux gens : choisissez la farine qui vous permet de faire des gâteaux et des biscuits qui vous plaisent. Mais faites attention à combien de gâteaux et de biscuits vous consommez. Ce n’est pas parce que tu choisis une farine entière que tu peux manger des biscuits quotidiennement.

PERSONNELLEMENT, VOUS ARRIVEZ À NE PAS MANGER ULTRATRANSFORMÉ ?

La technique qu’on s’est donnée, c’est de ne pas rapporter ces produits à la maison. S’ils sont là, on va forcément en consommer beaucoup. Moi le premier, j’ai une tentation assez forte envers ces produits. J’ai une vie stressante et je ne dis pas que je suis parfait, ce n’est pas vrai. Il faut tout le temps essayer de se protéger, pour se donner toutes les chances de bien manger.

NE FAUT-IL PAS AUSSI QUE LA SOCIÉTÉ OFFRE DES SOLUTIONS ?

Oui, il faut réfléchir à une façon de cuisiner collectivement. On peut parler de ramener les cuisines dans les hôpitaux, les écoles, les lieux de travail. La solution ne sera pas de cuisiner trois repas par jour à la maison, de faire son pain et son fromage. Il y a des gens qui pourront le faire, c’est tant mieux, mais pas tous. Je pense qu’il y a plein d’occasions intéressantes.

QUE RETENES-VOUS DE NOTRE EXPÉRIENCE D’UN MOIS SANS ALIMENTS ULTRATRANSFORMÉS ?

Je me demande si c’est réaliste de demander au consommateur de détecter lui-même les aliments ultratransformés. On peut très facilement repérer les meilleurs aliments : c’est facile, ce sont ceux qui n’ont pas de liste d’ingrédients. Mais dès qu’on examine les aliments emballés, c’est plus compliqué.

Pour différencier les aliments transformés des ultratransformés, il faudra une application ou un étiquetage, vu la complexité des ingrédients et des additifs utilisés et, surtout, la rapidité des changements sur le plan de l’offre. Il y a cinq ans, on ne voyait pas sur le marché autant de produits atypiques, plus difficiles à classer, car l’industrie enlève de plus en plus d’additifs dans les produits. Ce qui est bon signe, mais rend la classification plus complexe.

Y A-T-IL UNE APPLI QUI PEUT NOUS AIDER ?

En France, il y a Open Food Facts, qui permet de classer les aliments selon le Nutriscore [NDLR : un score nutritionnel] et NOVA. Au Canada, on a comme projet de développer une application, pour permettre aux Canadiens de trouver les produits ultratransformés à l’épicerie.

La Grande Marche; défi relevé

Toute la fin de semaine et un peu partout au Québec, c’était La Grande Marche dans le cadre du défi Pierre Lavoie. Rien de terrifiant mais une marche de 5 km, dans son patelin, pour nous sensibiliser et nous inciter à être plus actif. En fait, c’était le coup de pied au derrière qu’il me fallait.

En ce dimanche matin froid, le manteau d’hiver était de mise. Les vents soutenus nous obligeaient à porter le capuchon. Pour ma part, il y avait bien une vingtaine d’années que je n’avais pas recouvert ma tête de cet accessoire. Tous les participants recevaient un cache-cou bleu, en tissus, qui portait les écritures de l’événement. Étonnamment chaud, cette délicate attention avait son utilité.

Cinq kilomètres, ce n’est pas la fin du monde et l’activité était ouverte à toute la famille; petits, grands, jeunes, vieux, très vieux même, et 500 personnes s’étaient donné rendez-vous au parc Lucie F. Roussel de La Prairie, à moins d’un demi kilomètre de chez-moi. Un joli parc qui offre des pistes multifonctions pour les adeptes de vélo, de marche, de jogging, bref, de toutes sortes d’activités de plein air.

Le départ prévu pour 10h30, nous sommes arrivés vers 10h00, au son d’un groupe de percussionnistes avec leurs tambours qui battaient la mesure énergiquement pour nous aider à se réchauffer et se dandiner un peu. Pommes et bouteilles d’eau en grande quantité étaient disponibles pour les participants. Parrainée par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, c’était la première fois que l’événement se déroulait à La Prairie et un médecin, bien identifié par son survêtement, participait à la marche. Et pour l’occasion, ma sœur Josée et mon frère Sylvain m’accompagnaient.

Après les présentations protocolaires de Monsieur le maire et de ses conseillers, le départ était lancé. D’un pas énergique, la masse de marcheurs empruntait le sentier balisé pour l’occasion, circulant allègrement et dans la bonne humeur. Comme pour ajouter à la température froide, quelques flocons épars sont venus nous rappeler que l’hiver est à nos portes. Une belle ambiance régnait et Josée, en athlète qu’elle est, s’amusait à prendre un peu d’avance sur ses vieux frères pour revenir vers nous. Disons que sa tactique lui donnait quelques pas supplémentaires sur son podomètre. Ça n’arrive pas souvent qu’on fait de l’activité physique en famille et j’en ai savouré chacun des instants.

Le tracé choisi représentait 3,5 kilomètres et si on y ajoute la distance aller-retour entre le parc et mon appartement, on a marché 4,5 kilomètres. Ce n’est pas le Pérou direz-vous, mais le bien-être qui en découle est indescriptible. De retour à l’appartement, c’est autour d’un bon café chaud qu’on a échangé. Et une belle surprise, je n’ai jamais tant vu mon frère rire à chaudes larmes de nos blagues. Un inoubliable moment que je garde dans mon cœur, avec l’objectif de renouveler l’expérience l’an prochain, en ajoutant ma Loulou comme randonneuse. Pourquoi pas ! On va s’entraîner cet hiver en Floride pour s’y préparer.

Et si vous avec manqué cette activité dans votre coin, n’hésitez pas à vous inscrire l’an prochain. C’est gratos, vivifiant et revigorant.

La maladie de Lyme

Avez-vous regardé l’émission de J.E. du 20 septembre ? Non ? Vous avez raté un excellent reportage émotif sur la maladie de Lyme. Cette maladie qui vous démolie, transmise par les tiques. On en a appris des choses, notamment sur le fait qu’il est impossible de se faire soigner au Québec, que les diagnostics sont déficients et que les Québécois doivent recevoir des soins adéquats à… Plattsburgh, dans l’État de New York et payer des sommes astronomiques pour espérer une guérison.

Ma première réaction, suite à ce reportage, a été mon incompréhension que notre gouvernement laisse pourrir une telle situation. Tout ce qu’on y a appris était connu des autorités médicales et personne n’agit. Je vous recommande vivement de revoir cet épisode via les différentes plateformes de TVA. Vous serez stupéfaits.

Entre temps, voici le cri du cœur de la présidente de l’Association québécoise de la maladie de Lyme, Anny Roussy, envers nos politiciens et principalement le futur gouvernement du Québec.

DES SOINS ADÉQUATS POUR LES PERSONNES ATTEINTES

L’Association québécoise de la maladie de Lyme (AQML) et le Syndicat des agents de protection de la faune interpellent les chefs des différents partis politiques ainsi que toutes personnes qui occuperont des fonctions de députés au lendemain des élections pour les convier à faire ce qui sera en leur pouvoir pour protéger le droit fondamental des personnes atteintes de la maladie de Lyme d’avoir accès à des soins de santé adéquats au Québec.

Rappelons que la maladie de Lyme est une infection communément transmise par les tiques.

La situation actuelle au Québec par rapport à cette problématique a conduit plus de 9 000 citoyens à se mobiliser en signant une pétition qui a été déposée le 7 février 2018 par l’AQML à l’Assemblée nationale par l’entremise du député Sylvain Pagé.

La CSSS a entendu le cri du cœur des malades et s’est saisie de la pétition. S’en sont suivies des audiences publiques.

Le rapport qui a suivi fait état des ravages causés par la maladie de Lyme, de sa complexité, chronicité et des risques qui lui sont associés.

Outre la reconnaissance du problème urgent de santé publique que pose la maladie de Lyme, les demandes effectuées par l’AQML n’ont pas été mises de l’avant. Certes, des recommandations furent formulées, mais non pour remédier à l’entièreté de la problématique soulevée par cette maladie qui affecte un bon nombre de citoyens.

Le Syndicat des agents de la faune du Québec a également une revendication à faire auprès du gouvernement du Québec, soit celle d’effectuer des changements réglementaires sur la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.

UN RÉEL COMBAT

À la suite du rapport, les autorités ont mis en place des mécanismes de prévention. Cependant, c’est un réel combat de se faire diagnostiquer et soigner en ce qui concerne cette maladie, surtout lorsque la morsure de tique est passée inaperçue.

Au Québec, les lignes directrices en matière de diagnostic et de traitement sont celles de l’Infectious Diseases Society of America (IDSA). L’IDSA stipule que la maladie est rare, facile à diagnostiquer et à traiter avec 2 à 4 semaines d’antibiotiques, et affirme que les tests sérologiques en deux temps présentement offerts aux patients du Québec sont fiables.

Pourtant, une méta-analyse américaine sur la précision des tests disponibles a récemment montré de manière définitive que le diagnostic sérologique en deux temps détecte moins de 50% des cas de Lyme.

Depuis 2016, la National Guideline Clearinghouse a retiré de son site les lignes directrices de l’IDSA, car jugées obsolètes pat l’Institute of Medicine.

Leur site affiche dorénavant les lignes directrices de l’International Lyme and Associated Diseases Society qui affirme que la maladie est beaucoup plus répandue qu’on le croit, plus complexe à diagnostiquer et à traiter et qu’en plus, de multiples co-infections sont transmises simultanément par les tiques.

Le 1er décembre 2017, le CDC américain (enter for Disease Control and Prevention) retirait entièrement les recommandations de l’ISDA de son site web.

Pourtant au Québec, le Collège des médecins et autres regroupements médicaux s’appuient encore sur les recommandations émises par l’ISDA datant de 2006, ignorant les mises à jour majeures, comme la reconnaissance de la forme persistante de la maladie ainsi que la transmission mère-enfant, par l’Organisation mondiale de la santé.

De ce fait, les médecins n’envisagent pas la maladie de Lyme en présence de symptômes multi systémiques et débilitants chroniques.

Les patients, souvent référés à plusieurs spécialistes, reçoivent de multiples diagnostics, parfois erronés.

Les traitements alors prescrits aux patients sont sans bénéfice et contribuent même à la détérioration de leur état de santé.

Devant la prise en charge inadéquate de la maladie au Québec, plusieurs Québécois ont sombré dans une grave détresse physique, psychologique et financière.

Selon un sondage mené auprès des membres de l’AQML, près de 60% d’entre eux disent avoir déjà considéré le suicide.

UN CHANGEMENT URGENT

Aussi, nous exprimons notre inquiétude quant à la lenteur des démarches et la volonté réelle de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) sur leur perfectibilité en la matière.

Nous demeurons persuadés qu’un changement notable doit survenir de façon urgente face à la prise en charge de la maladie de Lyme au Québec.

L’AQML souhaite faire entendre ses revendications :

  • Une période moratoire durant laquelle les médecins seront autorisés à diagnostiquer et traiter la maladie de Lyme hors du protocole actuel.
  • Une mise à jour immédiate et obligatoire pour tous les médecins et professionnels de la santé basée sur les récentes données scientifiques à propos de la maladie de Lyme.
  • La mise en place d’un comité de travail sur la maladie de Lyme, incluant la participation de l’Association québécoise de la maladie de Lyme et de ses experts

C’est le devoir du nouveau gouvernement de faire changer la déplorable situation actuelle et de venir en aide aux patients qui en souffrent. Nous sollicitons aujourd’hui l’appui formel des différents partis.

Les gras trans bannis au Canada

Enfin une bonne nouvelle en alimentation qui se reflètera sur la santé des Canadiens. Depuis le 17 septembre dernier, et sur une transition de 2 ans, les gras trans seront définitivement interdits au Canada. Ces gras nocifs qu’on retrouve particulièrement sur la margarine solide, les frites, beignets, produits de pâtisserie, certains aliments et collations prêts-à-manger et tout aliment qui contient de « l’huile partiellement hydrogénée ».

Les gras trans, que l’on retrouve entre autres dans de nombreuses pâtisseries, sont créés en injectant de l’hydrogène dans de l’huile végétale pour lui donner un aspect plus solide et facile à tartiner. Ils permettent de conserver les aliments plus longtemps et leur procurent une texture plus appétissante. La mesure a été annoncée il y a un an par la ministre canadienne de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, mais elle est rentrée en vigueur le 17 septembre dernier.

ENCORE 2 ANS

La substance est connue pour augmenter le risque de développer des maladies cardiovasculaires, explique la nutritionniste et chroniqueuse au Journal de Montréal, Isabelle Huot. « Déjà. Depuis 10 ans, on remarque une baisse de la consommation. Les gens ont compris que ce n’est pas bon, mais il en reste encore dans les produits », révèle-t-elle.

« Ce ne sera pas juste les produits d’épiceries, mais aussi les produits en restauration. Ce qui est bien, car en restauration on ne peut pas toujours voir ce que nos plats contiennent », ajoute Madame Huot. Plusieurs aliments comme les produits laitiers, le bœuf et l’agneau contiennent naturellement des gras trans qui sont toutefois moins nocifs.

DEMANDÉ DEPUIS LONGTEMPS

Selon Francine Forget-Marin, porte-parole de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, les détaillants disposeront de deux ans pour se conformer à l’interdiction et retirer toute trace de gras trans dans leurs aliments. Les consommateurs devront donc attendre encore un certain temps avant de constater une différence dans les produits qu’ils achètent.

Déjà, en 2007, le gouvernement fédéral avait appelé l’industrie alimentaire à réduire volontairement les gras trans, rappelle Madame Forget-Marin.

Source : Vincent Larin, Le Journal de Montréal

Les ravages du cannabis

À moins de deux mois d’être officiellement légalisé au pays, malgré plusieurs réticences, voici une autre histoire à faire réfléchir sur la consommation de cette saloperie. Je vous propose ce dossier d’Isabelle Hachey, sur La Presse +, publié le 19 août dernier. Une triste histoire à faire réfléchir.

LA DÉTRESSE D’UNE MÈRE Isabelle Hachey

C’est l’histoire d’un jeune homme qui accumule les psychoses depuis qu’il a commencé à fumer de la marijuana. Un jeune homme au comportement de plus en plus incontrôlable, qui risque de sombrer dans la schizophrénie. C’est l’histoire d’une mère au cœur brisé qui crie à l’aide.

« CE N’EST PAS BON POUR TOI »

Au début, Rielle Lévesque a cru que son fils traversait une crise d’adolescence. Au pire, c’était parce qu’il fumait un peu trop de marijuana. Ces propos bizarres, ces petits délires, ces rires inappropriés. Il avait 18 ans. Une fille lui avait brisé le cœur. Il fumait de plus en plus et avait décroché de l’école.

Un jour, il s’est mis à « chasser les esprits » dans la maison. « À mon retour du travail, il avait mis tous les meubles devant la porte. Je ne pouvais pas entrer. Ça commençait à être évident que quelque chose ne tournait pas rond. »

Le jeune homme a écrit à son ex. Des messages menaçants : elle devait payer pour avoir rompu avec lui. Quand il s’est introduit chez elle en pleine nuit, les parents de cette dernière ont porté plainte. Rielle Lévesque a obtenu une ordonnance de la cour pour forcer son fils à se faire évaluer par un psychiatre.

Diagnostic : psychose, selon toute vraisemblance liée à sa consommation de cannabis.

« Il a pris des médicaments et s’est mis à aller mieux, mais il ne voulait plus vivre chez moi, parce que je lui avais fait un sale coup. Je l’avais trahi [en le forçant à se faire évaluer]. Il est allé vivre chez sa grand-mère. » Il a recommencé à consommer. Et il est retombé en psychose.

Cette fois, il a sauté du haut d’un toit. En plein délire, il se croyait invulnérable, puisqu’il était… un superhéros. Il s’est cassé les deux pieds. Les médecins ont dû poser des vis dans l’un de ses talons. Rielle Lévesque était convaincue que l’hôpital le transférerait illico dans un établissement psychiatrique pour lui faire subir un programme de réadaptation. On l’a plutôt renvoyé à la maison.

Il a recommencé à fumer.

« Je lui disais : « Le cannabis, ce n’est pas bon pour toi ». Il répondait : « Non, c’est super bon pour moi. De toute façon, ça va être légal. Ils ne le légaliseraient pas si ce n’était pas bon ». »

— Rielle Lévesque

Le cannabis provoque des psychoses – et risque de mener à la schizophrénie – chez les jeunes qui ont une vulnérabilité génétique. Cela frappe environ 3 % des consommateurs. Et cela court dans la famille Lévesque. Il y a quelques années, le fils d’une cousine s’est retrouvé à la rue après avoir perdu la carte.

Rielle Lévesque a tenté de raisonner son fils. En vain. « Dans sa tête, il n’a pas fait de psychoses. Quand je lui parle des choses qu’il a faites, il ne s’en rappelle pas. »

Le jeune homme refuse tout traitement. Étant adulte, c’est son droit le plus strict. Sa mère le voit s’enfoncer dans la maladie mentale sans pouvoir y faire quoi que ce soit.

« Partout où il passe, il se fait mettre dehors. Il a essayé d’aller à l’école, il a essayé de travailler… partout, il trouve quelqu’un qui va lui offrir du pot. » Et il retombe en psychose. Cela fait cinq ans que ça dure.

SOMBRER DANS LA VIOLENCE

En mars, le jeune homme a avalé des médicaments pour mettre fin à ses jours. Sa mère l’a trouvé affalé à la maison. Le lendemain, elle lui a rendu visite à l’hôpital. « Je lui ai tendu un verre d’eau et il m’a sacré un coup de poing dans la face. Il pensait que je l’attaquais. »

Rielle Lévesque a fait des pieds et des mains pour que son fils reçoive un traitement. À l’hôpital Douglas, on l’a inscrit à un programme, avec des séances de sport, des psychothérapies de groupe. « J’étais contente. Je pensais qu’il y serait pendant quelques mois, pour qu’il reprenne goût à la vie. Après deux semaines, le psychiatre lui a donné son congé. » Il est retourné chez sa grand-mère.

En juillet, il a menacé des passants avec un bâton en pleine rue, à Montréal. « Il a dit qu’il faisait des blagues, un peu comme dans Les insolences d’une caméra ou les gags de Juste pour rire. Il trouvait ça bien drôle. »

Une femme d’un certain âge, terrifiée, a voulu se défendre. Elle a frappé le jeune homme. Il a répliqué à coups de bâton. L’affaire lui a valu une accusation au criminel. Cette fois, Rielle Lévesque était absolument certaine que son fils serait pris en charge. Qu’il serait soigné, enfin, de gré ou de force.

Mais, au bout de trois semaines, un psychiatre lui a donné son congé. Sa mère et sa grand-mère avaient pourtant clairement indiqué à l’hôpital qu’elles étaient désormais incapables d’assurer sa sécurité.

« On m’a dit qu’on allait l’envoyer dans un refuge pour sans-abri. Va-t-il subir le même sort que Magloire ? Va-t-il agresser quelqu’un avant qu’on lui tire dessus ? »

— Rielle Lévesque

Alain Magloire est ce père de famille dont la vie a basculé après avoir avalé une pilule d’ecstasy. La maladie mentale l’a jeté à la rue. Des policiers l’ont abattu alors qu’il était en crise, le 6 février 2014. Le coroner a blâmé non pas l’intervention policière, mais la piètre organisation des soins de santé.

LE POINT DE NON-RETOUR

La grand-mère n’a pu se résoudre à voir son petit-fils transformé en sans-abri. Malgré le danger, elle l’a repris sous son toit. « Cela fait cinq ans que cela dure, dit Rielle Lévesque. C’est clair que cela se dégrade. Chaque fois qu’il revient, il n’est pas comme avant. Il rit tout seul, il a de la difficulté à parler. »

Impuissante, elle voit son fils s’enfoncer peu à peu dans la maladie mentale. Et craint le point de non-retour. « Il risque de devenir schizophrène. Sa psychiatre m’a dit : « À un moment donné, on ne peut plus les ramener, même avec les médicaments. » C’est urgent de faire quelque chose. » Avant qu’il ne soit trop tard.

Rielle Lévesque raconte son histoire en espérant faire bouger les choses, pour son fils et pour ceux qui risquent de vivre le même cauchemar avec la légalisation du cannabis.

« Il va y en avoir beaucoup plus. Qu’est-ce qu’on fait avec ces jeunes-là ? Ils sont foutus si on n’agit pas à temps. »

— Rielle Lévesque

Les jeunes adultes ont le droit de refuser des traitements, admet-elle. « Mais les recherches démontrent que le cerveau finit de mûrir à l’âge de 25 ans. […] Quand la drogue provoque des psychoses, cela affecte les capacités des gens à prendre de bonnes décisions. Ils n’ont plus de jugement. »

Si on avait forcé son fils à subir un traitement, croit-elle, il n’en serait pas rendu là, sur cette pente glissante.

« J’ai peur qu’il devienne itinérant, comme le fils de ma cousine. Elle m’a dit un jour qu’elle ne savait jamais quand elle recevrait un appel pour lui annoncer sa mort. Moi, c’est pareil. Il a sauté d’un toit, il a tenté de se suicider, il a menacé des gens avec un bâton. Ça va être quoi, la prochaine étape ? Est-ce qu’il va prendre un couteau ? Un fusil ? »

CANNABIS, PSYCHOSE ET LÉGALISATION

La légalisation du cannabis, dès le 17 octobre, risque-t-elle d’entraîner une explosion de psychoses chez de jeunes consommateurs vulnérables ? Entretien avec la psychiatre Amal Abdel-Baki, chef du service des troubles psychotiques au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

L’ASSOCIATION DES MÉDECINS PSYCHIATRES DU QUÉBEC A DEMANDÉ QUE L’ÂGE LÉGAL POUR CONSOMMER DU CANNABIS SOIT FIXÉ À 21 ANS, EN RAISON DES EFFETS NOCIFS DE CETTE DROGUE SUR LES CERVEAUX IMMATURES. LE GOUVERNEMENT A REJETÉ CETTE DEMANDE. LA LÉGALISATION VOUS INQUIÈTE-T-ELLE ?

Ce qu’on craint, c’est que la légalisation entraîne un message de banalisation de l’impact du cannabis. Beaucoup se disent : « Si c’était dangereux, le gouvernement ne le légaliserait pas. » Mais pour environ 3 % de la population, le cannabis peut déclencher des psychoses. Cela dit, les gens qui veulent consommer du cannabis en trouvent déjà facilement. L’expérience nous dira si la légalisation entraînera une réelle augmentation. Cela dépendra beaucoup de la sensibilisation qui sera faite auprès des jeunes dans les écoles.

FAUT-IL TRAITER LES PSYCHOSES RAPIDEMENT POUR ÉVITER QUE L’ÉTAT DU PATIENT NE SE DÉTÉRIORE ?

Tout à fait. Dans les cas de psychose, plus on intervient tôt, meilleures sont les chances de rétablissement. Les symptômes de la psychose sont une perte de contact avec la réalité. Souvent, la personne entend des voix ou entretient de fausses croyances, ce qu’on appelle des délires. La consommation de cannabis exacerbe ces symptômes. Les études ont démontré que le fait de continuer à consommer du cannabis a un impact important sur le fonctionnement de la personne, sa capacité à poursuivre ses études et à intégrer le marché du travail.

QUE FAIRE AVEC LES PERSONNES PSYCHOTIQUES QUI REFUSENT LES TRAITEMENTS ?

La loi est complexe. En effet, les gens ont le droit de refuser un traitement jusqu’à ce qu’ils deviennent dangereux pour eux-mêmes ou pour autrui. Ce qui arrive à une bonne proportion des gens souffrant d’une maladie non traitée, c’est que la maladie finit par devenir tellement sévère qu’ils adoptent des comportements dangereux. Par exemple, ils traversent la rue à la lumière rouge en se croyant invulnérables, ou ils agressent des gens qui, pensent-ils, veulent leur faire du mal. Quand les membres de la famille doivent attendre que leur enfant devienne dangereux pour faire appel à la cour ou aux policiers afin de le faire hospitaliser, cela devient extrêmement traumatisant pour tout le monde.

VOUS ÊTES PSYCHIATRE À LA CLINIQUE POUR JEUNES ADULTES PSYCHOTIQUES DU CHUM. CETTE CLINIQUE VISE À DÉTECTER LE PLUS VITE POSSIBLE LES PSYCHOSES POUR EN LIMITER LES IMPACTS. EST-CE LA VOIE À SUIVRE ?

Absolument. En octobre 2017, le ministère de la Santé a d’ailleurs dégagé des budgets pour créer 15 cliniques comme la nôtre partout à travers le Québec, parce qu’il a été démontré que plus on intervient tôt, plus on améliore le pronostic. En psychose, les gens ne se rendent pas compte qu’ils ne vont pas bien. Au début de la maladie, toutefois, il y a une petite période de quelques semaines où ils s’en rendent compte. C’est cette période qu’il faut attraper pour maximiser les chances d’instaurer un traitement avec l’accord de la personne. C’est vraiment la voie à suivre.

REFUS DE TRAITEMENT : LE POUR ET LE CONTRE

Au Québec, bien des familles désespèrent en voyant leurs proches sombrer dans la maladie mentale. Devrait-on obliger les malades récalcitrants à obtenir des soins ?

DES FAMILLES DÉSESPÉRÉES

Des histoires comme celle de Rielle Lévesque et de son fils, « on en entend régulièrement », déplore René Cloutier, directeur général du Réseau Avant de craquer, un regroupement de 39 associations qui soutiennent les proches de personnes atteintes de maladie mentale. « Ce que disent les familles depuis 20 ans, c’est qu’il y a un problème avec la loi P-38, qui vise à protéger les droits et libertés des personnes atteintes de maladie mentale. » Tout adulte a le droit de refuser un traitement, stipule cette loi. Pour l’hospitaliser contre son gré, on doit faire la preuve devant un tribunal qu’il représente un danger grave et immédiat. « Il faudrait changer la loi, qui est désuète et basée seulement sur la dangerosité, pour reconnaître aussi le droit pour la personne de recevoir des soins de santé lorsque son état mental le requiert », estime M. Cloutier.

LE DROIT FONDAMENTAL DES MALADES

Priver un malade de sa liberté ou le forcer à prendre des médicaments est « la meilleure façon de briser le lien entre une mère et son fils, et cela n’aidera ni l’un ni l’autre », prévient Jean-François Plouffe, porte-parole d’Action Autonomie, un collectif pour la défense des droits en santé mentale. « Ce n’est pas la première fois que des parents voient leurs enfants majeurs se diriger vers ce qu’ils perçoivent être le mauvais chemin, mais il reste que ces enfants sont des adultes autonomes. Nous pensons qu’il faut laisser les gens aller au bout de ce qu’ils ont à vivre, les accompagner le plus possible, leur trouver des ressources qui vont les aider à s’en sortir. Il y a plein de choses qui peuvent être faites sans opter pour la privation de liberté et la médication forcée. »

Hausse du nombre de cas de cancer de la peau

Les statistiques sont inquiétantes. La prévalence du cancer de la peau continue à augmenter chaque année malgré qu’il s’agisse d’une des formes de la maladie les plus faciles à prévenir.

Les chiffres de la Société canadienne du cancer illustrent cette hausse préoccupante en comparant les projections d’incidences et de mortalité pour 2014 à celles de 2017. En 2014, on estimait que 6 500 nouveaux cas de mélanome malin (cancer de la peau) seraient diagnostiqués et qu’il en résulterait 1 050 décès. Les estimations pour 2017 ont augmenté significativement : on prévoyait que 7 200 Canadiens seraient diagnostiqués, et que 1 250 en mourraient.

Si les taux de décès des suites d’un cancer en général diminuent depuis 1988, il en va autrement pour les mélanomes, même s’ils sont fort traitables quand ils sont détectés tôt. Malgré la prévention et les facteurs de traitement, on recense actuellement plus de cas de cancer de la peau chaque année que le nombre de cancers du sein, de la prostate, des poumons et du côlon RÉUNIS.

Faut-il le répéter, un mélanome malin est non seulement évitable, mais il peut bien souvent être traité avec succès… surtout à un stade précoce. Le cancer de la peau est causé par une exposition aux rayons ultraviolets (UV) et la Société canadienne du cancer prône deux principales lignes de défense : l’utilisation régulière d’un écran solaire avec FPS (facteur de protection solaire) d’au moins 30 et, tout aussi important, un dépistage précoce. Et rappelez-vous : si vous pouvez le détecter, vous pouvez le traiter.

Pour en savoir plus sur le cancer de la peau, son traitement et sa prévention, visitez le www.cancer.ca ou appelez sans frais au 1-888-939-3333.

Source : NOUVELLES « CSA », Été 2018

Diabète : découvrir les lupins

Les lupins sont une légumineuse, au même titre que les lentilles, les pois chiches ou encore les haricots.

En plus d’être économiques et polyvalentes, les légumineuses ont une excellente valeur nutritive et représentent un bon choix pour les personnes diabétiques.

Les lupins contiennent deux fois plus de fibres que les autres légumineuses, comme les lentilles, pois chiches et haricots rouges. Un avantage considérable pour les personnes diabétiques!

Comme les autres légumineuses, les lupins sont un substitut de viande très intéressant en raison de leur teneur en protéines. En raison de leur teneur plus élevée en sodium, s’ils sont consommés en conserve, on conseille cependant de bien les rincer et de les apprêter sans ajouter de sel.

COMMENT CONSOMMER LES LUPINS

Partout, autour de la Méditerranée, le lupin est traditionnellement consommé comme grignotine à l’apéro. Bien qu’il change de nom selon le pays, la façon de le manger est similaire : en saumure, accompagné d’une boisson. Au Québec, il est possible de s’en procurer en saumure dans des épiceries spécialisées, particulièrement dans des épiceries italiennes, portugaises ou espagnoles. Attention toutefois, il s’agit alors d’une grignotine très salée.

Autrement, dans la plupart des épiceries, les lupins sont vendus secs et en conserve. Ils peuvent alors être cuisinés et consommés comme n’importe quelle autre légumineuse : en salade, en soupe, en sauce, etc. Il faut cependant s’armer de patience si l’on décide de les acheter secs et de les cuire soi-même. Le lupin a un goût très amer et doit donc être trempé, cuit et trempé à nouveau. Le processus dure environ 4 jours.

En Europe, il est transformé au même titre que le soya et on retrouve entre autres des burgers de lupin, du yogourt de lupin et divers produits transformés à base de farine de lupin. En raison de sa popularité croissante et de sa versatilité, le lupin est surnommé le nouveau soya. Cette tendance semble arriver au Québec et nous verrons certainement de plus en plus de produits à base de lupin sur les tablettes des épiceries.

ATTENTION AUX ALLERGIES

Allergies alimentaires Canada met en garde les personnes allergiques aux arachides contre la consommation de lupin puisqu’il s’agit d’une légumineuse appartenant à la même famille. Des études suggèrent que les personnes allergiques aux arachides sont ainsi plus susceptibles d’être aussi allergiques aux lupins. Plus précisément, une étude a démontré que sur 23 personnes allergiques aux arachides, 15 étaient aussi allergiques à la farine de lupin.

Source : Revue Plein-Soleil. Été 2018, p7

Travailleurs : Pour mieux lutter contre la chaleur

Il semble bien que la canicule nous revienne cette semaine. Voici les consignes d’usage pour les travailleurs et on ne les répètera jamais assez. Pour mieux lutter contre les effets négatifs de la canicule, les travailleurs sont invités à :

•    boire au moins un verre d’eau toutes les 20 minutes, même si vous n’avez pas soif;

•    porter des vêtements légers, de couleur claire, de préférence en coton, pour favoriser l’évaporation de la sueur;

•    se couvrir la tête pour travailler à l’extérieur;

•    cesser le travail immédiatement si vous éprouvez des étourdissements, des vertiges ou une fatigue inhabituelle; en prévenir quelqu’un ou votre supérieur immédiat puisque ces malaises peuvent annoncer un coup de chaleur;

•    redoubler de prudence si vous prenez des médicaments, si vous avez des problèmes de santé ou si vous avez été malade récemment (diarrhée, fièvre, vomissements);

•    rapporter au secouriste et à votre supérieur immédiat tout comportement anormal d’un collègue.

Le risque de coup de chaleur est augmenté pour les travailleurs extérieurs. Ceux-ci sont invités à réduire leurs durées d’exposition au soleil et l’intensité de leurs activités.

Les analgésiques

Devant la panoplie d’analgésiques offerte en vente libre, les personnes qui éprouvent de la douleur ont du choix.

Mais comment savoir si un produit en vente libre est suffisant ou si un médicament plus puissant, un analgésique d’ordonnance, s’impose?

Pour prendre des décisions éclairées, voici un aperçu offert par des anesthésiologistes et des algologues.

TYPES DE DOULEUR

1- DOULEUR SIMPLE OU SUPERFICIELLE

Douleur articulaire ou musculaire, ou mal de nature inflammatoire soulagé par un antiinflammatoire non stéroïdien (AINS)

MÉDICAMENTS EN VENTE LIBRE

AINS (ibuprofène, naproxène et aspirine)

Les antiinflammatoires non stéroïdiens, ou AINS, soulagent souvent très bien les douleurs causées par l’inflammation, comme les entorses et les maux de dents, de tête et de dos et même l’arthrite.

Les effets secondaires les plus courants des AINS sont des troubles gastriques. Ils peuvent aussi réagir aux anticoagulants. Comme ils sont métabolisés dans les reins, ils sont déconseillés aux patients atteints de maladies rénales.

Acétaminophène

L’acétaminophène aussi peut soulager les maux de tête et l’arthrite, mais elle ne réduit pas l’inflammation et l’enflure.

L’acétaminophène ne cause pas de troubles gastriques, mais des doses importantes peuvent nuire au foie.

2- NÉVRALGIE

Douleur vive et lancinante qui irradie d’une partie du corps vers ne autre. La prise d’un médicament d’ordonnance pourrait s’imposer.

MÉDICAMENTS D’ORDONNANCE

AINS d’ordonnance

Si les médicaments en vente libre ne calment pas les douleurs légères à modérées, un antiinflammatoire non stéroïdien d’ordonnance pourrait aider.

Opioïdes

Les opioïdes, qui sont des narcotiques, sont prescrits seuls ou avec l’acétaminophène en cas de douleurs plus fortes ou intenses causées par une blessure, une chirurgie ou une maladie. Ils sont généralement destinés à une utilisation de courte durée, car leur utilisation à long terme (p. ex. en cas de douleur chronique attribuable au cancer) comporte un risque de dépendance physique ou d’accoutumance.

Autres médicaments d’ordonnance (antidépresseurs, anticonvulsivants)

D’autres médicaments d’ordonnance, comme les antidépresseurs et les anticonvulsivants, sont parfois prescrits si les analgésiques n’ont pas d’effet sur la douleur neuropathique ou chronique.

Leurs effets secondaires varient énormément selon le produit et la dose : somnolence, nausées, vomissements et constipation.

Source : Marijke Vroomen Durning, infirmière. Contact Costco juillet-août 2018

Trucs faciles pour garder un cerveau actif

Chez les aînés, il est important d’exercer votre corps, mais aussi votre cerveau. En gardant votre esprit actif et éveillé, vous pouvez aider à réduire votre risque de démence. Voici quelques activités amusantes que vous pourriez faire au quotidien.

FAITES DES CASSE-TÊTES
La recherche démontre que les personnes qui font des casse-têtes et des jeux cérébraux ont de meilleurs résultats aux tests d’aptitudes cognitives comme l’attention, le raisonnement et la mémoire. Essayez un mot croisé, un mot mystère ou un sudoku sur le chemin du travail, à l’heure du dîner ou encore en vous détendant avant le coucher. Écrivez votre nom avec votre main non dominante pour titiller une autre partie de votre cerveau.

ÉTUDIEZ UNE NOUVELLE LANGUE
Vous n’avez pas besoin de maîtriser parfaitement une autre langue pour en faire profiter votre cerveau. Parler deux langues ou plus et passer d’une à l’autre peut améliorer l’attention, la mémoire et la résolution de problèmes. Suivez un cours à votre centre communautaire ou essayez une application spécialisée sur votre téléphone intelligent.

CONTINUEZ D’APPRENDRE
Si vous ne voulez pas essayer d’apprendre une nouvelle langue, vous pouvez néanmoins aiguiser votre esprit en apprenant autre chose. Lire un nouveau livre sur un sujet d’intérêt, essayer un nouveau jeu de cartes, jouer à des jeux sur tablette ou ordinateur personnel, commencer un passe-temps qui vous a toujours tenté, voilà autant d’excellentes façons de stimuler votre cerveau.

Le gouvernement fédéral prépare une stratégie nationale sur la démence qui apportera un complément aux initiatives en place afin de sensibiliser la population, réduire la stigmatisation et soutenir les personnes touchées, l’objectif étant d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec la démence et de leurs aidants.

Source : Nouvelles « CSA » Printemps 2018