Le matin après que je me sois tué

Nous sommes en pleine semaine de prévention du suicide et, pour l’occasion, j’ai pigé dans les textes que je conserve au fil du temps pour trouver celui-ci. Je vous l’offre en réflexion.

Ce matin après que je me sois tuée, je me suis réveillée. Je me suis fait un petit déjeuner au lit. Je me suis fait des œufs et j’ai ajouté du sel et du poivre, puis j’ai utilisé mes rôties pour me faire un sandwich bacon-fromage et ensuite je me suis pressé un jus de pamplemousse. Par la suite, j’ai nettoyé la poêle, essuyé les comptoirs et plié les serviettes.

Le matin après que je me sois tuée, je suis tombé en amour, pas avec un gars qui marche dans la rue ou avec celui qui fait son jogging, pas avec le commis d’épicerie non plus. Je suis tombée en amour avec ma mère et la façon dont elle est assise sur le plancher de ma chambre, en tenant les roches de ma collection dans sa main tout en pleurant jusqu’à temps qu’elles deviennent noircies par ses mains moites. Je suis tombée en amour avec mon père qui est allé à côté de la rivière pour placer ma note dans une bouteille et l’envoyer à la mer. Je suis tombée en amour avec mon petit frère de 12 ans, qui croyait autrefois aux licornes magiques, et qui est maintenant assis à son bureau d’école, les yeux pleins d’eau, étant maintenant persuadé qu’elles n’existent plus.

Le matin après que je me sois tuée, je promenais mon chien. J’ai regardé la façon dont sa queue tremblait quand un oiseau s’est mis à voler, ou comment il est devenu tout excité quand il a vu un chat. J’ai vu le vide dans ses yeux et quand il a attrapé le bâton et qu’il s’est retourné dans ma direction pour me saluer, mais il ne voyait rien sauf le ciel. Je me suis tenue debout à côté de ces étrangers qui le caressaient et lui qui fondait sous leurs caresses, comme il le faisait pour moi. Puis, j’ai réalisé que ce n’était plus moi qui promenais mon chien.

Le matin après que je me sois tuée, je suis retournée dans la cour de mes voisins où j’avais laissé mes empreintes dans le béton quand j’étais une enfant et j’ai examiné à quel point elles étaient déjà en train de s’effacer. J’ai ramassé quelques fleurs et j’ai regardé la vieille femme par la fenêtre alors qu’elle lisait le journal avec la nouvelle de ma mort, et j’ai vu son mari, qui chiquait du tabac dans l’évier de la cuisine, lui apporter ses médicaments.

Le matin après que je me sois tuée, je regardais le soleil se lever, les pommiers fleurir et cet enfant qui pointait un nuage rouge à sa mère.

Le matin après que je me sois tuée, je suis retournée à ce corps à la morgue et j’ai essayé de lui parler et de le raisonner et de lui donner un peu de bon sens. Je lui ai dit au sujet de la rivière et de ses parents, je lui ai parlé des couchers de soleil, du chien et de la plage.

Le matin après que je me sois tuée, j’ai essayé de ne plus me tuer, mais ce n’était pas possible…

Le suicide est permanent… alors que les problèmes sont temporaires.

Texte de Maggie Royer, traduit de l’anglais.

Une réflexion au sujet de « Le matin après que je me sois tué »

  1. C’est atroce d’en arriver à ce point final et surtout irrémidiable. Je suis convaincue , que si tous ceux qui ont mis fin à leur mal de l’âme pouvaient revenir sur leur décision après avoir réalisé toute la peine laissée derrière eux, ils ne commettraient pas ce geste de grand découragement. Hélas nous n’avons pas la possibilité de revenir sur ce choix .

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