Les préposés en CHSLD

La Une

On l’a vu et entendu, avec la pandémie de 2020 qui est toujours présente, ce qui se passait vraiment dans ces mouroirs d’aînés. On s’en doutait mais la réalité toute crue nous est rentrée en plein visage.

On ne peut pas refaire le passé mais l’avenir, on peut l’améliorer. On sait que le personnel manque cruellement de préposés. Pourtant, ceux-ci sont essentiels pour que ces aînés puissent mériter une qualité de vie exemplaire et humaine.

Évidemment, tout le monde ne peut effectuer ce travail. Ça prend beaucoup d’altruisme dans son sens large, du dévouement, du respect, de l’écoute, de l’empathie et de la compassion. Est-ce dans vos cordes ?

De toute évidence, les probabilités qu’on termine notre vie dans ces lieux sont énormes. Est-ce que les soins seront améliorés ? C’est à souhaiter. Si on peut tirer une leçon de cette pandémie, c’est celle d’améliorer ces « maisons des aînés » si chères à notre gouvernement actuel, ou de carrément mettre l’accent sur les soins à domicile.

En fouillant mes textes, conservés au fil des ans, je suis tombé sur un article intégral de Pierre Foglia, qu’il signait le 25 juin 2014 dans La Presse. Un prélude à l’hécatombe de 2020 et une triste réalité qui persiste. Est-il toujours d’actualité ?

La caméra pas cachée

Une plainte monte du couloir. Encore M. Filion, dit une préposée. Encore constipé. La plainte devient une sorte de beuglement. Ça doit être coincé et ça le déchire, commente une autre préposée, j’y vais. Elle entre dans la chambre où M. Filion, prostré, impuissant, humilié sans doute aussi, pleure doucement. La préposée lui prend la main. Là, là, M. Filion, on va arranger ça. Elle baisse son pyjama, défait sa couche et, de son doigt ganté, dégage l’anus du vieux monsieur.

La caméra avec laquelle j’écris cette chronique n’est pas cachée. Ce que je vous montre, n’importe qui peut le voir. Prenons la plus courante des tâches, celle qui est répétée le plus souvent dans tous les CHSLD de la province. Le bain partiel quotidien. Avec un gant de caoutchouc, la préposée lave la figure, les fesses, la vulve, le pénis du vieux ou de la vieille. Enlève les champignons de son nombril avec un coton-tige. Éponge le liquide brun et épais qui suinte de ses oreilles.

J’ai dit la job courante. Mais une job comme une autre ? Journaliste, plombier, institutrice, vendeuse chez Renaud Bray, ça, ce sont des jobs normales, comme les autres. Changer la couche des petits enfants dans une garderie, c’est aussi une job normale. Mais changer la couche d’un monsieur de 88 ans, ce n’est pas une job normale. Pas normal pour le vieux monsieur. Pas normal pour la vieille madame, pas normal pour la préposée.

Laver la vieille dame sous les seins, mais pas sous les aisselles parce que son bras, trop raide, ne décolle pas et qu’il faudrait être deux pour le lever. Alors forcément, demain, après-demain, la vieille dame va puer un peu. Mais elle puerait de toute façon : 80 % des bénéficiaires des CHSLD portent des couches. Lave-les tant que tu veux, ils puent toujours un peu sous le parfum dont on les asperge le matin.

Couper les ongles des orteils, qui poussent tout croches. Gare s’ils déchirent les bas. La famille en fera tout un plat. Leur avocat convoquera les médias. Et Maisonneuve va encore s’exciter. S’occupent pas de notre papa, c’t’écoeurant. La faute au syndicat.

Nettoyer les ongles des mains. Mais surtout sous les ongles. Je viens de le dire, 80 % des bénéficiaires sont en couche. Plusieurs jouent dedans. Avec la sénilité revient, comme chez les tout-petits, la fascination de la merde. Mais parfois, aussi, c’est tout simplement parce que ça les pique.

Les nourrir. Madame X, madame Y, monsieur Z ont pris place dans leur chaise à têtière, qui leur tient la tête droite.

Pour les gaver, une seule préposée, assise, elle, sur une chaise à roulettes pour pouvoir aller plus aisément de l’un à l’autre. Hop, une petite cuillère de crème de blé à madame X. Hop, une autre à madame Y. Oups ! Monsieur Z ne veut pas ouvrir la bouche. Ben alors, monsieur Z, on n’a pas faim, aujourd’hui ? Miam-miam, la bonne crème ! Hop, elle revient à madame X, qui a régurgité. D’abord lui essuyer les coins de la bouche avec une serviette en papier. Hop madame Y, c’est bien, madame Y ! S’il vous plaît, monsieur Z, je vais me faire gronder par l’infirmière si vous ne mangez pas. La préposée insiste un peu avec sa cuillère. Les lèvres de M. Z se desserrent, il aspire un peu de crème de blé. S’étouffe, la recrache. La préposée en a plein ses lunettes. Finalement, c’est madame Y qui a presque tout mangé. Et quand elle a été bien pleine, elle a déféqué. Hon ! Madame Y ! Venez, on va vous changer.

Too much information ? Vous préférez quand la caméra cachée surprend le préposé en train de traîner le petit vieux sur le plancher comme une poche de patates ? Désolé, vous me confondez avec le Téléjournal ou avec une émission de radio qui sévit le midi.

Les épidémies, les rhumes, les petites contrariétés qui déclenchent des cataclysmes dans le quotidien des pas-tout-à-fait-déconnectés. Le fils chéri vient de téléphoner, il ne viendra pas samedi. Ou le contraire, il est venu et ça ne s’est pas bien passé. Les familles ! Faudrait faire aux familles le coup de la caméra cachée. Montrer les engueulades des enfants dans la chambre du vieux, les discussions d’argent. La paranoïa ambiante. Où est passé le haut de pyjama de mon père ? On ne sait pas, madame. Votre père l’aura oublié dans une chambre où il est entré en pensant que c’était la sienne. On le retrouvera.

La violence des bénéficiaires. Coups de pieds, coups de poings aux préposés, insultes. Deuwwors ! crie la vieille à la préposée Noire qui vient d’entrer pour la laver : « Je ne veux pas d’esclave dans ma chambre. »

Le cul. Les vieux qui sortent leur truc. Qui laissent traîner leurs mains. La frénésie des vieilles à l’arrivée d’un nouveau.

La mort, quand ce n’est pas eux qui meurent mais un proche, un de leurs enfants, accident, cancer. Alors ils engueulent le bon Dieu. Pourquoi c’est pas moi que t’es venu chercher ?

Il y a plus de 100 000 vieux dans les CHSLD. Plus de la moitié totalement déconnectée, vertigineusement absents, ni passé, ni présent, incapables de reconnaître leurs propres enfants. Le regard vide, la couche pleine. Et ce dont on n’arrête pas de parler, c’est de quelques dérapages ? Sans montrer d’abord la chiennerie de fin de vie dans laquelle s’inscrivent ces dérapages ?

Lâchez-moi avec votre dignité.

Est-il d’autre dignité, rendu là, que la mort ? Mettons que, pour toutes sortes de raisons à la con, dont quelques-unes religieuses, vous me répondiez non, c’est pas ça, la dignité. La dignité, c’est d’essuyer avec un coin de serviette en papier la crème de blé qu’a régurgitée la vieille. La dignité, c’est de dégager avec son doigt l’anneau anal du vieux constipé. OK, d’abord.

Reconnaissez au moins que ce n’est pas une job comme les autres. Que ce n’est pas une job normale. Reconnaissez que ceux et celles qui la font sont admirables. Pour moins de 400 piastres net par semaine, sacrament, les mains jusqu’aux coudes dans la marde de vos parents. Et vous les espionnez ? Et vous les traitez de chiens sales ? Vous n’avez pas honte ?


66e jour de l’année

7 mars 2022

À la douce mémoire de…

EDWARD RÉMY 1926-2021, journaliste et chroniqueur artistique québécois,


On jase là…

Vous avez vu la une du Journal de Montréal d’hier ? Inqualifiable ! Le cadavre d’un bébé ukrainien de 18 mois, tué par l’armée russe. Il était une menace pour qui ? Je suis sans mot… Oui : Génocide !


Pensée et citation du jour

Une personne qui n’a jamais commis d’erreur n’a jamais innové.

Albert Einstein


Ça s’est passé un 7 mars…

(1965) La messe est dite en langue moderne pour la première fois au Canada.

(1985) We Are the World est une chanson de 1985 écrite par Michael Jackson et Lionel Richie, produite par Quincy Jones et enregistrée par le groupe de musiciens USA for Africa. Ce titre a eu pour objectif caritatif de collecter des fonds pour lutter contre la famine en Éthiopie.

(2003) Une Canadienne de 78 ans, arrivant de Hong-kong, a atterri à Toronto le 23 février. Sans le savoir, elle introduit le coronavirus au Canada. Le 5 mars, elle meurt chez elle. Le 7 mars, son fils se présente à l’urgence d’un hôpital avec les symptômes d’une pneumonie.

Pour Toronto, c’est le début du cauchemar. Allison Mc Geer, spécialiste des infections, s’en souvient bien. « On ignorait ce que c’était. On ne connaissait ni la cause, ni la période d’incubation, ni le mode d’infection, ni la façon de rendre malade. Au début, on n’arrivait même pas à distinguer qui avait le SRAS de qui ne l’avait pas. Je ne sais pas comment j’ai été infectée. J’ai dû être en contact avec une personne contagieuse qu’on n’avait pas encore identifiée.


Merci de vitre assiduité. – Passez une excellente journée !

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