Savoir s’arrêter

Qui n’a pas entendu, au retour des vacances du temps des Fêtes, qu’il est bon de revenir au travail parce que la période a été divertissante certes, mais très occupée par les rencontres et les nombreux déplacements. Bref, le retour au travail et reprendre sa routine seraient comme des vacances. Bizarre non ? C’est peut-être qu’on ne sait pas s’arrêter.

Mathieu Bock-Côté, sociologue, auteur et chroniqueur au Journal de Montréal, brossait un portrait assez juste de notre société actuelle, inondée de technologies, dans son article de jeudi dernier. C’est ce texte que je vous propose. Prenez du temps pour le lire parce qu’il déborde de vérités et principalement pour ce temps de l’année.

LA VIE AU RALENTI Mathieu Bock-Côté

Il y a globalement deux manières de vivre le temps des Fêtes.

La première, la plus courante, consiste à passer d’une grande table à une autre, chaque repas devenant un festin sous le signe d’une abondance gargantuesque. Elle a été chantée en d’autres temps pas Hi Ha Tremblay, alias Michel Barrette, dans Le Temps D’une Dinde ! Elle a son charme !

FRÉNÉSIE

Et pourtant, il y en a une autre. Sans s’interdire quelques banquets, et tout en goûtant pleinement les joies de la famille et de l’amitié, il s’agit plutôt, cette fois, de se soustraire à la pression sociale et de redécouvrir, pendant quelques journées d’hiver, le charme de la vie au ralenti.

Notre existence est aujourd’hui frénétique. Prenons le cas d’une famille standard, avec papa, maman, et deux enfants. Il y a de bonnes chances qu’elle soit installée en banlieue, c’est-à-dire qu’il est à peu près certain que les deux parents, d’une manière ou d’une autre, perdent une partie importante de leur vie dans le trafic.

Entre le travail des parents, l’école des enfants, les rendez-vous obligatoires des premiers et les cours auxquels on se sent obligé d’inscrire les seconds, la vie semble prendre la forme d’une course maniaque vers nulle part.

Cette existence barouettée est épuisante. Combien de fois a-t-on pu entendre un ami nous expliquer qu’au terme de la journée, il ne lui reste plus qu’une heure pour se reposer, et cela, s’il est chanceux.

Notre existence est aussi hachurée.

Qui est encore capable de regarder un film de la première à la dernière seconde sans regarder son téléphone, sans consulter ses courriels, sans s’égarer sur Facebook, ou pire encore, sans perdre son temps sur Instagram ? Qui est encore capable d’ouvrir un livre et de s’y laisser happer sans consulter sans cesse ses médias sociaux ?

Notre existence est aussi pressurisée par la société de consommation qui nous bombarde de sollicitations publicitaires cultivant en nous des désirs artificiels et loufoques. S’il est agréable de s’entourer de beaux objets et de vivre dans l’aisance, sans s’inquiéter de son endettement ou de ses fins de mois, il est insensé d’accrocher son bonheur à la frénésie consommatrice.

Le capitalisme devenu fou nous entraîne dans sa folie.

SILENCE

Et pourtant, il suffit de s’arrêter un peu pour reprendre son souffle et comprendre que notre mode de vie cloche. Il est aliénant. Il fait passer notre soumission active à un système déréglé pour la seule manière légitime de poursuivre la quête du bonheur.

Il faut savoir s’arrêter, reprendre son souffle, en se demandant si cette existence frénétique, hachurée et consommatrice est vraiment tenable. Il suffit quelquefois de s’arrêter quelques jours pour s’en rendre compte.

S’installer dans un sofa. Lire un vrai livre. Aller marcher sans son téléphone une heure. Goûter le silence.

Il suffit de cela, quelquefois, pour avoir envie de reprendre sa vie en main.

Mieux vaut s’en rendre compte plus tôt que tard.

Le sort des enfants dans notre société

Assez bizarre comme l’actualité accorde beaucoup d’importance à la maltraitance des aînés et des animaux, alors que le sort des enfants maltraités, abusés sexuellement et négligés n’obtient pas semblable presse. Mario Dumont en traçait un portrait triste et laid mais intéressant de leur situation, dans l’édition du 12 octobre du Journal de Montréal, suite au dernier bilan de la DPJ dévoilé récemment. C’est son opinion que je veux partager avec vous aujourd’hui.

LE MIROIR DE LA DPJ Mario Dumont

Lorsqu’il est question de savoir comment le Québec traite ses aînés, la discussion publique va bon train. Le gouvernement a créé des CHSLD, il en est responsable. Quand des cas de mauvais traitements sont portés à notre attention, tout le monde lance une charge à fond de train contre l’incompétence du gouvernement.

C’est si facile lorsque nous pouvons collectivement nous soustraire à nos responsabilités et tout ramener à cette créature impersonnelle qu’est l’État. Chaque citoyen peut avoir bonne conscience. Le citoyen québécois ne néglige pas les aînés. Il est une victime, victime de vivre dans ce Québec où l’État néglige les aînés.

Ce n’est pas si simple avec le bien-être des enfants. Malgré la présence des garderies et des écoles, nous n’avons pas transféré à l’État le sort de ceux-ci. Les parents demeurent les premiers responsables de veiller au sain développement des enfants.

QUEL PORTRAIT !

Le bilan des DPJ dévoilé cette semaine est terrible. Dans presque toutes les régions, il y a une hausse du nombre de signalements. La DPJ n’intervient pas pour le plaisir. Ces signalements révèlent des cas d’enfants battus, abusés sexuellement, ou négligés de toutes les façons. Un portrait vraiment laid.

Dans l’ensemble du Québec, il s’agit d’une hausse de plus de 8% du nombre de signalements retenus par rapport à l’an dernier. C’est énorme ! Malgré tout, ces données alarmantes sur le sort des enfants auront pris moins de place dans l’actualité que n’auraient occupé le démantèlement de ce qu’on a appelé les « usines à chiots ».

Pourquoi ? Malheureusement, nous nous sommes habitués. Les signalements sont continuellement en hausse. Nous finissons par perdre de vue que derrière les statistiques se cachent des cas déplorables d’enfants maltraités. Des cas individuels. Des enfants qui ont souffert un à un. Des enfants si en danger que le meilleur choix fut de les retirer de leur famille.

L’autre explication, c’est que le mauvais sort réservé à nos enfants nous renvoie une sombre image de nous-mêmes. Pas moyen de se contenter de blâmer l’État. Des centaines de parents parmi nous sont négligents, incompétents et insouciants au point de causer des torts majeurs à leurs enfants. Ce n’est pas glorieux pour une société avancée.

ÉCONOMIE FAVORABLE

D’autant plus que certaines excuses tombent. Il fut un temps où l’on attribuait les problèmes de maltraitance des enfants aux mauvaises conditions économiques. Le chômage entraîne la pauvreté et la pauvreté entraîne une détresse dont les enfants finissent par souffrir.

En 2018, le Québec vit essentiellement le plein emploi.

L’économie va plutôt bien et les revenus sont en croissance. Je ne m’attendrais pas à ce que les signalements à la DPJ tombent à zéro. Mais il me semble que l’excuse économique s’amenuisant, l’incompétence pathétique et la malveillance honteuse paraissent encore plus gênantes.

J’écris ce texte comme un cri du cœur pour les enfants du Québec. Même si je sais qu’il y aurait plus de lecteurs et de partage sur les réseaux sociaux pour une histoire de raton laveur séparé de sa famille.

Changements climatiques – Sommes-nous prêts ?

Est-ce que les changements climatiques vous effraient ? Force est d’admettre que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient. Nos hivers sont moins rigoureux, alors que nos étés sont suffocants. Je ne m’en fais pas trop mais je m’y intéresse quand même. Je prête l’oreille, alors que j’ai 66 ans bien sonnés.

Depuis que la terre existe, partie de glace, elle a évolué, s’est réchauffée et l’homme n’existait même pas. Une transformation normale au fil du temps. Quoi qu’il en soit, la crainte de voir se transformer radicalement notre monde, a de quoi nous faire réfléchir. Isabelle Hachey en a fait son dossier qu’elle a publié dans La Presse + du 11 août dernier et que je partage avec vous.

C’est assez bouleversant comme constat où on prévoit un Québec victime de ce réchauffement planétaire aussi près qu’en 2050. C’est demain ! Serons-nous prêts ? Quelle en sera l’adaptation ?

À QUOI RESSEMBLERA LE QUÉBEC DE 2050 ? Isabelle Hachey

Les canicules qui se succèdent à un rythme alarmant cet été, au Québec comme ailleurs, ne trompent pas : le réchauffement planétaire est déjà commencé. Il va maintenant s’accélérer, et le monde n’aura pas d’autre choix que de s’adapter. Sommes-nous prêts ?

« ÇA VA ÊTRE UN MONDE COMPLÈTEMENT DIFFÉRENT »

Montréal, 11 août 2050. Il n’est pas encore midi et le mercure affiche déjà 38 °C. La canicule sévit depuis la Saint-Jean-Baptiste, sans interruption, hormis trois jours de pluies torrentielles qui ont inondé – encore – la vallée d’asphalte et de béton que forme l’autoroute Décarie.

Malgré les plans d’urgence, la chaleur accablante a tué des dizaines de personnes âgées depuis le début de l’été. Les climatiseurs fonctionnent à plein régime. La facture d’électricité des Montréalais risque d’exploser à la fin du mois. Tout comme la facture d’eau, désormais rationnée.

Les politiciens promettent de faire plus, de faire mieux. En cette période de précampagne électorale, ils participent aux traditionnelles épluchettes de blé d’Inde… désormais cultivé au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le sirop d’érable, quant à lui, provient de Baie-Comeau. Dans le sud du Québec, il y a longtemps qu’on n’a plus visité une cabane à sucre. Ou vu un Noël blanc.

Si on veut de la neige en hiver, mieux vaut se rendre en Gaspésie, qui connaît un boom touristique sans précédent. Dès la mi-janvier, des skieurs de l’Ontario et du nord-est des États-Unis empruntent la route 132 – ramenée à l’intérieur des terres pour échapper aux assauts du fleuve – afin de profiter de la neige naturelle qui n’est pas tombée chez eux depuis des années.

Cet été, ce sont les Montréalais qui se sont rués en masse dans la péninsule gaspésienne. Ils fuyaient la canicule, mais aussi une grave épidémie de fièvre provoquée par un virus découvert il y a une trentaine d’années en Amérique latine et porté par des moustiques ayant rapidement migré vers le nord.

Un Québec méconnaissable.

Science-fiction ? Bien sûr. Mais rien que les scientifiques n’aient pas projeté dans diverses études visant à établir les effets potentiels du réchauffement climatique au Québec.

Le scénario imaginé plus haut s’inspire – très librement – de projections contenues dans la Synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec. Ce document de référence, publié en 2015 par le consortium Ouranos, a requis deux ans de travail et mobilisé une centaine d’experts.

Le réchauffement a déjà commencé, nous rappellent trop bien les canicules qui se succèdent à un rythme effarant cet été, au Québec comme ailleurs dans le monde. Il va maintenant s’accélérer. Et il faut s’attendre à ce que le Québec de 2050 soit méconnaissable, prévient Dominique Paquin, spécialiste en simulations et analyses climatiques chez Ouranos. « Ça va être un monde complètement différent. »

Un monde auquel il faudra s’adapter pour survivre. « La quantité d’efforts que nos enfants vont devoir déployer autour de cet enjeu, on a encore de la difficulté à se l’imaginer », craint Steven Guilbeault, directeur d’Équiterre.

« Si on continue au rythme actuel, avec des émissions très fortes de gaz à effet de serre (GES), on peut s’attendre à un réchauffement de 3,5 ou 4 °C en 2050. »

— Dominique Paquin, spécialiste en simulations climatiques, Ouranos

Conséquences probables, voire inévitables de ces trois ou quatre degrés supplémentaires : vagues de chaleur accablante, pluies diluviennes, érosion des côtes maritimes, bouleversement des écosystèmes, migration de la faune et de la flore vers le nord et destruction de récoltes avec l’arrivée en masse d’espèces envahissantes. Entre autres.

Adieu à l’hiver québécois

À Montréal, le nombre de journées de canicule va au moins tripler, selon le Dr Pierre Gosselin, coordonnateur du programme de recherche santé au sein du consortium Ouranos. « Il y aura environ 50 jours au-dessus de 30 °C à Montréal. » Autrement dit, des étés presque complets de canicule. Les personnes âgées et vulnérables en paieront le prix.

« Des études récentes montrent que le nombre de décès [liés à la chaleur] va augmenter de 50 à 100 % sur la planète en 2040. »

— Le Dr Pierre Gosselin

L’hiver québécois tel qu’on le connaît n’existera plus. Il ne durera que quelques semaines. « L’hiver se réchauffe davantage que l’été. On peut s’attendre à un réchauffement hivernal de 5 ou 6 °C, dit Mme Paquin. Il y aura de moins en moins de neige. Et peut-être que les patinoires extérieures disparaîtront, puisqu’il y a un coût à maintenir des infrastructures hivernales quand les températures ne sont pas assez froides pour les maintenir naturellement. »

Dans le cas des patinoires, ce n’est pas vraiment un scénario de science-fiction ; c’est déjà une réalité qui commence à poindre. En janvier, la Ville de Montréal a par exemple annoncé la fermeture définitive de la patinoire naturelle du lac aux Castors, sur le mont Royal, parce qu’elle n’avait pu être ouverte que 37 jours l’hiver précédent. Naguère, les Montréalais pouvaient y patiner une centaine de jours chaque hiver.

D’autres signes s’accumulent et ne mentent pas : ce cardinal qui chante dans la cour, à Montréal, et dont la présence était autrefois exceptionnelle ; la fonte du pergélisol, qui met en péril, maisons et routes du Grand Nord ; la promenade de Percé, maintes fois dévastée par les tempêtes ; la maladie de Lyme, qui se propage toujours plus au nord de la province, grâce à la migration de souris porteuses de tiques infectées par la bactérie.

Cette semaine encore, des scientifiques ont annoncé l’arrivée au Québec de la veuve noire du Nord, une araignée heureusement moins dangereuse qu’on pourrait le croire. « Si on m’avait dit quand j’étais au baccalauréat que sa niche écologique allait s’étendre au Québec avant 2020, j’aurais été bien surpris », a confié l’entomologiste Maxim Larrivée jeudi à La Presse. Mais voilà, les changements climatiques sont beaucoup plus rapides que prévu.

« ON N’EST PAS PRÊTS »

Le train est en marche. Impossible de revenir en arrière, même si on parvenait à éliminer du jour au lendemain toutes les émissions de GES de la planète, explique Dominique Paquin. « Il y a tellement de carbone accumulé dans l’atmosphère que le réchauffement va continuer » pendant au moins un siècle.

« Il n’est plus question de savoir si on doit s’adapter, mais plutôt comment le faire », préviennent d’ailleurs les scientifiques du consortium Ouranos dans leur Synthèse.

« On n’est pas prêts », s’inquiète le Dr Gosselin.

« On consacre beaucoup plus d’argent à lutter contre les GES qu’à s’adapter aux changements climatiques, dit-il. Or, les GES continuent à augmenter partout dans le monde. C’est bien triste, mais il faut réaliser que ça ne marche pas très fort, jusqu’ici, la réduction des GES, et qu’il faut donc se préparer en adaptant nos villes, nos systèmes, nos façons de faire. C’est la prochaine grande priorité. »

Le réchauffement du Québec en chiffres

33 milliards

C’est ce que coûtera la chaleur à la société québécoise dans les 50 prochaines années. Ces coûts seront essentiellement attribuables aux pertes de vie prématurées.

1,5 milliard

Coûts de l’érosion côtière sur les bâtiments, les terrains et les infrastructures de transports à l’horizon 2064

20 000

Nombre de morts causées par le réchauffement climatique au Québec au cours des 50 prochaines années

5300

Nombre de bâtiments perdus à cause de l’érosion côtière d’ici 2064. Disparaîtront aussi 1300 terrains, 300 km de routes et 25 km de chemins de fer.

Source : Évaluation des impacts des changements climatiques et de leurs coûts pour le Québec et l’État québécois, Ouranos, 2015

LA PROVINCE AU TEMPS DU RÉCHAUFFEMENT

En 2050, les changements climatiques affecteront la santé, bouleverseront les écosystèmes et forceront les autorités à repenser les villes. Voici à quoi les Québécois doivent s’attendre.

La migration des espèces

Sous l’effet du réchauffement, les aires de répartition de centaines d’espèces se déplaceront vers le nord à grande vitesse : de 45 à 70 km par décennie, estiment les scientifiques. Il y aura donc de nombreuses nouvelles espèces au Québec à la fin du siècle. Mais il ne faut pas s’en réjouir pour autant, puisqu’une partie d’entre elles seront nuisibles, note Robert Siron, coordonnateur du programme écosystème et biodiversité du consortium Ouranos. « C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la biodiversité nordique, dit-il. En termes absolus, il y aura de plus en plus d’espèces au Québec. Mais parmi elles, il y aura des espèces envahissantes, ravageuses ou vectrices de maladies. » Ces indésirables s’attaqueront inévitablement aux cultures, aux forêts et aux espèces indigènes.

Des érablières à Baie-Comeau ?

Avec la hausse des températures, l’aire de l’érable à sucre s’étendra jusqu’à Baie-Comeau d’ici à la fin du siècle. En théorie, du moins. En pratique, la vitesse de migration des arbres est plus lente : de 10 à 45 km par siècle. « La plupart des arbres ne suivront probablement pas le rythme accéléré des changements climatiques », explique Robert Siron. Il y a aussi d’autres obstacles. « L’érable à sucre a besoin d’un sol particulier, qui n’est pas celui de la Côte-Nord. Il pourrait aussi être en concurrence avec les espèces établies. » S’il est peu probable que l’on retrouve des érablières dans le nord de la province, le Québec pourrait néanmoins profiter des changements climatiques pour renforcer son monopole sur le sirop d’érable, prédit M. Siron, puisque le petit marché qui existe actuellement dans le nord-est des États-Unis risque fort de disparaître.

Des villes à repenser

Les orages deviendront plus intenses avec le réchauffement climatique. Les villes devront être prêtes à absorber toute cette pluie – ce qu’elles font mal en ce moment avec leurs kilomètres de rues asphaltées où l’eau ruisselle et s’accumule, risquant de provoquer des inondations. « Il faut repenser les villes », dit Dominique Paquin, spécialiste en simulations et analyses climatiques au sein du consortium Ouranos. « Lorsque vient le temps de reconstruire les infrastructures, il faut s’assurer de réduire les îlots de chaleur et de mieux gérer les eaux de pluie. » Cela peut se faire, par exemple, avec l’installation de toitures végétales et d’asphalte perméable permettant à l’eau d’être absorbée par la terre.

Mortelle canicule

En 2061, les Québécois seront plus nombreux et plus vieux que jamais. Les aînés formeront plus du quart de la population. Et ils seront plus vulnérables aux îlots de chaleur urbains. Les scientifiques d’Ouranos estiment que 20 000 Québécois mourront avant l’heure à cause du réchauffement climatique au cours des 50 prochaines années. « Les villes, où vivent 85 % des Québécois, ne sont pas prévues pour la chaleur. On manque de parcs, d’arbres, de pistes cyclables et de voies piétonnes, dit le Dr Pierre Gosselin, coordonnateur du programme santé au consortium Ouranos. Il faut agir sur de 40 à 50 % des villes pour réduire la température de 1,5 à 2 degrés [Celsius]. Cela permettrait d’éviter la surmortalité lors de canicules. »

L’érosion des côtes

Quand Percé a inauguré sa nouvelle promenade, en juin, les scientifiques ont applaudi : cette fois, elle ne serait plus livrée aux tempêtes. Les autorités municipales avaient cessé de lutter contre les éléments, jugeant plus judicieux de déplacer des bâtiments et de recharger la plage de galets. « On ne peut plus bâtir les infrastructures comme on le faisait avant, en se basant sur les données du passé, dit Dominique Paquin. Il faut inclure les changements climatiques dans la planification. » C’est ce qu’a fait la Ville de Percé. Les régions côtières, autrefois protégées par les glaces du Saint-Laurent, sont de plus en plus exposées aux fortes tempêtes hivernales. « D’ici la fin du siècle, on s’attend à ce que l’érosion atteigne un mètre, souligne Mme Paquin. Toutes les infrastructures côtières sont à repenser. »

Reconstruire le Nord-du-Québec

Nulle part au Québec le réchauffement ne se fait aussi douloureusement ressentir que dans le Grand Nord. « Les Inuits, qui essaient de maintenir un mode de vie traditionnel en lien étroit avec la nature, peuvent nous parler pendant des heures de ce qu’ils observent », raconte Robert Siron, également coordonnateur des régions nordiques chez Ouranos. Des ponts de glace disparaissent. Le dégel du pergélisol fragilise les bâtiments, endommage les routes et bousille les pistes d’atterrissage. Le gouvernement a déjà entrepris la reconstruction de maisons et d’infrastructures routières. « Ce sont des enjeux vécus au quotidien par les populations du nord, dit M. Siron. Là-bas, on parle des changements climatiques au présent, pas au futur. »

Tirer profit du réchauffement

Oui, chaque ménage aura son climatiseur. Mais avec la diminution des besoins en chauffage l’hiver et la hausse du débit des rivières, Hydro-Québec… bénéficiera des changements climatiques. On prévoit en effet que la demande en énergie aura diminué de 2,7 % en 2050. Mais tout n’est pas gagné pour la société d’État, qui devra composer avec plus de déluges, d’incendies de forêt, de tempêtes de verglas et d’autres événements climatiques extrêmes. Les agriculteurs tireront aussi profit du réchauffement, grâce aux saisons de croissance plus chaudes et prolongées. Les industries touristiques et forestières seront aussi avantagées. « Il y a clairement certaines occasions d’affaires, dit Dominique Paquin, mais il ne faut pas oublier qu’un coût y sera associé et qu’on n’a pas le choix de s’adapter. »

Source : Vers l’adaptation – Synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec (Ouranos, 2015)

Une constatation assez juste

Les élections le 1er octobre devraient nous donner un nouveau gouvernement dirigé par un ex-péquiste défroqué. 17 jours plus tard, on va pouvoir célébrer avec un joint qu’on pourra fumer et envoyer la boucane dans la face des autorités. On dépense des gonzillions de dollars pour demander aux gens d’arrêter de fumer et on permet le cannabis. C’est bizarre qu’on ne voie plus de publicité du genre par les temps qui courent. Un adon? Non, de la planification.

Quoi qu’il en soit, l’article qui suit est sorti de la plume de Richard Martineau publié dans le Journal de Montréal du 5 août. Il est une constatation assez juste de notre société. Je vous le propose aujourd’hui.

GELÉS COMME UNE BALLE Richard Martineau

Ça va vous surprendre, mais je suis d’accord avec une proposition de Québec solidaire !

Comme Amir Khadir, je voudrais que le gouvernement puisse gérer la vente de médicaments à travers la province. L’État vend du vin et va bientôt vendre du pot. Pourquoi pas des pilules ?

LES FROSTÉS

Papa se saoule au gin, maman s’assomme avec des antidépresseurs et les enfants se pètent la fiole en tirant un joint. Parlez-moi d’un beau projet de société ! Une famille qui se gèle la bine est une famille unie !

On va bientôt ouvrir des succursales de pot à côté des cégeps. Moi, je dis : pourquoi pas dedans ? Tant qu’à faire !

Un beau distributeur de pot dans la cafétéria. Et des distributeurs de pilules dans les résidences pour personnes âgées. Après Les bougons, Les frostés ! Quand tout est tout croche, tu as deux solutions possibles. Tu répares ce qui est croche. Ou tu t’arranges pour ne plus voir que les choses sont croches.

Au Québec, on a choisi la deuxième solution. On dépense des gonzillions de dollars dans des projets informatiques qui ne mènent nulle part ? Je m’en contrefous, je suis gelé comme une balle !

Papa débouche, maman gobe et moi je roule ! Quant au p’tit frère, il passe ses journées devant son écran. Le monde est beau !

Comme chantait Fiori : « Comme un sage, monte dans les nuages, monte d’un étage, viens voir le paysage… » C’est fou comme c’est magnifique quand t’es stoned !

UN TROU DANS MON SEAU

Les Romains disaient : « On calme le peuple avec du pain et des jeux. » Nous, c’est avec du vin, du pot et des billets de loto. Prochaine étape : la porno.

Tous les touristes le disent : les Québécoises sont parmi les plus belles femmes au monde. Exploitons nos ressources naturelles, alors !

On n’a plus le droit d’exploiter notre pétrole ou notre gaz de schiste ? Exploitons nos fesses ! Nationalisons les bars de danseuses ! Pensez-y deux minutes… Mononcle Marcel se saoule la gueule au bar. Il envoie de l’argent à l’État. Sabrina se gèle la bine dans sa loge, Elle envoie de l’argent à l’État ! Mononcle Marcel demande à Sabrina de danser devant lui. Il envoie de l’argent à l’État !

Après ce petit moment d’intimité, Mononcle Marcel et Sabrina jouent dans les machines vidéopoker dans le fond du bar. Ils envoient de l’argent à l’État ! C’est génial ! Une belle roue qui tourne…

L’État crée de la frustration. La frustration pousse les gens à consommer de l’alcool et des drogues. L’alcool et les drogues rapportent de l’argent à l’État. L’État gaspille cet argent. Ce gaspillage crée de la frustration. C’est comme la toune : « Y a un trou dedans mon sceau, cher Eugène, cher Eugène »! Ça ne s’arrête jamais !

L’OPIUM DU PEUPLE

Des idées comme ça, j’en ai plein. Je devrais être nommé ministre du Développement économique, tiens ! J’investirais tout dans le vice. C’est le secteur porteur de l’avenir !

Pourquoi la religion revient en force, selon vous ? Parce que les gens ont besoin de s’abrutir. De s’engourdir. De s’anesthésier.

Qu’est-ce que les Canadiens savent et croient savoir sur la consommation de cannabis?

À tort ou à raison, la légalisation du cannabis est pour bientôt, alors quoi de mieux que cet article d’intérêt, tiré d’un sondage canadien sur la question…

Vu les changements que propose le gouvernement au statut juridique du cannabis, beaucoup ne savent trop quoi penser et se demandent ce que ces changements signifieront pour eux, leur famille et leur collectivité. Santé Canada a réalisé un nouveau sondage pour recueillir des données sur les connaissances, les attitudes et les comportements des Canadiens qui consomment du cannabis à des fins médicales et non médicales, et sur les perceptions que les non-consommateurs ont de la consommation de cannabis. Voici quelques faits intéressants tirés du sondage.

PERCEPTIONS SUR LES BIENFAITS ET LES MÉFAITS

Environ la moitié de tous les répondants ont indiqué que le cannabis avait un effet positif sur l’humeur, la créativité, l’anxiété et le sommeil. D’un autre côté, certaines personnes étaient d’avis que le cannabis avait un effet négatif sur la motivation, la mémoire, la concentration, l’attention, le raisonnement et la prise de décision. Plus de 70% des répondants croyaient que la consommation de cannabis pouvait engendrer une dépendance. Des études ont démontré que le THC présent dans le cannabis augmente la concentration de dopamine (la molécule chimique qui procure une sensation de plaisir) dans le cerveau, ce qui incite les gens à en consommer. En fait, on estime que 9% des consommateurs de cannabis développeront une dépendance; ce taux augmente chez ceux qui fument du cannabis chaque jour ou qui ont commencé à en consommer à l’adolescence.

OPINIONS SUR LA CONSOMMATION ET LA CONDUITE AUTOMOBILE

4 répondants sur 10 ont affirmé avoir consommé du cannabis dans les 12 derniers mois et avoir conduit un véhicule dans les deux heures après avoir consommé. La consommation de cannabis peut affaiblir les facultés nécessaires pour conduire en toute sécurité et pour pratiquer des activités où la vitesse entre en jeu, comme le ski, le vélo et la planche à roulettes. Les personnes qui participent à de telles activités avec les facultés affaiblies s’exposent à des accidents pouvant leur causer des blessures graves, et même la mort.

ÂGE AU DÉBUT DE LA CONSOMMATION

L’âge moyen des répondants la première fois qu’ils ont consommé du cannabis des fins non médicales était de 18,7 ans. Il ne faut pas oublier que les effets du cannabis sur l’apprentissage, l’attention et la mémoire peuvent être persistants chez les personnes qui en consomment à un jeune âge, de façon régulière et sur une longue période. La consommation précoce et fréquente de cannabis augmente les risques de développer une dépendance. S’il est approuvé, le projet de loi interdirait la vente de cannabis aux personnes âgées de moins de 18 ans (ou plus, selon la province ou le territoire.

Pour en savoir plus, consultez canada.ca/cannabis.

Source : Nouvelles « CSA» Printemps 2018

Une initiative à imiter

Photo Journal de Montréal

Que c’est rafraîchissant et stimulant de voir des gestes de la sorte. Le Journal de Montréal d’hier, racontait en page 2 la fabuleuse histoire de Monsieur Bertin Savard de Rigaud, qui se fait un devoir d’embaucher des personnes handicapées pour travailler à son café Au Croissant 21 à Rigaud, ouvert récemment.

« Son modèle d’affaire est différent des cafés habituels. Son commerce était avant tout l’occasion d’offrir une perspective d’emploi pour son fils de 24 ans, qui est atteint de trisomie 21, dit-il. » De plus, ce quinquagénaire favorise la diversité en n’embauchant que des personnes avec un handicap. Quel beau geste qui envoi le message clair que ces personnes handicapées ont leur place toute grande dans notre société. Comme son employée, âgée de 14 ans et atteinte de paralysie cérébrale, qui se présente au travail avec son chien Mira.

Cette initiative devrait se répandre à volonté. Ces personnes sont capables d’accomplir des tas de petites choses tout en faisant une énorme différence. Ils sont charmants, dévoués, attentionnés et serviables. Y-a-t’il plus savoureux que de croiser leur candide sourire?

Lorsque Walmart a décidé de les congédier il y a quelques mois, le tollé de protestations que cette action a provoqué, a engendré des prises de conscience chez des employeurs à la recherche de personnel fiable. On a vu des embauches immédiates. D’ailleurs, on n’entend que du positif de ces employés et pour eux c’est plus que gratifiant.

Autre aspect qui n’est pas à dédaigner, Monsieur Savard avait prévu des revenus entre 6 000 et 9 000$ le premier mois… il a eu la surprise de constater qu’il fera plus du double, tellement ça fonctionne. Je le félicite et si je passe par Rigaud, c’est assuré que je vais m’y arrêter pour un bon café et une viennoise.

Encore plus impressionnant pour monsieur Savard, il ne fera pas appel à des programmes gouvernementaux pour payer une partie du salaire de ses employés même s’il est admissible. Comme il le dit si bien « C’est ma contribution comme entrepreneur pour une société meilleure. » C’est tout à son honneur.

Quoi ajouter de plus, sinon que son action soit contagieuse. Félicitations monsieur Savard pour votre grandeur d’âme et votre générosité. Il faut vivement l’encourager. Retenez ce nom; Au Croissant 21. Passez y faire un tour.

Walmart; intraitable envers ses employés dévoués, qui n’ont rien demandé

Après ce que vient de faire Walmart envers ses employés déficients intellectuels, il faut dénoncer haut et fort l’odieux de ces mises à pieds inhumaines; un géant qui s’attaque aux plus démunis de notre société, comment croire les belles paroles humanitaires qu’il diffuse partout aux heures de grandes écoutes. Walmart, à Toronto, doit absolument revenir sur cette décision impopulaire. Lise Ravary en a fait l’objet de son article d’hier dans les pages du Journal de Montréal que je m’empresse de partager avec vous.

PÉTER LES PLOMBS POUR WALMART

Je ne savais pas que Walmart participait à un programme d’insertion sociale pour personnes atteintes de déficience intellectuelle jusqu’à ce que je me trouve devant un caissier, oui un caissier, trisomique dans un Walmart hors de Montréal l’an dernier.

J’étais tellement impressionnée et émue de voir ce grand gaillard souriant travailler fièrement que j’en ai eu les larmes aux yeux. « Voilà bien une raison pour magasiner cher Walmart plus souvent », me suis-je dit, bien que je n’aie jamais boycotté ces magasins au service de la classe moyenne économiquement sous la moyenne.

Difficile à croire dans les beaux quartiers, mais il y a des gens qui doivent gratter leurs fonds de tiroir pour acheter du papier de toilette, des bobettes ou des savonnettes. Les Walmart, Hart, Tigre Géant et autres leur permettent de vivre décemment.

DE BEAUX SANS-CŒUR

Quand j’ai appris jeudi que Walmart avait mis fin au programme d’embauche pour ces personnes ayant une déficience intellectuelle ou atteintes d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA), mon sang n’a fait qu’un tour. J’imaginais mon caissier en train de se faire dire de prendre ses cliques et ses claques avant de retourner chez lui. « C’est terminé, merci, bonsoir, »

Les larmes me sont remontées aux yeux. La madame – moi – n’était pas contente du tout. Surtout que cela s’est fait de manière sauvage et inconsidérée après une décision prise à Toronto. Depuis, Walmart a beau s’excuser, l’entreprise n’a pas encore expliqué pourquoi elle s’est retirée de ce programme conjoint avec le gouvernement en place depuis 20 ans.

Charles Lafortune a pété les plombs, avec raison. Le docteur Barrette a livré le fond de sa pensée au sujet des excuses et des promesses de Walmart de « trouver de nouveaux arrangements » : « Je ne vous crois pas. » Personne ne les croit.

On sait qu’il est plus difficile au Québec de se trouver un emploi quand on s’appelle Mohammed ou Mamadou. C’est encore plus difficile quand on souffre d’une déficience intellectuelle ou d’un TSA. Même quand ces personnes sont aptes à faire le travail qu’on attend d’eux, les entreprises craignent qu’elles fassent fuir la clientèle.

On ne parle pas d’embaucher des non-voyants pour conduire des autobus!

OUVERTS À LA DIFFÉRENCE?

Notre société bien pensante aime se croire ouverte à la diversité. Sauf que certaines différences sont un peu trop différentes pour plusieurs. La discrimination que subira une personne transgenre dans sa vie n’est d’aucune commune mesure avec l’exclusion qui frappe les personnes handicapées intellectuellement et physiquement.

Sur la liste des candidats à ne pas embaucher, ils arrivent la plupart du temps bons derniers. Leur louer un appartement? Voyons, ils vont mettre le feu. Dans la rue, de jeunes crétins les tourmentent. Et quand leurs parents décèdent, ils se retrouvent souvent seuls face à la vie. À vivoter sur l’aide sociale.

Tous ne peuvent pas travailler, mais chacun devrait pouvoir démontrer ce qu’il peut faire et en tirer un revenu décent, et surtout, une fierté de participer au grand tout de la vie, comme tout le monde.

Employeurs du Québec, y compris l’État, il ne tient qu’à vous de prendre la relève de Walmart.

La minorité opprimée… ça me fait bien rire

On l’a vu récemment, les Anglo-Québécois se sentent opprimés face à la langue française, comme le dévoilait un sondage Léger. Ça vous a surpris? Pas moi! D’au plus loin que je me rappelle, il en a toujours été ainsi, malgré des institutions à Montréal pour cette minorité. Beaucoup d’écoles, deux universités et des hôpitaux aussi méga pour chaque communauté, il me semble qu’on est à l’opposé de l’oppression.

Les jeunes menacent de partir, de quitter le Québec… mais après avoir complété leurs études à faible coût ici. Dans cette optique, j’ai adoré l’article de Josée Legault du 20 février dernier qui traitait justement du sujet dans les pages d’opinions du Journal de Montréal. Il ne m’en fallait pas plus pour vous l’offrir aujourd’hui…

LE TRISTE SORT DES ANGLO-QUÉBÉCOIS

Selon un sondage Léger réalisé pour Le Journal, 51% des Anglo-Québécois se voient comme faisant partie d’une « minorité opprimée ». Eh oui, en 2018. Cette perception est contraire à toute logique factuelle. Elle témoigne en fait d’une attitude d’autovictimisation qui ne date pas d’hier.

En science politique, j’ai beaucoup étudié la question linguistique et la communauté anglo-québécoise. Depuis, mes écrits sur le sujet sont nombreux. En 1992, j’ai publié mon premier livre chez Boréal : L’invention d’une minorité. Les Anglo-Québécois.

J’y présentais une analyse détaillée du discours politique des leaders anglo-québécois depuis la loi 22 faisant du français la langue officielle du Québec. Mes hypothèses avaient beaucoup choqué. Elles n’ont pourtant pas pris une ride.

En résumé, j’y avançais ceci. 1) Derrière une rhétorique se disant fondée sur les droits « individuels » se cache la défense des intérêts « collectifs » de la communauté anglophone, elle-même une extension de la majorité canadienne.

RÉFLEXE CLASSIQUE

2) Ce discours s’oppose à la minorisation politique et linguistique des anglophones comme imposée par le nationalisme québécois moderne et les lois linguistiques. D’où les nombreuses contestations judiciaires menées pas des Anglo-Québécois contre la loi 101.

3) Ce même discours représente faussement les Anglo-Québécois comme des « victimes » rejetées par des francophones aux instincts « intolérants ». Un réflexe classique des minorités dominantes lorsque leur pouvoir est remis en cause.

De Robert Bourassa à René Lévesque, l’objectif était en effet le même. Le français devait remplacer l’anglais comme langue de mobilité sociale et d’intégration des immigrants. Il en allait de la survie même du seul État francophone d’Amérique.

Pour beaucoup d’Anglo-Québécois, cette érosion possible de leur pouvoir collectif était inacceptable. Des milliers ont quitté le Québec. Parmi ceux qui sont restés, jeunes ou vieux, plus de 50% se disent encore aujourd’hui « opprimés ». Malgré l’affaiblissement marqué de la loi 101, 64% réclament aussi qu’elle le soit encore plus.

CONTRADICTION SPECTACULAIRE

Le sondage Léger confirme d’autres tendances entêtées. Ainsi, 91% des répondants regardent la télé uniquement ou majoritairement en anglais. Pour la radio, c’est 84% et les infos, 75%. Pour ceux-là, comment l’expliquer?

Par un manque évident d’intérêt. Par leur perception erronée d’être des « victimes » de la majorité francophone. Par la déresponsabilisation qui en découle. Par une conception utilitariste du français. Un français vu non pas comme la porte d’accès aux francophones et à une culture riche, mais vu comme une langue imposée et minoritaire sur le continent.

Pour plusieurs anglophones, il est encore là le problème, D’où cette contradiction spectaculaire : 51% se disent « opprimés », mais 75% sont « heureux de vivre au Québec » tout en étant 60% à avoir « envisagé » de le quitter. C’est ce qu’on appelle une relation amour-haine.

Pour le dire autrement, j’emprunterai la brillante formule d’un ex-collègue anglophone qui, lui, refusait de se voir comme une victime : « Les francophones ont peur avec raison de se noyer dans un océan d’anglais. Les Anglo-Québécois ont peur à tort de se noyer dans une baignoire de français. »

Surveillance, dénonciation, intervention

Il est à espérer que le suicide du jeune Simon Dufour, la semaine dernière, sera le dernier causé par l’intimidation et que les autorités prendront des mesures drastiques pour punir sévèrement les agresseurs qui détruisent autrui, par leurs paroles et gestes désobligeants.

À écouter la famille raconter leur triste histoire, ça vient immédiatement nous chercher et on prie pour qu’un changement de comportement des intimidateurs soit mis en place par les personnes en autorité. Malheureusement, il faut toujours qu’un malheur arrive, pour faire changer les choses.

D’abord la surveillance. Est-ce qu’elle est omniprésente en milieu scolaire? C’est la première question à se poser. Si elle est adéquate et serrée, autant à l’intérieur des murs qu’à l’extérieur, l’intimidation ne peut pas s’exercée. Ayant quitté l’école depuis belle lurette, je ne peux répondre à cette question. Cependant, c’est primordial, dans une école, que les professeurs et le personnel administratif s’en occupent et prennent sérieusement des actions. Ne représentent-ils pas l’autorité absolue en milieu scolaire? Poser la question, c’est y répondre.

Ensuite, dès qu’on est en présence d’un acte d’intimidation, il faut dénoncer immédiatement et celle-ci doit être prise en charge par les autorités compétentes, dont les policiers. Il faut agir rapidement et la victime doit obtenir aussi rapidement un support psychologique au même titre que lorsqu’un événement violent survient dans une école ou dans un endroit fortement fréquenté. La justice doit traiter ces incidents avec diligence et punir sévèrement l’agresseur et lui enlever toute envie de récidive.

Finalement, l’intervention auprès de la victime et de l’agresseur doit se faire rapidement, fermement et sans attendre au lendemain. Il faut que les écoles dressent un plan d’intervention qui doit être divulgué et expliqué aux étudiants, avec l’accès aux ressources disponibles. Si on se fie à ce qui est véhiculé dans son triste dossier, Simon Dufour subissait l’intimidation depuis ses études primaires, sans arrêt, jusqu’au moment de son acte irréversible. On semble ne pas l’avoir pris au sérieux!

Personne ne peut raconter ce qu’il ressent comme victime sans l’avoir vécu. On peut porter tous les jugements qu’on veut, avoir sa propre théorie, sa version et son explication, il reste que se faire intimider, dévaloriser, et rejeter à répétition durant des années c’est franchir la limite du tolérable. Quand l’idée de mettre fin à ses jours devient la SEULE solution, c’est qu’au fond, notre société est passée à côté de l’essentiel; le respect, l’amour et la valorisation de la personne humaine, quel qu’elle soit.

Les itinérants font aussi partie de notre société moderne.

Et ils sont de plus en plus nombreux et bien visibles. Se couvrir à la belle étoile par grand froid avec le journal local où quelques sacs de couchage, n’est pas tellement réchauffant, mais c’est une réalité. Il y a bien des refuges mais au-delà de tout ça, ce sont des êtres humains, des créatures divines, qui n’ont pas toujours été ce qu’ils sont devenus et souvent, le regard ou le non-regard qu’on y jette devrait être plus chaleureux, plus convainquant et surtout plus complaisant et compatissant. Un sourire ne coûte rien et rapporte beaucoup à ceux qui n’ont rien.

Lise Ravary en a fait le sujet de son papier de dimanche dernier dans les pages d’opinions du Journal de Montréal. Un article qui m’interpelle et qui me fait réfléchir sur le sort de ces personnes et surtout leur quotidien remplie de désolation. J’avais envie de le partager avec vous…

Dignité pour ceux qui n’ont rien

Quand j’étais petite, on les appelait les quêteux, les hobos. Les guenilloux, les clochards ou les vagabonds. Quand la rectitude politique s’est abattue sur le langage, les mendiants sont devenus des sans-abris, des itinérants.

Que l’on choisisse un mot lourd de mépris ou une expression chargée de modernité pour décrire ces hommes et ces femmes prisonniers du dehors, la réalité ne change pas : vivre dans la rue avec pour seul bien terrestre un chariot de supermarché chargés de trésors usés semble être, aux bien nantis que nous sommes, le fond du baril de l’existence.

La plupart d’entre nous ressentent un malaise quand ils croisent un sans-abri qui mendie. Nous traversons la rue le nez en l’air, pour donner l’impression que nous ne l’avons pas vu. Et si, dans un élan de générosité, nous déposons quelques pièces dans sa main tendue, nous évitons, le plus souvent, le regard de celui qui va probablement utiliser notre argent pour s’acheter une roche de crack.

LEÇON DE VIE

Il y a très longtemps, à Vancouver, j’avais évité le regard d’un vieil itinérant. Il ne mendiait pas. Il marchait dans la rue, dans un quartier huppé. Je ne sais trop quelle tête je faisais, mais il s’est arrêté devant moi, m’a souri avec cœur et m’a dit : « Smile Lady, au moins votre vie n’est pas comme la mienne. » Je n’ai plus jamais fui le regard des gens de la rue.

J’emprunte souvent la rue Saint-Urbain. Au coin de Sherbrooke, tous les matins, des Autochtones malheureux tendent leur verre en carton aux automobilistes. La plupart font comme s’ils étaient invisibles. Si j’ai de l’argent, je donne un petit quelque chose. Et si je n’ai rien, je les regarde quand même dans les yeux avec un sourire.

Après toutes ces années, ils me reconnaissent. Que je donne ou non, j’ai droit à des salutations, des révérences, des pouces en l’air. La journaliste en moi meurt d’envie de les interviewer, mais je me retiens. Je ne suis pas rendu à l’étape de franchir la barrière de vie qui nous sépare, mais chaque nouvelle interaction me convainc qu’un sourire et un regard dans les yeux sont plus importants que l’argent. C’est faire un don de dignité.

DERNIER REPOS

Je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer, cette semaine, en lisant un texte sur l’abbé Claude Paradis dans le Journal, « Itinérants enterrés dans la dignité ». Depuis quatre ans, à l’automne, il enterre les cendres de corps non réclamés de gens de la rue. Des êtres humains morts seuls et réclamés par personne. « Ils meurent en manque d’amour », disait-il.

Il invite d’autres gens de la rue à se joindre à lui autour de la fosse commune du Repos Saint-François d’Assise, l’ancien cimetière de l’Est. Il leur parle de la mort, mais aussi de l’espoir. Et puis, ils libèrent des papillons. Ça fait gnangnan catho? Vous avez une meilleure idée?

L’abbé Paradis donne à ces âmes anonymes un dernier moment d’humanité, avant qu’elles ne disparaissent au fond de l’oubli pour toujours. Un don de dignité pour l’éternité.