Des expressions pittoresques et folkloriques

On a tous eu des parents et grands-parents. Alors qu’on était petit, ils y allaient souvent d’expressions typiques qui reflétaient bien à l’époque les dialectes ruraux de notre langue française québécoise.

Alors, je vous propose de faire un petit tour dans le passé et dans vos souvenirs avec ces expressions pittoresques et folkloriques que plus personne (ou presque) n’utilise, mais qui font sourire. Qu’en pensez-vous ? À vous d’en ajouter d’autres…

– Ma grand-mère disait (vla-ti-pas).

– Tu es fagoté comme un as de pique.

– Tu risques de te casser la margoulette !

– Ne te monte pas le bourrichon !

– T’es pas en sucre !

– On va pas attendre jusqu’à la Saint-glinglin quand même ?

– Il n’y a pas le feu au lac !

– C’est kif-kif bourricot !

– Je vais aller faire les commissions.

– Ça ne tombera pas plus bas !

– Il n’y a pas de petites économies.

– On n’est pas sorti de l’auberge.

– N’en fais pas tout un fromage !

– Regarder une page de réclame.

– Ne mets pas la charrue avant les bœufs.

– Il a pris la poudre d’escampette.

– Tu beurre épais !

– Elle a vu le loup !

– Faire une tête de six pieds de long.

– On n’est pas aux pièces.

– Ça ne fait pas un pli sur la différence.

– Tu files un mauvais coton.

– Brûler la chandelle par les deux bouts.

– Je t’ai payé rubis sur l’ongle.

– À la bonne franquette.

– Parlons peu mais parlons mieux.

– Faut pas pousser Mémé dans les orties.

– Cela ne fait ni une ni deux.

– Péter plus haut que l’trou.

– Pas la peine de chercher midi à 14h.

– Il a une descente que j’aimerais pas remonter à vélo.

– Met ton sweater.

– Ben, c’é l’boutt du boutt.

– Le bonhomme sept-heures.

– Ti-train va loin.

Certains de ces mots sont encore aux dictionnaires, pour en connaître et apprécier le sens. Ne vous gênez pas d’y recourir.

Il suffit de se comparer, pour se consoler

Je ne sais pas si vous êtes des fervents lecteurs du billet quotidien de Michel Beaudry dans les pages du Journal de Montréal, mais son papier de ce premier jour de février, toujours d’actualité,  m’avait beaucoup fait sourire.

Il traite de toutes ces vedettes politiques ou chefs d’entreprises, ces investisseurs et hauts fonctionnaires qui n’ont peur de rien et qui veulent se comporter en modèle pour la société. Leurs conseils valent bien peu, quand on scrute minutieusement leurs exploits et réalisations. Finalement, comme le dit si bien Michel Beaudry, « On n’est pas si pire ». Constatez par vous-même…

PAS SI PIRE Michel Beaudry

L’échec cuisant avoué de Téo Taxi, la déconfiture de Caroline Néron, et Bombardier qui se plante malgré des subventions à gogo, ça vous dit quoi ? Ben, finalement, on n’est pas si pire que ça avec nos cartes de crédit un peu trop boursouflées.

Les gouvernements qui sont esquintés dans leurs méandres informatiques au point de ne plus être capables de payer leurs employés ou enregistrer correctement les armes à feu, ça vous dit quoi ? Ben, finalement, on n’est pas si pire avec nos courriels qui ne se sont jamais rendus parce que nous n’avons pas mis le point à la bonne place ou qu’on a écrit .com au lieu de .ca.

Quand vous voyez apparaître Céline en running shoes de basketball sous un décolleté jusqu’au nombril devant tous les paparazzis de Paris, ça vous dit quoi ? On n’est pas si pire avec nos culottes de coton ouaté et notre tuque des Expos.

TENDANCE

Quand vous voyez le fédéral et les provinces incapables de répondre à la demande qu’ils ont eux-mêmes provoquée en légalisant le pot, qui d’ailleurs n’est toujours pas rentable, ça vous dit quoi ? Finalement, le petit pusher du cégep qui a réussi à s’acheter une bagnole avec ses ventes au gramme dans la cafétéria, y est pas si nono que ça.

Quand vous voyez le maire d’une ville sur le gros party, chaud comme un topo, faire la ribouldingue sur le bateau d’un gars qui collectionne les beaux contrats avec la municipalité du gai luron, vous devez vous dire que ce n’est pas si grave que ça d’avoir fait passer votre neveu devant les autres pour un job a la compagnie où vous travaillez.

On n’est vraiment pas si pire, hein ? On est même tendance.

Décidément, le monde est viré fou

Et ce n’est pas peu dire. On veut enlever les genres… masculin, féminin, pas besoin de ça aux dires de certains étudiants de l’UQAM. L’article qui suit, de Richard Martineau, reflète assez bien dans quel monde de fou et inédit, nous sommes arrivés.

Toutes les règles grammaticales qui se rapportent aux genres sont soudainement devenues désuètes. Ce qui faisait la beauté de notre langue française se fait haché comme une livre de bœuf. Dégueulasse ! Constatez-le par vous-même…

UNE AUTRE RÉVOLUTION À L’UQAM Richard Martineau

N’hésitant devant aucun obstacle pour transformer le monde, le Montréal Campus, journal des étudiants de l’UQAM, va maintenant adopter une écriture inclusive et non genrée afin de combattre le « carcan sexiste » de la langue française.

Ainsi, au lieu d’écrire « les étudiants croient que… », on écrira « la communauté étudiante croit que… »

Et pour parler des personnes « non binaires » (qui ne s’identifient à aucun sexe), on utilisera les pronoms « ille » et « iel » au lieu de « il » et « elle ». Oui, madame. On est uquamien ou bedon on l’est pas.

UNE TABLE, UN BUREAU

Cela dit…

« Communauté » est un nom féminin. Pourquoi avantager un sexe plutôt qu’un autre ?

Idem pour « le corps étudiant », qui laisse sous-entendre qu’il n’y a pas de filles à l’UQAM !

On devrait plutôt écrire « Le/la corps/communauté étudiant-e… »

Quoique… ça pose un autre problème.

On fait passer le pronom masculin « le » avant le pronom féminin « la ». Comme si les hommes étaient plus importants que les femmes.

Hmmm…

Et puis, c’est quoi cette idée stupide d’avoir des noms féminins (comme « communauté ») et des noms masculins (comme « corps ») ?

Nous sommes en 2019, les gens sont fluides, maintenant ! On n’est plus enfermés dans un seul genre ! La langue devrait refléter cette nouvelle réalité !

C’est comme cette idée saugrenue de donner un genre aux objets ! Une table, un bureau…

Bureau est masculin parce que ça fait partie du monde du travail, alors que table est féminin parce que ça fait référence à la cuisine et à la vie domestique, c’est ça ?

Encore une convention sexiste !

En fait, on devrait totalement gommer l’idée de genre dans la langue. Plus de « le » ni de « la ». On utilisera « Blip ».

« Achète-moi blip bureau » (au lieu de « Achète-moi un bureau ») et « Je vais peinturer blip table » (au lieu de « Je vais peinturer la table »).

« NOUS », AU LIEU DE « JE »

Et puis, tant qu’à y être… Pourquoi « Je » ? C’est individualiste.

Comme si ma personne était plus importante que l’ensemble des personnes ! Que l’individu primait sur le groupe !

Pas étonnant qu’on pense qu’à notre petit nombril : la langue nous y pousse ! Elle nous conditionne !

Moi, j’abolirais la première personne du singulier. On devrait tous parler au « nous ».

« Nous avons faim » au lieu de « J’ai faim ». Autre chose : pourquoi mettre des points à la fin des phrases ? Je trouve ça fasciste. Définitif. Catégorique. Masculin en somme. Je préfère la virgule. C’est plus conviviale, plus généreux.

Un point, c’est fermé, ça clôt une conversation, c’est agressif, alors que la virgule, c’est ouvert, ça invite à l’échange, à la discussion.

Et puis… Dans un journal, les lettres (qui sont petites) sont noires alors que la page (qui est grande) est blanche. Pourquoi ?

La page devrait être noire et les lettres blanches ! Allez, journalistes du Montréal Campus, encore un effort !

Abuser de l’alcool, dès l’adolescence

C’est connu, les garçons veulent souvent ressembler à leur père. Il demeure leur modèle, leur idole. Dès leur plus jeune âge et dans plusieurs circonstances, ils les imitent et reproduisent leurs moindres faits et gestes.

Où ça peut devenir un problème, c’est quand le paternel consomme de la bière, entre amis, après une amicale partie de hockey ou une activité sportive, propice à ce genre de relaxation et que l’adolescent veux vivre les mêmes expériences à son tour.

Et si ses idoles professionnelles de la LNH se comportent de la même façon, c’est deux fois plus dangereux. La gloire, l’intensité et l’euphorie des victoires prédisposent à la fête.

Ça nous amène aux abus d’alcool dès l’adolescence avec tout ce que ça peut amener comme problèmes de consommation.

Alexandre Pratt a écrit l’article suivant, que je veux partager avec vous, et qui y va d’une analyse intéressante du phénomène et tout ce qui en découle. Ce papier a été tiré de La Presse+ du 19 janvier dernier.

UN PAYS DE HOCKEY AVEC UN PROBLÈME DE BOISSON
Alexandre Pratt

Le chanteur country Billy Currington a trouvé une jolie formule pour décrire l’ambiance autour des équipes scolaires de football aux États-Unis : « We’re a drinking town with a football problem. »

Une ville de boisson avec un problème de football.

L’image est forte. Elle concentre deux obsessions de l’Amérique – l’alcool et le sport. Deux ingrédients qui semblent inséparables, comme le café et le lait. Pourtant, lorsqu’ils sont mélangés, ces obsessions peuvent former un cocktail explosif. Notamment chez les adolescents.

C’est arrivé pas plus tard que samedi dernier. Deux équipes de la LHJMQ s’affrontaient. Les Tigres de Victoriaville ont battu l’Océanic de Rimouski 2-0. Une victoire inattendue. Comme elle le fait à l’occasion, la direction de l’équipe a donné 500 $ aux joueurs pour les récompenser. « La moitié du temps, ils organisaient des journées de karting, de quilles ou un souper du Super Bowl », a expliqué le président des Tigres à Radio-Canada, qui a publié la nouvelle en premier.

Samedi soir dernier, c’est tombé sur l’autre « moitié du temps ». Les joueurs ont choisi de célébrer leur victoire dans un bar. Des mineurs faisaient partie du groupe. Ils ont consommé de l’alcool. Un joueur de 17 ans est reparti en voiture. Il ne s’est pas rendu très loin ; les policiers de la Sûreté du Québec l’ont retrouvé endormi derrière le volant, à 3 heures du matin, en bordure de la route 116. L’adolescent est accusé de conduite avec facultés affaiblies.

Un cocktail explosif, disais-je. Le joueur des Tigres a été chanceux de s’en tirer indemne ou de n’avoir heurté personne. En 1985, le meilleur gardien de la LNH, Pelle Lindbergh, s’est tué dans un accident de voiture alors qu’il était ivre.

L’incident de Victoriaville n’était malheureusement pas un cas isolé. Dans la tête de beaucoup d’adolescents, l’alcool et le hockey font la paire. À cause des publicités. À cause du mode de vie de leurs idoles. Mais surtout, en raison de la consommation d’alcool gênante des adultes dans les arénas.

Ça fait 10 ans que je fréquente ces arénas six jours par semaine. J’en ai visité près d’une centaine. Il y a des endroits où je me demande franchement si je laisse mes enfants jouer dans un centre sportif ou dans une taverne.

***

C’était à la mi-août, il y a quelques années. C’était la journée d’ouverture du camp d’entraînement. Un père a ouvert le coffre de sa voiture dans le stationnement de l’aréna. Il y avait quelques bières dans une glacière. Les autres parents ont afflué. Il n’y avait pas de match du Canadien à la radio. Ni de l’Impact ni des Alouettes. Juste une séance d’essais pour une équipe pee-wee. Un dimanche. À 10 h du matin.

Le groupe s’est réuni de nouveau le lundi. Puis le mardi. Puis chaque jour jusqu’à la fin du camp.

Ces tailgates, inspirés du rituel du football américain, étaient d’abord l’exception. Maintenant, ils sont aussi fréquents que les interruptions de service dans le métro de Montréal. Dans les tournois du printemps, lorsque les équipes profitent d’une pause de quatre heures entre deux matchs, il y a souvent plusieurs attroupements sur un même terrain de stationnement. Ça ouvre la porte aux abus.

J’ai croisé des parents incapables d’assister au deuxième match de leur enfant. J’ai vu un garçon de 10 ans demander à son père ivre de quitter les gradins parce qu’il lui faisait honte.

Un autre terreau fertile pour la consommation excessive d’alcool, ce sont les tournois extérieurs. Les familles couchent toutes au même hôtel. Le contexte se prête à un 5 à 7 entre parents dans le hall. Mais il y en a qui redécouvrent le collégien en eux et qui étirent la fête jusqu’au match… du lendemain matin. C’est ainsi que j’ai vu un enfant demander un covoiturage jusqu’à l’aréna parce que son père ne s’était pas remis d’une cuite de la veille.

La saison se passe principalement dans les arénas locaux. C’est là que les enfants sont le plus souvent en contact avec des adultes qui consomment de l’alcool.

Pour ceux qui n’ont pas visité un aréna depuis la dernière Coupe Stanley du Canadien, sachez que les complexes modernes abritent presque tous un restaurant avec un permis d’alcool. Des parents profitent de l’heure avant le match pour siroter une bière en mangeant. Un comportement normal. Là où ça se gâte, c’est dans les vieux arénas, ceux qui datent des années 70 et 80. De véritables tavernes de fortune y sont aménagées dans des salles communautaires, des galeries de presse ou des loges. Pas de risque de confondre avec Toqué ! ni même La Cage. Le menu est réduit à un mot : bière.

C’est désolant de constater le nombre de parents qui s’y engouffrent avant le match et qui n’en ressortent qu’après le dernier coup de sifflet. Parfois, il y a une fenêtre qui donne sur la patinoire. Ailleurs, comme à Beauharnois, le bar est isolé. Dans tous les cas, je me dis que si l’enfant a marqué un but, les chances sont bonnes que le parent l’ait raté.

Toujours à l’aréna, les soirs de semaine, les joueurs d’âge bantam (13-14 ans) et midget (15-17 ans) croisent immanquablement ceux de ligues de garage. En anglais, on dit les beer leagues. Littéralement, les ligues de bière. La tradition bien établie depuis les années de Maurice Richard veut qu’à tour de rôle, chaque joueur de l’équipe apporte une caisse de bières qu’il partage avec ses coéquipiers. C’est un rituel d’après-match agréable et apprécié de tous. Reste que les adolescents sont en contact quotidien avec cette coutume. Et on s’étonne ensuite qu’ils souhaitent la reproduire ?

***

Aux Jeux de Vancouver, en 2010, Marie-Philip Poulin a compté les deux seuls buts de la finale de hockey féminin. Le Canada a remporté la médaille d’or contre les États-Unis. Après la partie, la joueuse étoile a bu une cannette de Molson Canadian. Sur la patinoire.

L’histoire avait fait scandale. La chef de mission, Nathalie Lambert, s’était portée à sa défense. « Je ne suis pas certaine qu’on en parlerait si c’étaient des gars. Le hockey est tellement associé à la bière qu’on ne peut même pas imaginer qu’ils ne prendront pas une bière après la partie. »

Elle avait raison : au hockey, bière et célébration vont ensemble comme bâton et rondelle de tape. C’est comme ça aux Jeux olympiques. C’est comme ça dans la Ligue nationale. L’été dernier, Alex Ovechkin, des Capitals de Washington, est parti sur une brosse qui a duré des jours. Un zombie marchait plus droit que lui. Le tout a été documenté en vidéos et photos que les adolescents s’échangeaient par messages textes comme des cartes Pokémon.

Les jeunes joueurs, on l’a vu à Victoriaville samedi dernier, sont influencés par le mode de vie de leurs idoles. Eux aussi veulent célébrer en buvant de l’alcool. Ils sont aussi perméables à la publicité.

Un petit exercice pour vous cette semaine : calculez le nombre de références à la bière pendant un match de hockey. C’est difficile de garder le compte.

La Coupe Molson. La section Coors Light. La lumière rouge Budweiser. Les publicités télévisées. Les annonces sur les bandes. Trois arénas de la Ligue junior de l’Ontario portent des noms de marques de bière. Au Québec, la LHJMQ accepte les commandites des brasseurs même si une proportion importante de ses joueurs n’a pas l’âge légal pour boire.

« En aucun temps cela n’encourage la consommation d’alcool chez les joueurs et ils n’ont pas accès à ces produits avant, pendant ou après le match via l’organisation », m’a indiqué le directeur des communications de la ligue, Maxime Blouin.

Maintenant, juste pour bien saisir l’importance du hockey dans la mise en marché d’une bière, prenez-en une froide et réfléchissez à ceci : pendant le lock-out de la LNH, en 2012, les chutes des ventes de bière Molson au Canada ont été si graves que l’entreprise a déclaré publiquement vouloir un dédommagement de la ligue.

Considérant tous ces facteurs, ne soyez pas surpris si les jeunes hockeyeurs commettent des abus d’alcool. Ce n’est pas près d’arrêter.

Ils poursuivent simplement la tradition.

Dans un pays de hockey avec un problème de boisson.

Dans ce temps-là…

ES-TU VRAIMENT VIEUX OU VIEILLE…?

L’autre jour, un jeune me demande quelle était ma malbouffe préférée quand j’étais plus jeune.

– Nous n’avions pas de malbouffe quand j’ai grandi, lui dis-je. Tous les repas étaient bons pour la santé.

– Non, mais sérieusement, où mangeais-tu ?

– C’était une place appelée « la maison » que je lui expliqua. Ma mère cuisinait tous les jours et quand papa revenait du travail, on s’asseyait ensemble à la table de la salle à manger et si je n’aimais pas ce qu’il y avait au menu, je devais rester assis jusqu’à ce que j’aime ça.

Le jeune à qui je parlais éclata de rire au point que je pensais qu’il allait s’étouffer. Je ne lui raconta donc pas comment j’arrivais à quitter la table. Mais il y a plusieurs choses que j’aurais aimé lui dire au sujet de mon enfance si j’avais cru les parents d’aujourd’hui capables de passer au travers.

Surtout nous n’avions pas peur des islamistes, il n’y en avait pas. Plusieurs parents n’ont jamais possédé leur propre maison, porté des jeans Levis, mis les pieds sur un terrain de golf, voyagé en dehors du pays. Les cartes de crédit n’existaient pas. L’épicier du coin leur faisait crédit jusqu’au vendredi pour les achats de la semaine.

Mes parents ne m’ont jamais conduit à une pratique de soccer ou de baseball ou de hockey. J’avais une bicyclette qui pesait probablement 50 livres et qui n’avait qu’une seule vitesse… lent. J’avais 11 ans quand nous avons eu notre premier appareil de télévision. Évidemment, c’était en noir et blanc et le poste fermait à minuit tapant l’hymne national; il reprenait en ondes le lendemain matin à six heures.

J’avais 15 ans quand j’ai goûté à ma première pizza. Je n’ai jamais eu le téléphone dans ma chambre. Le seul téléphone de la maison était dans la cuisine et c’était une ligne commune. Avant de composer le numéro, il fallait écouter pour être certain qu’il n’y avait personne sur la ligne. Les pizzas n’étaient pas livrées à la maison, mais on faisait la livraison du lait.

Tous les journaux étaient distribués par des jeunes garçons comme moi et tous les jeunes garçons distribuaient les journaux. Je passais la grosse Presse six jours par semaine ainsi que Télé-Radio-Monde, Allo Police et La Patrie, chaque semaine.

Le journal coûtait sept sous et je pouvais en garder deux que je recevais à la fin de la semaine. C’est après l’école, vers 17h. avant de souper que je passais mes journaux. Le dimanche, après la grand-messe où j’agissais comme servant de messe, il fallait collecter 42 sous de chacun de mes clients. Mes clients favoris étaient ceux qui me donnaient 50 sous et me disaient de garder la monnaie. Les mauvais clients étaient ceux qui n’étaient jamais à la maison le jour de la collecte.

Les étoiles du cinéma s’embrassaient la bouche fermée… du moins dans les films. Il n’y avait pas de classement, car on produisait les films pour que tous puissent les voir, sans violence, sans pornographie ou quoi que ce soit d’offensant. Si tu as grandi dans une génération d’avant la restauration rapide, tu vas peut-être vouloir partager ces souvenirs avec tes enfants et petits-enfants.

Ne viens pas me blâmer s’ils s’esclaffent en t’entendant ou en te lisant. Nous n’avons pas grandi comme ceux d’aujourd’hui. Un ami m’a raconté qu’en faisant le grand ménage dans la maison de sa grand-mère, décédée il y a quelques mois, il a trouvé une vieille bouteille de Cream Soda et de Kik Cola.

La capsule de métal sur le goulot, était pleine de petits trous. J’ai su immédiatement ce que c’était, mais sa fille n’en avait aucune idée. Elle pensait qu’ils avaient peut-être essayé d’en faire une salière ou quelque chose du genre. Mais je me souvenais précisément de la bouteille placée au bout de la planche à repasser pour humecter le linge à l’époque où il n’y avait pas de fers à la vapeur.

Je pense que je suis pas mal vieux.

Vous souvenez-vous de beaucoup de choses de ce genre?

Le bouton de contrôle des lumières au plancher de l’auto.

Les glacières.

Les « clips » pour retenir le bas des pantalons en vélo.

Les fers à souder chauffés sur un brûleur à gaz.

Les signaux à bras par les conducteurs d’automobiles.

La télégraphie.

SIMPLEMENT POUR LE PLAISIR

Je vous propose un petit jeu. Dans la liste ci-dessous, notez le nombre d’objets dont vous vous souvenez pour les avoir vues à la maison ou chez vos grands-parents. Vous irez voir ensuite votre classement plus bas.

1- Les p’tits bonhommes en réglisse.

2- La p’tite bouteille de Coca-Cola en cire contenant de l’eau sucrée et colorée.

3- Les cigarettes en bonbon.

4- Les distributrices de boissons gazeuses avec des bouteilles en vitre.

5- Les « juke-box » aux tables des restaurants.

6- Les pintes de lait avec le bouchon en carton.

7- Le téléphone avec ligne commune.

8- Les nouvelles avant le film au cinéma.

9- Le Petit Journal ou La Patrie.

10- Le savon Barsalou.

11- La tête de l’indien sur la mire d’ajustement à la télé.

12- Les tire-pois.

13- Pépino et Capucine.

14- Les 45 tours.

15- Les timbres Gold-Star.

16- Le tourne-disque haute-fidélité.

17- Le bac à glaçons en acier avec un levier.

18- Les copies miméographiées en bleu pâle.

19- Les lampes pour le « flash ».

20- La voiture Ford Edsel.

21- La clé pour les patins à roulettes.

22- La carabine à bouchon de liège.

23- Les ciné-parcs.

24- Les voitures Hudson, Nash et Studebaker.

25- La laveuse à tordeur.

26- Les chips à 1 cent

27- Se couvrir la tête était obligatoire pour les femmes et filles à l’église.

Voici votre classement selon vos souvenirs :

0 à 5: Vous êtes encore jeune.

6 à 10: Vous commencez à vieillir.

11 à 15: Ne dites pas votre âge.

15 à 20: Bienvenue dans le quatrième âge. Vous avez bien des années derrière vous mais ces souvenirs sont sans doute de bons moments dans votre vie et vous ont fait sourire rien qu’à y penser.

Bonne journée.

La triste et malheureuse réalité

La tendance des sans-abris à Montréal prend de plus en plus d’ampleur. Une triste réalité qui nous dépasse tous. Certains les évitent alors que d’autres leur viennent en aide. Pour pourvoir leur donner un lit, principalement en hiver, les églises devraient transformer leur sous-sol pour leur donner un gîte convenable où se reposer.

Je ne sais pas si vous étiez de fervents téléspectateurs de la série « Face à la rue », animée par Jean-Marie Lapointe, la saison dernière, mais c’était quelque chose à voir pour découvrir ce monde de misère, de désespoir et d’entraide malgré tout. Une poignante série sans jugement, mais dévoilant le triste sort des itinérants et itinérantes, parce que oui, beaucoup de femmes en font aussi partie.

Mais pourquoi en sommes-nous arriver là ? Qu’est-ce qui fait que leur nombre ne cesse de croître. Richard Martineau a décrit cette triste et malheureuse réalité dans son article quotidien émouvant, publié hier dans le Journal de Montréal d’hier. Un article révélateur sur ces démunis et itinérants qui survivent encore aujourd’hui en 2019. C’est ce texte poignant et révélateur que je partage avec vous aujourd’hui.

LE PARC DE LA MISÈRE Richard Martineau

Je ne savais même pas si c’était un homme ou une femme.

Cette personne se tenait devant moi, squelettique, trois ou quatre dents dans la bouche, broyée par la drogue.

Elle aurait pu avoir 20 ou 60 ans. On aurait dit un zombie.

LES FANTÔMES

Depuis quelques mois, je travaille près d’un parc qui sert de refuge aux miséreux de la ville. Je savais que ce lieu était fréquenté par des crève-la-faim, mais jamais à ce point.

Ils sont partout. Dormant entre des sacs de poubelle, tirant sur des restants de mégots dans des entrées de commerces, demandant la charité, assis sur la glace.

Et, parfois, hurlant à pleins poumons au beau milieu de la rue pour chasser les démons qui les hantent.

Dutrizac, qui passe par là pour aller animer son émission matinale, à QUB radio, dit que c’est pire la nuit. Des sans-abris se battent pour un fond de bouteille. Des ombres grouillant devant des hôtels de passe minables.

Et puis la racaille, tout autour. On les voit, faisant leur deal entre deux autos, chuchotant à l’oreille de « leurs » filles, profitant de la misère ambiante pour remplir leurs poches.

Des vautours. Tournant autour de leurs proies, flairant les clients, un cellulaire collé à l’oreille. Des crapules, de la vermine.

SANS FAMILLE

L’autre jour, devant la porte d’un café, deux jeunes policiers écoutaient avec une patience infinie une jeune fille en larmes. Ils lui touchaient doucement l’épaule.

Que tous ceux qui ne cessent de cracher sur les flics aillent faire un tour près de ce parc, au petit matin, ils y croiseront des policiers avec un cœur gros comme ça.

Ce n’est pas parce qu’on a un revolver à la ceinture qu’on est insensible à la misère humaine. Ce n’est pas parce qu’on représente l’ordre et l’autorité qu’on est incapable de compassion, d’attendrissement, de bonté.

Cette misère, je ne la confronte que dix minutes par jour, et ça me vire à l’envers. Eux la côtoient tous les jours.

Jour après jour, nuit après nuit, les mêmes fantômes perdus, les mêmes silhouettes squelettiques ravagées par la poudre, l’alcool. Le manque d’amour.

D’où viennent ces miséreux ? Qu’est-ce qui les a amenés là ? Dans l’un de ses documentaires, Paul Arcand discute avec une douzaine de jeunes qui passent leurs journées dans ce parc.

« Qui parmi vous est passé par la DPJ ? » demande-t-il. Ils lèvent presque tous la main. Abandonnés par leur famille, par le système. Seuls.

UNE DÉCHARGE HUMAINE

Vous avez déjà vu une décharge à déchets ? Ces terrains vagues où les camions de vidange vomissent leur contenu ? Eh bien, c’est ce parc. La société, notre société y jette ses rebuts.

Les individus dont on ne veut plus. Ceux qu’on juge trop brisés, trop cassés, irrécupérables.

On les laisse sur le bord du chemin, et puis ils se retrouvent là. Terminus, tout le monde descend. Le bout de la route. Une fourrière pour animaux à deux pattes. Chiens perdus sans collier.

Quand le soleil se couche, et que les travailleurs retournent chez eux, la racaille sort d’entre les ordures pour leur sucer le sang.

C’est fou comme je dors mal depuis que je travaille près de ce parc.

Une société de consommation vraiment spéciale

On vit dans une collectivité de consommation vraiment spéciale. Une société de paradoxes. Je peux comprendre l’évolution d’une société mais à ce point-là, plus rien ne me surprend. Prenez l’automobile. Le salon de l’auto ouvre aujourd’hui, et on apprend que les camions de style « pickup » ont la cote. Ford, avec son F150, aurait vendu 9 fois plus de « pickup » que d’automobiles.

Selon le Automotive News Data Center, « plus de 1,4 millions de camions ont été vendus, comparativement à 594 472 voitures. »

Eh bien ! Est-ce que tout le monde s’est acheté une roulotte ou une caravane à sellette ? Je comprends un entrepreneur pour les besoins de son travail, mais pour le commun des mortels, ça me dépasse, malgré l’instabilité des prix de l’essence.

Ensuite, viennent les utilitaires sports. Encore là, c’est renversant. Les familles diminuent et les autos grossissent. Toute une contradiction.

Au début des années 70, les pénuries de pétrole annoncées ont fait en sorte que les voitures ont pris une bonne cure d’amaigrissement. Vous vous souvenez, par exemple, du virage minceur de la Mustang ? Oh, ce n’était pas drôle. On a vu arriver massivement, les sous-compactes… pour la faible consommation d’essence. La crise passée, ce sont les 4×4 qui étaient en vogue.

Au début du 21e siècle, l’essence a atteint les 1,50$ du litre et les petites voitures ont repris leur popularité. Depuis quelques années, l’essence connaît de fortes baisses malgré les taxes, et on voit un regain pour les véhicules plus énergivores.

Mais le plus drôle de l’histoire, ce sont les parcs et terrains de stationnement; centres commerciaux, stationnements incitatifs, hôpitaux, bref, partout où on retrouve une case de stationnement, elle est aux dimensions des sous-compactes… sauf chez Costco, les seuls à fournir des stationnements facilitant l’embarquement des passagers et l’espace pour charger la marchandise.

Alors on fait quoi pour la suite ? Avec la popularité des « pickup » et des VUS, il faudra revoir la largeur des cases ou accepter de laisser descendre les passagers pour pouvoir se stationner confortablement. Attention aux coups de portes. Les carrossiers vont faire des affaires d’or.

Oui… une société vraiment spéciale et qui ne cesse de surprendre.

Savoir s’arrêter

Qui n’a pas entendu, au retour des vacances du temps des Fêtes, qu’il est bon de revenir au travail parce que la période a été divertissante certes, mais très occupée par les rencontres et les nombreux déplacements. Bref, le retour au travail et reprendre sa routine seraient comme des vacances. Bizarre non ? C’est peut-être qu’on ne sait pas s’arrêter.

Mathieu Bock-Côté, sociologue, auteur et chroniqueur au Journal de Montréal, brossait un portrait assez juste de notre société actuelle, inondée de technologies, dans son article de jeudi dernier. C’est ce texte que je vous propose. Prenez du temps pour le lire parce qu’il déborde de vérités et principalement pour ce temps de l’année.

LA VIE AU RALENTI Mathieu Bock-Côté

Il y a globalement deux manières de vivre le temps des Fêtes.

La première, la plus courante, consiste à passer d’une grande table à une autre, chaque repas devenant un festin sous le signe d’une abondance gargantuesque. Elle a été chantée en d’autres temps pas Hi Ha Tremblay, alias Michel Barrette, dans Le Temps D’une Dinde ! Elle a son charme !

FRÉNÉSIE

Et pourtant, il y en a une autre. Sans s’interdire quelques banquets, et tout en goûtant pleinement les joies de la famille et de l’amitié, il s’agit plutôt, cette fois, de se soustraire à la pression sociale et de redécouvrir, pendant quelques journées d’hiver, le charme de la vie au ralenti.

Notre existence est aujourd’hui frénétique. Prenons le cas d’une famille standard, avec papa, maman, et deux enfants. Il y a de bonnes chances qu’elle soit installée en banlieue, c’est-à-dire qu’il est à peu près certain que les deux parents, d’une manière ou d’une autre, perdent une partie importante de leur vie dans le trafic.

Entre le travail des parents, l’école des enfants, les rendez-vous obligatoires des premiers et les cours auxquels on se sent obligé d’inscrire les seconds, la vie semble prendre la forme d’une course maniaque vers nulle part.

Cette existence barouettée est épuisante. Combien de fois a-t-on pu entendre un ami nous expliquer qu’au terme de la journée, il ne lui reste plus qu’une heure pour se reposer, et cela, s’il est chanceux.

Notre existence est aussi hachurée.

Qui est encore capable de regarder un film de la première à la dernière seconde sans regarder son téléphone, sans consulter ses courriels, sans s’égarer sur Facebook, ou pire encore, sans perdre son temps sur Instagram ? Qui est encore capable d’ouvrir un livre et de s’y laisser happer sans consulter sans cesse ses médias sociaux ?

Notre existence est aussi pressurisée par la société de consommation qui nous bombarde de sollicitations publicitaires cultivant en nous des désirs artificiels et loufoques. S’il est agréable de s’entourer de beaux objets et de vivre dans l’aisance, sans s’inquiéter de son endettement ou de ses fins de mois, il est insensé d’accrocher son bonheur à la frénésie consommatrice.

Le capitalisme devenu fou nous entraîne dans sa folie.

SILENCE

Et pourtant, il suffit de s’arrêter un peu pour reprendre son souffle et comprendre que notre mode de vie cloche. Il est aliénant. Il fait passer notre soumission active à un système déréglé pour la seule manière légitime de poursuivre la quête du bonheur.

Il faut savoir s’arrêter, reprendre son souffle, en se demandant si cette existence frénétique, hachurée et consommatrice est vraiment tenable. Il suffit quelquefois de s’arrêter quelques jours pour s’en rendre compte.

S’installer dans un sofa. Lire un vrai livre. Aller marcher sans son téléphone une heure. Goûter le silence.

Il suffit de cela, quelquefois, pour avoir envie de reprendre sa vie en main.

Mieux vaut s’en rendre compte plus tôt que tard.

Le sort des enfants dans notre société

Assez bizarre comme l’actualité accorde beaucoup d’importance à la maltraitance des aînés et des animaux, alors que le sort des enfants maltraités, abusés sexuellement et négligés n’obtient pas semblable presse. Mario Dumont en traçait un portrait triste et laid mais intéressant de leur situation, dans l’édition du 12 octobre du Journal de Montréal, suite au dernier bilan de la DPJ dévoilé récemment. C’est son opinion que je veux partager avec vous aujourd’hui.

LE MIROIR DE LA DPJ Mario Dumont

Lorsqu’il est question de savoir comment le Québec traite ses aînés, la discussion publique va bon train. Le gouvernement a créé des CHSLD, il en est responsable. Quand des cas de mauvais traitements sont portés à notre attention, tout le monde lance une charge à fond de train contre l’incompétence du gouvernement.

C’est si facile lorsque nous pouvons collectivement nous soustraire à nos responsabilités et tout ramener à cette créature impersonnelle qu’est l’État. Chaque citoyen peut avoir bonne conscience. Le citoyen québécois ne néglige pas les aînés. Il est une victime, victime de vivre dans ce Québec où l’État néglige les aînés.

Ce n’est pas si simple avec le bien-être des enfants. Malgré la présence des garderies et des écoles, nous n’avons pas transféré à l’État le sort de ceux-ci. Les parents demeurent les premiers responsables de veiller au sain développement des enfants.

QUEL PORTRAIT !

Le bilan des DPJ dévoilé cette semaine est terrible. Dans presque toutes les régions, il y a une hausse du nombre de signalements. La DPJ n’intervient pas pour le plaisir. Ces signalements révèlent des cas d’enfants battus, abusés sexuellement, ou négligés de toutes les façons. Un portrait vraiment laid.

Dans l’ensemble du Québec, il s’agit d’une hausse de plus de 8% du nombre de signalements retenus par rapport à l’an dernier. C’est énorme ! Malgré tout, ces données alarmantes sur le sort des enfants auront pris moins de place dans l’actualité que n’auraient occupé le démantèlement de ce qu’on a appelé les « usines à chiots ».

Pourquoi ? Malheureusement, nous nous sommes habitués. Les signalements sont continuellement en hausse. Nous finissons par perdre de vue que derrière les statistiques se cachent des cas déplorables d’enfants maltraités. Des cas individuels. Des enfants qui ont souffert un à un. Des enfants si en danger que le meilleur choix fut de les retirer de leur famille.

L’autre explication, c’est que le mauvais sort réservé à nos enfants nous renvoie une sombre image de nous-mêmes. Pas moyen de se contenter de blâmer l’État. Des centaines de parents parmi nous sont négligents, incompétents et insouciants au point de causer des torts majeurs à leurs enfants. Ce n’est pas glorieux pour une société avancée.

ÉCONOMIE FAVORABLE

D’autant plus que certaines excuses tombent. Il fut un temps où l’on attribuait les problèmes de maltraitance des enfants aux mauvaises conditions économiques. Le chômage entraîne la pauvreté et la pauvreté entraîne une détresse dont les enfants finissent par souffrir.

En 2018, le Québec vit essentiellement le plein emploi.

L’économie va plutôt bien et les revenus sont en croissance. Je ne m’attendrais pas à ce que les signalements à la DPJ tombent à zéro. Mais il me semble que l’excuse économique s’amenuisant, l’incompétence pathétique et la malveillance honteuse paraissent encore plus gênantes.

J’écris ce texte comme un cri du cœur pour les enfants du Québec. Même si je sais qu’il y aurait plus de lecteurs et de partage sur les réseaux sociaux pour une histoire de raton laveur séparé de sa famille.

Changements climatiques – Sommes-nous prêts ?

Est-ce que les changements climatiques vous effraient ? Force est d’admettre que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient. Nos hivers sont moins rigoureux, alors que nos étés sont suffocants. Je ne m’en fais pas trop mais je m’y intéresse quand même. Je prête l’oreille, alors que j’ai 66 ans bien sonnés.

Depuis que la terre existe, partie de glace, elle a évolué, s’est réchauffée et l’homme n’existait même pas. Une transformation normale au fil du temps. Quoi qu’il en soit, la crainte de voir se transformer radicalement notre monde, a de quoi nous faire réfléchir. Isabelle Hachey en a fait son dossier qu’elle a publié dans La Presse + du 11 août dernier et que je partage avec vous.

C’est assez bouleversant comme constat où on prévoit un Québec victime de ce réchauffement planétaire aussi près qu’en 2050. C’est demain ! Serons-nous prêts ? Quelle en sera l’adaptation ?

À QUOI RESSEMBLERA LE QUÉBEC DE 2050 ? Isabelle Hachey

Les canicules qui se succèdent à un rythme alarmant cet été, au Québec comme ailleurs, ne trompent pas : le réchauffement planétaire est déjà commencé. Il va maintenant s’accélérer, et le monde n’aura pas d’autre choix que de s’adapter. Sommes-nous prêts ?

« ÇA VA ÊTRE UN MONDE COMPLÈTEMENT DIFFÉRENT »

Montréal, 11 août 2050. Il n’est pas encore midi et le mercure affiche déjà 38 °C. La canicule sévit depuis la Saint-Jean-Baptiste, sans interruption, hormis trois jours de pluies torrentielles qui ont inondé – encore – la vallée d’asphalte et de béton que forme l’autoroute Décarie.

Malgré les plans d’urgence, la chaleur accablante a tué des dizaines de personnes âgées depuis le début de l’été. Les climatiseurs fonctionnent à plein régime. La facture d’électricité des Montréalais risque d’exploser à la fin du mois. Tout comme la facture d’eau, désormais rationnée.

Les politiciens promettent de faire plus, de faire mieux. En cette période de précampagne électorale, ils participent aux traditionnelles épluchettes de blé d’Inde… désormais cultivé au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le sirop d’érable, quant à lui, provient de Baie-Comeau. Dans le sud du Québec, il y a longtemps qu’on n’a plus visité une cabane à sucre. Ou vu un Noël blanc.

Si on veut de la neige en hiver, mieux vaut se rendre en Gaspésie, qui connaît un boom touristique sans précédent. Dès la mi-janvier, des skieurs de l’Ontario et du nord-est des États-Unis empruntent la route 132 – ramenée à l’intérieur des terres pour échapper aux assauts du fleuve – afin de profiter de la neige naturelle qui n’est pas tombée chez eux depuis des années.

Cet été, ce sont les Montréalais qui se sont rués en masse dans la péninsule gaspésienne. Ils fuyaient la canicule, mais aussi une grave épidémie de fièvre provoquée par un virus découvert il y a une trentaine d’années en Amérique latine et porté par des moustiques ayant rapidement migré vers le nord.

Un Québec méconnaissable.

Science-fiction ? Bien sûr. Mais rien que les scientifiques n’aient pas projeté dans diverses études visant à établir les effets potentiels du réchauffement climatique au Québec.

Le scénario imaginé plus haut s’inspire – très librement – de projections contenues dans la Synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec. Ce document de référence, publié en 2015 par le consortium Ouranos, a requis deux ans de travail et mobilisé une centaine d’experts.

Le réchauffement a déjà commencé, nous rappellent trop bien les canicules qui se succèdent à un rythme effarant cet été, au Québec comme ailleurs dans le monde. Il va maintenant s’accélérer. Et il faut s’attendre à ce que le Québec de 2050 soit méconnaissable, prévient Dominique Paquin, spécialiste en simulations et analyses climatiques chez Ouranos. « Ça va être un monde complètement différent. »

Un monde auquel il faudra s’adapter pour survivre. « La quantité d’efforts que nos enfants vont devoir déployer autour de cet enjeu, on a encore de la difficulté à se l’imaginer », craint Steven Guilbeault, directeur d’Équiterre.

« Si on continue au rythme actuel, avec des émissions très fortes de gaz à effet de serre (GES), on peut s’attendre à un réchauffement de 3,5 ou 4 °C en 2050. »

— Dominique Paquin, spécialiste en simulations climatiques, Ouranos

Conséquences probables, voire inévitables de ces trois ou quatre degrés supplémentaires : vagues de chaleur accablante, pluies diluviennes, érosion des côtes maritimes, bouleversement des écosystèmes, migration de la faune et de la flore vers le nord et destruction de récoltes avec l’arrivée en masse d’espèces envahissantes. Entre autres.

Adieu à l’hiver québécois

À Montréal, le nombre de journées de canicule va au moins tripler, selon le Dr Pierre Gosselin, coordonnateur du programme de recherche santé au sein du consortium Ouranos. « Il y aura environ 50 jours au-dessus de 30 °C à Montréal. » Autrement dit, des étés presque complets de canicule. Les personnes âgées et vulnérables en paieront le prix.

« Des études récentes montrent que le nombre de décès [liés à la chaleur] va augmenter de 50 à 100 % sur la planète en 2040. »

— Le Dr Pierre Gosselin

L’hiver québécois tel qu’on le connaît n’existera plus. Il ne durera que quelques semaines. « L’hiver se réchauffe davantage que l’été. On peut s’attendre à un réchauffement hivernal de 5 ou 6 °C, dit Mme Paquin. Il y aura de moins en moins de neige. Et peut-être que les patinoires extérieures disparaîtront, puisqu’il y a un coût à maintenir des infrastructures hivernales quand les températures ne sont pas assez froides pour les maintenir naturellement. »

Dans le cas des patinoires, ce n’est pas vraiment un scénario de science-fiction ; c’est déjà une réalité qui commence à poindre. En janvier, la Ville de Montréal a par exemple annoncé la fermeture définitive de la patinoire naturelle du lac aux Castors, sur le mont Royal, parce qu’elle n’avait pu être ouverte que 37 jours l’hiver précédent. Naguère, les Montréalais pouvaient y patiner une centaine de jours chaque hiver.

D’autres signes s’accumulent et ne mentent pas : ce cardinal qui chante dans la cour, à Montréal, et dont la présence était autrefois exceptionnelle ; la fonte du pergélisol, qui met en péril, maisons et routes du Grand Nord ; la promenade de Percé, maintes fois dévastée par les tempêtes ; la maladie de Lyme, qui se propage toujours plus au nord de la province, grâce à la migration de souris porteuses de tiques infectées par la bactérie.

Cette semaine encore, des scientifiques ont annoncé l’arrivée au Québec de la veuve noire du Nord, une araignée heureusement moins dangereuse qu’on pourrait le croire. « Si on m’avait dit quand j’étais au baccalauréat que sa niche écologique allait s’étendre au Québec avant 2020, j’aurais été bien surpris », a confié l’entomologiste Maxim Larrivée jeudi à La Presse. Mais voilà, les changements climatiques sont beaucoup plus rapides que prévu.

« ON N’EST PAS PRÊTS »

Le train est en marche. Impossible de revenir en arrière, même si on parvenait à éliminer du jour au lendemain toutes les émissions de GES de la planète, explique Dominique Paquin. « Il y a tellement de carbone accumulé dans l’atmosphère que le réchauffement va continuer » pendant au moins un siècle.

« Il n’est plus question de savoir si on doit s’adapter, mais plutôt comment le faire », préviennent d’ailleurs les scientifiques du consortium Ouranos dans leur Synthèse.

« On n’est pas prêts », s’inquiète le Dr Gosselin.

« On consacre beaucoup plus d’argent à lutter contre les GES qu’à s’adapter aux changements climatiques, dit-il. Or, les GES continuent à augmenter partout dans le monde. C’est bien triste, mais il faut réaliser que ça ne marche pas très fort, jusqu’ici, la réduction des GES, et qu’il faut donc se préparer en adaptant nos villes, nos systèmes, nos façons de faire. C’est la prochaine grande priorité. »

Le réchauffement du Québec en chiffres

33 milliards

C’est ce que coûtera la chaleur à la société québécoise dans les 50 prochaines années. Ces coûts seront essentiellement attribuables aux pertes de vie prématurées.

1,5 milliard

Coûts de l’érosion côtière sur les bâtiments, les terrains et les infrastructures de transports à l’horizon 2064

20 000

Nombre de morts causées par le réchauffement climatique au Québec au cours des 50 prochaines années

5300

Nombre de bâtiments perdus à cause de l’érosion côtière d’ici 2064. Disparaîtront aussi 1300 terrains, 300 km de routes et 25 km de chemins de fer.

Source : Évaluation des impacts des changements climatiques et de leurs coûts pour le Québec et l’État québécois, Ouranos, 2015

LA PROVINCE AU TEMPS DU RÉCHAUFFEMENT

En 2050, les changements climatiques affecteront la santé, bouleverseront les écosystèmes et forceront les autorités à repenser les villes. Voici à quoi les Québécois doivent s’attendre.

La migration des espèces

Sous l’effet du réchauffement, les aires de répartition de centaines d’espèces se déplaceront vers le nord à grande vitesse : de 45 à 70 km par décennie, estiment les scientifiques. Il y aura donc de nombreuses nouvelles espèces au Québec à la fin du siècle. Mais il ne faut pas s’en réjouir pour autant, puisqu’une partie d’entre elles seront nuisibles, note Robert Siron, coordonnateur du programme écosystème et biodiversité du consortium Ouranos. « C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la biodiversité nordique, dit-il. En termes absolus, il y aura de plus en plus d’espèces au Québec. Mais parmi elles, il y aura des espèces envahissantes, ravageuses ou vectrices de maladies. » Ces indésirables s’attaqueront inévitablement aux cultures, aux forêts et aux espèces indigènes.

Des érablières à Baie-Comeau ?

Avec la hausse des températures, l’aire de l’érable à sucre s’étendra jusqu’à Baie-Comeau d’ici à la fin du siècle. En théorie, du moins. En pratique, la vitesse de migration des arbres est plus lente : de 10 à 45 km par siècle. « La plupart des arbres ne suivront probablement pas le rythme accéléré des changements climatiques », explique Robert Siron. Il y a aussi d’autres obstacles. « L’érable à sucre a besoin d’un sol particulier, qui n’est pas celui de la Côte-Nord. Il pourrait aussi être en concurrence avec les espèces établies. » S’il est peu probable que l’on retrouve des érablières dans le nord de la province, le Québec pourrait néanmoins profiter des changements climatiques pour renforcer son monopole sur le sirop d’érable, prédit M. Siron, puisque le petit marché qui existe actuellement dans le nord-est des États-Unis risque fort de disparaître.

Des villes à repenser

Les orages deviendront plus intenses avec le réchauffement climatique. Les villes devront être prêtes à absorber toute cette pluie – ce qu’elles font mal en ce moment avec leurs kilomètres de rues asphaltées où l’eau ruisselle et s’accumule, risquant de provoquer des inondations. « Il faut repenser les villes », dit Dominique Paquin, spécialiste en simulations et analyses climatiques au sein du consortium Ouranos. « Lorsque vient le temps de reconstruire les infrastructures, il faut s’assurer de réduire les îlots de chaleur et de mieux gérer les eaux de pluie. » Cela peut se faire, par exemple, avec l’installation de toitures végétales et d’asphalte perméable permettant à l’eau d’être absorbée par la terre.

Mortelle canicule

En 2061, les Québécois seront plus nombreux et plus vieux que jamais. Les aînés formeront plus du quart de la population. Et ils seront plus vulnérables aux îlots de chaleur urbains. Les scientifiques d’Ouranos estiment que 20 000 Québécois mourront avant l’heure à cause du réchauffement climatique au cours des 50 prochaines années. « Les villes, où vivent 85 % des Québécois, ne sont pas prévues pour la chaleur. On manque de parcs, d’arbres, de pistes cyclables et de voies piétonnes, dit le Dr Pierre Gosselin, coordonnateur du programme santé au consortium Ouranos. Il faut agir sur de 40 à 50 % des villes pour réduire la température de 1,5 à 2 degrés [Celsius]. Cela permettrait d’éviter la surmortalité lors de canicules. »

L’érosion des côtes

Quand Percé a inauguré sa nouvelle promenade, en juin, les scientifiques ont applaudi : cette fois, elle ne serait plus livrée aux tempêtes. Les autorités municipales avaient cessé de lutter contre les éléments, jugeant plus judicieux de déplacer des bâtiments et de recharger la plage de galets. « On ne peut plus bâtir les infrastructures comme on le faisait avant, en se basant sur les données du passé, dit Dominique Paquin. Il faut inclure les changements climatiques dans la planification. » C’est ce qu’a fait la Ville de Percé. Les régions côtières, autrefois protégées par les glaces du Saint-Laurent, sont de plus en plus exposées aux fortes tempêtes hivernales. « D’ici la fin du siècle, on s’attend à ce que l’érosion atteigne un mètre, souligne Mme Paquin. Toutes les infrastructures côtières sont à repenser. »

Reconstruire le Nord-du-Québec

Nulle part au Québec le réchauffement ne se fait aussi douloureusement ressentir que dans le Grand Nord. « Les Inuits, qui essaient de maintenir un mode de vie traditionnel en lien étroit avec la nature, peuvent nous parler pendant des heures de ce qu’ils observent », raconte Robert Siron, également coordonnateur des régions nordiques chez Ouranos. Des ponts de glace disparaissent. Le dégel du pergélisol fragilise les bâtiments, endommage les routes et bousille les pistes d’atterrissage. Le gouvernement a déjà entrepris la reconstruction de maisons et d’infrastructures routières. « Ce sont des enjeux vécus au quotidien par les populations du nord, dit M. Siron. Là-bas, on parle des changements climatiques au présent, pas au futur. »

Tirer profit du réchauffement

Oui, chaque ménage aura son climatiseur. Mais avec la diminution des besoins en chauffage l’hiver et la hausse du débit des rivières, Hydro-Québec… bénéficiera des changements climatiques. On prévoit en effet que la demande en énergie aura diminué de 2,7 % en 2050. Mais tout n’est pas gagné pour la société d’État, qui devra composer avec plus de déluges, d’incendies de forêt, de tempêtes de verglas et d’autres événements climatiques extrêmes. Les agriculteurs tireront aussi profit du réchauffement, grâce aux saisons de croissance plus chaudes et prolongées. Les industries touristiques et forestières seront aussi avantagées. « Il y a clairement certaines occasions d’affaires, dit Dominique Paquin, mais il ne faut pas oublier qu’un coût y sera associé et qu’on n’a pas le choix de s’adapter. »

Source : Vers l’adaptation – Synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec (Ouranos, 2015)