Savourer le bon vieux temps pour le temps qu’il nous reste

Vous vous souvenez des recettes de grand-mère ? Les festins qu’on nous servait lors des rencontres de familles. Des victuailles à profusion, des repas copieux et réconfortants au point où il fallait desserrer les ceintures d’un cran. Oui. La cuisine était délicieuse et chaque fois qu’on en avait l’occasion on ne s’en privait pas. Et ils cuisinaient pour une armée.

Pourtant beaucoup de ces vieux sont devenus centenaires. Ils sont de cette époque où se nourrir était un plaisir sans égards aux calories, aux glucides, aux lipides. Du moment que c’était bon… et ça l’était ! Tout le monde profitait du moment. Et on n’a qu’une seule vie à vivre, alors…

Les temps ont bien changé et dans ce monde de nutritionnistes, on tente de faire avaler à nos ainés des repas avec du tofu et toutes sortes de composantes nouvelle mode dans les CHSLD. Nous ne sommes pas des oiseaux pour se nourrir de graines. Pour les années qui restent à nos « bons vieux », ils ne veulent pas de ces repas dit « santé ». Ils veulent bouffer la nourriture qu’ils adorent, celles de leur bon vieux temps et au diable le reste. Celle qu’ils ont préparés jadis avec amour.

Même nous, les baby-boomers, on en parle encore; le bon vieux ragoût de pattes, la graisse de rôtis sur des tranches de pain, de la tête à fromage et vous pouvez ajouter les vôtres… On salive, rien que d’y penser. La bonne soupe aux légumes et ses petites bulles de gras flottantes. Miammm !

Si je vous raconte tout ça, c’est que j’ai beaucoup apprécié le texte de Mathieu Bock-Côté, publié dans le Journal de Montréal du 8 mai dernier. Je veux maintenant le partager avec vous aujourd’hui.

FOUTRE LA PAIX AUX VIEUX Mathieu Bock-Côté

On dirait une nouvelle anecdotique, mais en fait, elle est terriblement révélatrice. Elle se passe au Lac-Saint-Jean.

Radio-Canada nous apprenait dimanche que le « nouveau cadre de référence provincial » en matière d’alimentation a poussé à changer les menus servis en CHSLD, où l’on trouve essentiellement une « clientèle » composée de personnes âgées.

En gros, on change les recettes, on les modernise. Mais cela ne fait pas l’affaire de tous.

Je me permets de citer l’épouse d’un pensionnaire qui s’en désole. Elle dit les choses simplement et éloquemment.

« Ce monde-là, c’est du vieux manger qu’ils aiment manger, comme anciennement, Là, ils ont essayé de mettre du chia dans les puddings au chocolat et faire des menus avec du tofu. Ils ne connaissent pas ça ! »

Les petits mondains qui auraient une réaction condescendante devant une telle préoccupation témoigneraient surtout de leur propre petitesse et de leur manque d’égards pour les aînés.

Il y a là tout l’esprit hygiéniste de notre temps. Personne ne conteste la nécessité de bien se nourrir. Mais il y a quelque chose d’un peu cruel à vouloir rééduquer des hommes et des femmes qui, au soir de leur vie, n’ont pas particulièrement envie de se faire bousculer dans leurs habitudes.

Notre époque aime se moquer des habitudes. Elle cultive le goût immodéré de la nouveauté. Elle ne comprend pas qu’on fait sa demeure dans le monde en se créant ses petits rituels, qui rendent la vie plus douce, plus agréable.

Quoi qu’en disent ceux qui croient à l’éternelle jeunesse, chaque âge de la vie répond à sa propre loi. La jeunesse est un âge d’exploration. L’âge adulte en est un de consolidation. Le vieil âge, de conservation.

Plus le temps passe, plus on s’accroche à son monde, et il n’y a rien de mal à ça.

Les habitudes rassurent, les traditions réconfortent, et dans une société qui change de plus en plus vite, elles permettent de garder des repères. Et les habitudes à table en relèvent.

Je n’ai rien contre les nutritionnistes, j’en ai contre le puritanisme alimentaire. Il y a dans la vie un plaisir à manger, tout simplement. C’est le plaisir de se mettre à table, c’en est de savourer mentalement à l’avance un plat qu’on aime particulièrement.

SERMONS

Bien franchement, quand j’ai lu cette nouvelle, je me suis simplement dit : est-ce qu’on ne pourrait pas sacrer patience aux vieux ? Est-ce qu’on ne pourrait pas leur foutre la paix ?

Leur permettre de manger du pâté chinois, des vol-au-vent, des soupes à l’ancienne et des galettes au sirop ?

Est-ce qu’on pourrait, lorsqu’ils le demandent, leur servir une boisson gazeuse, ou comme on disait autrefois, une petite liqueur, sans leur faire la morale, sans les sermonner ? Est-ce qu’on pourrait, en fait, leur permettre de vivre leurs dernières années en paix, sans sermons alimentaires ?

D’ailleurs, si nous pouvions tous nous délivrer un peu de la tutelle des donneurs de leçons et autres missionnaires de la vie parfaite, tout le monde irait mieux.

Enfanter : bonheur ou malheur

On n’en reviendra définitivement pas du drame de la fillette de Granby. On ne compte plus le nombre de textes pondus et reliés à ce terrible événement. Depuis l’assassinat des deux jeunes enfants du cardiologue Guy Turcotte le 20 février 2009, c’est le crime qui a bouleversé le plus de Québécois et d’étrangers au fait de ce dossier.

Richard Martineau, dans son article d’hier dans les pages du Journal de Montréal, se posait la question; pourquoi avoir des enfants ? C’est bizarre mais je me suis posé la même question pour arriver au même résultat que son analyse. C’est le texte que je partage avec vous aujourd’hui et ne ratez pas les deux derniers paragraphes, parce qu’il résume tout ce qui devrait être fait en matière de contraception.

Si enfanter procure un bonheur incommensurable chez certains, il est un dramatique prélude au malheur pour d’autres.

POURQUOI CERTAINES PERSONNES ONT DES ENFANTS ? Richard Martineau

Deux jours après que l’on eut appris le décès de la « petite martyre de Granby », je suis allé voir le film Capharnaüm, de la cinéaste libanaise Nadine Labaki.

Si vous avez le cœur solide, je vous conseille fortement d’aller le voir. C’est un véritable chef-d’œuvre.

LE DROIT DE NE PAS ÊTRE NÉ

La cinéaste nous raconte la vie tragique d’un petit garçon de Beyrouth, mal aimé et maltraité par ses parents. Laissé à lui-même, abandonné à son sort, obligé de prendre soin d’un poupon dont la mère, immigrante sans-papiers, a été arrêtée, cet enfant tente de survivre dans la jungle urbaine.

Après avoir été mis en contact avec une avocate, il décide de poursuivre ses parents pour l’avoir mis au monde. « Quand on n’est pas capable de s’occuper de soi-même, dit-il au juge dans une scène déchirante, on ne fait pas d’enfants ! »

À l’émission culturelle Le Masque et la plume, que j’écoute religieusement sur les ondes de France Culture depuis des années, un critique (Jean-Marc Lalanne) a descendu ce long métrage justement à cause de cette phrase, qu’il trouvait impardonnable.

Pour lui, cette réplique pue l’extrême droite à plein nez. « On ne peut pas dire aux pauvres de ne pas se reproduire, c’est l’eugénisme ! », s’est-il indigné.

Ah oui ?

Ce journaliste culturel (qui appose toujours une grille idéologique gauchisante sur chaque film qu’il critique, en bon militant bien-pensant de la bobosphère) n’a pas vu le même film que moi. La réalisatrice ne dit pas que seuls les riches devraient avoir le droit d’avoir des enfants !

Elle dit que certaines personnes sont tellement « fuckées » qu’elles ne devraient pas se reproduire. Indépendamment de leur milieu social. Et vous savez quoi ? Je suis totalement d’accord.

LES ENFANTS ACCENTUENT TES PROBLÈMES

Je ne dis pas que l’État devrait délivrer des « permis de reproduction ». Ni qu’on devrait stériliser ou avorter de force les toxicomanes.

Je ne suis pas Hitler, quoi qu’en pense Louis T. qui, comme tous les idiots à court d’arguments, m’a récemment comparé au moustachu préféré de la petite gogauche du Plateau.

On ne peut empêcher qui que ce soit d’avoir des enfants ! Mais on est en droit de se scandaliser quand on voit des personnes totalement indigentes avoir des enfants à la queue leu leu.

Les travailleuses sociales peuvent-elles conseiller à certaines de leurs « clientes » de mettre un terme à leur grossesse ? Peuvent-elles les référer à certaines cliniques ? J’espère que oui.

Car contrairement à ce que certaines personnes pensent, un enfant ne règle pas tes problèmes, au contraire. Il les accentue.

Ton couple va mal ? Il va aller encore plus mal si vous décidez d’avoir un enfant.

Tu es incapable de te prendre en main ? Ça va être pire quand tu auras un poupon à la maison. Il va te réveiller trois fois par nuit, et tu vas perdre les pédales après deux semaines…

CONTRACEPTION GRATUITE

Savez-vous ce que je pense ? Les moyens de contraception devraient être gratuits. Et distribués dans les écoles secondaires.

Après tout, on aide bien les toxicomanes à se piquer de façon sécuritaire…

Des expressions pittoresques et folkloriques

On a tous eu des parents et grands-parents. Alors qu’on était petit, ils y allaient souvent d’expressions typiques qui reflétaient bien à l’époque les dialectes ruraux de notre langue française québécoise.

Alors, je vous propose de faire un petit tour dans le passé et dans vos souvenirs avec ces expressions pittoresques et folkloriques que plus personne (ou presque) n’utilise, mais qui font sourire. Qu’en pensez-vous ? À vous d’en ajouter d’autres…

– Ma grand-mère disait (vla-ti-pas).

– Tu es fagoté comme un as de pique.

– Tu risques de te casser la margoulette !

– Ne te monte pas le bourrichon !

– T’es pas en sucre !

– On va pas attendre jusqu’à la Saint-glinglin quand même ?

– Il n’y a pas le feu au lac !

– C’est kif-kif bourricot !

– Je vais aller faire les commissions.

– Ça ne tombera pas plus bas !

– Il n’y a pas de petites économies.

– On n’est pas sorti de l’auberge.

– N’en fais pas tout un fromage !

– Regarder une page de réclame.

– Ne mets pas la charrue avant les bœufs.

– Il a pris la poudre d’escampette.

– Tu beurre épais !

– Elle a vu le loup !

– Faire une tête de six pieds de long.

– On n’est pas aux pièces.

– Ça ne fait pas un pli sur la différence.

– Tu files un mauvais coton.

– Brûler la chandelle par les deux bouts.

– Je t’ai payé rubis sur l’ongle.

– À la bonne franquette.

– Parlons peu mais parlons mieux.

– Faut pas pousser Mémé dans les orties.

– Cela ne fait ni une ni deux.

– Péter plus haut que l’trou.

– Pas la peine de chercher midi à 14h.

– Il a une descente que j’aimerais pas remonter à vélo.

– Met ton sweater.

– Ben, c’é l’boutt du boutt.

– Le bonhomme sept-heures.

– Ti-train va loin.

Certains de ces mots sont encore aux dictionnaires, pour en connaître et apprécier le sens. Ne vous gênez pas d’y recourir.

Il suffit de se comparer, pour se consoler

Je ne sais pas si vous êtes des fervents lecteurs du billet quotidien de Michel Beaudry dans les pages du Journal de Montréal, mais son papier de ce premier jour de février, toujours d’actualité,  m’avait beaucoup fait sourire.

Il traite de toutes ces vedettes politiques ou chefs d’entreprises, ces investisseurs et hauts fonctionnaires qui n’ont peur de rien et qui veulent se comporter en modèle pour la société. Leurs conseils valent bien peu, quand on scrute minutieusement leurs exploits et réalisations. Finalement, comme le dit si bien Michel Beaudry, « On n’est pas si pire ». Constatez par vous-même…

PAS SI PIRE Michel Beaudry

L’échec cuisant avoué de Téo Taxi, la déconfiture de Caroline Néron, et Bombardier qui se plante malgré des subventions à gogo, ça vous dit quoi ? Ben, finalement, on n’est pas si pire que ça avec nos cartes de crédit un peu trop boursouflées.

Les gouvernements qui sont esquintés dans leurs méandres informatiques au point de ne plus être capables de payer leurs employés ou enregistrer correctement les armes à feu, ça vous dit quoi ? Ben, finalement, on n’est pas si pire avec nos courriels qui ne se sont jamais rendus parce que nous n’avons pas mis le point à la bonne place ou qu’on a écrit .com au lieu de .ca.

Quand vous voyez apparaître Céline en running shoes de basketball sous un décolleté jusqu’au nombril devant tous les paparazzis de Paris, ça vous dit quoi ? On n’est pas si pire avec nos culottes de coton ouaté et notre tuque des Expos.

TENDANCE

Quand vous voyez le fédéral et les provinces incapables de répondre à la demande qu’ils ont eux-mêmes provoquée en légalisant le pot, qui d’ailleurs n’est toujours pas rentable, ça vous dit quoi ? Finalement, le petit pusher du cégep qui a réussi à s’acheter une bagnole avec ses ventes au gramme dans la cafétéria, y est pas si nono que ça.

Quand vous voyez le maire d’une ville sur le gros party, chaud comme un topo, faire la ribouldingue sur le bateau d’un gars qui collectionne les beaux contrats avec la municipalité du gai luron, vous devez vous dire que ce n’est pas si grave que ça d’avoir fait passer votre neveu devant les autres pour un job a la compagnie où vous travaillez.

On n’est vraiment pas si pire, hein ? On est même tendance.

Décidément, le monde est viré fou

Et ce n’est pas peu dire. On veut enlever les genres… masculin, féminin, pas besoin de ça aux dires de certains étudiants de l’UQAM. L’article qui suit, de Richard Martineau, reflète assez bien dans quel monde de fou et inédit, nous sommes arrivés.

Toutes les règles grammaticales qui se rapportent aux genres sont soudainement devenues désuètes. Ce qui faisait la beauté de notre langue française se fait haché comme une livre de bœuf. Dégueulasse ! Constatez-le par vous-même…

UNE AUTRE RÉVOLUTION À L’UQAM Richard Martineau

N’hésitant devant aucun obstacle pour transformer le monde, le Montréal Campus, journal des étudiants de l’UQAM, va maintenant adopter une écriture inclusive et non genrée afin de combattre le « carcan sexiste » de la langue française.

Ainsi, au lieu d’écrire « les étudiants croient que… », on écrira « la communauté étudiante croit que… »

Et pour parler des personnes « non binaires » (qui ne s’identifient à aucun sexe), on utilisera les pronoms « ille » et « iel » au lieu de « il » et « elle ». Oui, madame. On est uquamien ou bedon on l’est pas.

UNE TABLE, UN BUREAU

Cela dit…

« Communauté » est un nom féminin. Pourquoi avantager un sexe plutôt qu’un autre ?

Idem pour « le corps étudiant », qui laisse sous-entendre qu’il n’y a pas de filles à l’UQAM !

On devrait plutôt écrire « Le/la corps/communauté étudiant-e… »

Quoique… ça pose un autre problème.

On fait passer le pronom masculin « le » avant le pronom féminin « la ». Comme si les hommes étaient plus importants que les femmes.

Hmmm…

Et puis, c’est quoi cette idée stupide d’avoir des noms féminins (comme « communauté ») et des noms masculins (comme « corps ») ?

Nous sommes en 2019, les gens sont fluides, maintenant ! On n’est plus enfermés dans un seul genre ! La langue devrait refléter cette nouvelle réalité !

C’est comme cette idée saugrenue de donner un genre aux objets ! Une table, un bureau…

Bureau est masculin parce que ça fait partie du monde du travail, alors que table est féminin parce que ça fait référence à la cuisine et à la vie domestique, c’est ça ?

Encore une convention sexiste !

En fait, on devrait totalement gommer l’idée de genre dans la langue. Plus de « le » ni de « la ». On utilisera « Blip ».

« Achète-moi blip bureau » (au lieu de « Achète-moi un bureau ») et « Je vais peinturer blip table » (au lieu de « Je vais peinturer la table »).

« NOUS », AU LIEU DE « JE »

Et puis, tant qu’à y être… Pourquoi « Je » ? C’est individualiste.

Comme si ma personne était plus importante que l’ensemble des personnes ! Que l’individu primait sur le groupe !

Pas étonnant qu’on pense qu’à notre petit nombril : la langue nous y pousse ! Elle nous conditionne !

Moi, j’abolirais la première personne du singulier. On devrait tous parler au « nous ».

« Nous avons faim » au lieu de « J’ai faim ». Autre chose : pourquoi mettre des points à la fin des phrases ? Je trouve ça fasciste. Définitif. Catégorique. Masculin en somme. Je préfère la virgule. C’est plus conviviale, plus généreux.

Un point, c’est fermé, ça clôt une conversation, c’est agressif, alors que la virgule, c’est ouvert, ça invite à l’échange, à la discussion.

Et puis… Dans un journal, les lettres (qui sont petites) sont noires alors que la page (qui est grande) est blanche. Pourquoi ?

La page devrait être noire et les lettres blanches ! Allez, journalistes du Montréal Campus, encore un effort !

Abuser de l’alcool, dès l’adolescence

C’est connu, les garçons veulent souvent ressembler à leur père. Il demeure leur modèle, leur idole. Dès leur plus jeune âge et dans plusieurs circonstances, ils les imitent et reproduisent leurs moindres faits et gestes.

Où ça peut devenir un problème, c’est quand le paternel consomme de la bière, entre amis, après une amicale partie de hockey ou une activité sportive, propice à ce genre de relaxation et que l’adolescent veux vivre les mêmes expériences à son tour.

Et si ses idoles professionnelles de la LNH se comportent de la même façon, c’est deux fois plus dangereux. La gloire, l’intensité et l’euphorie des victoires prédisposent à la fête.

Ça nous amène aux abus d’alcool dès l’adolescence avec tout ce que ça peut amener comme problèmes de consommation.

Alexandre Pratt a écrit l’article suivant, que je veux partager avec vous, et qui y va d’une analyse intéressante du phénomène et tout ce qui en découle. Ce papier a été tiré de La Presse+ du 19 janvier dernier.

UN PAYS DE HOCKEY AVEC UN PROBLÈME DE BOISSON
Alexandre Pratt

Le chanteur country Billy Currington a trouvé une jolie formule pour décrire l’ambiance autour des équipes scolaires de football aux États-Unis : « We’re a drinking town with a football problem. »

Une ville de boisson avec un problème de football.

L’image est forte. Elle concentre deux obsessions de l’Amérique – l’alcool et le sport. Deux ingrédients qui semblent inséparables, comme le café et le lait. Pourtant, lorsqu’ils sont mélangés, ces obsessions peuvent former un cocktail explosif. Notamment chez les adolescents.

C’est arrivé pas plus tard que samedi dernier. Deux équipes de la LHJMQ s’affrontaient. Les Tigres de Victoriaville ont battu l’Océanic de Rimouski 2-0. Une victoire inattendue. Comme elle le fait à l’occasion, la direction de l’équipe a donné 500 $ aux joueurs pour les récompenser. « La moitié du temps, ils organisaient des journées de karting, de quilles ou un souper du Super Bowl », a expliqué le président des Tigres à Radio-Canada, qui a publié la nouvelle en premier.

Samedi soir dernier, c’est tombé sur l’autre « moitié du temps ». Les joueurs ont choisi de célébrer leur victoire dans un bar. Des mineurs faisaient partie du groupe. Ils ont consommé de l’alcool. Un joueur de 17 ans est reparti en voiture. Il ne s’est pas rendu très loin ; les policiers de la Sûreté du Québec l’ont retrouvé endormi derrière le volant, à 3 heures du matin, en bordure de la route 116. L’adolescent est accusé de conduite avec facultés affaiblies.

Un cocktail explosif, disais-je. Le joueur des Tigres a été chanceux de s’en tirer indemne ou de n’avoir heurté personne. En 1985, le meilleur gardien de la LNH, Pelle Lindbergh, s’est tué dans un accident de voiture alors qu’il était ivre.

L’incident de Victoriaville n’était malheureusement pas un cas isolé. Dans la tête de beaucoup d’adolescents, l’alcool et le hockey font la paire. À cause des publicités. À cause du mode de vie de leurs idoles. Mais surtout, en raison de la consommation d’alcool gênante des adultes dans les arénas.

Ça fait 10 ans que je fréquente ces arénas six jours par semaine. J’en ai visité près d’une centaine. Il y a des endroits où je me demande franchement si je laisse mes enfants jouer dans un centre sportif ou dans une taverne.

***

C’était à la mi-août, il y a quelques années. C’était la journée d’ouverture du camp d’entraînement. Un père a ouvert le coffre de sa voiture dans le stationnement de l’aréna. Il y avait quelques bières dans une glacière. Les autres parents ont afflué. Il n’y avait pas de match du Canadien à la radio. Ni de l’Impact ni des Alouettes. Juste une séance d’essais pour une équipe pee-wee. Un dimanche. À 10 h du matin.

Le groupe s’est réuni de nouveau le lundi. Puis le mardi. Puis chaque jour jusqu’à la fin du camp.

Ces tailgates, inspirés du rituel du football américain, étaient d’abord l’exception. Maintenant, ils sont aussi fréquents que les interruptions de service dans le métro de Montréal. Dans les tournois du printemps, lorsque les équipes profitent d’une pause de quatre heures entre deux matchs, il y a souvent plusieurs attroupements sur un même terrain de stationnement. Ça ouvre la porte aux abus.

J’ai croisé des parents incapables d’assister au deuxième match de leur enfant. J’ai vu un garçon de 10 ans demander à son père ivre de quitter les gradins parce qu’il lui faisait honte.

Un autre terreau fertile pour la consommation excessive d’alcool, ce sont les tournois extérieurs. Les familles couchent toutes au même hôtel. Le contexte se prête à un 5 à 7 entre parents dans le hall. Mais il y en a qui redécouvrent le collégien en eux et qui étirent la fête jusqu’au match… du lendemain matin. C’est ainsi que j’ai vu un enfant demander un covoiturage jusqu’à l’aréna parce que son père ne s’était pas remis d’une cuite de la veille.

La saison se passe principalement dans les arénas locaux. C’est là que les enfants sont le plus souvent en contact avec des adultes qui consomment de l’alcool.

Pour ceux qui n’ont pas visité un aréna depuis la dernière Coupe Stanley du Canadien, sachez que les complexes modernes abritent presque tous un restaurant avec un permis d’alcool. Des parents profitent de l’heure avant le match pour siroter une bière en mangeant. Un comportement normal. Là où ça se gâte, c’est dans les vieux arénas, ceux qui datent des années 70 et 80. De véritables tavernes de fortune y sont aménagées dans des salles communautaires, des galeries de presse ou des loges. Pas de risque de confondre avec Toqué ! ni même La Cage. Le menu est réduit à un mot : bière.

C’est désolant de constater le nombre de parents qui s’y engouffrent avant le match et qui n’en ressortent qu’après le dernier coup de sifflet. Parfois, il y a une fenêtre qui donne sur la patinoire. Ailleurs, comme à Beauharnois, le bar est isolé. Dans tous les cas, je me dis que si l’enfant a marqué un but, les chances sont bonnes que le parent l’ait raté.

Toujours à l’aréna, les soirs de semaine, les joueurs d’âge bantam (13-14 ans) et midget (15-17 ans) croisent immanquablement ceux de ligues de garage. En anglais, on dit les beer leagues. Littéralement, les ligues de bière. La tradition bien établie depuis les années de Maurice Richard veut qu’à tour de rôle, chaque joueur de l’équipe apporte une caisse de bières qu’il partage avec ses coéquipiers. C’est un rituel d’après-match agréable et apprécié de tous. Reste que les adolescents sont en contact quotidien avec cette coutume. Et on s’étonne ensuite qu’ils souhaitent la reproduire ?

***

Aux Jeux de Vancouver, en 2010, Marie-Philip Poulin a compté les deux seuls buts de la finale de hockey féminin. Le Canada a remporté la médaille d’or contre les États-Unis. Après la partie, la joueuse étoile a bu une cannette de Molson Canadian. Sur la patinoire.

L’histoire avait fait scandale. La chef de mission, Nathalie Lambert, s’était portée à sa défense. « Je ne suis pas certaine qu’on en parlerait si c’étaient des gars. Le hockey est tellement associé à la bière qu’on ne peut même pas imaginer qu’ils ne prendront pas une bière après la partie. »

Elle avait raison : au hockey, bière et célébration vont ensemble comme bâton et rondelle de tape. C’est comme ça aux Jeux olympiques. C’est comme ça dans la Ligue nationale. L’été dernier, Alex Ovechkin, des Capitals de Washington, est parti sur une brosse qui a duré des jours. Un zombie marchait plus droit que lui. Le tout a été documenté en vidéos et photos que les adolescents s’échangeaient par messages textes comme des cartes Pokémon.

Les jeunes joueurs, on l’a vu à Victoriaville samedi dernier, sont influencés par le mode de vie de leurs idoles. Eux aussi veulent célébrer en buvant de l’alcool. Ils sont aussi perméables à la publicité.

Un petit exercice pour vous cette semaine : calculez le nombre de références à la bière pendant un match de hockey. C’est difficile de garder le compte.

La Coupe Molson. La section Coors Light. La lumière rouge Budweiser. Les publicités télévisées. Les annonces sur les bandes. Trois arénas de la Ligue junior de l’Ontario portent des noms de marques de bière. Au Québec, la LHJMQ accepte les commandites des brasseurs même si une proportion importante de ses joueurs n’a pas l’âge légal pour boire.

« En aucun temps cela n’encourage la consommation d’alcool chez les joueurs et ils n’ont pas accès à ces produits avant, pendant ou après le match via l’organisation », m’a indiqué le directeur des communications de la ligue, Maxime Blouin.

Maintenant, juste pour bien saisir l’importance du hockey dans la mise en marché d’une bière, prenez-en une froide et réfléchissez à ceci : pendant le lock-out de la LNH, en 2012, les chutes des ventes de bière Molson au Canada ont été si graves que l’entreprise a déclaré publiquement vouloir un dédommagement de la ligue.

Considérant tous ces facteurs, ne soyez pas surpris si les jeunes hockeyeurs commettent des abus d’alcool. Ce n’est pas près d’arrêter.

Ils poursuivent simplement la tradition.

Dans un pays de hockey avec un problème de boisson.

Dans ce temps-là…

ES-TU VRAIMENT VIEUX OU VIEILLE…?

L’autre jour, un jeune me demande quelle était ma malbouffe préférée quand j’étais plus jeune.

– Nous n’avions pas de malbouffe quand j’ai grandi, lui dis-je. Tous les repas étaient bons pour la santé.

– Non, mais sérieusement, où mangeais-tu ?

– C’était une place appelée « la maison » que je lui expliqua. Ma mère cuisinait tous les jours et quand papa revenait du travail, on s’asseyait ensemble à la table de la salle à manger et si je n’aimais pas ce qu’il y avait au menu, je devais rester assis jusqu’à ce que j’aime ça.

Le jeune à qui je parlais éclata de rire au point que je pensais qu’il allait s’étouffer. Je ne lui raconta donc pas comment j’arrivais à quitter la table. Mais il y a plusieurs choses que j’aurais aimé lui dire au sujet de mon enfance si j’avais cru les parents d’aujourd’hui capables de passer au travers.

Surtout nous n’avions pas peur des islamistes, il n’y en avait pas. Plusieurs parents n’ont jamais possédé leur propre maison, porté des jeans Levis, mis les pieds sur un terrain de golf, voyagé en dehors du pays. Les cartes de crédit n’existaient pas. L’épicier du coin leur faisait crédit jusqu’au vendredi pour les achats de la semaine.

Mes parents ne m’ont jamais conduit à une pratique de soccer ou de baseball ou de hockey. J’avais une bicyclette qui pesait probablement 50 livres et qui n’avait qu’une seule vitesse… lent. J’avais 11 ans quand nous avons eu notre premier appareil de télévision. Évidemment, c’était en noir et blanc et le poste fermait à minuit tapant l’hymne national; il reprenait en ondes le lendemain matin à six heures.

J’avais 15 ans quand j’ai goûté à ma première pizza. Je n’ai jamais eu le téléphone dans ma chambre. Le seul téléphone de la maison était dans la cuisine et c’était une ligne commune. Avant de composer le numéro, il fallait écouter pour être certain qu’il n’y avait personne sur la ligne. Les pizzas n’étaient pas livrées à la maison, mais on faisait la livraison du lait.

Tous les journaux étaient distribués par des jeunes garçons comme moi et tous les jeunes garçons distribuaient les journaux. Je passais la grosse Presse six jours par semaine ainsi que Télé-Radio-Monde, Allo Police et La Patrie, chaque semaine.

Le journal coûtait sept sous et je pouvais en garder deux que je recevais à la fin de la semaine. C’est après l’école, vers 17h. avant de souper que je passais mes journaux. Le dimanche, après la grand-messe où j’agissais comme servant de messe, il fallait collecter 42 sous de chacun de mes clients. Mes clients favoris étaient ceux qui me donnaient 50 sous et me disaient de garder la monnaie. Les mauvais clients étaient ceux qui n’étaient jamais à la maison le jour de la collecte.

Les étoiles du cinéma s’embrassaient la bouche fermée… du moins dans les films. Il n’y avait pas de classement, car on produisait les films pour que tous puissent les voir, sans violence, sans pornographie ou quoi que ce soit d’offensant. Si tu as grandi dans une génération d’avant la restauration rapide, tu vas peut-être vouloir partager ces souvenirs avec tes enfants et petits-enfants.

Ne viens pas me blâmer s’ils s’esclaffent en t’entendant ou en te lisant. Nous n’avons pas grandi comme ceux d’aujourd’hui. Un ami m’a raconté qu’en faisant le grand ménage dans la maison de sa grand-mère, décédée il y a quelques mois, il a trouvé une vieille bouteille de Cream Soda et de Kik Cola.

La capsule de métal sur le goulot, était pleine de petits trous. J’ai su immédiatement ce que c’était, mais sa fille n’en avait aucune idée. Elle pensait qu’ils avaient peut-être essayé d’en faire une salière ou quelque chose du genre. Mais je me souvenais précisément de la bouteille placée au bout de la planche à repasser pour humecter le linge à l’époque où il n’y avait pas de fers à la vapeur.

Je pense que je suis pas mal vieux.

Vous souvenez-vous de beaucoup de choses de ce genre?

Le bouton de contrôle des lumières au plancher de l’auto.

Les glacières.

Les « clips » pour retenir le bas des pantalons en vélo.

Les fers à souder chauffés sur un brûleur à gaz.

Les signaux à bras par les conducteurs d’automobiles.

La télégraphie.

SIMPLEMENT POUR LE PLAISIR

Je vous propose un petit jeu. Dans la liste ci-dessous, notez le nombre d’objets dont vous vous souvenez pour les avoir vues à la maison ou chez vos grands-parents. Vous irez voir ensuite votre classement plus bas.

1- Les p’tits bonhommes en réglisse.

2- La p’tite bouteille de Coca-Cola en cire contenant de l’eau sucrée et colorée.

3- Les cigarettes en bonbon.

4- Les distributrices de boissons gazeuses avec des bouteilles en vitre.

5- Les « juke-box » aux tables des restaurants.

6- Les pintes de lait avec le bouchon en carton.

7- Le téléphone avec ligne commune.

8- Les nouvelles avant le film au cinéma.

9- Le Petit Journal ou La Patrie.

10- Le savon Barsalou.

11- La tête de l’indien sur la mire d’ajustement à la télé.

12- Les tire-pois.

13- Pépino et Capucine.

14- Les 45 tours.

15- Les timbres Gold-Star.

16- Le tourne-disque haute-fidélité.

17- Le bac à glaçons en acier avec un levier.

18- Les copies miméographiées en bleu pâle.

19- Les lampes pour le « flash ».

20- La voiture Ford Edsel.

21- La clé pour les patins à roulettes.

22- La carabine à bouchon de liège.

23- Les ciné-parcs.

24- Les voitures Hudson, Nash et Studebaker.

25- La laveuse à tordeur.

26- Les chips à 1 cent

27- Se couvrir la tête était obligatoire pour les femmes et filles à l’église.

Voici votre classement selon vos souvenirs :

0 à 5: Vous êtes encore jeune.

6 à 10: Vous commencez à vieillir.

11 à 15: Ne dites pas votre âge.

15 à 20: Bienvenue dans le quatrième âge. Vous avez bien des années derrière vous mais ces souvenirs sont sans doute de bons moments dans votre vie et vous ont fait sourire rien qu’à y penser.

Bonne journée.