Un pan de notre histoire : Il était une fois des Canadiens français qui ne voulaient pas mourir à la guerre

La Une

Au printemps 1918, le Canada est plongé depuis trois ans et demi dans une crise. Elle culmine avec cinq jours d’émeutes anticonscriptions à Québec. Celles-ci font quatre morts : des passants qui ne participaient pas aux émeutes, incluant un enfant de 14 ans. À cela s’ajoutent des dizaines de blessés.

Robert Borden
Robert Borden

La révolte résulte de tensions qui s’accumulent depuis le début de la guerre, et même avant. Les Canadiens français refusent de mourir pour un pays qui les traite comme des citoyens de seconde zone.

VICTOIRE DE BORDEN

En décembre 1917, une élection fédérale a reporté au pouvoir le conservateur Robert Borden. Il a balayé le Canada anglais, ce qui lui garanti un gouvernement majoritaire. Le chef des conservateurs avait fait une campagne anti-Québec en promettant d’imposer la conscription (l’enrôlement obligatoire ou « l’appel » des citoyens pour le service militaire). Les libéraux de Wilfrid Laurier, quant à eux, opposés à la conscription, ont presque tout raflé au Québec.

Wilfrid Laurier

Le chef libéral refuse l’enrôlement obligatoire, car il craint pour l’unité nationale. Il pense aussi que cette mesure sera difficile à appliquer et donnera peu de résultats.

Le problème principal consiste d’abord à retrouver les déserteurs, ceux qui sont mobilisés et ceux qui doivent commencer leur service militaire. Presque tous demandent une exemption. Quand elle est refusée, ils se font invisibles. Pour contrer ce phénomène, les fédéraux utilisent des agents qui cherchent à identifier les tire-au-flanc. La population déteste ces « spotters », lesquels sont considérés comme des traîtres.

C’est dans ce contexte que le jeudi saint du 28 mars 1918, un dénommé Joseph Mercier est arrêté par trois spotters dans une salle de quilles de la Basse-Ville. Il affirme avoir une exemption. Les agents fédéraux n’en croient rien et l’amènent manu militari au poste de police.

Une foule sortant d’une église aperçoit alors la scène. La nouvelle de l’arrestation se répand comme une traînée de poudre. Le commissariat de police est ensuite pris d’assaut et Mercier est finalement libéré.

Ce développement ne calme pas la foule, qui veut en découdre avec les trois spotters. L’un d’eux est d’ailleurs reconnu, alors qu’il tente discrètement de quitter les lieux. Mal lui en prend ! Il est sauvagement battu et serait peut-être décédé si un prêtre n’était pas intervenu.

HAUTE-VILLE SACCAGÉE

Le Vendredi saint, les émeutiers prennent la direction de la Haute-Ville. Ils s’attaquent alors aux bureaux des journaux en faveur de la conscription, lesquels sont saccagés, tandis que des immeubles sont incendiés.

François-Louis Lessard

Fort de ce succès, les anticonscriptions attaquent le lendemain le Manège militaire. Cette fois, la cavalerie et des soldats sont là pour leur barrer le chemin. L’affrontement fait des blessés.

Dans l’intervalle, Borden réagit. Il fait venir 1200 soldats anglophones en renfort. Ils sont commandés par le général François-Louis Lessard. Ce natif de Québec est l’un des rares hauts gradés d’une armée presque complètement anglaise. Il est un partisan de la ligne dure et impose rapidement sa façon de faire.

Le dimanche de Pâques est le moment le plus dramatique des émeutes. Les habitants de la ville sont avertis que les rassemblements de plus de trois personnes sont interdits, ce qui n’empêche pas les protestataires de s’assembler sur la place Jacques-Cartier dans la Basse-Ville. La loi de l’émeute, qui vient d’être proclamée, est lue à voix haute à la foule… en anglais seulement !

Alors qu’un brouillard enveloppe Québec, des cavaliers repoussent la foule tout en lançant des injures xénophobes aux Québécois, qui répliquent avec des projectiles. Des coups de feu sont entendus sans qu’on sache d’où ils viennent. Les militaires nerveux tirent deux rafales de mitrailleuse avec des balles explosives. Les proches de quatre victimes décédées ne seront jamais indemnisés.

Lors de l’enquête du coroner qui suivra, le général Lessard défendra le comportement de ses soldats. Il ira jusqu’à se féliciter du fait que ceux-ci étaient des Canadiens anglais. Ces derniers étaient disciplinés. S’ils avaient été Canadiens français, ils auraient été indisciplinés et il y aurait eu beaucoup plus de morts !

La loi martiale est imposée à la suite des émeutes ; la possibilité d’une guerre civile plane sur le pays. Wilfrid Laurier appelle les francophones au calme et au respect des lois. Des membres du clergé font la même chose. En Europe, la situation militaire est de plus en plus désespérée pour l’Allemagne. La fin est proche et les esprits commencent à se calmer.

La conscription aura permis d’envoyer quelque 24 000 conscrits sur le champ de bataille, un nombre bien en dessous des attentes.

Comme l’avait prédit Laurier, cette mesure a mis le pays à feu et à sang et n’aura pas servi à grand-chose.

Source : Frédéric Bastien, le Journal de Montréal, cahier Weekend, 22 avril 2023, p68


120e jour de l’année

Dimanche, 30 avril 2023


On jase là…

Juste un petit rappel pour ne pas oublier que c’est demain, le 1er mai, la date limite pour transmettre vos déclarations d’impôts 2022.


Pensée et citation du jour

La vraie grandeur consiste à être maître de soi-même.

Daniel Defoë


Ça s’est passé un 30 avril…

(1975) La capitulation de Saïgon, marque la fin de la guerre du Vietnam. Le gouvernement du Sud-Vietnam capitule après l’entrée des troupes du Nord-Vietnam et du Viêt-Cong dans Saigon. Une semaine plus tôt, les Etats-Unis ont évacué en catastrophe les derniers Américains du pays, mettant fin à plus de 10 ans d’assistance militaire au gouvernement du Sud. Saigon est rebaptisé Hô Chi Minh-Ville, du nom de l’ancien leader communiste vietnamien. Le Vietnam, divisé au cours de la 1ère guerre d’Indochine contre les Français en 1954, est définitivement réunifié sous l’autorité du gouvernement communiste de Hanoï.

(1984) Le patineur de vitesse Gaétan Boucher et l’ancien gardien de but du Canadien Ken Dryden sont intronisés au Panthéon des immortels du sport au Canada. Déjà médaillé d’argent en 1980 à Lake Placid, Boucher est devenu l’olympien le plus décoré du pays, avec une récolte de deux médailles d’or et une de bronze aux Jeux olympiques de Sarajevo. Pour sa part, Dryden a été membre de six équipes championnes de la coupe Stanley, et il a été nommé à cinq reprises gardien par excellence au sein des formations d’étoiles.

(1991) Les policiers de la section du crime organisé de la Sûreté du Québec effectuent une saisie de 545 kilos de cocaïne d’une valeur de 410 millions dans des boîtes de carton contenant des hamacs de Colombie, à l’aéroport de Mirabel. Il s’agit de la plus importante saisie de drogue de toute l’histoire du pays.


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