Il y a de ces décisions qui nous amènent à douter des compétences de certains décideurs. Deux cas récemment : 45 millions de dollars payés à un Brossardois pour des masques jamais livrés et surtout payés à l’avance. 45 millions, c’est pas rien comme arnaque. Il aurait fallu un minimum de vérification avant de dépenser une telle somme.
Puis les 16 millions de dollars déboursés pour l’achat de boîtes magiques qui testent si vous êtes infecté de la COVID-19, en moins de trente minutes… ils sont fiables à seulement 50 %… et Santé Canada les recommandait ! Pas fort !
Qu’est-ce qui se passe chez nos décideurs ? Ils sont tous incompétents en même temps ? Ont-ils fréquenté les mêmes écoles durant leurs cycles scolaires ? Viennent-ils tous de l’époque où un examen réussi avec une note de moins de 60%, valait automatiquement une hausse à 60, sans doubler et être obligé de reprendre son année ?
Vous savez, la génération d’incompétents qui écrivent 50 mots avec 25 fautes minimum et qui ont de la difficulté à trouver combien font 2+2. Ils ont manqué de matières. Mais en musique, ils connaissent toutes les paroles de leurs idoles, dix minutes après en avoir pris connaissance.
C’est à ça que je pense en lisant les journaux. Les carences académiques manquent pitoyablement. Allo… on dort au gaz ! Un vrai cancer généralisé.
Richard Martineau y va également d’une savante réflexion sur le phénomène dans son article paru dans le Journal de Montréal d’hier. C’est ce que je veux partager avec vous aujourd’hui.
BOF, C’EST JUSTE DE L’ARGENT PUBLIC !
Plus je lis sur ce résident de Brossard qui a reçu 45 millions $ du gouvernement du Québec pour fournir cinq millions de masques (masques qui, oh surprise ! ne sont jamais venus), plus je suis sidéré.
Je comprends que nous sommes dans une situation inédite et que chaque minute compte.
Mais comment le gouvernement a-t-il pu se montrer aussi naïf ?
AUCUNE VÉRIFICATION
À moins de vivre sur la planète Mars, tout le monde sait qu’il y a une grave pénurie de masques N95.
C’est plus rare qu’un ministre fédéral qui parle français.
Et ce gars, dont personne n’avait entendu parler auparavant, pouvait, lui, en faire venir cinq millions, comme ça, en claquant des doigts ?
Je m’excuse, mais s’il y a quelque chose que la vie m’a prouvé, c’est que quand c’est trop beau pour être vrai… c’est pas vrai.
C’est comme la princesse africaine qui t’écrit pour te dire qu’elle va te donner la moitié de son héritage, ou la crème miracle qui te promet de t’allonger de deux pouces.
L’adresse de l’entreprise du bonhomme était la même que son adresse personnelle !
Le document censé prouver qu’il faisait des affaires avec la firme 3M était bourré de fautes !
Le gars était censé être un king de l’import-export… et il louait un petit condo à Brossard !
Youhou ?
Vous ne voyez pas les lumières flasher sur votre tableau de bord ?
C’est comme ces conférenciers qui vous promettent de devenir millionnaires en trois mois et qui conduisent une Honda Civic usagée !
Ou ces astrologues qui prédisent l’avenir… mais qui n’ont jamais gagné une maudite cenne à la loto !
GUICHETS AUTOMATIQUES HUMAINS
Heureusement que la Banque TD et Desjardins ont levé le drapeau rouge, sinon le bonhomme serait encore en train de rigoler dans son salon.
Je suis sûr que même lui n’en revenait pas à quel point c’était facile de recevoir 45 millions de dollars de la part du gouvernement !
Tu leur dis que tu vas faire venir des masques, tu leur montres un faux document bourré de fautes… et ils t’envoient le chèque !
Comme ça, sans poser de questions !
Ils n’ont même pas pris la peine d’appeler 3M pour vérifier si c’était vrai qu’ils faisaient affaire avec ce type !
Ils n’ont pas pris deux minutes pour effectuer un simple appel téléphonique !
Bof… c’est juste de l’argent public, après tout, non ?
Et comme on le voit ces temps-ci, l’argent, ça pousse dans les arbres.
Tu appuies sur le nez de Justin Trudeau et de Pierre Fitzgibbon, et ils te crachent une couple de millions.
LE MONDE À L’ENVERS
Et pendant ce temps, si tu es pharmacien et que tu veux changer des couches dans un CHSLD, on te dit : « Oh non, désolé, mais vous n’avez pas la formation médicale requise ! »
Euh…
On se montre super accommodant envers les beaux parleurs qui nous promettent mer et monde, et super méfiant envers ceux qui veulent nous aider !
Alors que ça devrait être le contraire !
J’ai hâte qu’on invente un vaccin capable de nous protéger contre le manque de jugement…
Je ne vous apprends rien sur la pandémie que subie toute la planète présentement. Par conséquent, beaucoup d’entreprises sont fermées et il est difficile de faire ses courses. Partout, on essaie de nous accommoder, sauf ma banque, la CIBC, ou Canadian Imperial Bank of Commerce, dans un français maquillé.
Toujours est-il que lorsqu’on connaît la gourmandise de ces manufactures à dollars on constate qu’ils sont voraces, et n’existent que pour s’emplir les poches de plus en plus. Vous avez vu les accommodements qu’ils ont consenti sur le bout des lèvres ? Ils n’ont rien perdu. Leurs taux d’intérêts n’ont jamais diminué. Ce sont des conciliants… à profits.
Tout ce préambule pour vous raconter ce qui m’arrive. En fait, ce qui m’est arrivé récemment.
Parce que les postes de ventes de billets de Loto-Québec sont rares, voire tous fermés, je décide de m’abonner aux jeux en ligne pour me procurer automatiquement mon billet de 6/49 et Québec49 pour chacun des tirages. Les autres jeux ne m’intéressent pas. Le coût ? 5 $ par tirage et il faut déposer un minimum de 20 $, par carte de crédit, dans notre compte pour que Loto-Québec puisse se payer.
Tout va bien. Les tirages se déroulent et vient le moment où je dois rajouter un autre 20 dollars pour qu’il y ait un minimum de fonds dans mon compte. Je m’exécute !
La surprise arrive ! Au moment de recevoir mon relevé mensuel de carte de crédit Visa, je remarque deux débits très clairement identifiés par cette description sans équivoque et limpide comme de l’eau de roche :
« FS AV ESP/VIR SOL/CHQ PR/VERS » 5,00 $.
Ne comprenant absolument pas cette chinoiserie, je téléphone à CIBC-Visa pour obtenir des précisions pour qu’on m’éclaire.
J’apprends, avec étonnement, que ce sont des frais considérés comme des avances de fonds pour l’achat de loterie, donc facturés comme tel. C’est pas beau ça ?
De la fraude légale !
Pourquoi de tels frais ?
Un cinq piastres, comme ça, dans leurs poches, chaque fois que j’ajoute 20 dollars à mon compte Loto-Québec. De l’argent vite gagnée par ces gros bonzes de la finance qui demandent toujours des taux d’intérêts abusifs frisant les 20 % sur le crédit.
Comme je paie entièrement le solde de ma carte de crédit chaque mois, et que je profite de ce crédit sans intérêts, ils ont trouvé un tour de passe-passe pour se faire du fric sur mon dos. En québécois, j’appelle ça des salauds !
Jamais, autant Loto-Québec que la CIBC, ne m’ont informé d’une telle pratique. Probablement des petits caractères quelque part qui demandent d’être scrutés à la loupe. C’est dégueulasse ! Avez-vous déjà pris la peine de regarder tous les frais de services demandés par les banques. Jamais personne ne s’est mis le nez là-dedans. Non, il ne faudrait pas parce que les surprises nous feraient mourir.
Ne regardez pas trop la caissière parce qu’on pourrait vous demander des frais démesurés. Même là, les caissières sont une espèce en voie de disparition. Aujourd’hui, on discute avec des machines qui imposent de plus en plus de frais de service. Une machine ça n’a pas de cœur… et ça rapporte beaucoup plus. Aucun bénéfice marginal et avantage social à payer.
Inutile de vous dire que je vais mettre fin à mon abonnement avec Loto-Québec. Pour ce qui est de la CIBC, auquel je suis membre depuis 32 ans, ce serait trop compliqué de changer d’institution avec tous les dépôts directs et retraits automatiques instaurés au fil des années, mais pour moi, ce sont des profiteurs, sans aucun scrupule et insatiables.
Ils sont très loin d’avoir une mince sympathie de ma part, et je ne voulais pas étouffer cet abus toléré.
Je t’écris quelques mots pour que tu saches que je t’écris. Donc, si tu reçois cette lettre, cela voudra dire qu’elle est bien arrivée. Sinon, préviens-moi, que je te l’envoie une seconde fois…
Je t’écris lentement, car je sais que tu ne lis pas rapidement…
Dernièrement, ton père a lu une enquête disant que la plupart des accidents se produisent à quelques kilomètres de la maison. C’est pour cela que nous avons décidé de déménager un peu plus loin…
La maison est splendide, il y a une machine à laver, mais j’ignore si elle est en service. Hier, j’ai mis le linge, tiré sur la chaînette, et tout a disparu je ne sais où ! Mais je continue à chercher le mode d’emploi…
Le temps n’est pas trop désagréable ici, la semaine dernière, il n’a plu que deux fois. La première pendant trois jours, la seconde, quatre jours…
Au sujet du manteau que tu désirais, ton oncle Pierre a dit que si je l’expédiais avec les boutons, qui sont lourds, cela coûterait très cher; alors je les ai arrachés et te les ai mis dans une des poches…
Une bonne nouvelle; ton père a trouvé du travail. Il a sous lui environ 500 personnes: il fauche les herbes du cimetière…
Ta sœur Julie, qui vient de se marier, attend un heureux événement. Nous ignorons le sexe, c’est pourquoi je ne peux te dire si tu seras oncle ou tante. Si c’est une fille, elle a l’intention de l’appeler comme moi. Cela me fait tout drôle de savoir qu’elle va appeler sa fille « Maman… »
Ton frère Jean a eu un gros problème; il a fermé sa voiture avec les clés à l’intérieur. Il a dû retourner à la maison, 10 kilomètres aller-retour à pied pour récupérer le second jeu de clés et enfin nous sortir du véhicule…
Si tu as l’occasion de rencontrer ta cousine Jeanne, donne-lui le bonjour de ma part. Si tu ne la vois pas, ne lui dis rien c’est plus simple.
Ta Maman,
PS : je voulais te mettre un peu d’argent dans l’enveloppe, mais je l’ai déjà collée…
Acheter de l’étranger doit devenir l’exception, si on veut prospérer et sauver notre économie nationale. Depuis trop longtemps, la mondialisation a changé le portrait et fait profiter les grandes puissances dont la Chine qui, après la seconde guerre mondiale, quémandait nos sous pour sauver les pauvres petits Chinois.
Il faut être de moins en moins dépendants de ces grandes puissances et faire en sorte de faire prospérer notre environnement immédiat, plus sensibilisé à nos besoins et nos valeurs.
Le prix ne doit plus être notre premier critère d’achat. Notre économie ne s’en relèvera que mieux après cette pandémie. La mondialisation, très peu pour moi !
Claude Villeneuve a écrit un article intéressant sur le sujet, dans l’édition du Journal de Montréal du 25 avril dernier. C’est ce que je veux partager avec vous aujourd’hui. Pensez-y, pour des lendemains profitables pour nous.
L’INTÉRÊT DE LA CHINE ET LE NÔTRE
Quiconque a des parents baby-boomers a déjà entendu la blague. « Quand on était jeunes à l’école, les sœurs nous faisaient acheter des p’tits Chinois. Astheure, c’est eux autres qui nous achètent ! »
L’image, pour caricaturale qu’elle soit, illustre néanmoins l’immense retournement de notre perception de la Chine au cours des 50 dernières années. Aux bandes dessinées nous présentant les Chinois comme des petits êtres courtois aux drôles de chapeaux a succédé l’image, plus réaliste, d’hommes en habit noir rusés qui se promènent avec des valises pleines d’argent.
SI GROS, SI LOIN
La géopolitique, la diplomatie et les relations internationales, ça peut paraître très abstrait et lointain pour les gens du commun que nous sommes. À l’ère Trump plus que jamais, on suit ça presque comme un téléroman. Quand Loïc Tassé nous parle dans notre section spéciale publiée aujourd’hui des nouvelles routes de la soie, de l’alliance circonstancielle de la Chine avec la Russie ou de ses rapports méfiants avec l’Europe, c’est passionnant, mais on se sent un peu comme une fourmi qui regarde des bulldozers se rentrer dedans. C’est si gros que ça a l’air loin.
Sauf qu’en temps de crise, quand on se fait raconter qu’on espère se faire livrer des masques N95 et qu’on a peur de mourir en détresse respiratoire parce qu’on manque de propofol pour faire des sédations, ça devient très concret, la domination économique de la Chine. On lui a sous-traité notre production manufacturière, elle produit 25 % de tous les biens de la planète, dont 40 % des médicaments, et on se surprend ensuite qu’elle soit devenue la première économie au monde et qu’elle émette autant de GES.
Le résultat, néanmoins, c’est que la Chine nous tient par là où c’est sensible. Alors qu’elle nous a contaminés par un virus qu’elle a par ailleurs tenté de nous cacher, elle se promène en sauveuse en distribuant du matériel médical en Italie et on doit la supplier pour qu’elle ne nous oublie pas.
Mais oui, la Chine, c’est gros, c’est loin, et entre la faiblesse de Justin et la folie de Trump, on se demande bien, comme citoyens, qui nous protégera et quelle sorte d’emprise on peut avoir sur tout ça.
LE VRAI COÛT
Pourtant, on en a une, une prise. Et c’en est une méchante grosse, à part de ça.
Ça se passe chaque fois qu’on va sur Wayfair s’acheter des gréements et des cossins, chaque fois qu’on magasine, que ce soit à l’épicerie ou en ligne ces temps-ci et qu’on cherche le meilleur prix.
On pense que notre intérêt, comme consommateur, c’est de trouver le produit dont le nombre précédant le signe de piastre est le plus petit. Moins on paye cher, plus on pense que c’est avantageux.
Pourtant, en 2020, le coût d’un produit, on ne devrait pas le mesurer seulement à son prix de vente. Dans le coût, il faudrait aussi évaluer ce que ça va générer comme pollution de le produire à l’étranger et de le transporter jusqu’ici. Il faudrait aussi tenir compte de ce que le voisin qui produit le même bien et qui vend plus cher ne viendra plus dépenser ensuite dans nos propres commerces. On devrait calculer ce que ça coûte de nous nuire à nous-mêmes.
L’argent qu’on dépense chez nous, il circule et il nous revient. L’argent qu’on dépense en Chine, il s’en va là-bas et ne revient jamais.
ACHETER CHEZ NOUS
Nous ne pourrons pas, humbles citoyens, influencer le volontarisme de la Chine à implanter ses nouvelles routes de la soie et les sautes d’humeur de Trump à son égard. On peut toutefois ne pas opter pour un téléphone cellulaire Huawei pour éviter d’être surveillé et préférer l’ail du Québec à celui de Chine, qui est moins cher, mais qui fait davantage roter, selon Fabien Cloutier.
À la fin, la Chine a ses intérêts. Qui n’en a pas ? Il faut juste prendre conscience que ce n’est pas le même que le nôtre, ni comme citoyen, ni comme consommateur, ni comme Québécois, ni comme Nord-Américain.
Notre intérêt, à nous, c’est d’acheter chez nous, comme nous le suggère l’initiative du Panier Bleu. De rebâtir nos chaînes d’approvisionnement autour de biens manufacturés localement. De recommencer à produire nous-mêmes notre matériel médical, nos médicaments et tout ce qui est nécessaire en contexte d’urgence.
De faire travailler notre monde. De contrôler nous-mêmes l’empreinte environnementale de notre industrie.
La Chine fera ce qu’elle veut, selon son intérêt. Nous, faisons ce que nous avons à faire, selon le nôtre.
Il y a de ces histoires qu’on ne peut passer sous silence. Des histoires qui font une différence dans la tragédie des CHSLD. Des gens qui s’impliquent et pour qui aucun défi est insurmontable.
Des personnes qui méritent qu’on les dévoilent au grand jour pour donner à d’autres le goût de faire une immense différence. Voici l’histoire d’Anouk, qu’elle a pris la peine de rédiger.
Anouk aurait très bien pu continuer, comme bien du monde, à sauver des vies en se lavant les mains et en regardant des séries dans le confort de son sofa.
Elle est allée prêter main-forte dans un CHSLD.
Un de ceux où ça va mal.
« À force d’entendre les appels à venir aider, j’ai eu une écœurantite de ne rien faire, de voir d’un côté des gens qui sont acharnés à aider et de l’autre, des gens qui se trouvent des hobbies. J’étais une lionne en cage, j’avais besoin d’être du côté de ceux qui aident. Ce n’est pas dans ma personnalité de rester là à ne rien faire. »
Elle s’est inscrite sur le site du gouvernement, elle a attendu qu’on la contacte, elle a fini par faire ses propres démarches en passant par une amie qui connaît le directeur d’un CHSLD en banlieue de Montréal, avec environ 150 résidents.
« Je lui ai parlé au téléphone le soir du 14 mars et le lendemain matin, je commençais… »
Anouk n’avait jamais mis les pieds dans un CHSLD, elle est architecte, travaille à la rénovation de condos.
Elle était dans le sud quand la crise a éclaté.
La femme de 50 ans s’est informée du mieux qu’elle a pu sur le travail qui l’attendait, sur les façons sécuritaires pour se changer en arrivant au travail et surtout en finissant.
« Je m’attendais à une situation grave, pas facile, j’étais prête. Mais être prête et le vivre, c’est autre chose… »
Et elle est débarquée là, à 7h, le mercredi matin.
« Il y avait tellement de choses à faire, je courais tout le temps. J’aime être efficace dans la vie, mais là, j’avais l’impression d’être une poule pas de tête.
La préposée me disait : – va chercher le cabaret dans la cuisine. Je ne savais pas où était la cuisine… »
Ce qui l’a frappée en arrivant ?
« Ce qui m’a frappée, c’est la saleté, les draps sales, les planchers sales… »
Après ses trois premiers shifts de huit heures, elle s’est assise pour écrire ce qu’elle a vécu, elle a partagé ça sur Facebook. D’abord, ses premières impressions.
« Dans un vestiaire de fortune, une employée ou peut-être une bénévole, me demande d’enfiler jaquette, masque, visière et gants. On me conduit à l’aile des Oubliés, sans formation. Dès que je franchis la porte du vestiaire, l’odeur d’urine, de désinfectant et d’excréments me pogne au nez, même avec le masque. Certains patients demandent de l’aide, mais on ne s’arrête pas. La préposée que j’assiste m’explique qu’on a 22 patients et qu’il n’y a qu’elle et moi pour faire le travail. Deux préposées ne sont pas rentrées car elles ont obtenu un résultat positif au test du COVID-19 la veille. Ainsi commence cette aventure. C’est un champ de bataille. »
On imagine l’horreur.
Mais ce qu’on n’imagine pas, c’est l’humanité.
Anouk aurait pu raconter tout ce qui est allé tout croche, elle a décidé de parler de ces hommes et de ces femmes qu’elle a aidés.
Des humains.
Elle a donné des petits noms à ses patients, madame Petite « toute chétive et semi-consciente » à qui elle a donné du jus d’orange, du gruau et du yogourt, monsieur Hiha qui lui demande d’aller chercher ses dents. « Le dentier […] est sale, plein de nourriture séchée, croutée, durcie. Je propose de le nettoyer.
Il me dit en l’enfilant : « Oh, il tient bien, vous l’avez réparé ! »
Madame Filiforme a dormi avec ses souliers dans les pieds.
Puis, c’est au tour de madame Coquette.
« Ses cheveux sont fins et doux. Sales aussi. Elle m’explique que ça fait cinq semaines qu’elle n’a pas pris de bain. Je vérifie plus tard auprès d’une préposée et c’est vrai. Seul le nettoyage à la mitaine est permis. Donner un bain à une personne en perte d’autonomie et le décontaminer ensuite est impensable en temps de pandémie. Comme les cheveux sales sont malléables, je les lisse vers l’arrière et elle trouve que ça manque de volume. Elle est ricaneuse alors je décide de lui donner un look punk en lui remontant les cheveux en pointes. Elle prend son miroir et on pouffe de rire comme deux gamines. »
Monsieur Don Juan, 94 ans, lui a fait les yeux doux.
Dans une chambre de l’unité, deux patients sont atteints de la maladie.
« Monsieur Respirateur a bu un peu d’eau. Sa bouche est remplie de sécrétions séchées et je ne suis pas certaine que l’eau que je lui donne le soulage tant ces sécrétions doivent être inconfortables. Monsieur SOS est plus conscient. Il répète sans arrêt « aidez-moi, aidez-moi ! » Il boit avec mon aide et beaucoup de temps tout un verre d’eau. »
C’est tout ce qu’elle peut faire.
« Je me suis liée d’amitié avec madame Gentille. Elle me confie que ça fait six semaines qu’elle n’a pas parlé à sa fille. En effet, elle n’a pas de téléphone dans sa chambre. […] Je vais chercher mon cellulaire (qui implique tout un processus de désinfection), signale le numéro et remets le téléphone à madame Gentille. Elle ne sait pas comment tenir dans ces mains tremblantes mon iPhone trop petit, trop mince. Je mets le téléphone sur « speaker » et je suis témoin de leurs retrouvailles. La mère et la fille pleurent, se racontent le dernier mois, rigolent aussi. Je parle ensuite à la fille et je m’arrangerai pour apporter à madame Gentille un téléphone fourni par sa fille. »
Anouk écrit : « de tous les soins, c’est l’amour des proches qui apaise le plus ».
Puis, elle va dans une autre chambre. « Madame Attente est assise dans sa chaise roulante, un peu penchée par en avant à un bras de distance de son téléphone.
– Madame Attente, depuis 9h que vous êtes ainsi, voulez-vous que je vous déplace devant la fenêtre ?
– Non, j’attends l’appel de mon fils. Il me téléphone tous les dimanches.
– Mais on est mercredi !
– Ha… ben je suis un peu mêlée avec les jours, alors je ne veux pas prendre de chance. »
En fin de semaine, après ces trois journées passées à aider ces gens, Anouk a « pleuré toutes les larmes de mon corps ». Je lui ai parlé hier, elle revenait tout juste de finir son premier shift de cette semaine.
Ça va mieux, les renforts sont arrivés, des bénévoles, des gens de l’armée « très bien formés ».
C’est moins sale, Anouk peut passer plus de temps avec « ses » patients, elle peut leur parler, les réconforter. « Là, j’ai le temps de mieux les nourrir, je peux établir une connexion avec eux. » Elle passe environ les deux tiers de son temps dans la même unité, le tiers ailleurs où elle est appelée en urgence.
Dans son unité, il y a encore des chambres où il y a la COVID, d’autres où il n’y en a pas, avec tout ce que ça implique de procédures pour y entrer.
Comme avec madame Gentille, Anouk a prêté son téléphone quelques fois.
« J’ai vu la différence que ça fait, ça changeait même leur appétit, ils mangeaient plus après avoir parlé à leurs enfants, et pourtant ce n’était pas meilleur… »
Elle veut établir un système pour que les gens puissent appeler plus.
« Les bénévoles, que j’appelle les « préposés au bonheur », si elles ne sont pas capables de coucher les patients, elles peuvent leur brosser les cheveux, parler, et ça rend les soins plus agréables pour eux. J’espère que ça va rester, ça. »
Pendant les pauses, Anouk a eu le temps de parler à des préposés. « Pour la première fois, elles se sentent considérées pour le travail qu’elles font, ce sont un peu les héros. Mais elles ont peur que ça change, qu’après ça revienne comme avant, de perdre ce qu’elles ont gagné. » Pas juste l’argent, la reconnaissance aussi. « Ce que j’entends souvent c’est « enfin », « enfin », ils vont enfin comprendre. Les préposés ont de l’espoir, je vois de l’espoir.
Récemment, dans La Presse+, Stéphane Laporte publiait sa réflexion sur les vieux. Une pensée pleine de sens en cette période où ces vieux sont le sujet de discussion de l’heure dans l’opinion publique.
Aurions-nous oublié que c’est grâce à eux que nous sommes là, et que si nous nous dépassons plus des deux tiers d’un siècle, nous serons leur sosie ?
C’est le texte que je vous propose aujourd’hui.
VIVE LES VIEUX !
On a tout faux. Les aînés ne sont pas derrière nous. Ils sont devant nous. Les aînés ne sont pas notre passé. Ils sont notre avenir. Ils sont déjà rendus là où l’on s’en va. Ils nous ont devancés. Ils ont marché avant nous. Parlé avant nous. Dansé, chanté, aimé, volé, gagné, avant nous. Trahi, chuté, perdu avant nous, aussi.
Ce ne sont pas les derniers. Ce sont les premiers. Ce sont nos Neil Armstrong. Nos découvreurs. Nos pionniers. Ce que l’on sait, ils nous l’ont appris. Lire, compter, s’intéresser, donner. Ignorer, blesser et prendre, aussi. Selon qui ils étaient sur notre chemin, on peut tout leur devoir ou leur en vouloir pour tout. Ils sont bons ou cons, comme nous. Ou, plutôt, on est cons ou bons, comme eux.
Ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est ce que nous serons demain. Les crèmes, la chirurgie esthétique et les filtres Instagram n’y changeront rien. On ne rajeunit pas. On vieillit. Tous autant que nous sommes. Les jeunes, aussi. Le temps d’une virgule, ils sont déjà moins jeunes. On vieillit. Chaque seconde de notre vie. Parce que vieillir, c’est vivre. Et mourir, c’est ne plus vieillir.
Alors, voulez-vous bien me dire pourquoi, nous qui sommes si remplis de promesses pour l’avenir, sommes si peu préoccupés du sort des aînés ? Ce que nous leur faisons, c’est ce qu’on nous fera. Ce que nous ne leur faisons pas, c’est ce qu’on ne nous fera pas. Si on n’agit pas envers eux par altruisme, agissons, au moins, envers eux par égoïsme.
Vous pouvez même le faire pour vos enfants. Parce que, je vous le souhaite, vos enfants seront vieux un jour. Pourquoi tant de sacrifices pour qu’ils aient une belle vie, si leur fin est triste et malheureuse ? Tous les vieux sont les enfants de quelqu’un.
La société a laissé de côté les personnes âgées. Pas juste depuis le virus. Depuis une éternité. Parce qu’on ne veut pas se voir en eux. La société vit bien dans le déni. La société croit qu’elle a 18 ans et se fait croire qu’elle s’amuse tout le temps.
Le plus dérangeant dans cette histoire, c’est lorsqu’on lit le chiffre des décès, et que ça nous rassure de constater que les victimes sont surtout des gens de 70 ans et plus. Comme si c’était moins grave. Honte à nous. Une vie est une vie. Un être humain n’est pas un char. Il ne perd pas de la valeur avec le temps.
Je sais que la mort d’un enfant nous brise le cœur. La mort d’un vieil enfant devrait le briser aussi. On comptera en combien de morceaux après. On part toujours trop tôt quand on aurait pu partir plus tard.
On se console trop rapidement de la mort des aînés. Ça explique pourquoi leur existence n’est pas notre priorité. Ça explique leurs destins de délaissés.
Ce n’est pas juste en disant « ça va bien aller » que ça va bien aller. C’est en se faisant aller. Il faut changer notre rapport avec la vieillesse. Permettre de vieillir dans la dignité. Cesser d’écarter les gens plus âgés. Tout le monde fait partie de la gang. De 0 à 200 ans.
L’âge n’est pas une défaite. L’âge est un exploit. On peut en être fier. J’ai 40 ans, ça fait 40 ans que je suis là ! J’ai 50 ans, ça fait 50 ans que je suis résistant ! J’ai 60 ans, ça fait 60 ans que je passe au travers. J’ai 70 ans, ça fait 70 ans que j’aime ce monde-là !
Ça passe vite comme ça. Hier, tu regardais Pierre Elliott Trudeau dire « finies les folies » dans ta commune. Un claquement de doigts et tu regardes son fils te dire de ne pas sortir de ton centre d’accueil.
La vie est trop courte. Chaque seconde compte. Autant celles du début que celles de la conclusion. Il y a des débuts interrompus et des conclusions interminables ; peu importe où on est rendu dans le livre, c’est la page du présent qui compte le plus. Et le présent appartient aux vivants. À tous les vivants. De toutes les origines, de tous les sexes et de tous les âges.
Il a fallu trop d’horreurs pour éveiller les consciences au racisme, espérons que cette horreur éveillera nos consciences à l’âgisme.
On a toujours tort quand on catégorise les gens. On est tous nés à la même place, sur la terre. Et on est tous de la même époque. Tous des contemporains. Le reste, ce ne sont que des milliards de différences. Les aînés ne sont pas tous pareils. Pas plus que les jeunes. Voilà pourquoi on ne peut pas dire « les aînés sont comme ci, les aînés sont comme ça ».
Ça n’existe pas, le bloc des aînés. Ce qui existe c’est ton père, ta mère, le grand-père de ton ami, la grand-mère de la voisine. Bref, des êtres humains.
Vous vous demandez alors pourquoi mon titre « Vive les vieux ! ». Parce que ça rassemble tout le monde. Nous sommes tous des vieux. Quand j’avais 5 ans, mon frère en avait 12, et je le trouvais tellement vieux. On est tous les vieux de quelqu’un, qu’on soit vieux d’un jour ou vieux de douze mille jours.
Assumons-le. Surtout que l’âge ne mesure rien. Parce que ce qui nous identifie en est à l’abri. Ce n’est pas l’âge qui fait qui nous sommes, mais c’est un mot qui lui ressemble. Changez le g pour un m. L’âme. La petite voix en nous. Qui nous fait rire, pleurer, réfléchir et frémir. Invisible et omniprésente. Sans âge.
C’est pour ça qu’on est toujours étonné quand on inscrit sa date de naissance en remplissant un formulaire. Je ne suis pas vraiment rendu là ! Notre âme a toujours l’impression qu’elle vient tout juste d’arriver. Elle reste intemporelle jusqu’au jour où il faut la rendre.
Si on veut la garder le plus longtemps possible, il faut se soucier de celles et ceux qui nous ont permis d’en avoir une.
Car, tant qu’à jouer au Scrabble, remplaçons le v de vieux par un d, et nous ne serons pas loin de la vérité. Ce sont eux qui nous ont créés.
Après sa séparation, ma mère s’est délestée de son rôle parental. Je venais tout juste de terminer mon secondaire quand elle m’a demandé de ne plus l’appeler « maman ».
Quand j’étais enfant, ma mère était très présente pour mon frère et moi. Elle jouait avec nous, elle sculptait des bonshommes de neige, elle nous emmenait voir des expositions, elle nous écoutait avec sincérité et compassion… Elle était fabuleuse !
Notre adolescence a changé la donne. Quand la relation entre mes parents a commencé à battre de l’aile, je suis devenue sa confidente. Je crois même avoir su avant mon père qu’elle voulait divorcer.
Après mon secondaire, elle s’est séparée de mon père. On aurait dit qu’elle vivait une deuxième adolescence. Un jour, je l’ai vue partir sur une moto avec un homme; elle portait mes jeans. Ça été une sorte de choc.
Nos conversations n’étaient plus complices. Ma vie ne l’intéressait plus. Pour s’émanciper, elle avait besoin de se décharger de son rôle de mère, alors qu’elle avait été tellement fusionnelle avec nous pendant notre enfance !
À 25 ans, j’ai perdu ma meilleure amie de l’époque. Mon premier réflexe a été d’appeler ma mère. Elle la connaissait aussi et j’avais besoin de son soutien. Elle a promis de me rappeler le lendemain, pour finalement se décommander. Elle n’était pas présente pour moi, même quand je n’allais pas bien. Je l’ai vécu difficilement.
« Le processus de deuil du parent parfois est un passage obligé. » Julie Roussin, psychologue.
Pendant 10 ans, elle est restée avec un homme manipulateur. Quand ils se sont séparés, elle a tout perdu. Elle n’avait plus de travail, plus de maison. Elle a dû rebâtir sa vie à partir de zéro, alors qu’elle était dans la cinquantaine. Elle a finalement retrouvé un emploi, un appartement, mais n’a pas renoué avec son rôle de mère.
Elle ne s’est présentée ni au mariage de mon frère ni au mien. Elle est venue voir mon bébé les trois premiers jours après sa naissance, puis elle s’est éloignée de nouveau. Pour moi, qui pensais que ma grossesse nous rapprocherait, ça été un déclic.
Un jour, je lui ai tout déballé, je pleurais au téléphone. Elle me répondait qu’elle était désolée de ne pas pouvoir me donner ce que je voulais. J’ai alors réalisé qu’elle ne serait plus jamais la mère dévoue qu’elle avait été pendant mon enfance. Cette version d’elle n’existait plus. L’idée a fait son chemin en moi et, au bout de deux ans de thérapie, j’ai fini par accepter notre relation telle qu’elle était. « Lorsque les enfants deviennent eux-mêmes parents et qu’ils comprennent la différence d’être à la hauteur de leurs idéaux dans ce nouveau rôle, il peut y avoir une attitude d’empathie envers leurs parents et de pardon à l’égard des rancœurs entretenues », explique Julie Roussin, psychologue.
Ma mère est incapable de m’accueillir dans mes peines, elle n’en a pas la force. C’est trop dur pour elle de devoir consoler sa fille qui souffre. Un genou écorché, c’était gérable. Mais mes épreuves d’adulte, c’est trop pour elle.
En revanche, elle est de bon conseil et elle ne nous fait jamais de reproche. Elle n’est pas du tout dans le jugement ou la manipulation. Je sens qu’elle nous respecte.
« À l’âge adulte, il y a certains renoncements qu’il faut absolument faire pour être heureux, affirme la psychologue. Il faut accepter l’imperfection dans notre vie, dans notre personnalité, dans notre couple, et aussi chez nos parents. Si l’on garde des attentes idéalisées envers notre mère, on entre automatiquement dans une déception constante. La solution, c’est d’entamer un processus de deuil du parent parfait. C’est un passage obligé, bien que chacun le vive à sa façon. Par contre, accepter l’imperfection ne signifie pas qu’il faille endurer des relations toxiques au prix de notre bien-être ou de notre santé mentale. »
Je suis contente de m’être débarrassée de ma colère, de ma tristesse et de mes déceptions. Quand on se voit à Noël, je sens qu’elle n’est pas complètement détendue, mais je me concentre sur le fait qu’elle se soit déplacée pour être avec nous.
Depuis que j’ai fait le deuil de la mère idéale, notre relation est plus saine. Je ne lui demande plus de me donner ce qu’elle ne peut pas offrir. Il reste juste de la place pour de l’amour.
« Annabelle (prénom fictif), 35 ans, et sa mère se parlent maintenant au téléphone une fois par semaine environ. »
Source : Revue Coup de Pouce, Mai 2020. Propos recueillis par Julie Champagne. Illustration : Marie-Ève Tremblay/Colagene.com/c
« Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens ». Vous vous souvenez de ce proverbe ? Dans cette crise du coronavirus, il reprend de la vigueur. Son sens : Tous les métiers sont dignes d’être pratiqués. Seuls les gens qui refusent de pratiquer certains métiers sont blâmables. Voilà !
C’est mon préambule à l’histoire humaine qui suit, rapportée récemment dans l’hebdomadaire Le Reflet sur la Rive-Sud de Montréal, sous la plume de son chef de nouvelle Hélène Gingras. Elle souligne l’implication sans réserve d’un homme, imité par plusieurs, qui y met le meilleur de sa personne pour venir en aide à la clientèle vulnérable d’un CHSLD du coin.
JUSQU’OÙ VA VOTRE SENS DES RESPONSABILITÉS ?
Daniel s’est enrôlé volontairement. Il n’est pas question pour lui de quitter le navire. Autant mourir que d’abandonner son équipage. Il a trop le sens du devoir. Et du sacrifice. Des gènes de famille sans doute.
Que fait Daniel ? Il est chef de la maintenance dans un CHSLD de la Montérégie. Il enligne les quarts de travail de 12 heures depuis six semaines. Sept jours sur sept. Il n’a pris aucune journée de congé. Aucune.
« Je suis incapable de laisser mes filles », justifie-t-il à sa femme pour expliquer son acharnement.
« Dan, c’est un passionné. J’ai beaucoup de respect pour lui parce que ce n’est pas un milieu facile », répond-elle en retour.
Ses filles, ce sont ses employées. La poignée qui reste. Parce que plusieurs sont parties. De peur d’attraper la COVID-19. En manque de personnel, ils n’arrivent pas.
La vie de l’homme de 61 ans se résume à aller travailler, à manger et à dormir. C’est lui qui s’occupe de désinfecter la chambre d’une patiente positive en isolement depuis presque deux semaines. Personne dans son équipe n’a voulu y aller.
Deux fois par jour, il s’habille comme un astronaute avant d’entrer dans la pièce où elle se trouve. Il nettoie méticuleusement. Respecte les consignes sanitaires à la lettre.
Daniel n’est pas peureux. Même s’il sait qu’il court des risques. Pas question de les faire courir à ses proches. C’est sa décision. Il dort désormais dans la roulotte. Il y mange. Il s’y lave. Il y vit. Il s’est isolé de ses proches. De sa femme. Il prend malgré tout 1000 précautions.
« Ça faisait une semaine qu’il me préparait », confie cette dernière au Reflet.
Leur vie à deux se résume désormais à échanger une assiette pleine vidée de sa nourriture. À remplacer la poche de lavage sale par des vêtements propres. Ils ne s’approchent plus l’un de l’autre.
Chaque avant-midi, son épouse désinfecte les moindres recoins de la roulotte une fois Daniel parti. Elle ouvre les fenêtres. Change parfois ses draps. Afin d’offrir un peu de confort à son mari.
Des Daniel qui s’oublient pour les autres en ce moment, il s’en compte des centaines au Québec. Dans toutes les sphères d’activités des services essentiels. Heureusement. Et ils méritent toute notre admiration.
La pandémie actuelle révèle toutes sortes de lacunes dans nos systèmes sociaux. D’une journée à l’autre on découvre des anomalies qui traînent depuis des années et qui n’ont pas été prises au sérieux. Je suis d’accord avec ceux qui préconisent une enquête spéciale sur tout le système des CHSLD pour enfin faire la lumière sur ce qu’on y découvre. Tout a été écrit et malgré tout, on en apprend encore.
Mais cette enquête devra déboucher sur du concret, immédiatement. Si nos gouvernements ont pu débloquer des sommes faramineuses pour leurs citoyens dépourvus de revenus, durant cette crise, pour subvenir à leurs plus élémentaires besoins, ils devront faire de même pour la réforme urgente des CHSLD. Le temps des promesses est terminé. Il faut passer à l’action coûte que coûte. Il faut foutre dehors les administrations sans scrupules et en prendre le contrôle absolu et public.
Richard Martineau ironisait à peine dans son article qu’il publiait le 18 avril dernier, dans les pages du Journal de Montréal. Et le titre de son texte était assez évocateur de cette situation trop longtemps tolérée. Un texte cru et sans détour. C’est ce que je veux partager avec vous aujourd’hui.
DEVENIR RICHE GRÂCE AUX VIEUX
Tu veux faire un coup d’argent, mon ami ?
Tu veux t’en mettre plein les poches ?
Eh bien, suis mon conseil : ouvre des maisons pour vieux.
Tu ne le regretteras pas.
UNE RESSOURCE RENOUVELABLE
D’abord, comme les démographes le répètent depuis des années, la population du Québec vieillit à la vitesse grand V.
Des vieux, en veux-tu, en v’la !
C’est la manne, mon ami ! Oublie le vent et le soleil : la meilleure ressource naturelle renouvelable du Québec, c’est les vieux.
Pour chaque vieux qui meurt, il y a trois baby-boomers qui se font poser un dentier !
Non seulement tu ne manqueras jamais de clients, mon chum, mais tu devras ouvrir d’autres maisons de vieux pour répondre à la demande !
Surtout qu’au Québec, les vieux on ne les garde pas à la maison, nooooon.
On les parque ! Dans des maisons pour vieux !
Regarde les chiffres, mon ami : le Québec détient le record national du parcage de vieux ! Aucune autre province ne parque autant ses vieux que le Québec !
On se dit « solidaire », au Québec, on se pète les bretelles avec nos belles valeurs, mais tout ça, c’est de la frime.
Dès que tu comptes 80 chandelles sur ton gâteau, viens pépé, prends ta valise, on va faire un tour de machine !
DU BON MANGER TEXTURÉ
Et sais-tu ce qui est génial avec les vieux ?
Ils ne se plaignent pas !
D’abord, la moitié sont Alzheimer, ils ne savent même pas où ils sont.
Et l’autre moitié se contente de rien.
Un café filtre, un biscuit en forme de feuille d’érable, et ils sont heureux !
Pas besoin de leur servir de la grande gastronomie.
Tu te souviens du docteur Barrette, qui avait invité les journalistes à une dégustation de manger mou à Québec ?
Une pelotée blanche, une pelotée brune, et tout le monde est content !
Je te le dis, mon chum, ça coûte plus cher nourrir des chiens !
Pour ce qui est du divertissement, tu as sûrement un beau-frère ou un cousin qui joue de l’orgue. Tu lui refiles un 50 en dessous de la table, pis tes clients vont avoir l’impression d’être allés à la Place des Arts !
Tu peux pas perdre, mon ami, c’est un sure thing, je te dis !
J’ai sept maisons de vieux, pis le cash n’arrête pas de rentrer !
Quoi ? Tu as peur que la visite remarque que tes clients ne sont pas bien traités ?
Voyons, Joe, allume !
Personne ne va les visiter ! C’est ça, la beauté de la chose !
Tu peux faire ce que tu veux, personne ne va le savoir ! De toute façon, après deux ans, ils meurent, fa que…
UN BEAU CHÈQUE
Tu te demandes comment avoir des permis pour exploiter tes maisons ?
Voyons… T’as pas regardé la Commission Charbonneau ? « Un chum, c’t’un chum », ça ne te dit rien ?
T’as juste à envoyer des chèques au bon parti, c’est tout !
C’est comme ça que ça se règle, au Québec ! Tu peux avoir un casier judiciaire long comme le bras, personne ne va te mettre des bâtons dans les roues !
Ah non, mon ami, crois-moi : les maisons de vieux, c’est l’avenir !
Grâce à l’argent que ça me rapporte, je vais pouvoir vieillir à l’extérieur du Québec.
NDLR : Vite l’enquête publique, ça presse !
Très criant de vérité que l’article de Denise Bombardier, paru dans l’édition du Journal de Montréal du 17 avril dernier.
On a beau crier sur tous les toits que c’est horrible ce qui se passe dans les CHSLD et que nos vieux n’obtiennent pas les services auxquels ils ont droit, mais il y a aussi des réalités troublantes qu’on ne peut passer sous silence; les conditions médicales des résidents dont l’Alzheimer et le fait que seulement 10 % de ces mêmes résidents, reçoivent la visite de leurs proches.
C’est la lecture que je vous propose aujourd’hui, parce que l’essentiel de cet article rejoint grandement mon opinion.
DES CHSLD TRANSFORMÉS EN MOUROIRS
Lorsque des médecins des CHSLD en sont rendus, comme a écrit Yves Boisvert dans La Presse, à qualifier de génocide gériatrique ce qui se passe actuellement dans certains de ces mouroirs, c’est humainement dévastateur pour tout le Québec.
Les CHSLD sont des lieux pour des personnes en fin de vie. La majorité y décède à l’intérieur de deux ans.
La compassion devrait donc être une priorité humanitaire permanente pour ceux qui nous gouvernent. Or, depuis des décennies, ces résidences sont les parents pauvres du système hospitalier. Le manque de ressources et du personnel est flagrant. La pandémie fait éclater cette vérité.
Rien ne préparait la majorité des Québécois à ces scènes d’horreur qui se passent derrière les murs de ces lieux de souffrance. Les personnes en fin de vie sont vulnérables, angoissées et dociles.
Plusieurs souffrent d’Alzheimer ou sont atteintes de problèmes cognitifs divers. Elles sont aussi abandonnées par leur famille, car 10 % seulement des résidents sont visités par leurs proches.
MAL-AIMÉS
Les aînés, expression que l’essayiste Christian Dufour qualifie d’appellation infantilisante, sont des mal-aimés, contrairement au discours lénifiant sur nos vieux.
À quoi a-t-on pensé lorsque dans le but de soigner des patients atteints de la COVID-19 on a vidé les hôpitaux des personnes âgées malades pour les transférer dans les CHSLD ? Beaucoup ont été contaminées et sont mortes dans la solitude par décret gouvernemental.
Rétrospectivement, on peut dire que le trio lyrique, comme je l’ai qualifié dans une chronique, a fait preuve d’un optimiste contagieux. Les Québécois se sont crus à l’abri.
Le Dr Arruda et la ministre de la Santé ont donné des ailes au premier ministre Legault, qui a réussi à imposer sans effort un confinement général. Mais les milliers de lits d’hôpitaux vidés et le nombre alarmant de chirurgies reportées pour faire place à des malades dont le nombre – et c’est tant mieux – est bien moindre que ce que l’on craignait sont des mesures qui ont eu des conséquences sur les CHSLD où sont mortes la plupart des victimes de la COVID-19.
VALEURS
Le Québec ne sortira pas de cette pandémie sans traumatisme et sans remettre en question le bien-fondé de certaines valeurs associées à notre culture.
Il est faux de crier sur les toits que nous aimons les vieux. Il existe un clash générationnel qui s’est accentué avec l’éclatement de la cellule familiale traditionnelle.
Bien des enfants qui ont subi le divorce de leurs parents divorcent à leur tour de leurs parents en quelque sorte. Et ils fréquentent peu leurs grands-parents.
La frénésie de vivre le présent chez nombre de jeunes, coupés de la mémoire collective, cette vieillerie non recyclable, est inscrite désormais dans les mœurs et l’organisation sociale.
Dans certains CHSLD actuellement, les vieux n’ont plus le temps de mourir à leur rythme. Ou ils supplient qu’on les laisse mourir.
Demandez aux soignants épuisés et terrifiés qui les côtoient de témoigner pour que cela se sache.
Pour que l’on se souvienne de cet hiver 2020, le plus terrible dans toute l’histoire du Québec.