Trucs et astuces
Ces remèdes transmis par tradition orale dans les familles vous feront sourire, mais ils ne sauront pas remplacer les conseils d’un médecin ou d’une infirmière qualifiée. On y croit… ou non, car l’efficacité de ces croyances n’a pas toujours été prouvée… Paroles de madame Chasse-Taches.

UNE ECCHYMOSE…
Si on se frappe, la peau se colore rapidement et devient bleuâtre. Les grands-mères avaient plusieurs solutions à ce problème :
DES CRAMPES DANS LES JAMBES
Tous ceux qui subissent des crampes dans les jambes durant le sommeil vous diront que la douleur les force à se lever brusquement de leur lit et à sautiller sur un carrelage froid jusqu’à ce que la douleur s’atténue.
LE HOQUET
Quelle famille ne possède pas un truc pour soulager le hoquet ? Certains surprennent la personne qui a le hoquet en lui faisant peur, en la faisant rire, en lui faisant manger une cuillerée de sucre en poudre, de beurre d’arachides, de miel sans respirer ou de lui faire boire un verre d’eau à petites gorgées.
Parmi les trucs les plus populaires, en voilà deux qui fonctionnent très souvent :
Source : Louise Robitaille, Journal de Montréal, cahier CASA, 14 décembre 2024, p11
Histoire
Même si on a rapidement souligné que l’idée que le Canada devienne le 51e État américain n’était qu’une boutade lancée par Donald Trump à l’intention de Justin Trudeau, l’idée n’est pas nouvelle.
Dès l’époque coloniale, les colons anglais en Amérique lorgnaient les ressources de la Nouvelle-France tout en rêvant de contrôler l’accès privilégié au continent que représente le fleuve Saint-Laurent.
Voici trois épisodes de l’histoire associés à la crainte que le Canada et le Québec puissent passer sous contrôle américain.
L’INVASION DE QUÉBEC DE 1774-1775
Si les premières tentatives de s’emparer de la Nouvelle-France surviennent assez tôt pendant la période coloniale, les futurs Américains remettent le projet sur la table lorsque les délégués des treize colonies se réunissent à Philadelphie dans les mois qui précèdent la rédaction de la déclaration d’indépendance.
Après avoir fait parvenir une lettre aux colons de ce qu’on appelle la Province of Quebec depuis 1763, lettre demeurée sans réponse, les délégués de Philadelphie vont planifier une invasion.
Deux offensives, l’une menée par le général Montgomery et l’autre dirigée par Benedict Arnold, permettront d’occuper Montréal et d’attaquer Québec.
Le célèbre Benjamin Franklin s’est même déplacé à Montréal, mais rien n’y fit. Les Américains ont mal évalué la volonté des colons d’ici qui refuseront de prendre les armes contre les Britanniques.

LA GUERRE DE 1812-1814
Un autre grand moment de tension pour le Canada se déroule entre 1812 et 1814, alors que la Grande-Bretagne et les États-Unis s’affrontent à nouveau quelques années seulement après la fin de la guerre d’Indépendance.
Contrariés par le comportement des Britanniques pendant les guerres napoléoniennes, on limite les échanges entre les États-Unis et la France; furieux face à l’attitude impérialiste et désireux d’affirmer une seconde fois leur indépendance, les Américains déclarent la guerre le 18 juin 1812.
Cet affrontement se termine par un match nul et constitue une première véritable occasion de développer un sentiment national du côté canadien.
LA GUERRE DE SÉCESSION ET LA NAISSANCE DU CANADA
La plus récente manifestation d’inquiétude liée à une volonté expansionniste est associée au projet de Confédération.
Lorsque les colonies britanniques discutent d’une possible union, elles le font alors qu’on prête aux Américains l’intention d’étendre leur territoire vers le nord après la guerre de Sécession.
Après tout, des sudistes se sont réunis à Montréal, l’assassin de Lincoln y a séjourné, et des fenians, une organisation secrète souhaitant l’indépendance de l’Irlande, ont effectué des raids de notre côté de la frontière.
La menace est alors jugée suffisamment sérieuse pour expliquer la construction des Forts-de-Lévis qui débute en 1855,
Source : Luc Laliberté, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 7 décembre 2024, p70
Trucs et astuces
Notre beau sapin naturel est clairement le roi dans notre maison pendant les Fêtes, mais il a besoin d’un traitement royal pour que sa parure reste intacte.

CE QU’ON DOIT SAVOIR
COMMENT EN PRENDRE SOIN
Source : Nadine Descheneaux, Journal de Montréal, cahier CASA, 14 décembre 2024, p10
Histoire
Depuis quelques années, les marchés de Noël extérieurs connaissent une popularité importante auprès des Québécois et des Québécoises. Pourtant, ces marchés d’inspiration européenne ne se tiennent au Québec que depuis la fin des années 1990, voire le milieu des années 2000.
Les marchés d’autrefois avaient donc bien peu à voir avec ce qu’on entend aujourd’hui par « marché de Noël ».

Afin de nous préparer au temps des Fêtes, revisitons l’histoire des marchés publics au Québec et observons comment ceux-ci s’animaient à l’occasion de la fête de Noël.
Dès le 17e siècle, c’est dans les trois villes principales de la colonie – Québec, Montréal et Trois-Rivières – que s’organisent les premiers marchés publics. Véritables institutions, ces marchés permettent un approvisionnement alimentaire des populations urbaines et offrent aux ruraux une occasion de vendre leurs surplus agricoles.
Plus encore, ce sont des lieux de rencontre et d’échanges. Les marchés publics deviennent des lieux de sociabilités où se tissent des liens commerciaux et sociaux entre les habitants.
Les places de marchés voient le jour, sous la supervision des autorités coloniales, près du fleuve Saint-Laurent, principale voie de communication de la colonie. À Québec, c’est à place Royale, en basse-ville, qu’est établie la première place de marché en 1640. À Montréal, c’est en 1657 que les habitants assistent à la formation d’une place de marché, localisée sur la place d’Armes, aujourd’hui connue sous le nom de place Royale.
Enfin, à Trois-Rivières, il faut attendre le début du 18e siècle pour qu’un premier marché voie le jour au bout de la rue Saint-Louis, tout près du fleuve.
Les places de marchés font aussi office de places publiques : le crieur public informe la population des arrêts, édits et ordonnances des autorités coloniales; les criminels condamnés reçoivent leurs châtiments; les gentilshommes s’affrontent en duel. Et, bien sûr, on s’y adonne au potinage et au colportage de rumeurs et de nouvelles.
Le 19e siècle constitue l’âge d’or des marchés publics alors que ceux-ci pullulent à l’échelle de la province, tant en milieu rural qu’en milieu urbain. Seulement dans la ville de Québec, à la fin du 19e siècle, on ne compte pas moins de huit marchés publics ! Au même moment, on assiste à l’émergence des halles de marché, ce qui témoigne d’une volonté d’améliorer les conditions de vie urbaine et le confort des clients.
À partir de 1850, les marchés urbains se spécialisent : co-existent désormais des marchés aux denrées, des marchés à bois, des marchés à foin, des marchés aux poissons et des marchés aux animaux. Les citadins et les ruraux fréquentent ainsi ces espaces en fonction de leurs besoins.
AU TEMPS DE NOËL

À l’époque de la Nouvelle-France, Noël est une fête surtout religieuse. C’est seulement vers la fin du 19e siècle, sous l’influence des coutumes britanniques, que Noël prend les allures qu’on lui connaît aujourd’hui, centré autour de traditions familiales et communautaires.
Se répand alors progressivement, d’abord au sein des familles bourgeoises, puis au sein des familles ouvrières et paysannes, la vogue du grand festin de Noël. Pour l’occasion, les citadins fréquentent les marchés publics à la recherche de la meilleure volaille pour égayer leur tablée.
Jusqu’au 19e siècle, l’oie est la volaille festive favorite pour l’organisation des repas de Noël. Or, en 1843, au moment où Charles Dickens fait paraître son œuvre Cantique de Noël, la dinde gagne en popularité : mettre une dinde sur la table à l’occasion du repas de Noël est présenté comme une marque de prestige.
Cette coutume, qui provient de l’Angleterre victorienne, influence les traditions des familles bourgeoises qui cherchent à s’en procurer au marché.
Dans les marchés publics, la popularité croissante de la dinde se traduit par une augmentation de l’offre du produit sur les étalages. Le 26 décembre 1887, dans le journal La Presse, un rédacteur écrit : « Pour ce qui est des dindes, le marché en est rempli, il en est comble. Il y en a plein les voitures, plein les étaux, plein les marches du péristyle, il en traîne sous vos pieds ; d’autres sont suspendues au-dessus de vos têtes. »
Si en 1887 on notait l’abondance des dindes au marché de Noël, en 1900, on se plaint plutôt de leur absence.
Le 27 décembre 1900, dans le Courrier de Saint-Hyacinthe, on relate : « Les volailles en général étaient nombreuses, mais où donc étaient les charges ordinaires de dinde ! Chaque étal de boucher avait d’habitude quelques spécimens de dindes, ils avaient des oies cette année ». D’autres fois encore, c’est le prix des volailles qui retient l’attention des rédacteurs dans la presse, alors qu’on mentionne leur bas prix ou encore leur cherté.
C’est donc dire que c’est la dinde plus que tout autre sujet qui est au centre des discussions au marché à l’occasion de Noël !
Dans le temps des Fêtes, les commerçants décorent leur kiosque, comme le relate un journaliste le 22 décembre 1903 dans le journal La Presse : Le marché de Noël, comme celui de Pâques, est toujours une fête au marché Bonsecours. À cette occasion, les marchants ne ménagent rien pour donner une belle apparence à leurs étaux qu’ils décorent de fleurs et de verdures. Les fleurs ne sont pas aussi en abondance qu’à Pâques, aujourd’hui, jour du marché de Noël; mais il y a de la verdure à profusion. »
À l’occasion de Noël, au début des années 1850, les commerçants commencent à proposer à leurs clients un nouveau type de « verdure » : des sapins de Noël. À l’instar de la dinde, le sapin de Noël entre progressivement dans les foyers des Canadiens et Canadiennes, anglophones et francophones, fruit d’une publicité plus importante de cette tradition à compter de la fin des années 1840 en Angleterre.
JOURS DIFFICILES
Au 20e siècle, particulièrement à partir des années 1930, les marchés publics vivent des jours difficiles. Le 27 décembre 1935, un rédacteur du journal La tribune informe la population que « le marché de Noël a tué le marché du Jour de l’An ! » Avant de mentionner, quelques lignes plus loin, le prix des dindes, il écrit : « Depuis un grand nombre d’années, le marché de Noël a évidemment pris de l’ascendant sur celui du Jour de l’An et les ménagères ont pris l’habitude de s’approvisionner avant Noël pour toute la période des Fêtes. »
Dans la seconde moitié du 20e siècle, de nombreux facteurs contribuent à la disparition progressive des marchés publics dans les campagnes et dans de nombreuses villes de la province.
Parmi eux, il y a certainement l’essor des magasins à rayons, des épiceries et des supermarchés, ainsi que la disparition des petites entreprises agricoles de type familial et artisanal.
Plus encore, le changement de fonction des marchés publics, devenus non essentiels au ravitaillement des villes, contribue à modifier le rapport des citadins et des ruraux à ces espaces et joue en défaveur de leurs financements par les pouvoirs municipaux à partir des années 1960.
Malgré tout, certains marchés ont réussi à s’adapter aux nouveaux impératifs de la vie d’aujourd’hui et continuent toujours de jouer un rôle dans l’approvisionnement des populations urbaines en produits alimentaires de qualité.
En ce début décembre, pourquoi ne pas prévoir de vous rendre dans un marché afin d’y faire quelques emplettes pour vos repas des Fêtes et d’encourager les producteurs locaux ?
Source : Emmy Bois, historienne, Journal de Montréal, cahier Weekend, 7 décembre 2024, p68
Conte de Noël
Voici le troisième conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

Cet après-midi-là, au début du congé de Noël, j’avais décidé d’emmener mes quatre enfants patiner au lac des Castors sur le mont Royal, tel que promis. Il faisait un soleil radieux mais le froid restait vif. Les trois plus âgés, pouvant tenir sur leurs patins, ne se gèleraient pas les mains et les pieds, mais la plus petite, elle, immobile dans son traîneau, risquait d’attraper une engelure. J’apportai donc un surplus de couvertures pour bien l’emmitoufler.
Au bout d’une demi-heure, après avoir attaché les patins de l’une, ajusté le foulard de l’autre, trouvé la mitaine perdue du fiston, installé le bébé confortablement, nous fîmes enfin notre apparition sur la surface gelée de l’étang. Il n’y avait pas foule, en ce premier jour des vacances, à peine une quinzaine d’enfants qui glissaient sur les pentes ou s’amusaient sur les rives du petit lac.
Bien sûr, au bout de dix minutes, l’aînée avait poussé sa sœur un peu trop fort et celle-ci s’était étalée de tout son long sur la glace en hurlant. J’accourus pour l’aider à se relever tout en soutenant mon fils de trois ans gardant difficilement son équilibre sur ses patins. En même temps, je devais tirer le traîneau chargé de la petite dernière tellement bien enveloppée dans ses couvertures qu’on pouvait se demander si elle ne mourrait pas étouffée ! Mais je me rassurai, je l’entendais brailler à fendre l’âme. « Allons ! Dors, ma toute petite. Tu vas faire une belle promenade avec maman sur la patinoire. Dodo, l’enfant do… » Je n’avais pas aussitôt lâché la main du petit pour aider la deuxième à se remettre sur pied que la plus âgée tomba à son tour. Grands Dieux ! Dans quelle galère m’étais-je embarquée ? Ouf !
– Voulez-vous que je vous aide, madame ?
Je relevai la tête et aperçus un jeune garçon d’une douzaine d’années, une tuque de laine rouge enfoncée jusqu’aux yeux. Je pouvais à peine deviner la mine souriante de son visage caché derrière son col monté jusqu’aux oreilles.
– Je m’appelle Julien. Je pourrais promener votre bébé autour du lac, si vous me donnez la permission, Comme ça, vous pourrez patiner tranquillement avec vos autres enfants.
– Comme c’est gentil ! Tu n’as pas de patins ? Es-tu venu ici tout seul ?
– Non, non, je suis venu avec des moniteurs de mon foyer d’accueil. L’autobus est là, dans le stationnement. Mais je préférais m’occuper de vos enfants plutôt que d’aller glisser avec les autres pensionnaires du centre.
– Pourquoi donc ?
– Bof… ils ne sont pas toujours gentils. Des petits enfants, c’est plus joyeux ! J’aime ça, moi, les petits enfants !
– Bon, tu peut tirer le traîneau du bébé, si tu veux. Mais ne t’éloigne pas, j’aimerais te garder à vue.
– Ne vous inquiétez pas, madame, je vais rester ici, tout près.
Après m’avoir gratifié d’un merveilleux sourire, Julien se mit à longer le bord du lac en chantant une chanson pour endormir la petite. Je poussai un soupir de soulagement et pus enfin m’occuper des trois autres. Qui était donc cet ange secourable que le ciel m’envoyait soudain ? Quelques instants plus tard, je relevai la tête et le vis, accroupi, tentant d’attirer un écureuil avec des friandises trouvées au fond de sa poche. Mon bébé, nullement endormi, riait aux éclats. Julien se tourna vers moi et me fit un salut de la main.
Vers le milieu de l’après-midi, j’invitai le garçon à entrer avec nous dans le restaurant près de la patinoire pour déguster un lait chaud au chocolat.
– Tu l’as mérité, mon grand ! Dis donc, j’aimerais bien que tu me parles de toi. Qui es-tu, d’où viens-tu ? As-tu de la famille ?
– Je ne sais plus si j’en ai une, une famille ? Mes parents ne s’occupaient pas suffisamment de moi, d’après le travailleur social. Alors, j’habite dans un foyer d’accueil depuis bientôt six mois, en attendant je ne sais trop quoi…
– Et… tu y es heureux ?
– Pas tellement ! Un jour, quand je serai plus grand, je vais sortir de là et je deviendrai un éleveur de chevaux. C’est mon plus grand rêve, j’adore les chevaux !
Julien devint soudain songeur. Quel garçon sympathique ! La profondeur de son regard me déroutait quelque peu, Les enfants semblaient s’y attacher déjà et ne le lâchait pas d’une semelle.
Soudain, a travers les fenêtres du restaurant, je remarquai, entre le lac et le stationnement, des chevaux attelés à des traîneaux, tout prêts à partir au son des grelots en promenade sur les sentiers enneigés de la montagne. D’épaisses couvertures de fourrure recouvraient les banquettes, et les bêtes trépignaient d’impatience. Il ne manquait plus que des passagers. Il me vint une idée.
– Dis donc, Julien, tu vois, là-bas, le gros monsieur enveloppé dans son « capot de chat » ? Va lui demander combien coûterait une balade dans son buggy pour une mère et ses cinq enfants.
– Cinq ? Mais vous n’avez que quatre enfants, madame !
– Disons que pour l’instant, je t’adopte. Fais ce que je te dis. Si le prix est raisonnable, je t’invite. Ce sera mon cadeau de Noël.
Julien ne se le fit pas dire deux fois. Il prit ses jambes à son cou jusqu’au cocher. Je le vis discuter quelques instants puis revenir en courant.
– J’ai marchandé un peu avec lui. Il nous fait un prix spécial.
Le prix me convenait,
– Parfait ! Allons-y !
Les enfants, tellement excités, n’arrivaient pas à enfiler leurs vêtements correctement, et j’appréciais une fois de plus l’aide de Julien, fou de joie. Finalement, tout le monde se trouva prêt. Hélas, juste comme nous nous acheminions vers les traîneaux, on entendit retentir un coup de sifflet strident. Un inconnu s’approcha de nous et me toisa d’un air suspicieux.
_ Julien, où étais-tu ? On te cherchait partout ! C’est le temps de retourner au centre d’accueil, mon ami. Tu nous a fait prendre du retard.
– Oh ! non !… Ne me dites pas que c’est l’heure de partir. Juste au moment où j’allais faire un tour de buggy, le rêve de ma vie…
– Désolé. Allez, ouste ! Dépêche-toi, tous les autres sont déjà montés dans l’autobus.
Le jeune garçon me lança un regard désespéré. À peine ai-je eu le temps de le remercier pour sa gentillesse qu’il avait déjà disparu au tournant du chemin.
– Maman, est-ce qu’on va le revoir encore, Julien ?
– Euh… Je ne crois pas, ma chérie.
– Moi, â ne me tente plus d’aller « faire un tour de cheval ». C’est avec lui que je voulais y aller.
– Moi, je voulais que Julien conduise le cheval. Il va revenir, hein, maman, notre nouvel ami ?
C’est au moment précis où l’autobus quittait le stationnement que je réalisai ne pas connaître le nom de Julien au complet, ni l’endroit où il habitait, J’aurais pu au moins le lui demander avant son départ. Comme j’avais été stupide ! Je poussai un soupir de dépit. « Adieu, petit garçon inconnu, adieu bel ange. Que Dieu te garde ! »
Deux jours plus tard, veille de Noël, nous étions invités à réveillonner chez ma belle-sœur. Son grand fils nous présenta fièrement la nouvelle flamme de son cœur.
– Je vous présente Anne-Marie, elle travaille dans un centre d’accueil pour les jeunes en difficulté.
Mon cœur bondit. Un centre d’accueil ! Tout à coup le hasard, ou un miracle…? Je m’empressai de raconter à la fameuse Anne-Marie notre rencontre avec Julien. Elle se montra intéressée et me fit une suggestion.
– Un centre d’accueil qui a loué un autobus, jeudi dernier, pour emmener les enfants au lac des Castors, ça se trouve facilement. Évidemment, on risque de découvrir plusieurs Julien dans le groupe. Mais un seul vous reconnaîtra. Il suffira d’interroger les enfants. Laissez-moi faire ma petite enquête, j’ai beaucoup d’amis qui travaillent dans les centres d’accueil. Je vous appelle demain, à la première heure.
– Même si c’est le matin de Noël ?
– Un centre d’accueil, c’est comme un hôpital, ça reste ouvert tous les jours de l’année !
***
Tel que promis, Anne-Marie m’appela tôt le lendemain matin. Elle avait repéré le lieu où habitait Julien. On ne m’accorda pas la permission de l’inviter chez nous. Pas ce jour-là du moins. Pas le jour de Noël. Mais c’était bien lui, c’était notre Julien.
– Pas maintenant, m’a répondu le directeur du centre. On ne peut laisser partir les enfants comme ça, avec de parfaits inconnus. On doit d’abord faire une enquête, rencontrer un travailleur social, obtenir la permission des parents ou des tuteurs de l’enfant, remplir un tas de paperasse et de formalités. Mais puisque c’est Noël, je vous accorde un droit de visite pour cet après-midi.
Lorsque toute la famille se pointa dans la porte de la grande salle, Julien se trouvait assis sur le rebord d’une fenêtre, le nez collé contre la vitre. On aurait dit qu’il attendait quelqu’un, peut-être sa mère qu’il n’avait pas vu depuis des mois, ou son père, encore une fois retourné en prison, selon les dires du directeur. Qui sait, un oncle, une tante, quelqu’un se souviendrait peut-être de lui, même si, au fond, il savait bien que personne ne viendrait.
Je n’oublierai jamais son regard embrouillé de larmes lorsqu’il se tourna vers nous. Muet de surprise, il accourut dans notre direction et ce fut l’explosion de joie. Les enfants sautaient de bonheur et lui tendaient des cartes qu’ils avaient dessinées pour lui, le matin même. Pour ma part, je lui offris des chocolats et un petit cheval de bois, décoration décrochée dans notre arbre de Noël.
– Tiens, mon Julien, garde bien ce cheval de bois. Il te rappellera qu’avant longtemps, nous allons la reprendre, un de ces jours, cette promenade manquée de buggy sur le mont Royal. Je te le promets, main sur mon cœur ! Celle=là et bien d’autres… Et tu pourras t’asseoir aux côtés du cocher.
Je me rappelle encore l’éclat des petites lumières qui s’allumèrent dans ses yeux. Il se pencha sur les enfants pour les embrasser. Dire que j’avais passé des heures dans les centres commerciaux à la recherche de cadeaux appropriés pour mes enfants… je ne me doutais pas que je leur offrirais le plus prodigieux des présents : l’amitié d’un merveilleux grand garçon.
Note de l’auteure : La première partie de ce conte s’est réellement produite mais, en réalité, je n’ai jamais réussi à retrouver le Julien en question, en dépit de mes recherches.
Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.
Consommation
Je vous propose cet excellent article de Stéphane Desjardins, publié dans le Journal de Montréal du 10 décembre dernier.
***

Les consommateurs paient souvent pour des frais cachés et de l’assurance inutile quand ils louent une voiture pour quelques jours.
La dernière fois que j’ai loué une voiture pour une semaine, c’était parce que la mienne était au garage.
Pour les fins de cet article, j’ai passé au peigne fin le contrat de location, qui remonte à quelques années. Avec George Iny, directeur de l’Association pour la protection des automobilistes (APA), On a trouvé deux frais inutiles. Le premier concerne la gestion des pneus (3,24 $ par jour).
« Ça représente des frais de 1200 $ par année, alors que ça leur coûte maximum 700 $, calcule M. Iny. C’est prohibitif et superflu. »
Les autres faux frais que l’on m’a facturés sont ceux de 1,58 $ par jour pour l’immatriculation. M. Iny bondit : « C’est beaucoup trop cher ! Et pourquoi le consommateur doit-il payer pour ça ? »
Il soutient que les locateurs annoncent souvent des prix tout inclus, qui englobent souvent de faux frais. Il faut faire attention et exiger leur retrait avant de signer.
ASSURANCE
Si vous louez à court terme, refusez l’assurance du locateur, qui est prohibitive. Appelez votre assureur automobile et demandez une copie de l’avenant F.A.Q. 27, un ajout à votre contrat qui vous permet d’élargir votre couverture d’assurance aux voitures de tourisme en location à court terme.
Mais certains locateurs insistent lourdement sur les limites de l’assurance offerte par la carte de crédit. Toutefois, dans certains pays (ou États américains), l’assurance du locateur est obligatoire. Sinon, on exigera une preuve que vous êtes couverts par l’avenant F.A.Q. 27. En fait, les questions d’assurance sont les principales causes de mécontentement lorsque les gens contactent l’APA.
« Ils ne savent pas si c’est nécessaire ou non, reprend M. Iny. C’est mieux de contacter son assureur automobile ou l’émetteur de sa carte de crédit avant de louer. »
L’Office de la protection du consommateur (OPC) a enregistré 138 plaintes entre le 1er novembre 2023 et le 31 octobre 2024 concernant les locations d’autos, principalement pour les contrats, les pratiques commerciales, les prix et la facturation. C’est 0,5 % des plaintes reçues par l’OPC, tous secteurs de consommation confondus. On ne parle donc pas d’un tsunami.
QUELQUES CONSEILS
Histoire
Né en 1835, en Irlande, Charles McKiernan a immigré au Québec en 1864. Il est décédé bien jeune, à 54 ans, des suites d’une crise cardiaque. Le jour de son décès, la ville était en deuil.

Travailleurs, ouvriers et laissés-pour-compte se sont massés pour rendre un dernier hommage à ce tavernier bien-aimé, considéré par plusieurs comme un héros national ou comme, diront les journaux, un « fils du peuple ».
TRANSFORMATION INDUSTRIELLE
L’industrialisation force la métropole à s’urbaniser en accéléré au rythme de l’exode des Canadiens français qui fuient la campagne, mais aussi au rythme de l’arrivée de centaines de navires qui déversent dans les ports du Saint-Laurent des milliers d’immigrants venus des îles britanniques.
Ceux qui restent au Québec sont surtout des Irlandais. En plus de partager le même culte que la majorité des Québécois francophones, ces pauvres migrants qui ont fui la famine n’apprécient pas tellement, eux non plus, le pouvoir qu’impose l’Empire britannique.
Ces immigrants irlandais s’installent dans des quartiers ouvriers non loin du canal de Lachine tels que Griffintown, Pointe-Saint-Charles ou Victoriatown.
Au Québec, comme ailleurs en Amérique, les ouvriers travaillent de 60 à 70 heures par semaine pour un maigre salaire dans des conditions inimaginables et dangereuses. Pour tenter d’améliorer un peu leur sort, plusieurs vont se mobiliser, se syndiquer et essayer, par la grève, d’attirer l’attention des patrons et du gouvernement.
C’est dans ce contexte difficile qu’en 1877, une grève est déclenchée sur le gigantesque chantier de l’élargissement du canal de Lachine.
Quelques jours avant Noël, les manœuvres sur le chantier apprennent que leur employeur, Henry Mason, va réduire leur salaire de près de la moitié. Comme si ce n’était pas suffisant, ils seront payés non pas en argent, mais sous forme de bons de crédit échangeables au magasin de l’entreprise.
Cette décision patronale méprisante fait exploser la colère chez les travailleurs : ils décideront de quitter le chantier. Cette grande grève marquera l’histoire industrielle de Montréal.
UN HOMME AU GRAND CŒUR
En 1877, qui dit grève dit risque de perte d’emploi. Donc, pas de salaire, rien ! Les ouvriers vont rapidement recevoir l’appui du tavernier Charles McKiernan, que tous connaissent sous le nom de Joe Beef.
Sa taverne située à deux pas du chantier du canal de Lachine, sur la rue de la Commune, était une véritable institution à cette époque. Avant le conflit, les travailleurs avaient l’habitude de venir manger un gros repas chaud, le midi, pour 10 sous seulement.
Solidaire de ses pauvres clients, le généreux tavernier nourrira à ses frais et hébergera les travailleurs du chantier durant tout le temps de la grève. Il offrira une quantité industrielle de soupe, de miches de pain frais et des gallons de ragoût.
Pendant les négociations avec la partie patronale, il paiera même le voyage, en train, de la délégation syndicale à Ottawa.
Joe Beef deviendra instantanément une sorte de héros populaire, une légende vivante associée à la solidarité ouvrière.
QUI EST CET HOMME ?
Les études de Charles McKiernan à l’école d’artillerie à Woolwich le conduisent à une carrière dans l’armée britannique. Grâce à son énergie et son leadership naturel, il devient rapidement sergent. Il est apprécié par ses congénères au front, particulièrement pour son talent remarquable à toujours trouver de quoi manger et où se loger lors des difficiles manœuvres militaires, comme pendant le conflit en Crimée (cette guerre oppose de 1853 à 1856 l’Empire russe à une coalition formée de l’Empire ottoman, de l’Empire français, du Royaume-Uni et du royaume de Sardaigne).
C’est d’ailleurs à cette époque que son surnom, « Joe Beef », lui est naturellement accolé. En 1864, dans le contexte des tensions provoquées par la guerre civile aux États-Unis, la 10e brigade d’artillerie royale britannique de Joe Beef sera transférée au Canada. Il poursuivra son métier de cantinier à Québec, puis à l’île Sainte-Hélène, en face de l’île de Montréal.

Après une belle carrière militaire, il quitte l’armée en 1868, tout juste un an après la naissance du Dominion du Canada, et s’installe définitivement au Québec. Pour faire vivre sa famille, il ouvre une taverne nommée The Crown and Sceptre, également connue sous les noms de Joe Beef Canteen et de Great House of the Vulgar People.
Après quelques années sur la rue Saint-Claude, la taverne déménage en 1875 sur la rue de la Commune, au coin de Callière (aujourd’hui, musée Pointe-à-Callière). C’est dans cet établissement à proximité du port et du quartier Griffintown que la taverne devient célèbre.
Il faut dire que Joe Beef, personnage extravagant, était au cœur de la popularité de son établissement. Par exemple, il gardait dans la cour de sa taverne une impressionnante ménagerie : des ours noirs, des singes, des lynx et même un alligator. Ses ours étaient souvent gardés dans son cellier sous son bar, les clients pouvaient les voir par des trappes au plancher.
Pour impressionner les clients turbulents, il sortait à l’occasion un de ses ours pour les calmer. On raconte même que plusieurs de ses ours étaient capables de jouer au billard et qu’un autre, prénommé Tom, ingurgitait une vingtaine de pintes de bière par jour, au verre, et ne renversait pas une seule goutte !
Dans sa taverne, Joe Beef accueille tout le monde, peu importe la religion, la langue et les origines. Il offre même le couvert aux plus démunis. Il amasse régulièrement de l’argent afin de donner aux hôpitaux et à l’Armée du salut. Les nuits froides, il envoie un de ses employés patrouiller dans les rues autour du port pour offrir le gîte aux marins et aux gens qui dorment à l’extérieur. C’est évidemment ce sens de la solidarité qui l’amènera à aider les travailleurs en grève du canal de Lachine en 1877.
On peut imaginer que Joe Beef ne fait pas l’unanimité, Les bourgeois, les ligues antialcooliques et le haut clergé perçoivent son établissement de la rue de la Commune comme un lieu de débauche, de perdition et un repère de criminels.
On lui reproche son exubérance, ses prises de position tranchantes contre la montée du mouvement de tempérance de l’alcool, puis son athéisme qu’il manifeste haut et fort.
Loin de se laisser intimider par ces bien-pensants, il publie un manifeste, en 1879, dans lequel il s’en prend personnellement au puissant homme d’affaires John Redpath Dougall. Il critique aussi le clergé et même la police. Il affirme qu’ils devraient se soucier un peu plus du sort des pauvres travailleurs. Il écrit également des lettres ouvertes dans les journaux pour dénoncer les conditions des ouvriers.
HOMMAGES À SA MORT
Aussi fou que cela puisse paraître, dans les années 1880, la taverne de Joe Beef demeure l’un des rares filets de protection sociale pour les travailleurs montréalais les plus pauvres.
On peut facilement comprendre pourquoi, à sa mort en 1889, des milliers de Montréalais se sont spontanément rassemblés devant sa taverne pour lui rendre un dernier hommage.
« La foule consistait en des membres de l’ordre des Chevaliers du Travail, des travailleurs manuels de toutes les classes. Tous les pris-pour-compte et malchanceux de la société à qui le tavernier philanthrope avait si souvent tendu une main aidante. Tous ces gens étaient désireux de payer un dernier hommage à sa mémoire. »
Ce jour-là, les commerces de Griffintown ont fermé leurs portes. Un cortège d’au moins 5000 Montréalais a accompagné sa dépouille jusqu’au cimetière. Dans cette longue procession, des ouvriers en habit de travail usé ont salué une dernière fois ce fils du peuple.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 30 novembre 2024, p68
Sports
Dans ce sport, les championnats sont désormais réservés aux équipes les mieux nanties. On l’a vue cette année avec une série mondiale opposant les Yankees de New York et les Dodgers de Los Angeles, et remportée par ces derniers.

Qui est le mieux payé chez les Dodgers ? Shohei Ohtani qui, l’année dernière, s’est vu octroyé un contrat de 700 millions U$ pour 10 ans. Et cette semaine, Juan Soto s’est entendu avec les Mets de New York pour une entente de 15 ans qui lui rapportera 765 millions U$.
C’est la folie furieuse et toutes les équipes qui n’évoluent pas dans des gros marchés comparables sont condamnés à rester dans les bas-fonds de la ligue, et vers une lente agonie. C’est là que le baseball majeur est rendu. On achète les championnats avec des salaires faramineux et indécents.
C’est aussi pourquoi Montréal ne retrouvera jamais ses Expos. On n’a beau espérer, on ne peut compétitionner avec ces grosses villes américaines. Tant que le baseball majeur n’appliquera pas un plafond salarial comme la LNH au hockey, les grands honneurs seront réservés aux équipes multimillionnaires.
Montréal devrait faire partie de la ligue Frontière de baseball professionnel, avec Québec, Trois-Rivières et Ottawa, entre autres. De l’excellent baseball accessible qui permettrait de faire revivre la belle période des Expos. C’est un défi réalisable et accessible pour retrouver ces belles soirées festives et décontractées dans un stade de baseball, où les odeurs de hotdogs et de bières ajoutent à l’ambiance l’été.
Montréal a déjà eu ses Royaux il y a longtemps, et ça marchait fort. Donc il y a un marché pour ça ici, dans un stade comparable à Québec, pour un prix dérisoire. Je le souhaite !
On l’a vu ce qu’un plafond salarial peut faire dans le circuit Bettman; la parité entre les équipes à un point tel que les dynasties sont maintenant chose du passé. Une nouvelle époque où n’importe quelle équipe peut espérer les grands honneurs.
Les courses aux séries s’étirent jusqu’à la date limite pour faire durer le rêve, ce qui ne peut arriver au baseball majeur où, après 6 semaines d’activités, la majorité des équipes moins riches sont déjà éliminées.
Avec ces contrats exagérés, le baseball se meurt lentement mais sûrement. Faisons revivre chez nous les nouveaux Expos dans la ligue Frontière de baseball professionnel, parce que Montréal est définitivement une ville de baseball.
Santé
Il est normal de s’affaiblir en vieillissant, bien qu’il se peut qu’avant la soixantaine, vous ne remarquiez pas de perte de masse musculaire, connue sous le nom de sarcopénie.
Mais la sarcopénie peut également être occasionnée par des problèmes de santé qui limitent votre activité. Par exemple, une grippe qui vous cloue au lit pendant plus de quelques jours affaiblira sensiblement vos muscles, et vous aurez peut-être besoin d’exercices à domicile ou de kinésithérapie pour les reconstituer.

Une faiblesse musculaire persistante peut être le résultat d’affections de longue durée telles qu’un trouble de la thyroïde, le syndrome de fatigue chronique et une maladie rénale.
Une faiblesse musculaire soudaine peut être le signe d’un accident vasculaire cérébral (AVC), surtout si elle n’affecte qu’un seul côté du corps. Dans d’autres cas, la faiblesse peut être attribuable à des médicaments tels que les statines ou la prednisone.
Si vous avez soulevé un objet lourd ou si vous effectuez un travail répétitif, vous risquez de souffrir d’un claquage ou d’une déchirure musculaire qui entraîne une faiblesse. Si une déchirure grave peut nécessiter une intervention médicale, bien des blessures de ce type répondent au Protocole GREC (Glace, Repos, et Compression).
Si vous pensez que vous vous affaiblissez sans savoir pourquoi, un médecin peut vous aider à identifier l’affection, le comportement ou le médicament responsable de vos symptômes et vous donner des conseils pour retrouver votre force.
Source : WebMD, revue Nouvelles « CSA », automne 2024, p11
Conte de Noël
Voici le deuxième conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

C’était le branle-bas de combat au paradis. Dieu le Père observait d’un œil distrait ses hordes d’anges astiquer les nuages pour la fête de Noël. On avait nettoyé la crèche, mis de la paille fraîche, brossé le bœuf et l’âne. Dans le studio de musique, les Élus du ciel et la chorale de chérubins répétaient sans cesse. Cette année, on chaterait la Messe en si mineur de Bach. On avait aussi sorti des caves des bouteilles de Châteauneuf-du-Pape d’un rare millésime pour la messe de minuit.
Pourtant, Dieu le Père restait songeur. Il convoqua Jésus-Christ et le Saint-Esprit dans la salle du trône.
– Mon Père, dit Jésus, vous paraissez bien morose pour mon anniversaire. Que se passe-t-il donc ?
Le Père lui rendit une lorgnette.
– Ah, mon Fils ! Regarde sur la terre à travers le trou, ce que les hommes sont en train de faire dans la couche d’ozone. Ne trouves-tu pas qu’ils ont perdu le sens de la fête de Noël ? Ils ne songent qu’à leurs partys de bureau, leurs listes de cadeaux, leurs menus et les décorations de leur maison. C’est à peine si on trouve quelques rares crèches dans les boutiques de Noël. Certains enfants ne te connaissent même pas et ne savent absolument pas pourquoi on fête Noël, te rends-tu compte ? Quant aux cantiques traditionnels, aussi bien dire qu’ils ont disparu ! Le père Noël et ses rennes ont vite remplacé les bergers et leurs moutons. Je pense même que le vieux bonhomme et devenu plus populaire que toi, mon Fils.
Pendant que le Père tirait tristement sur sa barbe, le Saint-Esprit vint se percher sur l’épaule du Christ. Il se balançait et mordillait la chevelure de Jésus tout en écoutant la conversation.
– Vous avez parfaitement raison, Père, dit l’oiseau, il faut faire quelque chose. La terre est dévastée par les guerres, les génocides, le terrorisme et l’écart s’agrandit de plus en plus entre les riches et les pauvres. Les hommes ne cherchent qu’à s’étourdir dans le plaisir et les sensations fortes. Ils ont oublié que, si seulement ils s’aimaient un peu plus les uns les autres, chacun dans leur univers…
L’oiseau ne termina pas sa phrase, mais jetant un regard de connivence au Père, il se mit à chatouiller l’oreille de Jésus-Christ.
– Dis donc, Fils, et si on recommençait Noël ?… Si tu revenais de nouveau sur la terre ?
Le Christ bondit sur sa chaise,
– Quoi ? Ah ! non ! Je n’ai vraiment pas le goût de retourner en bas ! Savez-vous que des terroristes ont remplacé la crucifixion par les bombes ? C’est trop moderne pour moi ! Et puis, où viendrais-je au monde ? Bethléem est en territoire occupé, n’oubliez-pas ! Ils ont déjà bien assez de problèmes dans ce coin-là du monde, je ne veux pas aller y semer la pagaille, hein ? Si je nais aux États-Unis, les Français ne me le pardonneront jamais, les Anglais vont réagir, les Allemands se rallier, les Italiens protester, le Vatican émettre un édit. Tout cela risque d’exciter les terroristes et de déclencher une crise mondiale, rien de plus ! Non… ce n’est pas une bonne idée.
Dieu le Père poussa un soupir et prit une voix convaincante.
– Mais, mon Fils, les hommes ont besoin d’entendre parler d’amour, de toute évidence. Il faut réensemencer des petites graines d’amour dans leurs cœurs, tu le sais bien !
– Justement, les paraboles et les miracles banals, c’est fini tout ça ! Des miracles, les hommes en voient tous les jours avec les nouvelles technologies. En plus, il me faudrait prononcer le discours sur la montagne à la télévision, apprendre les techniques d’Internet, de Facebook, de Twitter, des blogues, me déplacer en avion et en limousine, multiplier plus de vin que de pain… Non, je vous en prie, Père, éloignez-moi de ce calice. Et trouvez autre chose !
Soudain, le Saint-Esprit sauta, tout excité, sur son perchoir d’or.
– Je pense que j’ai une solution. Laissez-moi faire. Vous avez bien dit : répandre des semences d’amour ?
– Oui, oui, faire germer des petites graines dans le cœur des hommes. Les plus beaux arbres du monde n’ont-ils pas commencé par de minuscules semences ?
Aussitôt, le bel oiseau blanc s’envola dans un grand battement d’ailes au-dessus des nuages. Quand il traversa un rayon de soleil, on le vit se dédoubler miraculeusement, puis se multiplier en milliers d’oiseaux blancs qui prirent, chacun, une direction différente au-dessus de la terre.
Cette nuit-là, chacun de ces mystérieux oiseaux resta perché silencieusement au-dessus de la maison d’un écrivain jusqu’au lendemain matin. Puis, à l’aube, tous reprirent tranquillement le chemin du paradis et se fondirent à nouveau en un seul et même oiseau. Le Saint-Esprit revint se percher sur l’épaule de Jésus-Christ et annonça, de sa voix rauque :
– Voilà ! C’est fait !
– Mais, qu’est-ce que tu as fait ?
– Vous verrez bien.
Puis il commença à se lisser les ailes sans plus se préoccuper des deux autres qui le regardaient d’un air sceptique.
Le jour suivant, à la première heure, tous les écrivains ayant reçu sans le savoir la visite d’un oiseau sur leur toit, se levèrent de bon pied. Tous, hommes ou femmes, croyant avoir rêvé, se sentirent étrangement inspirés et écrivirent un conte de Noël rempli d’amour, relatant une bonne action, un geste généreux, un acte de bienveillance. Ignorant qu’ils étaient des centaines, voire des milliers, à accomplir le même geste dans tous les pays du monde, ils s’installèrent à leur ordinateur, puis ils distribuèrent leurs contes un peu partout. Les médias et les journaux, les éducateurs et les politiciens, les chefs d’entreprises et les curés, les parents et même les grands-parents, tous s’en emparèrent et les racontèrent un peu partout dans les maisons.
Nombreux furent les gens qui s’interrogèrent, ébranlés par la beauté des gestes d’amour relatés dans les contes. Ils se mirent à réfléchir sur la vraie signification de la fête de Noël, certains prirent conscience de leur futilité et du manque d’amour dans leur quotidien. La plupart décidèrent de faire un geste concret pour contribuer à former un monde meilleur, rempli d’espoir. Les graines étaient semées…
Quand survint Noël, quelques jours plus tard, on vit un Dieu le Père rayonnant rire dans sa barbe tout en sirotant son vin en compagnie du Fils et du Saint-Esprit.
– Bravo, Esprit, ton idée était géniale ! Rien que cette nuit, j’ai vu des familles se réconcilier, des vieillards visités par des gens qu’ils n’avaient pas vus depuis des années, des sans-abris accueillis par des étrangers, des voisins qui ne s’aimaient pas échanger de bons vœux. J’ai aussi vu un père et un fils se parler enfin, une mère retrouver ses enfants, deux employés qui ne s’entendaient pas s’expliquer et se souhaiter Joyeux Noël en se donnant la main sincèrement. Je suis vraiment content, les graines d’amour vont germer et grandir. Tu as accompli un véritable miracle, mon cher Esprit. Le miracle de Noël.
Dans l’antichambre, on entendit le chœur entonner le Gloria de la messe. Dieu se cala profondément dans son fauteuil, l’air satisfait, et savoura la merveilleuse musique de Jean-Sébastien Bach, à la fois divine et humaine.
– Les hommes sont capables de si grandes choses, quand ils le veulent…
Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.
Trucs et astuces
Des petits trucs tout simple que madame Chasse-Taches veut nous rappeler pour la corvée du ménage.
1- LAVER LES VITRES PAR TEMPS ENSOLEILLÉ

À coup sûr, le soleil se reflétera et réchauffera trop rapidement les vitres fraîchement lavées. Elles présenteront beaucoup de bariolages. Voilà du temps perdu, car vous devrez recommencer le travail.
2- PASSER L’ASPIRATEUR AVANT L’ÉPOUSSETAGE
Immanquablement, le linge à épousseter délogera une bonne quantité de poussière, mais plusieurs particules resteront en suspension dans l’air pour se déposer au sol. Il vaut donc mieux épousseter d’abord puis terminer le ménage par le nettoyage du sol.
3- VAPORISER LES OBJETS À NETTOYER
Il est préférable de toujours vaporiser le chiffon avant de nettoyer les surfaces. La pulvérisation demande une bonne distance difficile à respecter, et il y a des risques d’endommager d’autres surfaces. Par exemple, on ne vaporise pas l’écran du téléviseur, l’intérieur du four à micro-ondes et tous les meubles où il peut y avoir une légère infiltration. Vaporiser le chiffon demande quelques secondes qui s’avèrent payantes puisqu’elles peuvent éviter les dommages.
4- MAL DOSER LA QUANTITÉ DE PRODUITS NETTOYANTS
On a tendance à en utiliser beaucoup plus que la quantité recommandée par le fabricant, croyant qu’il sera plus facile de venir à bout de toute la saleté. Dosez bien le produit et laissez agir quelques minutes avant de brosser ou d’essuyer la surface à nettoyer.
5- FAIRE DES MÉLANGES RISQUÉS !
Surtout pour éviter les vapeurs, ne mélangez pas les nettoyants tout usage à l’eau de Javel. Il serait bon aussi de réduire le nombre de bouteilles de produits toxiques et corrosifs rangés sous l’armoire de cuisine, Même les produits fabriqués à la maison, par exemple un mélange de bicarbonate de soude et de vinaigre, peuvent exploser dans une bouteille fermée.
6- LAVER À L’EAU CHAUDE ET AU VINAIGRE LES PLANCHERS DE BOIS
L’eau chaude s’infiltre entre les planches et fait gonfler le bois tandis que l’eau vinaigrée rend le plancher terne en peu de temps. Donc, lavez les planchers à l’eau froide ou à peine tiède.
7- LAVER LES PLANCHERS FLOTTANTS AVEC UNE VADROUILLE TREMPÉE DANS L’EAU
Ce type de plancher ne tolère pas le lavage à grande eau. Un linge ou une serpillière à peine humide permet d’exécuter un excellent travail.
Source : Louise Robitaille, Journal de Montréal, cahier CASA, 30 novembre 2024, p16
Histoire
Jos Montferrand, La Bolduc, Émile Nelligan et Lise Payette y reposent en paix, de même que près d’un million de personnes sous terre, dans des cryptes, des columbariums et des mausolées qui valent jusqu’à 3 millions de dollars.
« Non, je n’ai jamais vu passer de spectres ou de feux follets », dit, sourire en coin, Alain Dussault, directeur des opérations au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, qui emploie jusqu’à 100 personnes – un peu moins l’hiver, même si les activités rituelles, comme les enterrements, se poursuivent malgré le gel.

M. Dussault travaille ici depuis 18 ans et adore son emploi, qui l’amène à accompagner les familles en deuil d’un proche. Il voit à la crémation et à la mise en terre ou en columbarium, selon une multitude de rites.
« Ici, on a les sépultures les moins chères et les plus chères de Montréal », mentionne-t-il alors que nous apercevons un mausolée de marbre blanc qui vaut à lui seul 3 millions de dollars.
DES ARBRES ET DES ANGES
« Nous sommes ouverts à toutes les confessions même si, à l’origine, il s’agissait d’un cimetière catholique », précise Michel Issa, directeur général de la fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal, qui gère à la fois ce cimetière et la basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal.
Le cimetière montréalais ouvert il y a 170 ans cette année est à la fois un espace vert, un lieu de recueillement et un musée à ciel ouvert. Comptant 138 hectares (l’équivalent de 194 terrains de football), il est le plus grand du Canada. C’est un lieu patrimonial reconnu par le gouvernement fédéral depuis 1987 qui fait partie depuis 2005 de l’arrondissement historique du Mont-Royal.
« Ça, c’est ma statue préférée », affirme l’architecte Mario Brodeur en montrant une œuvre du sculpteur Alfred Laliberté, Ange aux ailes brisées, qui surplombe un monument funéraire dans la partie la plus élevée du cimetière. Le bronze est en effet saisissant d’émotion : un ange éploré tend la main vers le ciel.
Plus loin, une œuvre contemporaine surprend. La forme humaine faite de fibres métalliques tend les bras des deux côtés du corps; seule le visage et les mains sont réalistes.
M. Brodeur, qui travaille comme consultant pour la fabrique Notre-Dame, a mené une étude, en 2016, sur la valeur artistique des œuvres qu’on retrouve ici. Les 12 types d’ouvrages funéraires (plaques, stèles, piliers, arcs, colonnes, croix, sarcophages, obélisques, etc.) ornent certains des 94 000 monuments et intègrent une multitude de bas-reliefs en métal intégrés aux monuments.
206 ŒUVRES EXCEPTIONNELLES
Avec son équipe, il a classé leur valeur en fonction de plusieurs critères esthétiques et patrimoniaux. Pas moins de 3512 ouvrages ont été classés « importants »; 825, « très importants »; 206 « exceptionnels ». Les plus anciens datent d’avant 1854; il s’agit de restes humains transférés du cimetière Saint-Antoine, dans le centre-ville de Montréal, qu’on a fermé pour des raisons de santé publique.
Les actes de vandalisme qui ont vu disparaître une partie de ce patrimoine par le même genre de ferrailleurs qui ont scié la statue de Gilles Villeneuve à Berthierville récemment semblent être derrière nous, affirment les responsables en poussant un soupir de soulagement.
DES RITUELS QUI CHANGENT
Si les catholiques ont eu l’autorisation papale de disposer de leurs restes par la crémation à partir, en 1965, du concile Vatican II, ils sont longtemps demeurés attachés à l’inhumation.
Les premières urnes renfermant les cendres d’un client ne sont arrivées ici qu’en 1980, mentionne M. Issa. Depuis, l’incinération est devenue, de loin, la préférence des Montréalais. « Environ 70 % des corps sont incinérés aujourd’hui », mentionne M, Dussault.
Une tendance : l’enterrement écologique au pied d’un arbre (érable, chêne ou micocoulier) planté pour l’occasion dans le boisé du Souvenir, appelé à devenir un jour une forêt laurentienne. Les cendres du défunt se mêlent aux racines de l’arbre et se dégradent complètement, sauf pour une pastille nécessaire à l’identification. Déjà 400 personnes ont choisi ce dernier repos.
CI-GISENT HÉROS ET MAFIOSOS

« Il y a toujours quelqu’un qui se recueille près de la tombe de Maurice Richard », selon Alain Dussault, directeur des opérations au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.
Le héros du Canadien de Montréal (1921-2000) n’est qu’une des illustres personnalités qui reposent au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. La tombe toute récente de Brian Mulroney (1939-2024), surmontée d’un drapeau du Canada, impressionne par sa beauté sévère. Celle de Robert Bourassa (1933-1996), plus lumineuse, est faite de deux immenses pierres blanches.

L’enterrement de René Angélil (1942-2016), sur un vaste terrain en pente qui donne sur le chemin de la Côte-des-Neiges, a nécessité la construction en plein hiver d’une estrade pouvant accueillir 250 personnes, à la demande de sa femme, Céline Dion.
Au total, on compte dans ce cimetière 717 « personnages notoires », dont de nombreux premiers ministres et 25 maires de Montréal…
On a aussi accueilli les dépouilles du mafioso Vincent Cotroni (1911-1984) et du tueur Richard Blass (1945-1975)
Source : Mathieu-Robert Sauvé, Journal de Montréal, cahier Weekend, 30 novembre 2024, p71