Bienvenue 2025

Voeux

« Se réveiller en santé chaque matin, est la plus grande richesse que nous puissions avoir dans la vie ».

À l’arrivée de cette nouvelle année, on a l’impression de repartir à neuf, de renaître. Les résolutions ont toujours leur place lorsqu’on croit en l’avenir. C’est normal de se fixer des objectifs.

Il faut aussi garder à l’esprit que cette belle planète est de plus en plus fragile et que des hommes se font la guerre pour les mauvaises raisons, pour s’imposer sans égards aux innocents.

Que dire des changements climatiques qui bouleversent terriblement nos saisons. Qu’y a-t-il d’aussi triste qu’une pluie en hiver ?

Encore cette année, lecteurs et lectrices, je ne vous souhaite qu’une seule chose ; la santé. Celle qui vous permettra de réaliser tout le reste. Celle qui vous fera atteindre vos objectifs et projets, qui vous permettra de vous surpasser, de vivre la paix des beaux jours, d’illuminer votre quotidien, de semer du bonheur et de la joie autour de vous.

Il faut avoir goûté amèrement à la maladie pour apprécier la santé, cet état physiologique qui nous est prêté et qu’inconsciemment on ne mesure pas toujours les bienfaits.

Quoi qu’il en soit et plus que tout, souriez à la vie sans lui en demander trop, mais juste ce qu’il faut. Et si votre routine matinale est de déjeuner en lisant ce blogue pour accompagner votre café, abusez de ce moment, pour me stimuler davantage.

Merci de votre fidélité, et recevez mes souhaits d’une heureuse et saine année 2025 pour vous et vos proches.


Ygreck, et ses perles de décembre

Actualités

Nul besoin de beaucoup de mots pour résumer ce qui émerge de l’actualité. Le caricaturiste Ygreck en a fait son art… Voici ses perles de décembre, publiées dans le Journal de Montréal.



La constipation, parlons-en !

Santé et bien-être

Vous êtes en position assise, dans l’attente que ça circule. Mais hélas, tout est bloqué ! Je ne parle pas de congestion sur les routes, mais bien de constipation, un problème de santé intestinal que peut devenir plus fréquent en vieillissant.

Succinctement, la constipation se définit par une difficulté à déféquer. Elle peut se manifester par une défécation laborieuse et douloureuse, des selles dures et sèches, des ballonnements, des douleurs abdominales ou un sentiment de ne pas s’être entièrement vidé.

Certaines personnes peuvent penser qu’elle sont constipées si elles ne vont pas quotidiennement à la selle. Or, la fréquence normale du transit intestinal est variable d’une personne à l’autre. Pour vous, elle sera peut-être de trois fois par jour. Pour quelqu’un d’autre, elle sera plutôt d’une fois aux deux ou trois jours. Une faible fréquence n’est donc pas forcément signe d’un problème, pourvu qu’elle corresponde à votre propre rythme habituel. C’est lorsqu’il y a un changement significatif à cette régularité qu’il y a lieu de se poser des questions.

LA RÉGULARITÉ

La régularité, ce n’est pas la fréquence. C’est aussi la manière dont le tout se passe. Le moment est souvent un réflexe précédé d’émission de gaz (dont la normale est de 13 par jour, eh oui !), de tension dans le bas du ventre à gauche et le besoin de déféquer. Il y a ensuite une sensation de vidange complète à la fin.

L’apparence et la forme des excréments peuvent varier d’un repas à l’autre, selon les aliments consommés. Mais si le volume et la texture habituels sont modifiés de façon prolongée (semaine ou mois), cela peut lever des drapeaux rouges. Par exemple, une réduction progressive de la grosseur de la selle peut indiquer une obstruction intestinale qui grossit.

En fait, tout changement qui s’accompagne de fatigue, de perte de poids inexpliqué ou d’essoufflement doit vous amener à consulter rapidement. Il est important aussi de demeurer à l’affût de présence de sang sur le papier ou sur la selle, ou dans l’eau.

Il faut aussi garder en tête que certains médicaments sont reconnus comme des constipants, comme les antidouleurs de type narcotiques. Avec ceux-ci, un laxatif devrait être systématiquement prescrit. Si vous notez des changements persistants dans vos selles dans la semaine ayant suivi l’introduction d’un nouveau produit, discutez-en à la pharmacie afin de corriger tout de suite le problème.

FAVORISER LA RÉGULARITÉ

Le maintien d’une bonne hydratation favorise la régularité. Pour la majorité des gens, on suggère de boire six verres d’eau par jour afin de bien mouiller les fibres des grains entiers, des fruits, des légumes et des autres aliments. Cela aide à créer la pression nécessaire au besoin d’expulsion. L’activité physique quotidienne favorise aussi le transit intestinal, en plus de ses nombreux autres bienfaits pour votre santé.

Il est aussi important d’écouter votre corps et d’aller aux toilettes dès que l’envie vous prend. Si vous repoussez ce moment, vous risquez d’aggraver la constipation.

Pour prévenir et soulager la constipation, vous pouvez vous tourner vers certains produits en vente libre, comme de la graine de lin broyée ou des comprimés de psyllium. Il existe d’autres moyens dont vous pouvez discuter avec votre pharmacienne ou pharmacien. Mais attention : on évite de s’automédicamenter, car les effets sont parfois nocifs.

Source : Dre Christiane Laberge, revue Virage, hiver 2025, p73


Un pan de notre histoire : Le violon, un symbole de fêtes et de réjouissance

Histoire

« Samedi soir à Saint-Dilon, y’avait pas grand-chose à faire […] on s’est trouvé un violon », chante gaiement Gilles Vigneault dans sa célèbre Danse à St-Dilon. Au Québec, depuis des siècles, le violon est synonyme de réjouissances, de danses et de fêtes populaires. Le temps des Fêtes est aussi un moment de prédilection pour cet instrument largement utilisé par les groupes de musiques traditionnelles.

Bien qu’il ait très vite été utilisé par de grands compositeurs de musique classique, le violon est à la base un instrument populaire. Possédant quatre cordes, il se distingue de la viole de gambe, qui en possède six et qui était surtout utilisée par les membres de l’aristocratie européenne.

Cet instrument est originaire du nord de l’Italie et daterait du début du 16e siècle. Il s’est progressivement étendu au reste de l’Europe, mais ce sont des luthiers italiens, comme Nicolo Amati (1596-1684) et Antonio Stradivari (1644-1737), qui ont défini la norme des violons que nous connaissons aujourd’hui.

En Europe, le violon est utilisé à partir du début du 16e siècle pour animer les bals et les fêtes populaires. En venant s’établir en Amérique du Nord, des colons français ont transporté cet instrument festif lors de leur traversée de l’Atlantique et en ont fait un élément caractéristique de la culture d’ici, encore de nos jours…

EN NOUVELLE-FRANCE

Au Québec, la pratique du violon débute en effet dès l’époque de la Nouvelle-France. Le 27 novembre 1645, le Journal des Jésuites atteste de la présence de deux violons lors des noces d’une fille de Guillaume Couillard, l’un des premiers colons à s’être installés à Québec.

Trois ans plus tard, en 1648, Marie-Élisabeth Bégon rapporte quant à elle la tenue d’un bal, à Montréal, organisé par le nouvel intendant François Bigot. Dans sa correspondance, elle souligne que plusieurs gens espèrent y apprendre à pratiquer la danse.

Si la présence d’un violon à ce bal n’est pas attestée, il y a des raisons de penser qu’un tel instrument ait pu égayer les convives de Bigot et de plusieurs autres festivités décrites dans les premiers temps de la colonie.

En effet, selon les dires de plusieurs chroniqueurs des 17e et 18e siècles relevés par l’ethnomusicologue et violoniste Jean-Pierre Joyal, selon un article paru dans la revue Cap-aux-Diamants, le violon et la danse faisaient partie intégrante de la vie des Canadiens, du seigneur jusqu’à l’habitant.

Il était d’usage, pendant les longues soirées d’hiver, de se réunir dans les maisons autour d’un festin pour ensuite danser sur les airs d’un violon.

Au départ, les violons étaient importés d’Europe, mais le métier de luthier commence tranquillement à s’implanter en Nouvelle-France, d’abord par des luthiers amateurs sachant manier le bois et ensuite par de véritables luthiers de profession.

Pierre-Olivier Lyonnais, un ancien couvreur de métier devenu infirme, fut ainsi l’un des premiers luthiers professionnels à exercer au Québec, au début du 19e siècle.

UNE TRADITION BIEN IMPLANTÉE

Cette tradition de danser et fêter au son d’un violon se poursuit durant les 19e et 20e siècles.

Les vagues d’immigration britannique apportent avec elles des influences anglaise, irlandaises et écossaises qui viennent se greffer au folklore d’origine française.

Durant cette période, le violon constitue l’instrument idéal pour animer les danses et les fêtes populaires, si bien qu’il devient un élément important de la vie traditionnelle canadienne-française.

Toutes les familles, tous les villages et même les chantiers de bûcherons avaient leur violoneux attitré chargé d’égayer les fêtes, les fiançailles et les mariages. Le temps d’une gigue, d’un quadrille ou d’un rigodon, le violoneux contribuait à faire oublier la dureté de la vie aux gens de l’époque.

Encore de nos jours, le violon est largement utilisé par les différents groupes de musique traditionnelle qui animent la scène québécoise.

Ca faisant, ces groupes perpétuent une tradition de danse et de fête pluriséculaire bien implantée chez nous !

TOUJOURS EN VOGUE

La musique traditionnelle a toujours la cote auprès d’une frange importante de la population, particulièrement durant le temps des Fêtes.

Et le violon y est sans doute pour quelque chose… Si cet instrument est naturellement associé à la danse, à la fête et aux réjouissances des Fêtes de fin d’année, c’est que « les airs de violon, appelés reels dans le milieu trad, possèdent un swing particulier, très entraînant et très rythmé qui nous fait naturellement taper du pied, danser et giguer », souligne dans un entretien Frédéric Bourgeois, membre du groupe traditionnel lanaudois La Volée d’Castors.

Selon ce dernier, le violon s’est inscrit dans la tradition canadienne-française en raison du fait qu’il fut « un des premiers instruments à traverser l’Atlantique », mais aussi grâce au « métissage » des cultures française et britannique dont elle est issue et qui a contribué à la richesse de sa musique.

Pour Bourgeois, cet instrument n’a pas fini d’égayer nos vies et il possède encore un bel avenir devant lui : « Si le violon a su traverser les époques depuis des centaines d’années déjà, je suis persuadé que cet instrument est là pour rester. Que ce soit dans la musique trad, la musique classique ou le bluegrass, le violon occupe une place de choix et ces styles ne pourraient être les mêmes sans la présence de cet instrument. »

Source : Martin Lavallée, Journal de Montréal, cahier Weekend, 21 décembre 2024, p68


Trois gouttes de lumière…

Réflexion

« Quand les gens vous quittent, laissez-les partir. Votre destin n’est jamais lié à ceux qui vous quittent, et cela ne veut pas dire que ce sont de mauvaises personnes.

Cela signifie simplement que leur rôle dans votre histoire est terminé. »

Ces mots nous rappellent une vérité que nous oublions souvent : tous ceux qui entrent dans nos vies ne sont pas censés rester pour toujours.

Les gens entrent dans nos vies pour différentes raisons, pour nous enseigner des leçons, pour partager des expériences ou pour marcher avec nous à travers certaines saisons.

Mais lorsqu’ils partent, il est important de reconnaître que leur part dans notre voyage a été accomplie et que nos chemins doivent maintenant diverger.

S’accrocher à ceux qui sont censés partir ne fait que retarder votre croissance et vous empêcher d’avancer dans la plénitude de votre propre destin.

Il ne s’agit pas de rejeter ou de blâmer la personne qui part, mais plutôt de comprendre que votre histoire continue au-delà du chapitre.

Parfois, leur sortie laisse place à de nouvelles opportunités, à des connexions plus profondes et à la découverte de nouveaux aspects de vous-même.

Lâcher prise n’est pas toujours facile, mais c’est essentiel pour passer à l’étape suivante de votre vie.

Cela ne diminue pas l’importance de la relation que vous partagiez autrefois.

Chaque rencontre a de la valeur, façonne qui vous êtes et vous aide à grandir.

Mais lorsque quelqu’un part, c’est le signe que votre voyage ne s’aligne plus. Leur départ ne fait pas d’eux un méchant dans votre vie, mais simplement quelqu’un dont le rôle a pris fin naturellement.

Lorsque vous vous libérez du poids de la personne disparue, vous créez un espace pour les personnes censées rester et enrichir votre vie de manière significative.

Renoncer n’est pas un acte d’abandon, c’est un acte d’acceptation – accepter le cours de la vie, comprendre que tout le monde n’est pas censé vous accompagner à chaque destination.

N’oubliez pas que votre destin vous appartient. Personne ne peut vous l’enlever, et personne d’autre ne peut suivre le chemin qui a été tracé pour vous. Alors, lorsque quelqu’un part, ayez confiance que c’est pour votre plus grand bien. Cette personne faisait partie de votre histoire, mais maintenant, le reste est à vous d’écrire, et il est encore plus prometteur.

Julia Roberts


Un pan de notre histoire : Le terrible sort des allumettières de Hull

Histoire

L’histoire des travailleuses de l’industrie des allumettes à Hull est particulièrement éloquente pour témoigner des souffrances ouvrières durant les deux premières phases de l’industrialisation au Québec (période de 1850 à 1930)

À la fin du XIXe siècle. E.B. Eddy, l’entreprise d’Ezra Butler, produit 30 millions d’allumettes par jour, ce qui représente la plus importante production de tout l’Empire britannique. La lugubre manufacture fournit 90 % de toutes les allumettes consommées au Canada.

EDDY’S MATCHES

Ezra et son épouse Zaïda ont immigré du Vermont et se sont installés à Hull en 1851. Le couple n’est pas riche, mais se débrouille bien et est plutôt créatif. Il fonde une entreprise d’allumettes dans sa petite maison, puis déplace les opérations dans un bâtiment bric-à-brac dans la cour arrière construit avec des bouts de bois trouvés dans le dépotoir d’une scierie voisine. Le procédé de fabrication d’allumettes chimiques au phosphore est connu depuis une vingtaine d’années en Europe.

Rapidement, la « Eddy », comme on a l’habitude de l’appeler, doit embaucher pour répondre à la demande.

Entre 1854 et 1928, elle confie à ses employés, hommes ou garçons, la coupe des bâtonnets de bois, les mélanges chimiques hautement inflammables et les opérations du trempage et du séchage des allumettes, tandis que les femmes et les filles s’occupent de l’empaquetage.

Elles gagnent environ 220 $ par année (en 1910), rémunération évidemment bien moindre que celle des hommes. Elles sont en majorité canadiennes-françaises, âgées de 14 à 17 ans, sans éducation. Leur tâche consiste essentiellement à empaqueter une poignée d’allumettes dans une petite boîte, puis recommencer l’opération des milliers de fois par jour.

Elles travaillent en général entre 10 et 12 heures par jour dans le silence le plus complet pour maximiser leur productivité, celles qui osent défier la règle reçoivent des amendes.

En 1869, 60 des 70 employés de la « Eddy » sont des femmes, en 1910, elles seront plus de 200.

MALADIE OSSEUSE

Les longues expositions aux émanations toxiques du phosphore blanc provoquent une déminéralisation du corps de ces pauvres femmes. Pour ne pas perdre leur emploi, elles camouflent tant bien que mal leurs symptômes, le plus longtemps possible.

L’exposition au phosphore blanc entraîne de l’anémie, des fractures osseuses ou la mort pour les plus jeunes allumettières.

Elles développent également une terrible maladie osseuse qu’on appelle la nécrose maxillaire. L’infection fait graduellement pourrir leur mâchoire. Les travailleuses perdent leurs dents, puis l’os de la mâchoire inférieur se décroche. Ces femmes sont si pauvres que, quand on doit leur amputer la mâchoire, bien souvent la chirurgie est confiée à un parent pas trop nerveux ou à un voisin plus habile de ses mains.

Le plus fou dans cette histoire, c’est que le phosphore blanc était interdit dans la fabrication d’allumettes en Finlande depuis 1872 et en France depuis 1895. Des années durant, nos politiciens vont tergiverser sur la question.

Malgré les témoignages et les rapports d’enquête. On assiste à un vaudeville partisan sur la question entre les libéraux de Wilfrid Laurier et les conservateurs de Robert Borden, ce qui va évidemment ralentir l’adoption d’une loi pour protéger ces travailleuses.

En fait, c’est le grand public qui, devant l’horreur des récits décrits dans les journaux, fera pression sur le gouvernement. Le phosphore blanc sera officiellement interdit au Canada au printemps de 1914, deux ans après notre voisin américain.

En 1918, à la demande d’ouvrières de Hull, une branche féminine de l’Association ouvrière de Hull est constituée. Elle portera le nom d’Association ouvrière catholique féminine de Hull. Plus de 300 jeunes femmes, principalement des travailleuses de la E.D. Eddy, joindront l’Association. Elles feront pression sur l’entreprise en provoquant deux conflits de travail, un en 1919 et un autre en 1924 (photo). On travaille pour gagner sa vie, non pour la perdre en travaillant… »

Citation intéressante, mais hors contexte, du syndicaliste Michel Chartrand.

Pour souligner la souffrance de ces travailleuses de l’allumette, l’inaction de nos gouvernements de l’époque et l’importance de la lutte syndicale, on trouve aujourd’hui, dans le secteur de Hull et d’Aylmer, le boulevard des Allumettières, un grand boulevard de 13 km nommé à la mémoire de ces remarquables ouvrières.

Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 14 décembre 2024, p70


Un très joyeux Noël

Voeux

À vous tous, fidèles lecteurs et lectrices, je vous souhaite le plus beau des Noëls, celui qui vous remplira de joie, de bonheur, de paix et de partage.

Dans cette vie trépidante, prenez le temps d’une pause, d’un moment de réflexion. De passer du temps de qualité auprès de vos proches. C’est le moment de mettre de côté nos différents et de se rapprocher.

Célébrez également la chance que nous avons de vivre dans un pays d’ouverture et de respect de ses citoyens. Tous les peuples de la terre n’ont pas cette qualité de vie exceptionnelle. On n’a qu’à penser aux guerres qui font encore des millions de victimes innocentes qui sont à la merci de despotes sanguinaires.

On a le droit de critiquer mais il faut également avoir le devoir d’accepter. Tout n’est pas parfait en ce bas monde.

Au moment des réjouissances, ayez une pensée profonde pour ceux et celles qui ne peuvent partager les mêmes instants parce qu’ils sont dans la rue, ont perdu un être cher, ont faim, sont abandonnés, violentés et abusés, ou qui ont perdu tout le sens profond de cette célébration.

Enfin, en cette journée magique, gardez candidement votre cœur d’enfant, pour savourer pleinement, ce qui compte vraiment : le moment présent !

Un très Joyeux Noël !

Mon plus beau cadeau de Noël : Une porte sur l’espoir

Conte de Noël

Voici le dernier conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

– Grand-maman ? Je t’appelle pour te dire que tu vas aimer le cadeau que je te prépare. Un cadeau très spécial, tu vas voir ! Mais… je ne t’en dis pas plus !

Andréanne m’a téléphoné au moins deux fois durant la semaine précédant Noël pour me parler de cette fameuse surprise qui commençait sérieusement à m’intriguer. Je me demandais bien ce qu’une enfant de neuf ans pouvait fabriquer d’excitant à ce point. Des carrés de sucre à la crème ? Des biscuits en pain d’épices ? Une chandelle joliment décorée ? Un collier de perles en plastique ou quelque autre bricolage de même acabit ? Et pourquoi pas un tricot, une broderie, une tasse de porcelaine peinte, ou même l’enregistrement d’un menuet de Jean-Sébastien Bach, joué par elle-même au piano ?

Ma petite fille et moi vivons une relation privilégiée, Non seulement nous partageons le même amour de la musique, mais entre nous se sont développées une tendresse particulière et une complicité que jamais rien ni personne ne réussira à amoindrir, j’en ai la certitude. « Quand tu seras très très vieille, grand-maman, me dit-elle parfois, je t’emmenai magasiner avec moi en chaise roulante. » Et moi de lui répondre : « Quand tu seras plus vieille, Andréanne, tu viendras pleurer tes peines d’amour sans mes bras. »

Pour l’instant, je joue à plein mon rôle de grand-mère et j’accompagne de temps à autre la fillette, avec ses frères et sa sœur, ses cousins et ses cousines, à la patinoire ou au terrain de soccer, en pique-nique à la plage et même en camping familial. Je regarde grandir mes petits enfants avec plaisir, rêvant pour eux tous un avenir doré, de réussites scolaires, de professions intéressantes, de belles amours, d’une vie passionnante et surtout d’une petite famille heureuse et… nombreuse !

Écrivaine depuis une douzaine d’années, j’ai prêté leurs noms à travers mes romans à quelques-uns de mes personnages préférés, voyant comme un héritage le fait qu’une fois en âge de l’apprécier, chacun retrouvera avec plaisir son nom dans les livres de sa grand-mère chérie. L’adage ne dit-il pas que « les écrits restent » ?

En ce fameux matin de Noël, j’ai pourtant tout oublié de la promesse de cadeau d’Andréanne, trop préoccupée par les préparatifs de la réception et de l’animation pour les trente-deux personnes invitées à bruncher chez moi. Comme à l’accoutumée, le père Noël est venu distribuer la tonne de cadeaux déjà déposés sous le sapin. Chacun y est allé d’une courte séance de photos sur les genoux du vieux bonhomme et d’un baiser furtif sur le bord de sa barbe blanche, pour ensuite s’en retourner, le visage en feu, déballer plus loin la pile d’étrennes qu’il venait de recevoir.

Quand est venu mon tour, un silence bizarre a subitement envahi la maisonnée. Tous se sont approchés, mine de rien, plus curieux de ma réaction que du contenu du cadeau remis par le père Noël et dont on les avait mis au courant. Andréanne, triturant une mèche de ses cheveux blonds, assistait à la scène avec des lumières dans les yeux.

Le paquet, emballé de papier coloré, avait la forme d’une enveloppe de grandeur moyenne sur laquelle il était inscrit : UNE FAMEUSE NUIT DE NOËL. Un joli dessin de couleur tracé à la main montrait un père Noël accompagnés d’enfants dans une espèce de coquille. Wow ! Andréanne avait elle-même écrit et illustré un conte de Noël pour moi ! Quel merveilleux cadeau ! Le plus beau cadeau de ma vie !

– Tu as fait ça tout seule, ma grande ?

– Oui, c’est pour toi, grand-maman !

– Quel cadeau magnifique, mon amour !

Ainsi, Andréanne portait déjà en elle la fibre de l’écriture… J’ai pressé sur mon cœur le livret en même temps que ma petite-fille, et j’ai éclaté en sanglots, incapable de trouver les mots pour exprimer la grande émotion qui m’ébranlait. Tout était là : l’intrigue teintée d’ingénuité, le déroulement mené de main de maître, les personnages bien campés, les phrases habilement tournées dans un français pratiquement sans fautes, le dénouement heureux, sans parler des illustrations fort habiles.

En cet instant précis, je tenais là, entre mes mains, une promesse de relève, de continuité et de prolongation de moi-même dans cet élan créateur de l’écriture. Cette passion a transformé ma vie et m’a rendue heureuse au point de considérer la publication de chacun de mes livres comme la naissance d’un enfant. Chaque enfant est issu de moi-même, engendré à même ma propre substance, grandi en moi pendant de longs mois de gestation et bercé au rythme de mon imagination, de mes rêves et de ma vision du monde. Chacun est mis au monde avec autant d’amour et d’efforts qu’un véritable enfantement. Je crée des enfants littéraires pour assurer ma descendance, mon immortalité…

Avec quel bonheur je dédicace toujours mes romans, convaincue de prendre par la main et d’amener, grâce à mes histoires, chaque lecteur à découvrir le monde, à plonger dans le passé, à rire et à pleurer au présent, à rêver pour demain. À remettre les choses en question et à réfléchir aussi… Peut-être bien à améliorer le monde, qui sait. Et ce sentiment de partager avec quelqu’un les états d’âme qui m’habitent tout au long de l’écriture me donne l’impression de renaître, toujours et encore, à la publication de chacun de mes livres. C’est mon Noël à moi.

À vrai dire, à travers mes contes de Noël, j’ai sans cesse tenter de perpétuer le véritable esprit de Noël, passablement en péril ces dernières décennies. Du fait qu’Andréanne pourrait continuer dans l’avenir à transmettre cet esprit vient de naître en moi une espérance. Une folle et merveilleuse espérance.

Qui sait si… Quand, avec le temps, ma Plume d’or remise par Beethoven sera usée, quand je n’aurai plus la force de jouer à la fée des Étoiles pour remettre des sacs de cadeaux aux itinérants, ni celle d’observer d’un œil amusé Dieu le Père dans son paradis, quand je n’aurai plus le courage de barbouiller des pages chaque année avec des étoiles, des anges, des crèches, des bonhommes de neige et des lutins, quand le père Noël, ce cher vieil ami, sera devenu pour moi un doux souvenir, qui sait si cet appel vibrant ne mènera pas Andréanne, ou un autre de mes petits-enfants, sur les sentiers de la création littéraire déjà foulés par leur grand-mère ?

Cette année, voilà qu’il est survenu un nouveau conte de Noël parmi ceux, nombreux, que j’ai rédigés au fil du temps : celui de ma petite fille. À mes yeux, il s’avère le plus important de tous car il me fait rêver…

Qu’à cela ne tienne ! J’ai réussi à convaincre mon éditeur de le publier, ce fameux conte ! Andréanne n’attendra pas comme sa grand-mère l’âge de cinquante-six ans pour être lue. À mon grand bonheur, on a inséré son conte illustré dans mon recueil devenu maintenant « notre » recueil à elle et à moi. Grand merci à Québec Amérique !

Une porte vient de s’ouvrir sur une douce espérance. Celle de voir l’émerveillement et le message d’amour, porté par Noël à l’humanité, continuer de se propager non seulement à travers mes contes mais aussi, pourquoi pas, à travers ceux de ma petite-fille. Oui, une porte vient de s’ouvrir sur un magnifique espoir… Celui dont on célèbre la naissance à Noël possède la clé de cet espoir. Secrètement, je l’implore de maintenir cette porte ouverte et de m’accorder le grand bonheur de vivre concrètement le plus beau conte de Noël du monde.

Mon rêve de grand-mère…

Note de l’auteure : Cette histoire st tout à fait vraie. Le conte d’Andréanne, Une fameuse nuit de Noël, se trouve à la fin du recueil, côté « Pour les enfants au cœur d’ange ». Elle me l’a offert le 25 décembre 2010, alors qu’elle avait 9 ans.

NDLR : C’est ce conte qui a été publié sur ce blogue, le 2 décembre 2024.

Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 

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NDLR : Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2025, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre cœur d’enfant.


Recevoir sans se stresser

Trucs et astuces

On le sait, le temps des Fêtes est propice aux réceptions de toutes sortes. Qu’on le veuille ou non, le stress est là. Certains sont prêts alors que d’autres sont sous haute pression. C’est le moment où madame Chasse-taches y va des quelques recommandations qui suivent.

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Faites rapidement un ménage dans les pièces de la maison quelques jours avant la réception. La salle de bain et la cuisine devront être nettoyées la veille de la fête.

  • Le jour même de la réception, un tour rapide dans les pièces permettra un ajustement des détails de dernière minute.
  • Une fois le menu bien établi, sortez des armoires la vaisselle, la verrerie et les ustensiles nécessaires à la réception. Vérifiez si tout est propre, déposez le tout sur la table et couvrez avec une nappe jusqu’au moment de la mise en place de la table.
  • Misez sur des plats que vous avez déjà cuisinés, ainsi vous n’aurez pas de mauvaises surprises qui mèneront à un échec. Ajoutez au menu un plat original. Les invités se souviendront positivement de votre repas.
  • Établissez bien votre budget pour la nourriture et les boissons. Il sera plus facile d’adapter votre menu en conséquence sans dépasser vos limites budgétaires.
  • Pour la réception de plusieurs invités, un repas mijoté est la solution, tout en étant plus économique ! En entrée, un potage coloré avec une présentation soignée peut être préparé au préalable et le service sera rapide.
  • Vérifiez si vous avez sous la main tous les ingrédients nécessaires à la réalisation des recettes. Surtout, n’attendez pas la veille ou le matin de Noël pour courir à l’épicerie.
  • Prévoyez un endroit facile d’accès pour les bouteilles de vin, d’eau gazeuse et des divers rafraîchissement. La glacière de camping demeure très utile. On la conserve sur le balcon ou sous une table.
  • Les boîtes à jus pour les enfants sont des plus pratiques. Elle ne nécessitent pas de verres tout en limitant les dégâts.
  • Dressez au préalable une liste des choses à exécuter à la dernière minute pour la préparation du repas. Il sera ainsi plus facile de ne rien oublier et d’obtenir de l’aide des autres membres de la famille.
  • Ne paniquez pas et rassurez-vous. La simplicité a meilleur goût, elle éloigne les critiques et assure une réception réussie.

Source : Louise Robitaille, Journal de Montréal, cahier CASA, 21 décembre 2024, p23


La lumière au bout de la ruelle

Conte de Noël

Hors-série, je vous offre aujourd’hui, le conte de Noël écrit par Isabelle Maréchal, animatrice, productrice et journaliste, parue en fin de semaine dans les pages du Journal de Montréal.

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Les fenêtres s’éteignaient de plus en plus tôt cet hiver-là. L’année avait été rude. Le prix des aliments avait grimpé, le chauffage coûtait une fortune, et le bruit constant des nouvelles rappelait les conflits lointains.

Dans le quartier, la méfiance et l’isolement s’étaient installés. Un certain silence aussi. Les voisins autrefois si affables, habitués aux échanges réguliers, ne se saluaient plus qu’en hochant la tête, pressés de rentrer chez eux, loin du regard des autres.

Ils avançaient tête baissée, recroquevillés sous leur parka, craignant que l’autre ne souhaite engager la conservation. Seul bruit, celui des déneigeuses qui raclaient l’asphalte sous la neige.

Maya, une fillette de 10 ans à l’allure dégourdie et aux yeux vifs, vivait dans un appartement délabré avec sa mère, Julia. Depuis le décès de son père, la maison semblait moins chaleureuse malgré les chandelles que Julia allumait chaque soir pour mettre un peu d’ambiance, mais surtout par souci d’économiser l’électricité. Maya la rêveuse aimait se laisser emporter par leur halo incandescent. Elle s’endormait souvent ainsi.

LA COUR À MARABOUT

Comme chaque jour en rentrant de l’école, Maya prit la ruelle et passa devant la cour délabrée de son voisin, le Marabout. C’est ainsi qu’elle surnommait monsieur Beaudoin, l’ancien directeur d’école, grincheux notoire qui n’avait plus le cœur à rien depuis sa retraite forcée. Encore moins à s’occuper de son jardin.

Dans un coin, Maya lorgna le grand érable qui se dressait, ses branches dépouillées mais tenaces, résistant aux vents glacés. La petite eut une idée.

Après avoir fini ses devoirs, Maya découpa des étoiles dans des bouts de carton trouvés dans le bac de récupération. Sur chaque étoile, elle inscrivit de simples mots : « Chaleur », « Amitié », « Un repas partagé », « Un toit pour tous ».

Elle mit ses bottes qui auraient bien mérité une taille de plus et s’emmitoufla dans la doudoune que sa mère lui avait rapportée de Renaissance. Elle couru chez Marabout. S’assurant que le champ était libre, Maya accrocha une à une ses étoiles dans le vieil érable à l’aide de bouts de ficelle.

En regardant son œuvre, elle se tourna vers les fenêtres sombres de la rue et cria à qui voulait l’entendre : – Venez faire un vœu ! Venez faire un vœu !

Personne ne bougea. L’appel de Maya semblait s’être perdu dans la noirceur de la ruelle déserte. La petite rentra chez elle, déçue. Le lendemain à la même heure, Maya reprit son petit jeu.

– Venez faire un vœu ! Venez faire un vœu !

Cette fois, la dame du troisième étage de l’immeuble voisin sortit dans la ruelle. C’était madame Bouchard, qui parlait peu et gardait toujours ses rideaux tirés. Elle avait fabriqué une étoile sur laquelle était écrit : « Un compagnon pour parler ».

Sami, le garçon du duplex d’en face, s’approcha. Timide, il accrocha son étoile : « De l’aide pour mes devoirs ». Peu à peu, les autres voisins s’agglutinèrent autour de l’arbre. Chacun y ajouta son étoile qui portait un vœu ou un besoin. Chaque étoile racontait une histoire, cachée sous le vernis du quotidien.

L’ARBRE MAGIQUE

Une fois l’arbre couvert de ses astres de fortune, quelque chose d’étonnant se produisit. Les gens du quartier commencèrent à se répondre. Madame Bouchard invita Sami à étudier chez elle. Jacques, le voisin du deuxième, bon bricoleur à ses heures, proposa de réparer la chaudière de Julia. Une couturière au bout de la ruelle se mit à coudre des vêtements chauds pour ceux qui en manquaient.

Chaque petit geste illuminait la ruelle autant que les guirlandes improvisées qui ornaient l’érable. L’arbre en avait l’air requinquer. Surtout depuis que le Marabout, euh… pardon, monsieur Beaudoin, l’avait paré de lumières multicolores qui brillaient de mille feux. Ne dit-on pas qu’un érable représente la sagesse, la connaissance et la guidance spirituelle ?

La veille de Noël, Maya, Julia et tous les voisins qui se connaissaient à peine quelques jours plus tôt se donnèrent rendez-vous devant l’arbre. Ce qui avait commencé par une simple idée d’enfant avait transformé la ruelle en une vibrante communauté.

C’est à ce moment précis que la neige décida de se joindre au groupe. Les premiers flocons virevoltèrent autour de Maya, qui sautillait de joie.

– Tu vois maman, même quand tout paraît sombre, il suffit d’une petite lumière pour tout changer. Et plein d’étoiles.

Ce soir-là, sous l’érable scintillant, plus de silence ni de méfiance. Juste des rires, des accolades, et une chaleur que personne n’avait ressentie depuis longtemps.


La petite étoile

Conte de Noël

Voici le quatrième conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

La coquine ! Elle me gratouillait l’oreille depuis je ne sais combien de temps. Tu parles d’un endroit où se nicher pour une étoile ? Elle ne cessait de me harceler avec ses bourdonnements et ses grésillements à n’en plus finir.

– Que veux-tu, petite étoile ? Pourquoi ne t’en retournes-tu pas chez toi ? D’ailleurs, d’où viens-tu donc ? Ta place n’est sûrement pas dans mon oreille !

Je suis une étoile qui ornait la chevelure d’un ange. Hélas ! par distraction, j’ai lâché prise et suis tombée par terre. Me voilà maintenant perdue. Je n’arrive pas à retrouver mon ange chéri. Veux-tu m’accompagner ?

– Je veux bien, Mais qu’attends-tu de moi au juste ?

– Je n’ai pas envie d’y aller seule et tu pourrais m’aider à chercher mon ange. Prends-moi dans ta main et laisse-moi te transporter et te guider.

C’est ainsi qu’un jour de décembre, je m’en fus dans l’univers à la suite d’une étoile que je tenais à bout de bras. Nous allions à fière allure, elle et moi, portées par le vent, volant au-dessus des montagnes et traversant les lacs, des rivières et même des océans. J’avais beau scruter l’horizon, inspecter les forêts et fouiller chaque repli du paysage, ni ange ni diable ne se présentait à ma vue.

– Ne crois-tu pas, petite étoile, qu’il vaudrait mieux traverser les nuages et se rendre jusqu’à l’Au-delà, dans le grand pays du Paradis, là où habitent les anges ?

– Non ! non ! Retournons plutôt en bas sur la planète. C’est là que se trouvent les anges.

– En bas ? Sur la terre ? C’est là que se trouvent les anges, dis-tu ? Ah ! bon…

Je cherchai donc du regard quelque temple ou musée poussiéreux où se nichaient peut-être un ange de bronze, sans étoile à sa couronne. C’est pourtant dans les faubourgs d’une ville que me mena l’étoile, au fond d’une vieille taverne où trinquaient deux hommes d’affaires attablés devant une bière blonde.

– À la tienne ! dit l’un d’eux. C’est moi qui t’offre cette bière. Je te dois bien cela après le coup bas que je t’ai fait la semaine dernière. Je suis désolé de t’avoir volé ton client. Je n’aurais pas dû… Me garderas-tu ton amitié ?

– T’en fais pas, mon vieux, les affaires sont les affaires et on n’échappe pas à la concurrence. Ne te tourmente donc pas avec ça ! Buvons plutôt à notre santé et à notre réussite à tous les deux ! Et… Joyeuses Fêtes !

Mon étoile ne cessait de me secouer la main. On aurait dit qu’elle se sentait impatiente de repartir.

– Sauvons-nous d’ici. Ce n’est pas dans un endroit pareil que se trouve mon ange. Ici, c’est l’ange du Pardon et de la Bonne Entente qui est venu.

– L’ange du Pardon ? Mais je n’ai pas vu d’ange, moi !

– Bien sûr qu’il se trouvait là ! Ouvre grand tes yeux, mon amie ! N’as-tu pas remarqué le visage sourient de l’homme et la claque amicale qu’il a donné dans le dos de l’autre type en lui disant : « T’en fais pas, mon vieux » ? Pas tout le monde qui agirait de la sorte ! N’as-tu pas vu la lumière blonde de leurs bières quand ils ont entrechoqué leurs verres dans un tintement joyeux ? C’est divin, cela, mon amie ! Allons chercher ailleurs.

Abasourdie, j’eus à peine le temps de reprendre mon souffle que je me retrouvai au cinquième étage d’un grand édifice, dans la dernière salle au bout d’un corridor. Une femme était en train de donner naissance à un enfant. Elle poussait, poussait de toutes ses forces. Son pauvre mari poussait presque aussi fort qu’elle tant il voulait l’aider. Le médecin, couvert de sueur, peinait lui aussi. Soudain, le miracle se produisit : un petit trésor parfaitement modelé lança son premier cri sur la terre des hommes. Ce fut l’euphorie générale. En l’espace d’une seconde, les parents commencèrent à aimer cet enfant plus que leur propre vie. Même le vieux médecin, qui avait pourtant vécu des centaines d’accouchements, ne put retenir un soupir. Ébahie, le cœur fondant d’émotion, j’assistai à cette scène unique et pourtant si humaine, renouvelée de génération en génération depuis la nuit des temps, J’avais tout oublié, l’ange, l’étoile et notre recherche.

– Viens-t’en ! Ce n’est pas encore ici que se trouve mon ange ! s’écria mon étoile, toute penaude. Mais j’espère que tu as au moins reconnu les anges de la Vie et de l’Amour. Ce cri, ces larmes, cet attendrissement…

Je ne répondis pas tant je me sentais bouleversée. Puis, ce fut la cavalcade vertigineuse dans l’air vif et bleu de cette belle journée d’hiver,

– Cherche, mon amie, cherche !

Au bout d’une rue, un homme déblayait un énorme tas de neige sur un perron. Il n’habitait pas cet endroit mais plutôt la maison d’à côté, et il nettoyait l’entrée de son voisin, sachant que celui-ci se trouvait malade. De l’autre côté de la rue, à travers la fenêtre d’une demeure vieillotte, on pouvait voir une grand-maman en train de rouler de la pâte. Elle préparait des beignets pour ses nombreux petits-enfants. L’espace d’un moment, je songeai au petit diable de la Gourmandise.

– Mmmm… Ce que ça sent bon ! fit remarquer mon étoile. On dirait que l’ange de la Bonté est passé dans cette rue. Mais hélas ! Mon ange à moi ne semble pas y être venu…

Nous avons fouillé tous les recoins. À l’école de ballet, c’est l’ange de l’Innocence qui avait laissé derrière lui d’adorables petites filles en tutus roses. Sur la colline, l’ange de la Joie de Vivre avait, de toute évidence, allumé des sourires sur le visage des enfants qui glissaient sur leurs traîneaux. L’ange du Devoir, de son côté, accompagnait les deux étudiantes sagement penchées sur de grands livres fort savants afin de préparer leurs examens de fin de session. L’ange de la Beauté, quant à lui, avait pris l’allure du geai bleu picorant dans une mangeoire d’oiseaux encapuchonnée de neige.

Quand le soir descendit doucement et que les lampes s’allumèrent sous le croissant de lune, je ressentis soudain un grand calme. L’ange de la Paix venait assurément me frôler. En silence, je me pris à rêver.

– Allons, allons ! tu ne cherches plus ? protesta ma petite étoile, désespérée. Où donc peut se trouver mon ange à moi ? Maintenant que tu sais reconnaître les anges, il faut chercher de plus belle, mon amie !

L’on s’en fut donc, à la nuit tombée, au fond d’une prairie située non loin de la ville. Il y avait là une prison où, dans le secret d’une cellule, un prisonnier méditait. Il cherchait, au plus profond de lui-même, la réponse à ses questionnements et surtout, il demandait au ciel la force de se reprendre et de tout recommencer à neuf, Son visage recueilli reflétait une telle sérénité, une telle lumière intérieure…

Je demandai à la petite étoile s’il s’agissait enfin de son ange.

– Non, pas encore ! Mais nous devons garder confiance, car nous venons justement de croiser l’ange de l’Espoir.

J’envoyai à l’homme un baiser du bout des doigts.

– Ce n’est pas encore ici. Vite, il faut continuer à chercher !

Je me sentis emportée dans une étrange et interminable spirale. L’étoile me tirait toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus loin, jusqu’à ce qu’on arrive à la porte d’un bâtiment.

– Où donc m’emmènes-tu, petite étoile ?

Soudain, des voix attirèrent notre attention. On aurait dit que cela montait d’une vieille grange délabrée au fond d’une campagne orientale. Plus on approchait, plus on entendait murmurer des chants doux et mélodieux. Ah ! comme c’était beau !

– C’est ici ! C’est ici ! s’écria mon étoile, tout excitée. Mon ange se trouve ici, tu vas voir !

Et là… ô doux mystère, ô sainte nuit… Entre le bœuf et l’âne, une femme et un homme berçaient un petit bébé en lui murmurant des mots tendres. Il y avait, en ce lieu, une telle paix et une telle douceur que j’en oubliai presque mon étoile, accolée sur le front de l’ange de Lumière. Je tombai à genoux et émerveillée, contemplai l’enfant, moi aussi. La dame me souriait gentiment et je crois bien que je m’endormis sur un tas de foin, épuisée et heureuse, envoûtée par le grésillement de l’étoile.

– Dors, mon amie, tu as bien mérité cette paix…

Une grande clarté illumina soudain ma chambre. Quand je relevai la tête, je vis l’ange de Lumière s’envoler par ma fenêtre avec, sur le front, une merveilleuse petite étoile… Quant à moi, je ne pus réprimer un sourire en m’apercevant qu’un magnifique rayon de soleil me chatouillait la figure, sur le coin de mon lit. Il était huit heures du matin.

Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 


À traiter avec attention et délicatesse

Consommation

Je dois vous avouer quelque chose; je suis un amoureux fou des bananes. Peut-être y a-t-il des gênes de singe en moi ? Allez savoir, mais je suis comme ça.

Lorsque je m’approvisionne en épicerie, je reste très sélectif et je ne les prend pas en grosse quantité, parce qu’une banane, ça murit assez rapidement. Il faut qu’elle soit très ferme avec une pelure légèrement verte, au point où elle est un peu difficile à déshabiller.

Évidemment, elle ne doit laisser apparaître aucune tache brunâtre, sinon, je les déplace loin dans le présentoir. Mon frère, au contraire les aime noires. Wouach ! J’ai même songé un moment à les ramasser pour les lui offrir. C’est dégueulasse une banane noire et toute molle. Lui, il les met au congélateur. Bah ! les goûts sont dans la nature…

L’endroit où on les respecte le moins, c’est à l’épicerie. On dirait que les commis aux étalages ne sont pas conscients de la fragilité de ces fruits oblong, à pulpe farineuse et à épaisse peau jaune. On devrait leur expliquer.

En les regardant du coin de l’œil, je les observe. Quelques-uns sont méthodiques et respectueux dans leur distribution et dans leur façon de les exposer à la clientèle. Les experts les manipulent avec soin, les déposant tendrement sans les brusquer. En plein ce que j’attends d’eux.

D’autres les blessent et on voit rapidement les ecchymoses apparaître, prélude à une détérioration rapide. On devrait leur expliquer que ces fruits, pour être attirants, doivent rayonner de perfection. Dans ces cas-là, je m’approche pour évaluer les plus beaux spécimens et je les dépose tendrement dans mon panier.

L’autre jour, un commis en a échappé trois bonnes mains et elles sont tombées par terre brusquement. Une fois ramassées, il les a remis avec les autres. Dès le lendemain, les blessures sérieuses apparaissent. Quel dommage ! Elles peuvent alors terminer leur vie dans une recette qui ne laisse rien voir.

Au moment de passer aux caisses libre-service. Je dépose mes bananes lentement sur la pesée et je les remets dans mon sac délicatement. Comme la porcelaine de Chine, je peux même, parfois, les mettre seules dans le sac, pour éviter les chocs.

La prochaine fois, pensez-y et traitez vos bananes comme vous caressez vos plus belles fleurs estivales, avec délicatesse et attention.