S’armer de patience…

Affiche CAMUMalgré toutes les sommes colossales qu’on investit en santé par nos impôts et la ponction de taxes que les gouvernements qui se succèdent prennent de force dans nos poches déjà vides, il faut s’armer de patience lorsqu’on décide de se présenter dans une clinique d’urgence, à moins qu’on arrive en morceaux dans un sac ou dans un état lamentable, j’ajouterai même très lamentable.

Tout d’abord, je ne savais pas que de nos jours, les urgences se produisent seulement entre 7h30 et 22h00… En tout cas, ce sont majoritairement les heures d’ouvertures des cliniques dites d’urgence, d’où ma déduction simpliste. Je me rappelle qu’il y a à peine trente ans, je pouvais rencontrer mon médecin de famille à son cabinet en soirée. Autre temps, autre mœurs et les médecins de famille disponibles sont aussi rares que les pattes d’une anguille.

Quoi qu’il en soit, hier, ma conjointe souffrait d’un inconfort que son médecin spécialiste a promis de s’occuper… à la fin juillet. Devant cette impasse et dans l’attente, elle décide de se rendre à la clinique d’urgence CAMU, juste à proximité de l’hôpital Charles-LeMoyne, parce qu’habituellement, nous sommes traités en moins de deux heures. On s’y présente vers 10h30 pour se faire dire qu’elle devra revenir à 17h30 parce qu’ils affichent complet jusqu’à cette heure. Pourtant, à peine la moitié des 31 chaises sont occupées. Auraient-ils modifié leurs façons de faire ? C’est resté sans réponse, mais on avait payé 6$ de stationnement absolument pour rien.

On revient à 17 heures pour s’assoir dans une salle d’attente à moitié remplie. Quelques minutes plus tard, une pancarte est collée sur la porte d’entrée pour informer les prochains clients de se présenter demain, parce qu’ils affichent complet. Eh bien, croyez-le ou non, ma conjointe est passée la dernière et on a fermé la baraque, passé 22 heures, avec le concierge dans les parages ! Devant la lenteur à rencontrer les patients, on s’est demandé si les médecins ou le médecin, n’avait pas commencé à faire des moyens de pressions devant l’imbroglio des toubibs contre le ministre Barrette. Donc, une longue et pénible attente débutait. Rien à faire d’autre que d’observer du coin de l’œil ses voisins souffrants, découragés et même résignés face à ce système de merde. Attendre devant la lenteur et l’inertie nous rend nerveux, irritables et cholérique à l’intérieur. On maudit le système devant l’évidence des deux vitesses qui prennent de plus en plus de place. Certains patients fichent le camp avant d’exploser.

En contrepartie, attendre nous permet d’observer et de se poser toutes sortes de questions. La photo qui meuble cet article, montre d’ailleurs l’affiche qui est bien en évidence dans la salle à deux endroits. Elle parle d’elle-même. Alors pourquoi est-elle là ? Justement pour ce que j’expliquais précédemment; ça aiguise notre humeur et on peut être tenté de péter sa coche ou d’hausser le ton. Une autre affiche demande d’aviser la secrétaire si on quitte avant d’avoir rencontré le médecin «afin que nous puissions faire une meilleure gestion du temps d’attente ». Foutaise ! On appelle ton nom et si tu n’es pas là, le dossier prend le chemin du classeur subito presto. Allo gestion !

D’une fesse à l’autre, en se dandinant et en croisant les jambes pour changer de position, mon imagination fertile a pensé à quelques solutions à quoi des ronds de cuir n’ont jamais même songé. Devant l’attente interminable, quoi de mieux que du divertissement ! On devrait repenser les salles d’attente en mini-cinéma, avec fauteuil confortables, où on pourrait projeter des films pour tous, en continu, sur grand écran. Le patient arrive, et après s’être inscrit, on lui remet un numéro, qui clignotera sur un panneau mural, près de l’écran lorsque viendra le temps de rencontrer le médecin. Genre « On sert le 22 » ! En attendant, il se choisi un moelleux fauteuil. On pourrait y ajouter un petit casse-croûte pour ajouter au confort ainsi qu’un éclairage tamisé. Mon idée aurait au moins le mérite de captiver le cinéphile en attendant de voir le praticien, et de meubler l’attente. Non ? Et qui sait, il oublierait peut-être son mal, dans ces salles d’attente innovatrices.

Les cliniques d’urgences devraient être ouvertes 24 heures par jour et 7 jours par semaine. On devrait également obliger LES médecins à combler tous les besoins de première ligne et agir comme triage (quel mot dégueulasse pour désigner des humains) aux hôpitaux. Avec le système actuel, on s’en va droit dans le mur. Les riches vivront plus longtemps et les pauvres vont crever jeunes. La classe moyenne ??? Ça n’existe plus depuis que les gouvernements s’acharnent à nous saigner. Et c’est pas fini !

L’attente qui tue

Le texte qui suit est signé Isabelle Maréchal et a été publié dans les pages d’opinions du Journal de Montréal, édition du 17 septembre 2012. Je veux le partager avec vous, puisqu’à mon avis, il reflète bien ma pensée sur notre système de santé, particulièrement envers les malades atteint de cancer qui vivent un stress incroyable après un diagnostique atterrant. C’est une situation inacceptable aujourd’hui qui mérite d’être dénoncée et tout doit être mis en œuvre pour supprimer les délais d’attente. C’est une question de vie ou de mort.

Jennifer a 24 ans et toute la vie devant elle. Ça s’était avant que son médecin lui annonce une tumeur au cerveau. Depuis, c’est le noir. L’attente.

Pas de nouvelle de l’hôpital pour ce scanner qui va évaluer l’ampleur des dégâts. Une attente infernale qui lui ronge les sangs. Seule avec sa peur, Jennifer se demande pourquoi elle, pourquoi si jeune? Va-t-elle mourir avant même d’avoir commencé à vivre? Là aussi, silence radio. Pas de réponse devant l’inexplicable verdict qui tombe sur une personne sur trois au Québec. Le cancer est une fatalité.

Aujourd’hui, c’est Jennifer. Demain c’est vous et moi.

Ce qui choque avec cette foutue maladie, ce n’est pas tant son côté purement aléatoire que l’incapacité de notre système de santé à l’humaniser.

Pourquoi sommes-nous si lents à traiter ceux qui en souffrent dans un délai raisonnable? Comment ose-t-on leur dire de prendre un ticket et d’attendre au risque de rater le dernier train? Nous devrions tous être pris d’un haut-le-cœur collectif devant ce mauvais traitement qui n’est d’ailleurs pas réservé qu’aux cancéreux.

PRENDRE SON MAL EN PATIENCE

Le Québec est une liste d’attente qui n’en finit plus de s’allonger. On attend pour un médecin de famille, une biopsie ou une opération du genou. On prie pour que la secrétaire nous rappelle, que le spécialiste ne soit pas en vacances, que la salle d’opération soit disponible et qu’on ne nous annule pas la veille.

LA TUMEUR N’ATTEND PAS

Il paraît qu’une tumeur au poumon double de volume en 121 jours. La tumeur n’attend pas, elle! Elle n’a que faire des listes, des procédures et des bureaucrates qui prétendent gérer notre système de santé.

Contrairement à d’autres provinces, le Québec n’a aucune stratégie nationale de lutte contre le cancer. Les cancéreux font les frais d’un manque total d’organisation. C’est inacceptable d’attendre quatre mois pour une biopsie dans un hôpital alors que dans la ville d’à côté, on traite le même cas en un mois.

Combien de « trop » patients sont-ils devenus incurables à cause des délais encourus pour des motifs purement administratifs?

Mon amie Johanne a combattu un cancer du côlon. Douze semaines de chimio, trois chirurgies, à peine un an de répit et revoilà ce putain de cancer! Mauvais joueur, il n’aime pas perdre. Une récidive, ça « fesse » deux fois plus fort. Le cas de Johanne a été transféré dans un autre hôpital. Dans les dédales du système, trois mois se sont écoulés avant qu’elle puisse voir un oncologue qui va l’opérer en février 2013. C’est dans CINQ MOIS ! Johanne veut crier, dire qu’elle ne veut pas mourir. « Prenez un ticket, Mme Fontaine, et calmez- vous! »

« TROP TARD »

La femme de Jean- Guy a attendu neuf mois sur une liste avec son cancer. « C’est drôle, dit Jean- Guy sans rire, le matin de sa mort, l’hôpital a téléphoné pour nous donner sa date de l’opération. J’ai dit que c’était trop tard. »

Jennifer attend toujours son scan. Et nous qu’attendons-nous? À la veille de la nomination d’un autre ministre de la Santé, le 10e en 20 ans, dénonçons ce système qui nous coûte la peau des fesses, qui nous sert mal, qui nous trie à l’urgence comme du bétail, qui nous dit de prendre notre trou alors que la mort rôde.

C’est un système inhumain, indigne de ce que nous sommes.