Et si la chance vous souriait…

Gagner à la loterie ! C’est le souhait de tout le monde. On a qu’à regarder la folie qui s’est emparée des Québécois pour mettre la main sur le gros lot du Lotto Max évalué à 70 millions $ ainsi que 25 maxmillions. Ça change une vie ! Une chance sur 33 millions ! Vous imaginez ? Surtout, et contrairement à d’autres endroits sur la planète, on sait qu’ici, les gagnants doivent consentir à ce que leur photo soit publiée et leur nom connu.

Certains se contenteraient d’une cagnotte moins importante, disons 200 000 $. La publicité l’a déjà dit : gagner à la loterie, « ça change pas le monde, sauf que… »

C’est justement sur ce « sauf que… » que s’est penchée Stéphanie Grammond, dans La Presse+ du 7 janvier dernier et que je partage avec vous aujourd’hui.

L’ENVERS DU GROS LOT

Il y a des hasards comme ça dans la vie… Alors qu’on s’apprête à tirer le plus gros lot de toute l’histoire du Canada, je suis tombée sur la comédienne Marie-Chantal Perron qui a porté sur les planches du Théâtre du Rideau Vert le roman La liste de mes envies que j’avais vu en 2016.

La pièce montre l’envers du gros lot. Elle met en lumière tout ce qu’on risque de perdre lorsqu’on a la chance de gagner une somme astronomique… comme le présent lot record de 70 millions du Lotto Max, qui est assorti d’au moins 25 Maxmillions.

LES GAINS LES PLUS IMPORTANTS AU LOTTO MAX AU QUÉBEC

65 millions : juin 2019

60 millions : 6 janvier, 10 février et 22 décembre 2017 et 8 juin 2018

55 millions : 17 juillet 2015, 21 avril et 2 juin 2017

Source : Loto-Québec

La pièce ne pourrait pas être plus d’actualité. « C’est une belle fable sur notre société qui prône que l’argent règle tout », explique Marie-Chantal Perron, qui est tombée amoureuse du personnage principal du roman de Grégoire Delacourt.

Comme elle, la Jocelyne du roman se passionne pour les textiles, les boutons, les vêtements uniques faits à la main. Jocelyne mène une petite vie heureuse dans sa boutique. Pour la première fois de sa vie, elle achète un billet de loterie, mais seulement pour faire plaisir à ses copines qui passent leur vie à gratter des billets en dressant la liste de tout ce qu’elles désirent.

Mais ce que Jocelyne désire ne s’achète pas. Elle voudrait redonner vie à sa mère dont elle s’ennuie tellement. Elle voudrait ramener la mémoire de son père qui est atteint d’Alzheimer. Elle voudrait se trouver belle.

Alors, quand elle remporte le gros lot de 18 millions d’euros, elle n’en parle à personne et cache son chèque sans l’encaisser. Oubliez ça chez nous. Loto-Québec diffuse systématiquement le nom et la photo des grands gagnants, par souci de transparence envers le grand public. Mais cette soudaine notoriété peut transformer les relations interpersonnelles. Certains amis s’éloignent par jalousie. D’autres s’attendent à des cadeaux.

Or, dans la pièce de théâtre, Jocelyne reste anonyme. Elle craint que la manne ne bouleverse son petit bonheur calme. Sa vie n’est pas grandiose, mais elle est authentique. Avec le prix, elle se demande : « Est-ce que les gens vont m’aimer pour moi ou pour ce que je peux leur apporter ? », demande Marie-Chantal Perron.

Et Jocelyne a raison de s’en faire. Sautez les prochaines lignes si vous souhaitez lire le roman, mais l’amoureux de Jocelyne finira par découvrir le chèque et s’enfuir avec la cagnotte.

Un vrai gâchis.

Vous croyez que c’est tiré par les cheveux ? Pas tant que ça. Parfois, la réalité dépasse la fiction.

Pensez seulement à la célèbre histoire des Lavigueur qui ont remporté plus de 7 millions en 1986.

L’affaire a marqué la culture populaire parce que le billet non signé qui avait été perdu par le père lui a été rapporté par un étranger.

Puis, une de ses filles qui n’avait pas participé à l’achat du billet gagnant, contrairement à son habitude, l’a poursuivi pour obtenir sa part du gâteau. Elle est finalement morte à 22 ans d’insuffisance cardiaque. D’autres membres de la famille sont aussi décédés, dont un qui s’est pendu.

Bref, l’exemple parfait d’un gros lot qui vire au cauchemar.

Et que dire du Dr Joseph Roncaioli qui a été condamné à sept ans de prison en 2008 pour avoir empoisonné sa femme ? La dame avait gagné 5 millions de dollars en 1991. Mais il ne restait presque plus rien au couple qui menait la grande vie dans une maison avec piscine intérieure. Il faut dire que la femme qui tenait les cordons de la bourse avait secrètement donné 2 millions à un enfant d’un premier mariage, au grand dam de ses deux autres enfants.

Ce drame quasi shakespearien a de quoi vous décourager des jeux de hasard qui sont ni plus ni moins qu’une forme de taxe volontaire. Il me semble qu’on paie déjà assez d’impôts au Québec. Pas besoin d’en ajouter !

Si vous avez quelques dollars à perdre à la loterie chaque semaine, il vaudrait mieux utiliser cet argent pour de l’épargne systématique. Voilà une façon de s’enrichir à coup sûr. Par exemple, si vous investissez 20 $ par semaine, vous accumulerez plus de 130 000 $ après 40 ans, avec un rendement annuel de 5 %. Qui dit mieux ?

Bien sûr, ça ne fait pas rêver autant. Mais vos chances de gagner 70 millions sont presque aussi minces que celles de vous faire croquer le gros orteil par un requin en prenant votre bain.

Et si vous gagnez à la loterie, la vie ne sera pas nécessairement plus simple. Il n’est pas aisé de gérer une grosse somme d’argent qui tombe du ciel. Le nouveau millionnaire n’a pas eu l’occasion de bâtir, petit à petit, une relation de confiance avec un conseiller financier. Il n’a pas pu faire ses armes en commençant par de petites sommes.

La richesse lui tombe dessus sans avertissement. Les gros chiffres peuvent être étourdissants. Mais l’argent s’évapore plus vite qu’on pense.

En 2020, il n’y a pas de quoi crier « Bye Bye Boss » quand on remporte 1 million de dollars. Une telle somme vous permettra de rembourser vos dettes, de vous payer quelques douceurs et d’arrêter de vous soucier de votre retraite. Pour vous donner une idée, une somme de 1 million permettrait à un homme de 65 ans de recevoir une rente d’environ 58 000 $ par année jusqu’à la fin de ses jours.

Si vous ne gagnez pas le million, commencez tout de suite à économiser.

Des taxes plus intelligentes

Au Québec, c’est connu, nous sommes les plus taxés de toute l’Amérique. Tous paliers de gouvernements confondus, ils tirent la couverture chacun de leur côté pour trouver du financement pour leurs projets grandioses, sans pour autant sabrer dans leurs propres dépenses.

Aujourd’hui, alors que j’écoutais une ligne ouverte, le sujet de l’heure était de savoir si les riches devraient payer plus d’impôts, pour soulager les vaches à lait de la classe moyenne de plus en plus maigres, qui se font littéralement siphonner. Un revenu annuel de 130 000$ devenait le critère de base pour faire partie de la catégorie des gens riches et célèbres.

L’impôt étant calculé selon le revenu, pour cette raison, les riches paient déjà leur large part d’impôts. Par contre, ils ont plus facilement accès aux abris fiscaux. Mais où ça devient un avantage pour eux ce sont les services qu’ils peuvent obtenir aux même prix que tout le monde, dont celui des garderies à 7$. Ils pourraient facilement payer beaucoup plus. Alors si on veut soulager la classe moyenne, pourquoi ne pas moduler les taxes à la consommation?

D’abord, il faudrait abolir toutes formes de taxes sur les denrées alimentaires, essentielles à la vie. Ensuite, plus un bien serait considéré comme de luxe ou superflus, plus on augmenterait le niveau de taxe et ainsi de suite. On taxerait le luxe puisque seuls les gens riches peuvent se le permettre. Chaque bien taxable serait catégorisé avec son niveau de taxe correspondant. Bref, revoir la structure de taxes à la consommation.

On pourrait aussi abolir les généreux crédits d’impôt des sociétés et taxer les fiducies privées. Pourquoi ne pas abolir les CELI? En somme, aller chercher l’argent où il y en a, parce qu’en fin de compte la classe moyenne paie plus de taxes parce que les plus fortunés profitent d’allègements fiscaux avantageux. Il faut étouffer vers le haut et pas vers le bas.

Finalement, il faudrait taxer tous les gains de loterie, de casino et de jeux de hasard, supérieurs à 10 000$, dans un ordre de 30 à 40% comme il se fait ailleurs. Je m’étonne que personne n’y ait pensé, alors que Loto-Québec nous inonde de «gratteux» à couvrir un comptoir complet de magasin, de même que ses nombreuses loteries, qui prennent à elles seules, quatre bonnes minutes de résultats, dévoilés lors des bulletins de nouvelles de fin de soirée. Avec une seule chance sur des millions de décrocher le gros lot, le risque n’est pas très élevé et si on devient soudainement riche, ce serait facile d’en donner une partie à l’état providence.

C’est tout de même bizarre qu’on voit de plus en plus de voitures de luxe, d’immenses maisons extravagantes et de condos toujours de plus en plus haut de gamme. Il doit bien y avoir de l’argent quelque part… ou bien le travail au noir est en progression.