Alors, ça donne quoi de fêter ?

Québec5En ce 24 juin, fête nationale des québécois, jadis la Saint-Jean-Baptiste, je n’ai pas vraiment le cœur à fêter le Québec. Dans un monde où la corruption est étalée au grand jour, où la pudeur n’a plus sa place et que la «crosse» est devenue une pratique répandue, il n’y a pas de quoi célébrer. Se faire enculer à l’année c’est déjà assez méprisant, sans en rajouter. Alors ça donne quoi de fêter ? Fêter le laxisme ?

Dans un monde absent de grands projets, je m’ennuie des bâtisseurs de jadis, qui avaient une vision prospère pour le Québec; les Drapeau, Lévesque, Lesage, ces chefs de file, ces visionnaires qui permettaient au Québec français de s’ouvrir sur le monde. Je ne veux pas revenir sur le passé mais, force est d’admettre qu’on avait des ambitions de grandeur et ces missionnaires étaient là pour nous faire grandir. Hélas, ils n’ont jamais été remplacés. Alors ça donne quoi de fêter ? Fêter l’indifférence ?

Aujourd’hui, le Québec perd lentement son identité francophone, à petit feu et sans douleur, comme hypnotisé. On voit les politiciens se chamailler comme des gamins sans que rien n’avance. La confiance n’y est plus. On change de gouvernement comme on change de chemise, sans leur donner la chance de nous faire évoluer. On remet en cause tout et rien. Alors ça donne quoi de fêter ? Fêter l’inertie ?

L’immigration nous envahie au point où c’est devenu incontrôlable. On bafoue la langue française impunément et de toute part. Jadis, les spectacles de la Saint-Jean-Baptiste étaient réservés à nos artistes francophones et voilà que maintenant, c’est la vitrine de toutes les cultures au point où on en a remplacé sa désignation par la Fête Nationale en 1977. Encore un symbole religieux enterré alors qu’on permet aux autres religions de se montrer. Au fait, St-Jean-Baptiste était le patron des canadiens-français. Combien le savent ? Je dis était, parce questionnez autour de vous sur qui était ce prophète et vous obtiendrez des réponses aussi stupides qu’ignorantes. Notre devise Je Me Souviens n’orne plus que les plaques d’immatriculation. Alors ça donne quoi de fêter ? Fêter l’assimilation ?

Ce qu’on retient de cette célébration, c’est la journée de congé férié qu’elle procure, point à la ligne et là s’arrête toute ressemblance avec le passé. Si celui-ci est garant de l’avenir, ce qui nous arrive présentement est la conséquence d’un laisser-aller généralisé qui nous conduira directement vers l’assimilation et la mise en terre d’une histoire qui finit mal et qu’on n’enseigne plus à la petite école depuis belle lurette, d’ailleurs. C’est dur d’aller vers l’avenir quand on ne sait pas d’où on vient. On a déjà manqué deux rendez-vous avec l’histoire, parce que des bons québécois ont mis des bâtons dans les roues d’un peuple qui agonise, d’un bon petit peuple de colonisés, dont on se plait encore à nous dire. Alors ça donne quoi de fêter ? Fêter le déclin ?

Le Québec décline démographiquement et perd ses racines. C’est assez pour ne pas avoir envie de fêter. Fêter quoi, mis à part une immense beuverie à ciel ouvert ? On fête le pays des accommodements raisonnables en tout. Alors ça donne quoi de fêter ? Fêter l’aplaventrisme ?