Faire du surplace et n’avancer à rien

De nos jours, dès que vous avez une idée, elle est décortiquée par tous les groupes de pressions inimaginables. Elle plaira à certains, sera détestée par d’autres et devra faire face à toutes sortes de spéculations toutes autant farfelues les unes que les autres. En fin de compte, vous serez forcé d’abandonner puisque le projet tant souhaité ne respectera pas les pourcentages de personnes qui composent notre société. Il y aura tellement de personnes à satisfaire que ce sera mission impossible. Autre conséquence de la Charte des droits et libertés de PET… vous savez, le père de l’autre, le beau Justin.

Dans sa chronique du 20 juillet dernier, Richard Martineau en a fait son sujet en imaginant une lettre officielle et démoralisante, qu’un romancier se verrait remettre par la Ministre du Vivre-ensemble Manon Massé… en 2025. Vous constaterez dans quel fouillis nous en sommes rendus. Un texte rempli de vérités à peine exagérées qui nous porte à réfléchir à notre avenir. Un bijou de parodie qui va comme suit…

Écrire en 2025

Et si on essayait d’imaginer à quoi pourrait ressembler l’avenir?

Voici le genre de lettre officielle qu’un romancier pourrait recevoir en 2025…

RESPECTER LES POURCENTAGES

Monsieur, comme le prescrit la loi 122-A adoptée il y a trois ans, votre éditeur nous a envoyé votre tout dernier manuscrit pour approbation.

Après avoir analysé de très près votre ouvrage, notre comité formé de citoyens responsables représentant les principaux groupes de la société civile a conclu que certains changements devraient être effectués si vous voulez que votre roman soit publié sur le territoire québécois.

Premièrement, votre roman ne respecte pas les critères de représentation de la diversité. On ne compte pas suffisamment d’obèses, de représentants des Premières Nations, de handicapés et de personnes capillairement différentes (des roux et des chauves, par exemple). De plus, il n’y a aucun transgenre.

Vous trouverez ci-joint notre trousse d’information à l’intention des artistes du Québec sur les enjeux de la diversité sexuelle, corporelle, religieuse et ethnoculturelle.

Cette étude (rédigée par notre département de la statistique) indique le pourcentage exact de chaque groupe au sein de la société québécoise. Pour obtenir l’autorisation de publication, votre roman doit respecter scrupuleusement ces pourcentages.

SANTÉ ET ÉDUCATION

À la page 10, 24, 53 et 82 de votre ouvrage, on trouve des références explicites aux produits du tabac, ce qui (selon le règlement B23) constitue une infraction passible d’une amende de 2500$. Nous vous demandons de réécrire ces passages.

De plus, aucun de vos personnages ne fait une activité physique quelconque, que ce soit de la course à pied (pourtant obligatoire sur le territoire québécois depuis l’an dernier, à la suite d’une entente conclue avec l’Association des assureurs) ou du canot.

En général, nous trouvons que votre roman utilise un langage trop châtié. Comme vous le savez, 65% des Québécois sont des analphabètes fonctionnels. Ces pauvres gens risquent d’éprouver du mal à comprendre certains mots.

Veuillez remplacer ces expressions pointues et dépassées par des mots plus familiers (voir le document rédigé par l’honorable Mike Ward, ministre de l’Éducation).

SEXE ET RACE

À la page 67, vous incluez une scène sexuelle implicite que notre comité féministe juge violente et offensante. Le couple, composé d’un Américain et d’une Latino, fait l’amour brutalement sur le comptoir de la cuisine.

Il n’y a aucun préliminaire, aucun mot de tendresse, aucun consentement écrit de la part de la jeune femme. De plus, l’homme pénètre la femme, ce qui est un symbole à peine voilé de l’interventionnisme américain en Amérique du Sud.

Ce genre d’images est TOTALEMENT INACCEPTABLE. Soyez avisé : si on retrouve un passage similaire dans l’un de vos futurs manuscrits, on vous retirera indéfiniment votre Permis d’artiste.

Finalement, une suggestion. À la page 122, votre personnage principal rencontre Maurice Richard. Nous savons que Maurice Richard était blanc. Mais pourquoi vous n’en faites pas un Noir? Il me semble que cela enverrait un message d’inclusion aux membres des minorités.

Un peu d’imagination n’a jamais nui, non? N’est-ce pas le rôle de tout artiste d’imaginer une société idéale? À bas la dictature de la réalité! Vive l’imagination!

Vous avez une semaine pour effectuer ces changements.

Votre toute dévouée, l’honorable Manon Massé, ministre du Vivre-ensemble.

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