Une histoire touchante; celle de Bryan Bickell

Bryan Bickell

Connu pour ses performances héroïques dans l’uniforme des Blackhawks de Chicago en route vers un triomphe de la coupe Stanley, en 2013 aux dépens des Bruins de Boston, Bickell ne sera pas sur la glace lors de la saison 2017-2018 de la LNH. L’attaquant, atteint de sclérose en plaques, a dû prendre sa retraite à la fin de la saison dernière. Mais Bickell a laissé une trace brillante en comptant un but sur son tout dernier lancer, en tir de barrage avec les Hurricanes de la Caroline.

Dans un article émouvant intitulé «Grinder» publié par The Player’s Tribune, l’Ontarien de 31 ans a raconté son périple dans la LNH et le choc de son diagnostic, puis offert un touchant regard sur la beauté de son avenir, Voici des extraits :

Je ne pouvais pas le nier : quelque chose ne tournait pas rond.

C’était en finale de la coupe Stanley en 2015, à Chicago. Nous venions de perdre le cinquième match de la finale de l’Association de l’Ouest contre les Ducks d’Anaheim et nous tirions de l’arrière 3-2 dans la série.

Les gars ne cherchaient pas d’excuses. […] Nous savions ce que nous devions faire et savions comment y arriver. Tout le monde avait hâte de revenir à Chicago dans un match numéro 7. Tout le monde sauf moi. Je me posais la même question après chaque match depuis deux mois. Pourquoi je ne suis pas bon?

J’avais à peine 30 ans. J’étais dans la LNH depuis seulement cinq ans. Mais pour une raison qui m’échappait, j’étais endolori, mou et vraiment fatigué à n’importe quel moment de la journée. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait.

Le tournant s’est produit lors de ce match numéro 5. J’ai encaissé une mise en échec en troisième période et j’étais incapable de retrouver mon souffle. Je me suis dirigé vers le vestiaire en haletant, puis je me suis évanoui dans l’entrée. Mon visage a cogné le mur en tombant.

Peu importe ce que j’essayais, j’étais en chute libre, physiquement parlant. J’ai commencé à perdre le contrôle de mes bras et jambe gauches. Ils bougeaient de façon aléatoire ou ne répondaient pas aux commandes de mon cerveau. Je perdais le contrôle de mon propre corps et c’était vraiment, vraiment effrayant.

Personne n’était en mesure de me dire ce qui se produisait. Je n’ai pas eu de réponse avant un an et demi. Quand j’ai reçu le diagnostic, je n’y pensais pas trop, mais plutôt comment l’annoncer à mon épouse, Amanda, qui m’attendait dans la voiture, sans la faire pleurer.

«Peux-tu aller parler au docteur?» lui ai-je dit. Elle est sortie de la voiture et je suis resté avec les enfants. C’était un des pires moments de ma vie. Ma femme est revenue dans la voiture, mais aucun de nous deux ne disait grand-chose; il n’y avait pas grand-chose à dire. Que dire?

La semaine suivante était comme une mauvaise montagne russe. Pour chaque brin d’espoir que nous trouvions, un million de mauvaises choses suivaient : les effets secondaires d’un médicament incluaient une leuco-encéphalopathie multifocale, une maladie cérébrale virale qui peut provoquer des attaques, de la détérioration mentale et un coma.

Ni moi ni ma femme ne voulions que ce soit la fin. Nous avons commencé à parler plus souvent aux médecins pour parler d’options de traitement. Nous avons tout fait en notre pouvoir pour ravoir nos vies normales. Pour moi, cela signifiait une chose : jouer au hockey.

Quand j’ai reçu le diagnostic de sclérose en plaques, je savais que mon temps était compté. Après l’avoir annoncé aux Hurricanes de la Caroline (à qui les Blackhawks de Chicago avaient échangé Bickell, NDLR), je l’ai annoncé publiquement. J’ai dit à tout le monde que je reviendrais.

J’ai reçu un soutien incroyable de la part de mes coéquipiers et du personnel des Blackhawks et des Hurricanes, tout comme celui des partisans.

Pendant les deux premiers mois de mon traitement, je ne pouvais pas patiner ni courir. […] Je n’aimais pas que ma femme et mes enfants me voient dans un tel état. Je pourrissais de l’intérieur, mais je devais quand même être un époux et un père. Certains jours, j’avais du mal simplement à me tirer du lit, mais je savais que j’avais la responsabilité d’être fort pour ma famille.

Plus le temps avançait, mieux je me sentais, je savais que je pourrais, à un moment donné, enfiler mon équipement et jouer au hockey à nouveau. J’ai joué 11 matchs avant la fin de la saison. Un but, quatre minutes de pénalité.

Le 9 avril 2017, c’était le dernier match de la saison. Nous jouions à Philadelphie et, dans un deuxième match de suite, nous étions à égalité à la fin de la prolongation. Lors du match précédent, l’entraîneur-chef (Bill) Peters s’était excusé de ne pas m’avoir envoyé en tirs de barrage. Il savait que c’était mes derniers instants, notre équipe était exclue des séries, alors il se sentait mal.

Nous y étions à nouveau, Coach a regardé vers le banc mais, cette fois, il s’est arrêté à moi et a souri. «Bickell, Tolchinski, McGinn. Let’s go.» C’était le tout dernier moment de ma carrière dans la LNH.

Avant d’aller sur la glace pour effectuer mon lancer, j’ai regardé autour de moi. J’étais soulagé. Je m’étais battu pour retourner sur la glace dans la LNH. […] J’ai pensé à toutes ces années de travail depuis le junior; aux trois années et demie dans les ligues mineures; à Chicago; à mon premier but à Détroit et à notre fameux match numéro 6 contre les Bruins de Boston en finale de la coupe Stanley.

C’était la dernière fois que je sautais par-dessus la bande et la dernière fois que des partisans de Philadelphie m’insultaient. «You suck, Bickell!»

Pendant cinq secondes, les choses allaient être exactement comme elles avaient toujours été pendant toute ma vie. J’ai marqué. Mes premiers et derniers tirs dans la Ligue nationale furent des buts. Même les fans de «Philly» célébraient.

Peu importe ce que le futur me réserve, je sais que j’affronte avec du positif. Je suis dans ma meilleure santé depuis longtemps et j’ai une épouse incroyable avec deux beaux enfants qui me soutiennent dans mes épreuves.

Faites-moi une dernière faveur.

Quand vous vous souviendrez de la carrière de Bryan Bickell, ne pensez pas au gars qui avait la sclérose en plaques. Je veux que vous pensiez au gars qui aimait tant son sport qu’il a volé une attelle puante à Marian Hossa pour jouer malgré une déchirure ligamentaire à un genou; au gars qui a travaillé et gagné; au gars qui a pris sa retraite selon ses propres conditions, puis vécu sa trentaine, sa quarantaine, sa cinquantaine, sa soixantaine, ses 70 ans et ses 80 ans comme quand il patinait dans sa vingtaine…

En se battant, un jour à la foi.

TVA Sports

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