Sainte nuit

La Une

Voici le premier conte de Noël de 2022. C’est pour les petits au cœur d’ange…

Niko avait pleuré toute la nuit. Il n’avait pas envie de partir, de quitter son village et sa maison de tôle ondulée. Ses amis, surtout. Mais ses parents venaient de recevoir le visa tant attendu depuis des années et ils allaient enfin s’envoler vers une vie meilleure.

Avec eux, Niko allait monter dans le grand oiseau au ventre d’argent qui traverserait les continents et les océans pour l’amener loin, infiniment loin de son pays. Demain, à l’aube, il partirait pour le Canada, ce pays étranger dont il ne savait rien, sinon qu’il y faisait très froid.

En effet, l’arrivée à Montréal, en ce début de décembre, s’avéra fort impressionnante. Une dame du département de l’immigration offrit à la famille des vêtements chauds, et elle insista pour que chacun les enfile immédiatement, avant de sortir de l’aéroport, afin de prendre l’autobus qui les conduirait à leur logis temporaire au centre-ville.

Niko avait les yeux ronds, lui qui n’avait jamais porté autre chose qu’un short, un mince chandail et une paire de sandales. Il se mit à rire quand on lui enfonça une tuque jusqu’aux oreilles et qu’on fit trois tours autour de son cou avec un énorme foulard rayé rouge et blanc.

L’espace d’un instant, il songea à l’épouvantail que son père installait au bout de leur jardin, au pied de la montagne. Accoutré de cette manière, aucun oiseau n’oserait l’approcher ! Cette pensée le fit sourire, mais au fond de lui, il avait plutôt envie de pleurer. Sa mère, vêtue elle aussi de pied en cap, s’en aperçut et vint doucement l’entourer de son bras, sans dire un mot.

Quand les voyageurs franchirent la grande porte de l’aéroport, un vent glacial gifla la figure de Niko et lui mordit les joues. Il faillit en perdre le souffle. Jamais il n’aurait cru qu’un froid aussi cruel puisse exister, lui qui n’avait connu de fraîcheur que celle des douces nuits africaines.

Les jours passèrent. Malgré ses sept ans bien comptés, on inscrivit Niko en première année à l’école, car il n’avait jamais appris à lire et à écrire. Il n’aimait pas beaucoup l’école. Non seulement il devait s’y rendre à pied, chaque matin, et affronter l’air glacial de l’hiver, mais il lui fallait traverser deux rues encombrées de voitures, et cela l’épouvantait.

À l’école, il se sentait différent des autres. Tout d’abord à cause de la couleur de sa peau, « comme du absolument vrai.

Il se réfugiait donc dans un coin de la classe, prêt à éclater en sanglots à la pensée de ses amis, en train de courir et de jouer à cache-cache entre les huttes de son village d’Afrique.

À cette période de l’année, les enfants de l’école n’avaient qu’un sujet en tête : Noël. On ne parlait que de Noël : fête de Noël, arbre de Noël, nuit de Noël, liste de Noël, décorations de Noël, cadeaux de Noël, parade de Noël, père Noël… Même l’institutrice avait fait dessiner des cartes de Noël par les élèves, et avait suspendu, autour du tableau, une guirlande de Noël.

Niko n’avait jamais entendu prononcer ce mot-là. Noël n’existait ni dans sa religion, ni dans les fêtes de son pays. Tout cela l’intriguait. On discutait souvent de neige aussi, de cette neige qui « arrivait très tard, cette année », selon les dires de tout le monde. Bref, il ne fut pas fâché quand l’école ferma ses portes pour le long congé en l’honneur de ce fameux Noël.

Le premier jour des vacances, le 24 décembre, il se leva plus tôt qu’à l’accoutumée. Quelle ne fut pas sa surprise de voir, à travers la fenêtre de sa chambre, de gros flacons blancs descendre du ciel en tourbillonnant dans l’air. De la neige ! On aurait dit des plumes de cygnes blancs comme il s’en trouvait près de son ancien chez lui. Ébahi, il passa la matinée le nez collé contre la vitre.

Sa maman eut beau essayer de lui montrer à cuire les galettes de froment sur la cuisinière électrique et l’inviter à enfiler des petites perles rapportées de son pays pour fabriquer des bracelets, rien n’y fit. Il préféra rester grimpé sur sa chaise à regarder tomber la neige. Maintenant, la rue, les trottoirs, le minuscule espace gazonné devant la maison, les arbres et les buissons se trouvaient recouverts de blancheur. Tout était devenu subitement propre. Niko n’en revenait pas, il aurait pu regarder ce spectacle pendant des heures et des heures.

Durant l’après-midi, il vit des enfants jouer dans la neige avec leurs pelles, emmitouflés dans leurs habits de neige multicolores, Il eut envie de les rejoindre mais n’osa pas en parler à sa mère. De toute façon, il ne possédait pas de pelle ! Aussi, quand, à son grand étonnement, elle lui proposa de s’habiller pour sortir, il ne se fit pas prier.

– Allez, ouste, mon fils ! Nous allons jouer dehors en attendant le retour de ton père.

Quand elle aperçut Niko, Camille, la petite voisine, vint aussitôt le retrouver.

– Viens-tu construire un bonhomme de neige avec moi, Niko ? La neige est devenue collante, ce sera parfait !

Niko ignorait à quoi ressemblait un bonhomme de neige, mais il mit tout son cœur à rouler les énormes boules qu’il fallait empiler les unes sur les autres. C’est même lui qui enfonça la carotte au milieu de la figure du bonhomme pour lui fabriquer un nez. Ah ! qu’il le trouvait joli avec ses yeux en bouton de plastique bleu et son sourire en cailloux de toutes les grosseurs, les seuls qu’ils avaient pu dénicher sous la neige.

Cet après-midi-là, le garçon ne vit pas le temps passer, et il oublia même l’existence de sa mère. Celle-ci avait écoulé une partie du temps à bavarder avec la mère de Camille, sortie elle aussi pour surveiller les enfants. Il fut le dernier à rentrer, non sans avoir lancé une œillade amicale au bonhomme montant maintenant la garde devant sa maison. Il ne protesta pas quand sa mère parla de prendre un bain chaud. Il adorait les bains chauds ! Au moins, il y avait cela de bon dans ce satané pays de froidure !

– Viens, mon grand. Il faut te faire beau et propre. La maman de Camille nous invite à les accompagner à la messe de minuit, ce soir, et à réveillonner avec eux. Nous allons participer à cette fameuse fête de Noël dont tout le monde parle.

Ça alors ! Niko ne tenait plus en place. Il assisterait, lui aussi, à la célébration de Noël et connaîtrait enfin le mystère de cette fête.

La nuit venue, sa famille et celle de Camille se retrouvèrent sur le perron de l’église. Il n’oublierait jamais le moment où ils pénétrèrent dans la nef tout illuminée. Un chœur d’enfants, perché dans le jubé de derrière, chantait un chant céleste : Sainte nuit, ô nuit de paix…

Agenouillé à côté de Camille, Niko se sentait tout ému… C’était si beau, si grand… Mais pour rien au monde, il n’aurait voulu que quelqu’un s’aperçoive de son trouble. Il se rassit à côté de sa nouvelle amie et resta attentif à tout ce qui se passait. On raconta l’histoire de la naissance d’un enfant-Dieu venu apporter l’espoir aux hommes de bonne volonté, on se leva pour parler tous ensemble à ce Dieu, on s’assit, se releva, se rassit, et on entonna d’autres chants tout aussi émouvants que le Sainte Nuit.

À l’avant, à la lueur des bougies, un petit bébé de plâtre dormait dans une mangeoire remplie de paille, entouré de son père, de sa mère et de nombreux bergers. Puis, à la sortie de l’église, tout le monde se mit à s’embrasser et à se souhaiter « Joyeux Noël ». Ah ! oui, décidément, il s’agissait d’une grande fête !

Chez les parents de Camille, Niko découvrit un magnifique sapin de Noël décoré de lumières multicolores et de boules d’argent, de glaçons brillants et de cheveux d’anges. Il n’avait jamais rien vu d’aussi éblouissant. Fasciné, il aurait pu l’admirer et humer sa bonne odeur toute la nuit sans se lasser si Camille n’avait pas trépigné d’impatience pour ouvrir les cadeaux disposés pêle-mêle au pied de l’arbre.

Ces paquets étaient si joliment emballés que Niko trouvait dommage de les défaire. Tous ces papiers de couleur, ces rubans en forme d’étoiles, ces boîtes mystérieuses…

À sa grande surprise, il y avait un cadeau pour lui. Jamais de sa vie, il n’avait reçu d’étrennes. Du moins pas de cette manière. D’une main tremblante, il enleva délicatement le papier et découvrit une petite boîte à musique surmontée d’un ange, ces étranges créatures mi-humaines, mi-oiseaux qui semblaient survoler le grand ciel du Canada durant la nuit de Noël, et qu’il n’avait pas réussi à apercevoir.

On n’avait qu’à actionner la clé, sur le côté de la boîte, pour qu’il se mette à tournoyer au son de l’un des chants entendus à l’église, le plus beau entre tous, son préféré : Sainte nuit. Cette fois, Niko ne put retenir des larmes de joie, et c’est d’une voix chevrotante qu’il arriva à dire merci.

Sa mère, elle, avait apporté quelques petits bracelets pour Camille et offert à ses parents les galettes fabriquées le matin. On décida d’y goûter tout de suite et d’entamer ensuite la bûche de Noël. Niko se demandait bien ce qu’un morceau d’arbre venait faire dans cette fête. Mais il se rassura vite en constatant que la bûche en question avait une saveur de vanille et de chocolat.

De retour à la maison, tard dans la nuit. Il neigeait encore tout doucement, silencieusement. Niko ne manqua pas de saluer son bonhomme de neige, tout en pressant secrètement son petit ange sur son cœur. Il ressentit alors une grande paix. Pour la première fois depuis trois semaines, il se sentait bien. Enfin, il avait l’impression d’être accepté, enfin, il avait trouvé de vrais amis. Oui… décidément, il aimerait peut-être ce pays trop grand et trop froid, mais dont les habitants pouvaient se montrer si chaleureux.

***

Niko ne retourna jamais dans son pays. Il grandit au Canada et y trouva le bonheur. Il eut quatre enfants et douze petits-enfants, tous citoyens canadiens. Quand il mourut, on dénicha, dans ses affaires, une petite boîte à musique sur laquelle un ange chancelant se tenait toujours. Ô miracle, elle fonctionnait encore, jouant d’un son fêlé et d’un rythme hésitant un chant de Noël sans cesse répété chaque année : Sainte nuit.

C’est son premier petit fils, Charles, qui la trouva et la garda précieusement, sans se douter que cette musique et les joyeux tourbillonnements de l’ange célébraient encore la première des soixante-quatre heureuses nuits de Noël que Niko vécut dans son merveilleux pays d’adoption.

Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 


337e jour de l’année

Samedi, 3 décembre 2022

On célèbre aujourd’hui…

LA JOURNÉE INTERNATIONALE POUR LES PERSONNES HANDICAPÉES


À la douce mémoire de…

ANDRÉ GAGNON 1936-2020, pianiste québécois de réputation internationale.


Une année de plus sur le chemin de la vie…

Diane FleuryGérard Arsenault

Bon anniversaire !


On jase là…

Maintenant qu’un projet de loi se prépare à l’Assemblée nationale pour rendre facultatif le serment d’allégeance au roi, les chefs de la CAQ, de Québec solidaire et les libéraux, se rangent hypocritement vers le Parti québécois qui ne s’est pas prostitué et a gardé intactes ses convictions. Sur les quatre chefs, seulement un a des couilles. Devinez lequel !


Pensée et citation du jour

Le malheur peut être transformé en bonheur tonique en changeant notre attitude mentale.

William James


Ça s’est passé un 3 décembre…

(1917) Un premier train traverse sans encombre la structure dont la construction avait débuté en 1900, et qui a été la scène de deux effondrements en 1907 et en 1916. Il s’agit du plus long pont de ce genre au monde et il l’est toujours. Le pont était terminé depuis le 20 septembre. Une fois le travail exécuté, des bateaux situés à proximité de ce que les journalistes appellent la « huitième merveille du monde » font entendre leurs sifflets.

Un premier train à marchandises, propriété du Transcontinental, passera sur le pont de Québec le 3 décembre 1917. On prévoit que d’ici quelques semaines ce sera au tour d’un train à passagers de circuler sur la nouvelle structure. Il faudra toutefois attendre le 22 septembre 1929 avant que le pont de Québec ne soit finalement ouvert aux automobiles.

(1936) La première caisse populaire francophone à voir le jour au Nouveau-Brunswick a été fondée au village de Richibouctou en août 1916, mais l’entreprise a connu peu de succès. C’est en décembre 1936 qu’a été fondée la plus ancienne caisse populaire à faire partie de la Fédération des caisses populaires acadiennes, soit la Caisse populaire de Petit-Rocher.

(1965) Lancé en boutade par Claude Robillard, le nom de Quat’Sous est retenu par Paul Buissonneau pour présenter son équipe au Festival d’art dramatique du Québec en 1955. Neuf ans plus tard, la troupe fait l’acquisition d’une synagogue située au 100, avenue des Pins Est, en vue d’en faire son théâtre. C’est ainsi que, le 3 décembre 1965, avec La Florentine de Jean Canole, Paul Buissonneau et ses complices Yvon Deschamps, Claude Léveillée et Jean-Louis Millette inaugurent un petit théâtre chaleureux de 159 places, mettant fin à dix années de nomadisme.


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