La poupée noire

La Une

Voici le second conte de Noël de 2022. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

Cette attente dans les corridors de l’aéroport de Miami me paraissait interminable. L’avion dans lequel je devais monter provenait de Port-au-Prince et faisait escale à Miami avant de se diriger vers Montréal. Il avait déjà pris deux heures de retard. Je ne cessais de porter les yeux sur ma montre et de scruter la grande fenêtre dans l’espoir de voir enfin se pointer le Boeing. Arriverais-je à l’heure pour le réveillon de Noël ? J’imaginais mon mari et mes enfants en train de tourner en rond eux aussi, à l’aéroport Trudeau, désespérés par mon retard. Je me languissais de retrouver les miens après ce long et harassant voyage d’affaires en Floride.

Tant bien que mal, j’essayai de me caler confortablement dans l’un des fauteuils de la salle d’attente bondée de voyageurs tout aussi impatients que moi de partir. Noël… quelle folie à bien y penser ! Noël, cortège des dépenses insensées, de la cohue et des partys obligés ! Noël, fête du père Noël et de ses étrennes à gros prix…

Je me mis à songer à un Noël particulier de mon existence. J’avais vingt ans. Une compagne de travail nous avait apporté, pour le compte de je ne sais plus quel organisme de charité, des bas de Noël en filet rouge sur lesquels quelqu’un avait broché le nom et l’âge d’un enfant pauvre.

Chaque technicienne du laboratoire où j’étais employée avait accepter de remplir l’un de ces bas. J’avais reçu le mien avec une grande excitation. Que voilà le véritable esprit de Noël ! Offrir des gâteries à un enfant démuni me faisait mille fois plus plaisir que d’acheter pour mon entourage, par obligation et par convention, des objets que tous pouvaient s’acheter eux-mêmes et dont le choix me cassait la tête et le budget pendant des semaines !

Mon bas de Noël portait le nom d’une petite fille : Florence Beauchamp, six ans. Je remarquai qu’on avait inscrit aussi son adresse.  Sans doute une erreur de la part des organisatrices… Je m’empressai de remplir avec générosité le bas de babioles en cherchant précautionneusement ce qui pourrait plaire à une fillette de cet âge : petits bijoux de plastique, sac à main microscopique, crayons à colorier, bibelot en forme de chat, jeux d’étampes. Au fond, je savais bien qu’une poupée lui plairait davantage, mais la dimension du contenant ne me permettait pas d’en introduire une, même minuscule.

En effet, je la retrouvai dans sa grande boîte, vêtue de sa robe à fleurs défraîchie et de son affreux chapeau de paille. Et si je lui fabriquais une garde-robe ? Toutes les petites filles au monde rêvent d’une layette et de nombreux vêtements pour leur poupée. Je sortis ma machine à coudre et écoulai de nombreuses heures à catiner. Rien ne manquerait à Loulou : chemise de nuit douillette, couvertures et, pourquoi pas, robe de bal. Je m’amusais comme une petite folle, j’étais retombée en enfance.

Néanmoins, je remis avec fierté mon bas rempli à ras bord à la responsable de cette belle initiative, non sans avoir noté le nom et l’adresse de l’enfant. Quelques jours plus tard, une idée saugrenue me vint à l’esprit. Si je lui offrais la poupée chérie de mon enfance, cette poupée noire offerte par ma marraine à son retour d’Afrique ? Poupée dodue aux cheveux crépus et au sourire éternel. Ma poupée Loulou, je la possédais encore ! Je l’avais longtemps affectionnée, et j’avais refusé de m’en départir une fois à l’âge adulte. Elle devait sans doute dormir, enfouie dans les boules à mites quelque part au fond d’un placard chez ma mère, au grand désespoir de celle-ci qui se plaignait toujours de manquer d’espace pour le rangement.

La veille de Noël, je priai mon amoureux, celui-là même qui devait devenir mon mari, de me conduire dans le quartier de la petite fille pauvre afin de livrer ma surprise somptueusement emballée et étiquetée : Pour Florence Beauchamp. Bien sûr, l’idée était d’offrir le cadeau de façon anonyme. Marchant sur la pointe des pieds et le cœur battant la chamade, je le déposai par terre devant la porte de sa demeure. J’appuyai alors rapidement sur la sonnette et me dépêchai de fuir à toutes jambes vers ma voiture avant qu’on ne vienne ouvrir. De derrière le pare-brise, je vis un homme sortir et se saisir de la boîte en regardant, sans m’apercevoir, dans toutes les directions à la recherche du livreur. Ah ! quel bonheur ! La boîte était rendue à destination, l’enfant aurait son cadeau de Noël. J’avais réussi ! Je ne connaîtrais jamais la réaction de la fillette mais peu importe, dans mon cœur, c’était l’explosion.

Cette année-là, habitée de cette joie secrète, je vécus un merveilleux Noël, entourée de tous les miens. Mille fois j’imaginai le regard attendri de la petite Florence, serrant sa poupée noire sur son cœur. Je me sentais fière de moi, j’avais rendu quelqu’un heureux sans rien attendre en retour.

– Pour les passagers du vol numéro 205 à destination de Montréal, embarquement immédiat.

Je sursautai. Perdue dans mes souvenirs, j’avais oublié mon attente. Enfin, l’heure du départ venait de sonner, ce n’était pas trop tôt ! Je m’installai à la place indiquée sur ma carte d’embarquement, près du hublot, juste à côté d’un couple de jeunes Québécois déjà installés. La femme tenait un enfant de quelques mois endormi dans ses bras. Je lorgnai de son côté et constatai, à ma grande surprise, qu’il s’agissait, sous la couverture, d’un bébé noir. L’avion ne venait à peine de décoller que, déjà, la mère et moi avions lié connaissance et entrepris une longue conversation.

Ces gens revenaient justement d’Haïti où ils étaient allés chercher leur petit garçon, adopté dans un orphelinat de Port-au-Prince. La femme me raconta qu’en ce lieu fort délabré. Des enfants vivaient presque nus et dans un état de pauvreté désolante.

– Si le monde voyait ce dont nous avons été témoins, racontait-elle, toutes les familles québécoises iraient chercher l’un de ces petits. Mais pour moi, il s’agissait de réaliser un vœu, même si j’ai deux autres enfants. Lorsque j’étais une petite fille, j’ai reçu en cadeau de Noël une poupée noire que j’ai adorée. Je n’ai jamais su qui me l’a offerte, mais elle a bouleversé mon existence. À l’époque, elle m’a redonné confiance en la vie. N’est-ce pas qu’il faut croire en ses rêves ? À partir de là, j’ai entretenu le désir d’adopter, un jour, un bébé noir. Vous imaginez mon bonheur, aujourd’hui !

Je ravalai ma salive et laissai plutôt la conversation dériver sur d’autres sujets. Le vol me parut court et agréable en cette plaisante compagnie. Ironie du sort, au moment de nous quitter, la jeune femme affirma travailler comme moi pour une compagnie de produits de laboratoire. Elle me remit gentiment sa carte professionnelle que je glissai distraitement au fond de mon sac à main, l’esprit déjà tourné vers ceux qui m’attendaient à l’aéroport, aux arrivées internationales. Après tout, retrouver ma famille, en cette veille de Noël, représentait pour moi le plus beau des cadeaux. Je me sentais le cœur joyeux et léger. Noël, fête de l’amour, je le vivais à plein, cette année !

Ce n’est que quelques jours plus tard que la fameuse carte de visite me tomba sous la main. La femme s’appelait Florence Beauchamp. Je ne l’ai pas rappelée. Elle continuera d’ignorer d’où est provenue sa poupée énigmatique. Mais le souvenir du sourire dont m’a gratifié son bébé, au moment de quitter l’avion, restera à jamais gravé dans ma mémoire. Un vrai sourire de petit Jésus, couché dans la crèche…

« Note de l’auteure : La première partie de ce conte s’est réellement produite. Quant à la rencontre dans l’avion… »

Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 


342e jour de l’année

Jeudi, 8 décembre 2022

On célèbre aujourd’hui…

LA FÊTE DE L’IMMACULÉE CONCEPTION (catholique)


À la douce mémoire de…

JOHN LENNON 1940-1980, Auteur-compositeur-interprète, guitariste, écrivain, dessinateur, militant pacifiste et fondateur du groupe The Beatles.


Une Année de plus sur le chemin de la vie pour…

Jean-Yves Marquis

Bon anniversaire !


On jase là…

Ici, en Floride, tous les commerces, enfin presque tous, sont climatisés, au point où c’est carrément glacial. Récemment, j’étais au McDonalds du coin et croyez-moi, je me suis empressé de bouffer parce que je gelais carrément, et je ne suis pas un frileux. Rapidement, mes frites étaient froides. Lorsqu’il fait 27°C et plus à l’extérieur et qu’à l’intérieur, c’est 20-21°C, on gèle littéralement. 5°C de moins que la température extérieure serait amplement suffisant selon moi.


Pensée et citation du jour

Ceux qui ont le pouvoir, n’ont pas toujours la sagesse de gouverner.

Carly


Ça s’est passé un 8 décembre…

(1869) Timothy Eaton ouvre une petite boutique à Toronto au coin de la rue Yonge et Queen et déclare que les acheteurs obtiendront un remboursement complet s’ils n’aiment pas ce qu’ils ont acheté. Ce petit magasin sera le premier d’une chaîne de magasins immenses établie partout au Canada.

(1980) Alors qu’il s’apprête à entrer dans son appartement de New York en compagnie de son épouse Yoko Ono, John Lennon est blessé mortellement à coups de revolver par un Américain de 25 ans, Mark David Chapman, à qui il a signé un autographe quelques instants auparavant. Idole des années 60, l’ex-Beatles vient d’avoir 40 ans. En 1991, un prix Grammy (équivalent aux Victoires de la musique) lui a été remis à titre d’hommage posthume pour sa carrière exceptionnelle.

(2001) La campagne « Le Train des fêtes » du Chemin de fer Canadien Pacifique s’est amorcée vendredi à Montréal. Le convoi, décoré de 8 000 lumières, effectuera un parcours de 6 000 kilomètres jusqu’en Colombie-Britannique. La population est invitée à venir voir le train et faire des dons aux banques alimentaires. Une nouveauté cette année : deux trains font aussi une tournée aux États-Unis. Il y a deux ans, « le Train des fêtes » a permis de récolter plus de 500 000 dollars et 18 tonnes de nourriture.


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