Le gouvernement proposait de permettre de fêter Noël en famille, certes limitée, si le nombre d’éclosions journalières descendait sous la barre des 1000 cas. Dès le lendemain, la montée vers le haut s’accentuait rapidement. L’abolition de cette promesse devenait la seule solution. On bat records par-dessus records depuis ce temps. Au-delà des 2 000 cas journaliers.
Le gouvernement proposait de ne pas aller à l’étranger et risquer de se faire contaminer, pour éviter de surcharger les hôpitaux au retour. Dès cette annonce, les compagnies aériennes faisaient des affaires d’or et l’aéroport de Montréal était toujours bondée à l’approche du 25 décembre. On ne les entend plus se plaindre.
Les snowbirds ne peuvent pas se passer du soleil, alors ils partent quand même.
Quand on sait qu’on en voit de moins en moins au soleil, passé les 76 ans, ils vont sûrement mourir avant d’atteindre les 80 ans, parce que, ne l’oublions pas, le Québec c’est l’Arctique. 13°C le 25 décembre, c’est ce qu’on a eu.
Les journalistes interrogent les gens pour savoir s’ils dénonceraient leurs voisins qui tiennent des réceptions à Noël. Les réponses : non en forte majorité. Pourquoi ? Ce sont des mous, des individualistes ! Toujours le je, me, moi, où la peur du méchant voisin. Allez savoir.
On vit dans une société où on ne fait que se regarder le nombril. Encore pire depuis que nos voisins du Sud sont dirigés par un fou furieux, un débile qui rejoint, malgré tout plusieurs millions de suiveux.
C’est maintenant le portrait dégueulasse de l’Amérique. On a été contaminé par un air bête, un bipolaire qui refuse toujours sa défaite. Un despote qui menace d’avoir recours à la loi martiale pour rester président. Soutenu sauvagement par plus de 70 millions de crétins et d’enragés, on en a enfermé pour moins que ça !
Nos gouvernements doivent sanctionner sans réservent ceux et celles qui ont osé le défier en ne pensant qu’à leur petite personne. Aucune tolérance, ne serait-ce que pour apaiser la grogne de ceux et celles qui ont fait et entretenu l’effort depuis mars dernier.
Richard Martineau rejoint ma pensée dans un article qu’il a publié dans les pages du Journal de Montréal du 22 décembre dernier. Voici ce qu’il dit de notre lien social et notre solidarité.
QUI BRISE LE LIEN SOCIAL ?
« La dictature sanitaire brise le lien social », ai-je lu cette semaine.
Vraiment ?
J’habite peut-être un univers parallèle, où le mot « dictature » veut encore dire quelque chose, mais je n’ai absolument pas la même lecture de la situation.
Savez-vous ce qui brise le lien social, selon moi ?
Les gens qui se foutent des autres.
Ça, ça fout une société à terre.
LE DÎNER DE CONS
C’est ma découverte de l’année.
Je ne savais pas qu’il y avait autant de gens qui se foutaient des autres au Québec.
Je croyais que nous étions plus solidaires.
Mais la pandémie nous a permis de voir que René Lévesque s’était mis un doigt dans l’œil jusqu’au coude lorsqu’il a dit que nous formions « quelque chose comme un grand peuple ».
Le peuple québécois est un peuple comme les autres. Ni plus grand ni plus petit.
Ordinaire.
Le boutte du boutte, selon moi, a été atteint au centre commercial Place Rosemère.
Oh, il y a eu des rassemblements plus gros. Des partys illégaux de jeunes qui se croyaient protégés par leur âge, des mariages juifs hassidiques qui se croyaient protégés par leur dieu, des manifs de conspirationnistes qui se croyaient protégés par leur « savoir » et leur « sagacité »…
Mais la danse de Place Rosemère occupe une place spéciale dans mon Panthéon personnel du « je-m’en-foutisme ».
Un étalement de bêtise « de classe mondiale », pour reprendre les mots de Thierry Lhermite dans Le dîner de cons.
Qui, vous vous souvenez sûrement, disait aussi : « Il n’y a pas de mal à se
moquer des abrutis, ils sont là pour ça, non ? »
Ces danseurs étaient tout fiers de montrer qu’ils se foutaient des autres. Tout contents.
Légers. Libérés, enfin, de l’obligation d’agir comme des citoyens responsables.
Heureux de se trémousser le nombril.
CONFORT ET INDIFFÉRENCE
Ma phrase de l’année ? « Je suis en forme, même si j’attrape la COVID, je n’en mourrai pas. »
Vous imaginez le vide intellectuel que ça prend pour dire ça ?
Même pas capable de penser qu’ils peuvent avoir contracté le virus, ne pas présenter de symptômes et de propager à d’autres, qui, eux, en crèveront.
Trois degrés de séparation de leur égo, c’est trop pour eux. Ils ne peuvent compter jusque-là.
Comme ces biens pensants qui sont tout fiers de dire qu’eux ne seront jamais des « mouchards » ou des « porte-paniers ».
Mes voisins organisent un super gros party ? Bof, pourvu que les gouttelettes qu’ils projettent ne se rendent pas jusqu’à mon nez, je m’en fous.
Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Ça ne me regarde pas.
Il est chanceux, le virus.
Il est apparu juste au bon moment.
À l’ère du confort et de l’indifférence.
À une époque où tout ce qui compte, en Occident, est le bonheur individuel.
Il y a quelques décennies, les Occidentaux avaient la couenne dure. Ils étaient prêts à faire tous les sacrifices pour protéger leurs proches.
Aujourd’hui, vous leur demandez de porter un masque quand ils vont acheter leur caisse de bières, et ils crient à la dictature.
COMME DES GRANDS
Quoi qu’en pensent nos bons libertariens, on n’a pas besoin du « méchant » gouvernement pour briser le lien social.
Nous sommes capables de le faire nous-mêmes.
Voici l’intégrale d’une publication de l’Association canadienne des « snowbird » du 21 novembre dernier, pour le retour au Canada des citoyens canadiens.
À la fin de la semaine dernière, le Canada et les États-Unis ont officiellement prolongé les restrictions sur les passages non essentiels de la frontière terrestre jusqu’au 21 décembre 2020. Étant donné la hausse fulgurante des cas de COVID-19 dans les deux pays, la frontière terrestre restera probablement fermée bien au-delà de la nouvelle année. Malgré cela, les Canadiens ont toujours le droit de se rendre aux États-Unis par avion à des fins non essentielles.
De nombreux membres s’interrogent sur la raison de cette faille dans le règlement. C’est que les États-Unis n’ont appliqué les restrictions qu’aux points de contrôle terrestres et maritimes. Les Canadiens qui choisissent de voyager pendant la pandémie doivent vérifier que leur police d’assurance voyage médicale leur fournit une couverture suffisante pour la COVID-19. Ils doivent également se tenir au fait des plus récentes exigences de mise en quarantaine des CDC, des États et des localités pour les voyageurs étrangers, puisque celles-ci peuvent être modifiées en tout temps.
Depuis le 21 novembre, tous les voyageurs, y compris les citoyens canadiens, doivent déclarer leurs coordonnées et les détails de leur plan de quarantaine à leur arrivée au Canada. Pour ce faire, ils doivent soit télécharger l’application ArriveCAN sur leur appareil mobile ou encore s’enregistrer en ligne au https://arrivecan.cbsa-asfc.cloud-nuage.canada.ca.
À leur arrivée au Canada, les voyageurs sont tenus d’utiliser ArriveCAN pour soumettre leurs coordonnées et les renseignements sur leur voyage, leur plan de quarantaine, et une auto-évaluation de leurs symptômes de COVID-19. Ils doivent soumettre leurs renseignements avant de prendre leur vol vers le Canada et présenter leur reçu affiché par ArriveCAN à un agent des services frontaliers canadiens à leur arrivée.
Les voyageurs qui entrent au Canada par voie terrestre sont fortement encouragés à fournir leurs renseignements de voyage au moyen d’ArriveCAN, ce qui permettra d’accélérer les procédures à la frontière et de limiter les points de contact.
Depuis le 21 novembre, tous les voyageurs, qu’ils arrivent par voie aérienne, terrestre ou maritime, doivent fournir certains renseignements quotidiennement après leur entrée au Canada. Ils doivent utiliser ArriveCAN ou appeler au 1-833-641-0343 pour confirmer, dans les 48 heures après leur entrée au Canada, qu’ils sont arrivés à l’adresse qu’ils ont indiquée comme lieu de quarantaine ou d’isolation et remplir une auto-évaluation quotidienne de leurs symptômes de COVID-19 pendant leur période de quarantaine.
Le gouvernement du Canada a mis en œuvre ces nouvelles mesures dans le but de prévenir la propagation de la COVID-19 et d’aider les voyageurs à réduire leur délai de traitement et leurs points de contact à la frontière.
Ces directives n’ont pas été modifiées depuis.
Avec le vieillissement, la maladie s’installera un jour ou l’autre. Pourquoi l’âge est un facteur important dans le risque d’avoir un cancer ?
C’est à cette question que le Docteur en biochimie Richard Béliveau se prononçait dans sa chronique du Journal de Montréal du 7 décembre dernier. C’est le texte que je vous propose aujourd’hui.
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POURQUOI LES PERSONNES ÂGÉES SONT-ELLES PLUS TOUCHÉES PAR LE CANCER ?
Selon une fascinante découverte de chercheurs américains, l’accumulation au cours du vieillissement d’une molécule générée par le métabolisme favoriserait la progression du cancer sous forme de métastases.
L’ADN de nos cellules est constamment soumis à diverses agressions qui affectent sa structure et introduisent des mutations qui haussent le risque de cancer.
Ces dommages s’accumulent avec le temps et c’est pour cette raison que l’âge représente le principal facteur de risque de cancer : par exemple, alors qu’à peine 1 % de la population âgée de moins de 40 ans est touché par un cancer de stade avancé, qui possède un caractère invasif, cette proportion grimpe de façon exponentielle avec le temps pour atteindre près du tiers des hommes et du quart des femmes âgées de plus de 60 ans
PERTE DE DIFFÉRENTIATION
Selon une étude récemment parue dans le prestigieux Nature, l’apparition plus fréquente des cancers invasifs chez les personnes âgées ne serait cependant pas seulement due à la durée d’exposition plus longue aux agents mutagènes.
On sait depuis plusieurs années que l’environnement dans lequel évoluent les cellules cancéreuses joue un rôle très important dans la progression tumorale. Pour déterminer si le vieillissement pourrait affecter cet environnement et favoriser l’évolution du cancer, les chercheurs ont examiné les changements morphologiques de cellules cancéreuses exposés à des sérums provenant du sang de personnes jeunes (moins de 30 ans) ou âgées (plus de 60 ans).
Ils ont remarqué qu’en présence des sérums provenant des personnes âgées, les cellules cancéreuses changeaient complètement de forme et devenaient similaires à des cellules souches, non différenciées, une caractéristique de cellules cancéreuses en train d’acquérir la propriété de former des métastases.
L’injection de ces cellules cancéreuses exposées au sérum de personnes âgées à des animaux a effectivement entraîné la formation de métastases, alors que celles qui avaient été exposées au sérum de personnes jeunes en étaient incapables.
Ces observations suggèrent donc que le vieillissement est associé à l’apparition d’un composé prométastatique dans le sang qui potentialise le caractère invasif des cellules cancéreuses.
ACIDE MÉTHYLMALONIQUE
Il est possible que ce facteur soit d’origine métabolique, car plusieurs interventions qui altèrent le métabolisme, en particulier une bonne alimentation (riche en végétaux, pauvre en aliments ultratransformés), l’exercice physique et la restriction calorique, sont connues pour diminuer considérablement le risque de cancer et de métastases.
En utilisant la science du métabolomique, les chercheurs ont donc comparé le profil métabolique des sérums provenant de personnes jeunes et âgées et sont parvenus à identifier trois molécules présentes en plus grandes quantités dans le sang des personnes âgées, soit le phosphoénolpyruvate, le quinolinate et l’acide méthylmalonique (MMA).
De ces trois métabolites, seul le MMA est capable de reproduire le changement de morphologie des cellules cancéreuses observé à la suite de l’exposition au sérum provenant des personnes âgées, ce qui indique que cette molécule pourrait représenter le facteur prométastatique présent dans ces sérums.
Il est également suggéré par l’observation que les niveaux de MMA sont beaucoup plus élevés (de 10 à 100 fois) dans le sang des personnes de plus de 60 ans que chez celles de moins de 30 ans.
REPROGRAMMATION GÉNÉTIQUE
L’augmentation des propriétés invasives des cellules cancéreuses par le MMA est due à l’impact majeur de ce métabolite sur l’expression d’une foule de gènes connus pour jouer un rôle important dans le processus métastatique. Cette reprogrammation génétique semble principalement due à l’activation du gène SOX4, un facteur de transcription connu pour jouer un rôle central dans la progression de plusieurs types de cancers agressifs et la formation de métastases.
Globalement, ces résultats indiquent donc que l’accumulation de MMA dans le sang au cours du vieillissement crée un climat qui favorise l’évolution de la progression tumorale et de la formation de métastases, et contribue donc à la hausse d’incidence de cancers agressifs observés chez les personnes plus âgées.
Peut-on atténuer l’accumulation de MMA observée au cours du vieillissement ? Il faut noter que ce métabolite est produit par le métabolisme du propionate, lui-même généré par la dégradation de certains acides aminés spécifiques (à chaîne latérale ramifiée). Les études montrent que les taux sanguins de ces acides aminés sont beaucoup plus élevés chez les personnes obèses et résistantes à l’insuline, deux conditions qui sont associées à une hausse du risque de cancer.
Il est donc possible qu’une production accrue de MMA causée par un excès de ces acides aminés favorise la progression tumorale chez ces personnes. Une autre raison de demeurer aussi mince que possible pour réduire le risque de cancer et améliorer l’espérance de vie.
À vous tous, fidèles lecteurs et lectrices, et malgré la pandémie qui persiste, je vous souhaite un Noël qui sera forcément inoubliable et mémorable par sa différence, mais qui vous remplira de joie, de bonheur, de paix, d’amour et de partage.
Dans cette vie trépidante, prenez le temps de vous arrêter. Du temps de qualité auprès de vos proches. Confiné certes, mais avec nos technologies on peut être à côté, malgré la distance.
Une période pour célébrer exceptionnellement dans votre bulle familiale, en toute intimité. N’oubliez jamais que la quantité n’est pas un gage de qualité. En fait, c’est souvent le contraire.
Au moment des réjouissances, ayez une pensée profonde pour ceux et celles qui ne peuvent partager les mêmes instants parce qu’ils ont perdu un être cher, ont faim, sont abandonnés, violentés et abusés, ou qui ont perdu tout le sens profond de cette célébration.
Enfin, en cette journée magique, gardez candidement votre cœur d’enfant pour savourer pleinement ce qui compte vraiment : le moment présent !
Joyeux Noël !
C’était la nuit de Noël, un peu avant minuit,
A l’heure où tout est calme, même les souris.
On avait pendu nos bas devant la cheminée,
Pour que le Père Noël les trouve dès son arrivée.
Blottis bien au chaud dans leurs petits lits,
Les enfants sages s’étaient déjà endormis.
Maman et moi, dans nos chemises de nuit,
Venions à peine de souffler la bougie,
Quand, au dehors, un bruit de clochettes,
Me fit sortir d’un coup de sous ma couette.
Filant comme une flèche vers la fenêtre,
Je scrutais tout là-haut le ciel étoilé.
Au-dessus de la neige, la lune étincelante,
Illuminait la nuit comme si c’était le jour.
Je n’en crus pas mes yeux quand apparut au loin,
Un traîneau et huit rennes pas plus gros que le poing,
Dirigés par un petit personnage enjoué :
C’était le Père Noël je le savais.
Ses coursiers volaient comme s’ils avaient des ailes.
Et lui chantait, afin de les encourager :
« Allez Tornade !, Allez Danseur ! Allez , Furie et Fringuant !
En avant Comète et Cupidon ! Allez Éclair et Tonnerre !
Tout droit vers ce porche, tout droit vers ce mur !
Au galop au galop mes amis ! au triple galop ! »
Pareils aux feuilles mortes, emportées par le vent,
Qui montent vers le ciel pour franchir les obstacles.
Les coursiers s’envolèrent, jusqu’au-dessus de ma tête,
Avec le traîneau, les jouets et même le Père Noël.
Peu après j’entendis résonner sur le toit
Le piétinement fougueux de leurs petits sabots.
Une fois la fenêtre refermée, je me retournais,
Juste quand le Père Noël sortait de la cheminée.
Son habit de fourrure, ses bottes et son bonnet,
Étaient un peu salis par la cendre et la suie.
Jeté sur son épaule, un sac plein de jouets,
Lui donnait l’air d’un bien curieux marchand.
Il avait des joues roses, des fossettes charmantes,
Un nez comme une cerise et des yeux pétillants,
Une petite bouche qui souriait tout le temps,
Et une très grande barbe d’un blanc vraiment immaculé.
De sa pipe allumée coincée entre ses dents,
Montaient en tourbillons des volutes de fumée.
Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond
Sautait quand il riait, comme un petit ballon.
Il était si dodu, si joufflu, cet espiègle lutin,
Que je me mis malgré moi à rire derrière ma main.
Mais d’un clin d’œil et d’un signe de la tête,
Il me fit comprendre que je ne risquais rien.
Puis sans dire un mot, car il était pressé,
Se hâta de remplir les bas, jusqu’au dernier,
Et me salua d’un doigt posé sur l’aile du nez,
Avant de disparaître dans la cheminée.
Je l’entendis ensuite siffler son bel équipage.
Ensemble ils s’envolèrent comme une plume au vent.
Avant de disparaître le Père Noël cria :
« Joyeux Noël à tous et à tous une bonne nuit »
Un conte de Clément Clarke Moore
NDLR.: Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2021, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre cœur d’enfant.
Et pendant que j’y pense, si vous avez l’imagination fertile et composez des contes de Noël, je vous offre de les publier, l’an prochain, dans ce blogue. Envoyez-les-moi (nantel.normand@gmail.com) et je me ferai un immense plaisir d’en faire bénéficier mes lecteurs, grands comme petits, l’an prochain. N’oubliez pas d’y spécifier le nom de l’auteur.
La pandémie a fait en sorte que les achats en ligne ont explosé. Les livreurs travaillent sept jours sur sept et souvent, faute de réponses aux portes, laissent les colis, comme ça, sans surveillance, profitant aux voleurs de partir avec le butin.
Le Journal de Montréal, dans son édition du 24 novembre dernier, traitait de la question sous la plume de Stéphane Desjardins. Voici ce qui en découle.
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QUELS SONT VOS RECOURS CONTRE LE VOL DE COLIS LIVRÉS À LA MAISON ?
Vous magasinez en ligne ou au téléphone, on vous livre votre achat à la maison… et il est volé ! Voici quelques conseils.
C’est un véritable fléau.
Même la police s’en préoccupe. Avec l’explosion du magasinage en ligne en contexte de pandémie, des millions de colis sont livrés par des services de messagerie. Des livreurs les abandonnent au pas de la porte, souvent à la vue de tout le monde ! Des dizaines de boîtes et d’enveloppes s’accumulent dans les halls des tours à condos. Certains voleurs suivent à la trace les camions de livraison…
En cas de vol, qui est responsable ?
« Lorsque vous faites un achat à distance, que la livraison soit gratuite ou non, c’est le commerçant qui doit s’assurer que vous le receviez sans encombre, explique Charles Tanguay, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur (OPC).
À moins qu’il ne vous demande spécifiquement l’autorisation de le déposer devant votre domicile en votre absence, le commerçant doit vous le remplacer ou vous rembourser en cas de vol. Même si le livreur a photographié votre colis déposé à votre porte. »
Certains commerçants s’en lavent les mains et renvoient le consommateur au service à la clientèle de leur compagnie de messagerie.
Or, le consommateur n’a aucun lien avec cette compagnie : il a réglé son achat avec le commerçant, pas le messager.
VOS RECOURS
Quels sont ces recours ? Si un commerçant refuse de vous rembourser ou de vous expédier un produit de remplacement, vous pouvez lui envoyer un courriel lui annonçant que la vente est annulée (aucune limite de temps n’encadre cette demande).
Par contre, le commerçant a 15 jours pour vous rembourser. Sinon, vous avez 60 jours pour demander une rétrofacturation à l’émetteur de la carte de crédit (infos : www.opc.gouv.qc.ca/consommateur/sujet/achat/internet/annulation/remboursement/).
En cas de refus, vous pouvez poursuivre le commerçant et l’émetteur de la carte aux petites créances (info : www.opc.gouv.qc.ca/consommateur/probleme-commercant/etapes/).
Ça en vaut la peine si le bien volé totalise plusieurs centaines voire des milliers de dollars. Des consommateurs ont souvent gain de cause par la simple menace d’aller en cour.
CONSEILS
1- Si possible, optez pour la livraison avec signature. En cas d’absence, le messager laisse un avis indiquant que le colis est envoyé dans un site de ramassage. Si c’est impossible, surveillez la progression en ligne et demandez à un voisin de le récupérer.
2- Faites livrer vos colis à un endroit sécurisé : votre travail (demandez la permission à votre employeur), un centre de dépôt de Postes Canada (des frais s’appliquent). Chez un commerçant prêt à vous rendre service, chez un voisin ou un proche qui sera à la maison au moment de la livraison.
3- Équipez votre entrée d’une caméra de surveillance (à partir de 60 $) avec détection de mouvement, enregistrement diurne et nocturne et lien avec votre téléphone.
4- Vous achetez beaucoup en ligne ? Installez une boîte à colis avec cadenas (de 100 $ à 550 $ dans les grandes surfaces ou en ligne).
Il était une fois des jumeaux qui avaient reçu un jeu de fléchettes pour leur anniversaire. Évidemment, ils n’avaient pas le droit de lancer les fléchettes ailleurs que sur la cible que leur papa avait fixée sur un mur de la salle de jeu. Hélas ! leurs parents avaient beau les punir, Guillaume avait réussi à briser un précieux vase à fleurs et Alexandre avait jeté une lampe par terre en tirant des flèches un peu partout dans la maison.
Un jour, leur maman reçut une fléchette dans le dos pendant qu’elle préparait le souper sur la cuisinière.
– Ah ! là. C’est assez ! dit-elle, très fâchée. Plus de jeu de fléchettes, c’est fini !
Elle s’empara alors d’un bout de papier et y inscrivit un petit mot. Puis elle enroula le billet autour d’une flèche, ouvrit la porte de la maison et, avec l’arc, l’envoya très haut vers le ciel. La flèche partit à toute vitesse et monta, monta si haut qu’elle disparut à leur regard.
– Qu’est-ce que tu fais, maman ? demandèrent les jumeaux, un peu inquiets.
– J’envoie un message au pôle Nord pour dire au père Noël à quel point vous êtes gentils et obéissants… Hum !
Les jumeaux savaient bien que maman n’avait pas écrit dans son message qu’ils se montraient gentils et obéissants… ils se mirent alors à pleurer.
– Oh non, maman ! T’as pas fait ça ? T’as pas dit la vérité au père Noël à notre sujet ? Il ne voudra plus nous apporter des cadeaux, maintenant !
– Tant pis ! répondit maman. Je pense que vous n’en méritez pas, mes enfants. Vous ne m’écoutez jamais ! De toute façon, il est trop tard, la flèche est partie.
Elle mit le reste des fléchettes à la poubelle sauf une. Guillaume et Alexandre ne cessèrent de se lamenter le reste de la journée, ce qui n’améliora pas l’humeur de leur mère.
Le même après-midi, le père Noël était en train de ranger des jouets dans son traîneau quand il reçut une flèche en plein sur le bras.
– Ouille ! Ouche ! Qu’est-ce que c’est ça ?
La fée des Étoiles vit le père Noël se frotter en faisant une grimace.
– Qu’est-ce qui vous arrive, père Noël ?
– Je viens de recevoir un message de la terre. Certains enfants ne sont pas très sages, je pense. Je serais bien attristé de ne pas leur apporter leurs cadeaux, moi !
– Ne vous inquiétez pas, père Noël, je vais arranger ça !
La fée donna alors trois coups de sa baguette magique sur la coupe de liquide doré qu’elle tenait dans ses mains en prononçant une formule magique. Aussitôt, le liquide se transforma en milliers de bonbons d’or.
– Abracadabra, tous les enfants de la terre qui mangeront ces bonbons-là deviendront sages jusqu’à Noël.
Quelques jours plus tard, Guillaume et Alexandre s’en furent au centre commercial pour visiter le père Noël avec leurs parents. Ils avaient un peu peur car ils se souvenaient du message envoyé par leur mère. Le père Noël les écouta gentiment énumérer la liste des cadeaux qu’ils espéraient recevoir et il leur fit promettre d’être sages. Les deux jumeaux baissèrent la tête, s’attendant à se faire gronder. Mais le père Noël ne dit rien au sujet de leur comportement. Au contraire, il leur offrit même un bonbon d’or qu’ils s’empressèrent d’avaler en lui trouvant un goût étrange.
De retour à la maison, les deux garçons se mirent à ramasser leurs traîneries, à jouer sans se chamailler et à obéir fidèlement à leurs parents. Ils se montrèrent tellement sages qu’ils reçurent à Noël tout ce dont ils rêvaient et même davantage. Le plus surprenant, c’est qu’ils restèrent sages même après Noël !!!
Le lendemain du réveillon, le père Noël, en train de se reposer sur sa chaise berçante, reçut une autre flèche sur une jambe. Elle portait un nouveau message sur lequel était écrit : Merci, père Noël, d’avoir rendu mes enfants sages ! J’aimerais bien recevoir votre recette de bonbons d’or, s’il vous plaît. « Le père Noël fit un clin d’œil à la fée des Étoiles et il se mit à rire. On entendit longtemps son rire résonner dans le ciel.
Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.
Alors que dans ma jeunesse, le côté religieux de cette grande fête de la nativité de Jésus était souligné, aujourd’hui, c’est devenu une fête commerciale.
Pour beaucoup de gens, la crèche est malheureusement disparue.
Une fois les cadeaux déballés, le quotidien reprend sa place. Tous ces préparatifs qui ont duré des semaines, s’envolent en quelques heures.
AU TRAVAIL
Maintenant retraité, je me rappelle aussi, de ces nuits de Noël passées au travail pour faire ma part de protéger et servir les citoyens de Longueuil. Je laissais mon épouse et mon fils continuer les festivités, pour aller « faire ma nuit ». C’est arrivé très souvent. En équipe, on se faisait un p’tit lunch pour célébrer à notre façon… et la nuit passait.
Les gens continuaient de se taper sur la gueule, à cause d’un verre de trop. Une fois, en débutant mon quart de travail, un 24 décembre à 23 heures, un appel rentre au poste : un accident mortel, juste avant le réveillon. À une seule heure des festivités ! Triste réalité. Ça casse un party. L’annoncer aux familles… pas facile pour les policiers, qui demeurent des humains ! Des réalités qui marquent.
En contrepartie, quand je ne travaillais pas la nuit de Noël, je personnifiais le vrai père Noël… et jamais, au grand jamais, mes petits-enfants ne m’ont reconnu. Avec mon costume haut de gamme et mon tour de taille en prérequis, c’était à s’y méprendre. Même mon fils, enfant, ne s’en était jamais douté. Il a bien fallu tout avouer… alors qu’il avait huit ans. J’adorais jouer le père Noël !
LES ANGES
Nous n’étions pas les seuls à travailler : les policiers, pompiers, ambulanciers, le personnel médical de partout, tous en état d’alerte pour tenir le fort, étaient prêt à intervenir. C’est la routine de ceux et celles chargés de la protection des autres. Le genre de travail qui n’a pas de samedis, de dimanches, de jours fériés… on s’y fait et je dois avouer que, malgré tout, j’aimais cette particularité de mon travail. Ces personnes sont des anges qui nous permettent de s’endormir paisiblement chaque nuit. Ils sont aux aguets.
Je me souviens également de ces personnes esseulées qui nous appelaient pour parler, obtenir un peu de réconfort dans cette solitude. D’autres, alcoolisés et dans les vapes, provoquaient des éclats de rires en nous exprimant leurs vœux par la parole ou en chanson.
UN NOËL CONFINÉ
Et cette année, on aura un Noël confiné, du moins pour ceux et celles qui prennent cette pandémie très au sérieux. C’est notre cas ! On se reprendra l’an prochain. J’ai déjà vécu 68 Noëls, celui-ci sera différent mais tout aussi important… avec ma conjointe en regardant la télé qui, contrairement au temps de notre enfance, diffuse son lot de chaînes 24 heures par jour.
On développera nos cadeaux en même temps que la famille de notre fils, via les vidéoconférences, une nouveauté. Le reste sera comme avant : un dodo et un réveil normal comme tous les autres jours de l’année mais le cœur léger et heureux d’avoir pris la bonne décision.
CONTRE MAUVAISE FORTUNE BON COEUR
Pour philosopher un brin, prenons ce Noël comme une opportunité, une autre façon de célébrer comme jamais on a connu. Une expérience de plus à notre vécu. Découvrir une nouvelle forme de Noël qu’on ne soupçonnait même pas. Et avec les technologies qui existent, la distance n’a plus d’importance, parce qu’on peut se voir sans se contaminer, et avec le sourire. Tout le monde y trouve son compte.
Sur un calendrier, la date du 25 décembre est illustrée comme toutes les autres, parce que Noël c’est d’abord dans notre cœur que ça se passe, COVID ou pas.
Voici un compte du temps des Fêtes, écrit par Hans Christian Andersen en 1876, et qui devrait vous tirer quelques larmes.
Comme il faisait froid ! la neige tombait et la nuit n’était pas loin ; c’était le dernier soir de l’année, la veille du jour de l’An. Au milieu de ce froid et de cette obscurité, une pauvre petite fille passa dans la rue, la tête et les pieds nus. Elle avait, il est vrai, des pantoufles en quittant la maison, mais elles ne lui avaient pas servi longtemps : c’étaient de grandes pantoufles que sa mère avait déjà usées, si grandes que la petite les perdit en se pressant de traverser la rue entre deux voitures. L’une fut réellement perdue ; quant à l’autre, un gamin l’emporta avec l’intention d’en faire un berceau pour son petit enfant, quand le ciel lui en donnerait un.
La petite fille cheminait avec ses petits pieds nus, qui étaient rouges et bleus de froid ; elle avait dans son vieux tablier une grande quantité d’allumettes, et elle portait à la main un paquet. C’était pour elle une mauvaise journée ; pas d’acheteurs, donc pas le moindre sou. Elle avait bien faim et bien froid, bien misérable mine. Pauvre petite ! Les flocons de neige tombaient dans ses longs cheveux blonds, si gentiment bouclés autour de son cou ; mais songeait-elle seulement à ses cheveux bouclés ? Les lumières brillaient aux fenêtres, le fumet des rôtis s’exhalait dans la rue ; c’était la veille du jour de l’An : voilà à quoi elle songeait.
Elle s’assit et s’affaissa sur elle-même dans un coin, entre deux maisons. Le froid la saisit de plus en plus, mais elle n’osait pas retourner chez elle : elle rapportait ses allumettes, et pas la plus petite pièce de monnaie. Son père la battrait ; et, du reste, chez elle, est-ce qu’il ne faisait pas froid aussi ? Ils logeaient sous le toit, et le vent soufflait au travers, quoique les plus grandes fentes eussent été bouchées avec de la paille et des chiffons.
Ses petites mains étaient presque mortes de froid. Hélas ! qu’une petite allumette leur ferait du bien ! Si elle osait en tirer une seule du paquet, la frotter sur le mur et réchauffer ses doigts ! Elle en tira une : ritch ! comme elle éclata ! comme elle brûla ! C’était une flamme chaude et claire comme une petite chandelle, quand elle la couvrit de sa main. Quelle lumière bizarre ! Il semblait à la petite fille qu’elle était assise devant un grand poêle de fer orné de boules et surmonté d’un couvercle en cuivre luisant.
Le feu y brûlait si magnifique, il chauffait si bien ! Mais qu’y a-t-il donc ! La petite étendait déjà ses pieds pour les chauffer aussi ; la flamme s’éteignit,
Le poêle disparut : elle était assise, un petit bout de l’allumette brûlée à la main.
Elle en frotta une seconde, qui brûla, qui brilla, et, là où la lueur tomba sur le mur, il devint transparent comme une gaze. La petite pouvait voir jusque dans une chambre où la table était couverte d’une nappe blanche, éblouissante de fines porcelaines, et sur laquelle une oie rôtie, farcie de pruneaux et de pommes, fumait avec un parfum délicieux. Ô surprise ! ô bonheur ! Tout à coup l’oie sauta de son plat et roula sur le plancher, la fourchette et le couteau dans le dos, jusqu’à la pauvre fille. L’allumette s’éteignit : elle n’avait devant elle que le mur épais et froid.
En voilà une troisième allumée. Aussitôt elle se vit assise sous un magnifique arbre de Noël ; il était plus riche et plus grand encore que celui qu’elle avait vu, à la Noël dernière, à travers la porte vitrée, chez le riche marchand. Mille chandelles brûlaient sur les branches vertes, et des images de toutes couleurs, comme celles qui ornent les fenêtres des magasins, semblaient lui sourire. La petite éleva les deux mains : l’allumette s’éteignit ; toutes les chandelles de Noël montaient, montaient, et elle s’aperçut alors que ce n’était que les étoiles. Une d’elle tomba et traça une longue raie de feu dans le ciel.
« C’est quelqu’un qui meurt, » se dit la petite ; car sa vieille grand’mère, qui seule avait été bonne pour elle, mais qui n’était plus, lui répétait souvent :
– Lorsqu’une étoile tombe, c’est qu’une âme monte à Dieu.
Elle frotta encore une allumette sur le mur : il se fit une grande lumière au milieu de laquelle était la grand’mère debout, avec un air si doux, si radieux !
– Grand’mère s’écria la petite, emmène-moi. Lorsque l’allumette s’éteindra, je sais que tu n’y seras plus. Tu disparaîtras comme le poêle de fer, comme l’oie rôtie, comme le bel arbre de Noël.
Elle frotta promptement le reste du paquet, car elle tenait à garder sa grand’mère, et les allumettes répandirent un éclat plus vif que celui du jour. Jamais la grand’mère n’avait été si grande ni si belle. Elle prit la petite fille sur son bras, et toutes les deux s’envolèrent joyeuses au milieu de ce rayonnement, si haut, si haut, qu’il n’y avait plus ni froid, ni faim, ni angoisse ; elles étaient chez Dieu.
Mais dans le coin, entre les deux maisons, était assise, quand vint la froide matinée, la petite fille, les joues toutes rouges, le sourire sur la bouche… morte, morte de froid, le dernier soir de l’année. Le jour de l’An se leva sur le petit cadavre assis là avec les allumettes, dont un paquet avait été presque tout brûlé.
– Elle a voulu se chauffer ! dit quelqu’un.
Tout le monde ignora les belles choses qu’elle avait vues, et au milieu de quelle splendeur elle était entrée avec sa vieille grand’mère dans la nouvelle année.
Triste réalité que l’exploitation des mineurs sur l’internet. Les pédophiles, un fléau dont on ne mesure pas le plein désastre et tout le mal que ça peut causer à cette jeunesse.
La Presse a accompagné une équipe de policiers experts de la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs sur l’internet. Une intervention d’une précision chirurgicale. Voici le désastreux portrait de cette réalité, publié le 10 décembre dernier, par Gabrielle Duchaine, Caroline Touzin et Martin Tremblay.
CE SONT DE VRAIS ENFANTS
Ils sont en toute première ligne de la bataille contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet. Témoins de l’horreur au quotidien. Devant ce que l’humain fait de plus laid. Face à un ennemi qui prolifère à toute vitesse. La Presse a accompagné une équipe de policiers spécialisés dans la lutte contre ce fléau.
« Le gars qu’on s’en va chercher, on le connaît. Les dernières fois qu’on est allés chez lui, il était loadé. C’est du hard. »
4 novembre. Nous sommes dans une salle de réunion du poste de quartier 23, rue Hochelaga à Montréal. Il n’est pas encore 8 h. Deux enquêteurs du module Exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales (ESEC) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) expliquent à un petit groupe de patrouilleurs l’opération qu’ils s’apprêtent à mener sur leur territoire.
Leur cible : Jean-Christophe Lauzier, 30 ans, multirécidiviste en matière de possession de pornographie juvénile. Il a déjà été arrêté et condamné en 2009, puis arrêté à nouveau en 2018. Ses conditions de remise en liberté l’empêchent d’accéder à l’internet.
Mais le revoici malgré tout dans la ligne de mire des policiers.
En juin, un service de messagerie bien connu a intercepté un échange d’images entre le compte de Lauzier et un autre. La plainte, faite par le fournisseur, a parcouru un long chemin. Elle a d’abord été reçue par un organisme américain qui gère les signalements des entreprises web, le National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC). Ce dernier a analysé et envoyé le dossier à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) après avoir découvert qu’il visait un Canadien. La GRC a à son tour étudié l’affaire, puis, voyant que le suspect était montréalais, l’a redirigée vers le SPVM pour enquête. Cinq mois après la plainte initiale, les policiers s’apprêtent à intervenir.
« Ça vous donne une idée du temps que ça peut prendre », dit le lieutenant-détective Marco Breton, responsable de l’équipe.
Depuis le début de l’année, son unité a reçu 840 plaintes, 300 de plus qu’en 2015. La COVID-19 a entraîné une hausse de 40 % des dossiers entrants. « Tous les prédateurs et tous les enfants sont derrière leur écran », note le lieutenant Breton. Les enquêteurs ne suffisent pas à la tâche.
Fait très rare, l’équipe de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet a ouvert ses portes à La Presse. Notre incursion dans les coulisses du travail d’enquête témoigne de tout le temps et des ressources nécessaires pour mener à terme un dossier.
« Les gens demandent : pourquoi ils n’arrêtent pas tout le monde sur la liste ? Mais c’est physiquement impossible », prévient le professeur en criminologie Francis Fortin, expert des questions de pornographie juvénile.
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Le soleil n’est pas encore levé, mais les bureaux des enquêteurs, installés entre deux raffineries dans l’extrême est de l’île de Montréal, grouillent comme en plein jour. C’est jour de perquisition pour l’équipe, qui en est à régler les derniers détails avant de se mettre en route.
Pourquoi aujourd’hui ? Parce que l’appui de la section des crimes technologiques est essentiel pour mener la majorité des perquisitions, explique le lieutenant Breton, et qu’elle est disponible aujourd’hui. Les policiers des crimes technologiques répartissent leur temps entre toutes sortes d’enquêtes, certaines plus urgentes que d’autres : exploitation sexuelle, fraude, vol d’identité, réseaux sociaux, homicides, etc. Pas le choix de les attendre.
« Si je pouvais les avoir quatre fois par semaine, je le ferais quatre fois par semaine », dit Marco Breton.
Comme ce n’est pas le cas, il faut prioriser. Dans le cas des plaintes à caractère pédopornographique, celles qui proviennent de victimes identifiées et les suspects qui ont accès à des enfants ou qui sont des récidivistes, comme Jean-Christophe Lauzier, passent avant.
« Aujourd’hui, on a une bonne idée de qui on s’en va arrêter. On le connaît. Mais il faut quand même prouver que c’est lui qui est derrière le clavier. »
— Le lieutenant-détective Marco Breton, responsable du module ESEC
En tout, six enquêteurs, trois patrouilleurs, deux techniciens et une photographe de scène de crime participeront à l’intervention. Alors que les deux sergents-détectives responsables du dossier discutent avec les patrouilleurs au poste de quartier, quatre enquêteurs surveillent la maison du suspect dans des voitures banalisées pour s’assurer qu’il ne quitte pas son domicile avant l’arrestation. Les techniciens de la section des crimes technologiques sont stationnés tout près et attendent le feu vert.
L’équipe est fébrile. Tout près du but. « C’est un moment spécial juste avant d’y aller, quand on sait qu’un gars va se faire arrêter, mais que lui ne le sait pas encore », confie le sergent-détective François Vigeant.
L’opération de la journée a ceci de particulier qu’elle nécessite deux perquisitions. Lauzier n’a théoriquement pas le droit d’avoir l’internet. La thèse des enquêteurs, c’est qu’il se connecte au réseau du voisin à partir de chez lui pour y accéder.
« J’avais fait le test en 2018. Il peut se connecter dans l’appartement d’à côté directement de sa chambre à coucher », explique aux patrouilleurs le sergent-détective responsable du dossier avant de se mettre en route vers la scène. « Il est en non-respect des conditions. Aussitôt qu’on a un cellulaire ou un ordinateur dans sa chambre, on l’a. »
Il est 9 h 30 lorsque les policiers frappent simultanément aux portes des deux logements de la paisible rue résidentielle. Jean-Christophe Lauzier sort de l’appartement de gauche quelques minutes plus tard, escorté par deux agents. Il a les cheveux en bataille. On voit qu’il s’est habillé en vitesse. Les policiers l’ont tiré du lit.
Ses proches sont ébranlés. « C’est un choc quand on arrive. Ça fait éclater des familles », explique François Vigeant. C’est lui qui interrogera le suspect plus tard aujourd’hui.
« Des gens me demandent comment je fais pour ne pas leur sauter dans la face. En interrogatoire, ma façon de leur sauter dans la face, c’est d’obtenir des aveux. Et pour ça, il faut leur parler et les écouter. »
— Le sergent-détective François Vigeant, membre de l’ESEC
Le policier, qui est à l’ESEC depuis quatre ans, admet qu’il y a un « certain sentiment d’impuissance » dans son travail. « On le sait qu’il y en a plein d’autres. Mais des journées comme aujourd’hui, j’ai le sentiment du devoir accompli. Surtout avec un récidiviste comme ça. »
Le véhicule de patrouille démarre, Lauzier à son bord. Pour les enquêteurs, le travail est loin d’être terminé.
Il faudra procéder à une fouille exhaustive. Il est arrivé que l’équipe découvre une minuscule carte mémoire enfouie en haut d’un placard lors d’une enquête. L’interrogatoire du suspect donne souvent lieu à « des conversations qui ne sont pas faciles », raconte le sergent-détective Vigeant. Il faut aussi procéder à une analyse approfondie des appareils électroniques, puis au visionnement des images saisies. Un dernier exercice difficile et éprouvant, qui peut prendre des jours.
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La sergent-détective Mélodie Leclerc nous amène dans la salle de visionnement. Quelques ordinateurs. Des fauteuils. Une grande fenêtre qui donne sur le toit. C’est ici que ses collègues et elles plongent dans les pires déviances.
« On voit de tout. De la zoophilie. De la scatophilie. Des enfants dans des cages. On ne sait pas trop sur quoi on va tomber avant de commencer. »
L’équipe est d’ailleurs suivie par un psychologue et soumise à un programme de décompression obligatoire dans le cadre duquel les enquêteurs passent tour à tour quelques mois dans une autre unité. « Ça prend vraiment des gens qui veulent faire ça », dit la sergent-détective.
Un grand tableau blanc accroché au mur donne une idée de l’ampleur de la tâche. Les enquêteurs ont écrit au marqueur le nombre d’images à travers lesquelles ils devront passer dans le cadre des enquêtes en cours.
Les chiffres sont hallucinants. Premier dossier : 1,8 million d’images, 765 000 vidéos. Deuxième dossier : 1,5 million d’images, 132 000 vidéos. Troisième dossier : 1,9 million d’images, 543 000 vidéos. Et ça continue.
« Moi, je compare ça à un pathologiste qui fait des autopsies. Mon cerveau va faire ce qu’il a à faire pour me protéger et que je puisse être efficace dans mon travail. »
Évidemment, précise Mélodie Leclerc, ce ne sont pas toutes des photos et des vidéos de pédopornographie. Mais il faut vérifier l’entièreté de ce qui a été saisi pour trouver celles qui en sont. Il arrive qu’il y en ait des dizaines, voire des centaines de milliers. Elles sont toutes analysées par les policiers. Ils s’attardent surtout aux images représentant des enfants d’âge prépubère pour qu’une fois devant le tribunal, le juge ou le jury n’ait aucun doute que les victimes sont mineures.
Et parfois, grâce à des indices trouvés sur les images, les policiers remontent la piste jusqu’à des victimes jusqu’alors inconnues.
« C’est ça qui nous anime », dit Mélodie Leclerc.
Malgré la hausse fulgurante des signalements, alors qu’elle pourrait avoir l’impression que son travail n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, la policière est convaincue de faire une différence.
« Les victimes n’ont pas de voix. Ce ne sont pas des bibelots. Ce ne sont pas des poupées. Ce sont de vrais enfants. On ne pourra pas toutes les sauver, mais celles qu’on sauve, elles existent. »
Pour plus d’information ou pour demander de l’aide :
La fondation Marie-Vincent
CyberAide
La Ligne Parents : 1 (800) 361-5085
Le réseau des CAVAC : 1 (866) 532-2822
Ligne-ressource provinciale pour les victimes d’agression sexuelle :
1 (888) 933-9007
L’histoire ci-dessous fait partie des trois contes des nains magiques écrit par les frères Grimm.
Il était une fois un cordonnier qui était devenu si pauvre, qu’il lui restait juste assez de cuir pour une seule paire de soulier. Un soir, le cordonnier tailla le cuir pour en faire des souliers le lendemain matin, et il finit par s’endormir. Le lendemain matin à son réveil, il allait se mettre à travailler quand il trouva la paire de soulier toute faite. Surpris, il ne savait pas comment cela se faisait. Il examina les souliers de tous les côtés, ils étaient parfaits, il n’y avait pas un seul point de manqué, ces souliers étaient une pure merveille.
Un homme rentra dans la boutique du cordonnier et les souliers attirèrent son attention, ils lui plurent tellement qu’il les paya beaucoup plus cher que d’habitude. Avec cet argent le cordonnier put acheter du cuir pour fabriquer deux autres paires et le soir même il se mit au travail, il le tailla et alla se coucher pour terminer le travail le lendemain matin.
Le lendemain matin encore une fois, le cordonnier trouva les paires de soulier toutes faites. Dans sa boutique les acheteurs ne manquèrent pas et avec l’argent que le cordonnier gagné ce jour-là il put s’acheter du cuir pour fabriquer quatre autres paires.
Et comme d’habitude le lendemain matin les paires de souliers étaient déjà prêtes, toutes aussi parfaites les unes que les autres, ainsi le cordonnier commença à sortir de la pauvreté, mais un soir aux environ de Noël, pendant qu’il préparait le sapin de Noël, le cordonnier dit à sa femme :
– Et si ce soir nous veillions pour voir ceux qui nous aident ?
La femme du cordonnier accepta et laissa une bougie allumée et tous deux se cachèrent dans une armoire.
Quand minuit retentit, deux jolis petits nains complètement nus entrèrent, ils se placèrent à l’établi et, prenant le cuir dans leurs petites mains, ils se mirent à piquer, à coudre et à battre le cuir avec tant d’adresse que le cordonnier n’en croyait pas ses yeux. Ils travaillèrent toute la nuit et quand l’ouvrage fût enfin terminé, les petits nains disparurent.
Le lendemain, la femme dit à son mari :
– Ces petits nains nous ont rendus riche, il nous faut leur montrer notre gratitude et toute notre reconnaissance. Les pauvres doivent mourir de froid, à courir partout nus comme des vers. Je vais leur coudre à chacun habit, culotte, chemise et même leur tricoter des bas, et toi mon cher mari fais-leur donc à chacun une paire de soulier.
L’homme trouva l’idée formidable et ils se mirent au travail. Le soir quand tout fût prêt, tous deux placèrent les vêtements sur la table où se trouvait d’habitude les pièces de cuir et se cachèrent dans l’armoire pour voir la réaction des petits nains.
Quand minuit sonna les petits nains apparurent et au moment où ils allaient se mettre au travail, ils trouvèrent les présents au lieu des habituels pièces de cuir. Ils témoignèrent d’abord un étonnement mais une grande joie s’empara d’eux et ils passèrent les habits et se mirent à chanter.
– Ne sommes-nous pas de jolis garçons ? Adieu cuir, souliers et chaussons!
Les nains dansèrent et sautèrent partout, ils étaient fort heureux de ce cadeau, et tout en dansant ils gagnèrent la sortie.
A partir de ce soir-là, le cordonnier et sa femme ne revirent plus jamais les petits nains mais ils continuèrent à être heureux et tout ce qu’ils entreprenaient leur réussissait.