Un soir de fête où tout devenait possible

15-novembre-1976C’est dans cette euphorie que le Parti Québécois prenait le pouvoir, son premier mandat, pour diriger le Québec. Je revois encore un René Lévesque dégoulinant de sueur, exprimer sa grande fierté inégalée d’être québécois. L’impossible venait de s’accomplir par une écrasante majorité de 71 députés péquistes contre 29 libéraux médusés, et l’indépendance était à bout de bras. Ça fait 40 ans aujourd’hui!

Je revois encore cette image du Centre Paul-Sauvé, où un papa dans la foule, serrait en pleurs, son petit enfant dans ses bras. C’était comme gagner le gros lot. C’était l’accomplissement d’un peuple. On rêvait d’un pays et soudainement tout devenait possible. Ce nouveau gouvernement fut le meilleur gouvernement des 50 dernières années sans contredit, avec ses réformes et politiques qui sont toujours là, quarante années plus tard.

Malheureusement, deux référendums dont le dernier de 1995 perdu par la peau des fesses et l’arrivée massives d’immigrants ont tôt fait de diluer la fibre patriotique des québécois pour longtemps.

Dans son édition de ce matin, le sociologue, auteur et chroniqueur Mathieu Bock-Côté, du Journal de Montréal, dressait un portrait très juste de ce que nous sommes devenus politiquement durant ces quatre décennies. Je me permets de vous le reproduire intégralement.

15 NOVEMBRE 1976: PROMESSE NON TENUE

Le 15 novembre 1976, le PQ prenait le pouvoir pour la première fois. Une certitude logeait au fond des cœurs: plus tôt que tard, le peuple québécois ferait son indépendance. Enfin. Le plus vieux rêve de notre peuple s’accomplirait.

Les descendants des 60 000 de 1760 deviendraient maîtres chez eux. Quarante ans et deux référendums plus tard, ce n’est pas arrivé. Et ce n’est pas à la veille d’arriver non plus. Nous sommes passés de la ferveur à la tiédeur.

DÉFAITE

Comment expliquer cette défaite de l’indépendance, que ses militants cherchent à faire survivre dans l’indifférence? Un peuple n’échoue pas son indépendance sans en payer le prix. La défaite de 1980 nous a valu une Constitution hostile. Elle s’applique encore à nous, même si nous ne l’avons pas signée.

La défaite de 1995 a ouvert une guerre idéologique contre l’identité québécoise, accusée de racisme. Ils sont depuis gênés de s’affirmer. Pourtant, nous ne pouvons renier le rêve du pays. Si nous échouons, nous disparaîtrons comme peuple.

Jean-François Lisée disait récemment que le peuple québécois est indestructible. Il se trompe. Nous sommes tout sauf indestructible. Nous sommes une petite nation improbable an Amérique, qui doit faire preuve de vigilance.

Devant le multiculturalisme canadien qui nie notre identité, l’immigration massive qui érode notre poids démographique, la puissance impériale de l’anglais qui fragilise notre langue, le peuple québécois pourrait bien s’effacer lentement du globe. Ce serait la disparition tranquille.

DISPARAÎTRE

Mais nous ne voulons pas le savoir. Cela nous obligerait à une réaction vigoureuse. À nous de redresser. Alors on chante «ça va bien»! Il se pourrait bien qu’un jour, le 15 novembre 1976 ne nous dise plus rien. Pour l’instant, le souvenir de cette belle nuit peut encore nous rappeler qu’avant d’être un peuple diminué nous avons cru être quelque chose comme un grand peuple. Vivre l’indépendance!