Encore la langue française qui en prend un coup

tournoi-2017-hockey-juniorC’est plus fort que moi, lorsqu’on menace ma langue française au Québec, ça vient toujours me chercher. Lundi dernier, mon article portait justement sur le danger de l’assimilation dont nous serons les victimes d’ici les cinq prochaines décennies par nos propres Canadiens. Certains Québécois, et surtout chez les jeunes, sont inconscients et aussi insensibles à cette menace.

Il y a 25 ans, en visitant Winnipeg, j’ai pu me rendre compte de ce que c’est que de perdre son identité linguistique. Il ne reste plus que les noms de rues et les noms de familles des personnes qui sont francophones, sans plus. Ils sont assimilés depuis plus de 100 ans et c’est une triste fin que je n’ose imaginer pour le Québec. Je défendrai toujours la langue française jusqu’à mon dernier souffle, je m’en fais un devoir de dénoncer ceux qui la méprisent.

On vient d’avoir encore un exemple du traitement réservé par le reste du Canada à la langue française, avec notre Équipe Canada au hockey junior. Parler français entre francophones est interdit à cette équipe et c’est inacceptable. Mathieu Bock-Côté, dans le Journal de Montréal, s’exprimait dans l’édition d’hier sur la question et je ne peux que partager son opinion dans le texte intégral qui suit.

Coucouche le Québécois

Il y a quelques jours, dans une entrevue qu’il accordait à Dave Morissette, Julien Gauthier a confié candidement que les jeunes joueurs francophones d’Équipe Canada n’avaient pas le droit de parler français entre eux.

Au nom de l’esprit d’équipe, apparemment. En parlant français, ils risqueraient de le briser. Pas mal non? Traduisons : dans ce pays bilingue, il y a une langue de trop. Devinez laquelle? La nôtre.

SOUMISSION

Mais on dédramatisera le tout pour ne pas faire de bruit. Les spécialistes du déni nous disent que ce n’est pas si grave. Qu’il faut relativiser. Demeurer prudent. Prendre les choses avec philosophie. Se comporter comme un cocu content. Parce qu’apparemment, c’est dans l’ordre des choses qu’un Québécois cache son identité pour réussir dans le beau grand Canada.

On aura beau nuancer en disant qu’on recommandait fortement de parler anglais sans interdire formellement le français, il y a des limites à rire de nous. À Hockey Canada, le français est tout simplement dominé. Et conséquemment, les Québécois francophones le sont aussi. Si on a un peu de mémoire, une formule reviendra à l’esprit : Speak White. Mais qui a de la mémoire dans une société fière de son amnésie parce qu’elle se croit libérée du passé?

La consigne? Soumettez-vous à la langue dominante et faites-vous une fierté de la parler sans accent, en gommant parfaitement vos origines! Ce qu’on aime, c’est quand le Québécois fait le beau toutou et fait tout pour plaire. Il renonce à sa langue et il espère qu’on va le flatter pour le féliciter de sa domestication. Bon Québécois docile! On t’aime comme ça, discret, soumis, anglicisé. On t’aime quand tu fais l’effort de devenir Canadien, en d’autres mots.

Le Canada n’est pas un pays bilingue. C’est un pays anglais qui fait semblant de tolérer sa minorité française tant qu’il se croit obligé de le faire. Il y a deux langues officielles : l’anglais et le traduit de l’anglais. Un jour, nous ferons un bilan historique : nous aurons échoué l’indépendance, nous ne serons pas parvenus à nous faire reconnaître comme société distincte, nous aurons échoué à faire du Canada un pays bilingue.

FRANÇAIS

Nous serons devenus un gros Nouveau-Brunswick. Il faut dire que le Québécois de base ne se formalise plus de cela. Il se fiche qu’à l’école, ses enfants n’apprennent qu’un français approximatif. Ou qu’ils n’y apprennent rien de l’histoire du monde et du Québec. Mais il doit à tout prix en sortir en parlant parfaitement anglais, sans quoi, il serait voué à l’échec professionnel.

Nous avons intériorisé l’idée que nous avons une langue de perdants et que si on peut la parler entre nous, on ne saurait avoir l’idée de réussir sa vie avec elle. Ce qui s’est passé à Hockey Canada n’est pas un événement isolé. C’est un révélateur de la vraie nature du Canada. Si nous avions un peu de colonne vertébrale, on s’en séparerait. Mais la colonne nous manque. Alors on sort la langue et on espère qu’on nous pardonnera d’avoir jappé.

3 réflexions au sujet de « Encore la langue française qui en prend un coup »

  1. Avez-vous vu le film sur Maurice Richard? C’était déjà comme ça. Et je suis certaine que c’est pas tellement différent dans le sport olympique canadien.
    Même indépendant, je voudrais bien savoir ce que ça changerait dans le sport où les joueurs et les dirigeants anglophones seraient quand même plus nombreux, non?

    • Vous avez raison sur le fait que ça existait déjà, même du temps de Maurice Richard. Par contre, là où j’en ai, c’est contre l’interdiction imposée aux francophones d’avoir une conversation entre eux en français. C’est carrément indécent, voire humiliant.

      Avec le nombre de joueurs étrangers au hockey, on ne me fera pas croire que deux Russes ou deux Finlandais ne conversent pas dans leur langue maternelle lorsqu’ils sont ensemble et ce, même dans une chambre de joueurs.

      • Et peut-être même que les joueurs concernés ne protestent même pas, tellement ils trouvent ça normal. Je connais des universitaires qui utilisent l’anglais aussitôt qu’un anglophone s’approchent d’eux. Comme un automatisme acquis je ne sais pas où.
        Hélas on peut trouver des exemples dans tous les domaines.

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