Le monde à l’envers

Je ne sais pas quelle mouche a piqué nos décideurs mais, en ce qui concerne les bulletins, les notes chiffrées prennent le bord et on les remplacera par des mentions. Ce n’est pas beau ça? J’appelle ça du nivellement par le bas. Pour n’offusquer personne au pire provoquer une dépression de l’élève, on veut procéder de cette manière. La société est dangereusement malade.

Richard Martineau a publié un article sur la question, aujourd’hui dans le Journal de Montréal, et je partage complètement son opinion. Il pousse l’exercice vers l’absurde. C’est tellement farfelu qu’il l’impose dans plusieurs scénarios de notre belle société qui bientôt aura perdue tous ses repaires mathématiques. Pour les précisions, on repassera! Par contre, toutes les taxes que nous payons, conserveront leurs nombres, pour créer moins d’ambiguïté. Le voici dans son intégralité.

Un bulletin sans notes?

Après le chèque de 1000$ décerné à ceux qui nous ont fait l’immense bonheur d’étudier, de se cultiver et d’apprendre, voici qu’on songe maintenant à donner des bulletins sans notes.

Pas de pourcentages, pas de lettres, pas de couleur, rien. Juste des mentions indiquant si les objectifs ont été atteints partiellement, atteints complètement ou dépassés.

UN PEU DE CANCER

Mais quelle excellente idée! Quelle révolution, quelle audace, quelle inventivité! Tiens, on devrait faire la même chose en médecine : enlever les chiffres sur les thermomètres. Juste : «T’as pas de fièvre», «T’as un peu de fièvre» ou «T’as de la fièvre».

«T’as pas de problèmes avec ta pression», «T’as un peu de problèmes avec ta pression» ou «T’as des problèmes avec ta pression». «T’as pas le cancer», T’as un peu le cancer», T’as le cancer». Oui, mais il est à quel stade mon cancer?

– Tsss, tsss, pas besoin de t’énerver avec ça. Ça va juste te stresser. L’important est que tu saches que tu as un cancer, c’est tout, ça ne sert à rien de lui accoler un grade ou un niveau, c’est juste à titre indicatif…

– Et mes chances de guérir?

– Ah, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, comme on dit…

– Et il me reste combien de temps à vivre?

– Tsss, tsss, pas de stress, je te dis, relaxe, respire par le nez, c’est cool… De toute façon, on finit tous par mourir, hein?

Et pourquoi ne pas adopter cette méthode pour les élections?

– Les libéraux ont gagné!

– Oui, mais de combien?

Combien d’années vais-je aller en prison? «Un ti-boutte…»

Quelles sont les cotes d’écoute de mon émission? «Elle pourrait être plus écoutée, mettons…»

Combien je vais gagner par année? «Un bon montant…»

Surtout, ne pas mettre de chiffres. Car qui dit chiffres, dit hiérarchie. Et c’est mauvais, la hiérarchie. Il y a des gens en haut et des gens en bas, des gagnants et des perdants. Alors qu’avec le flou, ça donne l’agréable impression que tout le monde flotte sur le même petit nuage rose.

DE PURS ESPRITS

Tant qu’à faire, pourquoi on ne crève pas les yeux de tout le monde? Imaginez : plus de beaux, plus de laids, plus de jeunes, plus de vieux, plus de gros, plus de maigres, plus de gens bien habillés ou mal habillés, juste des individus sans corps, de purs esprits qu’on ne pourra ni distinguer, ni catégoriser, ni juger.

On va vivre dans un monde virtuel. Vous ne savez plus comment lutter contre l’échec scolaire? Simple : abolissez la notion d’échec, c’est tout!

Quelle triste époque…