Abuser de l’alcool, dès l’adolescence

C’est connu, les garçons veulent souvent ressembler à leur père. Il demeure leur modèle, leur idole. Dès leur plus jeune âge et dans plusieurs circonstances, ils les imitent et reproduisent leurs moindres faits et gestes.

Où ça peut devenir un problème, c’est quand le paternel consomme de la bière, entre amis, après une amicale partie de hockey ou une activité sportive, propice à ce genre de relaxation et que l’adolescent veux vivre les mêmes expériences à son tour.

Et si ses idoles professionnelles de la LNH se comportent de la même façon, c’est deux fois plus dangereux. La gloire, l’intensité et l’euphorie des victoires prédisposent à la fête.

Ça nous amène aux abus d’alcool dès l’adolescence avec tout ce que ça peut amener comme problèmes de consommation.

Alexandre Pratt a écrit l’article suivant, que je veux partager avec vous, et qui y va d’une analyse intéressante du phénomène et tout ce qui en découle. Ce papier a été tiré de La Presse+ du 19 janvier dernier.

UN PAYS DE HOCKEY AVEC UN PROBLÈME DE BOISSON
Alexandre Pratt

Le chanteur country Billy Currington a trouvé une jolie formule pour décrire l’ambiance autour des équipes scolaires de football aux États-Unis : « We’re a drinking town with a football problem. »

Une ville de boisson avec un problème de football.

L’image est forte. Elle concentre deux obsessions de l’Amérique – l’alcool et le sport. Deux ingrédients qui semblent inséparables, comme le café et le lait. Pourtant, lorsqu’ils sont mélangés, ces obsessions peuvent former un cocktail explosif. Notamment chez les adolescents.

C’est arrivé pas plus tard que samedi dernier. Deux équipes de la LHJMQ s’affrontaient. Les Tigres de Victoriaville ont battu l’Océanic de Rimouski 2-0. Une victoire inattendue. Comme elle le fait à l’occasion, la direction de l’équipe a donné 500 $ aux joueurs pour les récompenser. « La moitié du temps, ils organisaient des journées de karting, de quilles ou un souper du Super Bowl », a expliqué le président des Tigres à Radio-Canada, qui a publié la nouvelle en premier.

Samedi soir dernier, c’est tombé sur l’autre « moitié du temps ». Les joueurs ont choisi de célébrer leur victoire dans un bar. Des mineurs faisaient partie du groupe. Ils ont consommé de l’alcool. Un joueur de 17 ans est reparti en voiture. Il ne s’est pas rendu très loin ; les policiers de la Sûreté du Québec l’ont retrouvé endormi derrière le volant, à 3 heures du matin, en bordure de la route 116. L’adolescent est accusé de conduite avec facultés affaiblies.

Un cocktail explosif, disais-je. Le joueur des Tigres a été chanceux de s’en tirer indemne ou de n’avoir heurté personne. En 1985, le meilleur gardien de la LNH, Pelle Lindbergh, s’est tué dans un accident de voiture alors qu’il était ivre.

L’incident de Victoriaville n’était malheureusement pas un cas isolé. Dans la tête de beaucoup d’adolescents, l’alcool et le hockey font la paire. À cause des publicités. À cause du mode de vie de leurs idoles. Mais surtout, en raison de la consommation d’alcool gênante des adultes dans les arénas.

Ça fait 10 ans que je fréquente ces arénas six jours par semaine. J’en ai visité près d’une centaine. Il y a des endroits où je me demande franchement si je laisse mes enfants jouer dans un centre sportif ou dans une taverne.

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C’était à la mi-août, il y a quelques années. C’était la journée d’ouverture du camp d’entraînement. Un père a ouvert le coffre de sa voiture dans le stationnement de l’aréna. Il y avait quelques bières dans une glacière. Les autres parents ont afflué. Il n’y avait pas de match du Canadien à la radio. Ni de l’Impact ni des Alouettes. Juste une séance d’essais pour une équipe pee-wee. Un dimanche. À 10 h du matin.

Le groupe s’est réuni de nouveau le lundi. Puis le mardi. Puis chaque jour jusqu’à la fin du camp.

Ces tailgates, inspirés du rituel du football américain, étaient d’abord l’exception. Maintenant, ils sont aussi fréquents que les interruptions de service dans le métro de Montréal. Dans les tournois du printemps, lorsque les équipes profitent d’une pause de quatre heures entre deux matchs, il y a souvent plusieurs attroupements sur un même terrain de stationnement. Ça ouvre la porte aux abus.

J’ai croisé des parents incapables d’assister au deuxième match de leur enfant. J’ai vu un garçon de 10 ans demander à son père ivre de quitter les gradins parce qu’il lui faisait honte.

Un autre terreau fertile pour la consommation excessive d’alcool, ce sont les tournois extérieurs. Les familles couchent toutes au même hôtel. Le contexte se prête à un 5 à 7 entre parents dans le hall. Mais il y en a qui redécouvrent le collégien en eux et qui étirent la fête jusqu’au match… du lendemain matin. C’est ainsi que j’ai vu un enfant demander un covoiturage jusqu’à l’aréna parce que son père ne s’était pas remis d’une cuite de la veille.

La saison se passe principalement dans les arénas locaux. C’est là que les enfants sont le plus souvent en contact avec des adultes qui consomment de l’alcool.

Pour ceux qui n’ont pas visité un aréna depuis la dernière Coupe Stanley du Canadien, sachez que les complexes modernes abritent presque tous un restaurant avec un permis d’alcool. Des parents profitent de l’heure avant le match pour siroter une bière en mangeant. Un comportement normal. Là où ça se gâte, c’est dans les vieux arénas, ceux qui datent des années 70 et 80. De véritables tavernes de fortune y sont aménagées dans des salles communautaires, des galeries de presse ou des loges. Pas de risque de confondre avec Toqué ! ni même La Cage. Le menu est réduit à un mot : bière.

C’est désolant de constater le nombre de parents qui s’y engouffrent avant le match et qui n’en ressortent qu’après le dernier coup de sifflet. Parfois, il y a une fenêtre qui donne sur la patinoire. Ailleurs, comme à Beauharnois, le bar est isolé. Dans tous les cas, je me dis que si l’enfant a marqué un but, les chances sont bonnes que le parent l’ait raté.

Toujours à l’aréna, les soirs de semaine, les joueurs d’âge bantam (13-14 ans) et midget (15-17 ans) croisent immanquablement ceux de ligues de garage. En anglais, on dit les beer leagues. Littéralement, les ligues de bière. La tradition bien établie depuis les années de Maurice Richard veut qu’à tour de rôle, chaque joueur de l’équipe apporte une caisse de bières qu’il partage avec ses coéquipiers. C’est un rituel d’après-match agréable et apprécié de tous. Reste que les adolescents sont en contact quotidien avec cette coutume. Et on s’étonne ensuite qu’ils souhaitent la reproduire ?

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Aux Jeux de Vancouver, en 2010, Marie-Philip Poulin a compté les deux seuls buts de la finale de hockey féminin. Le Canada a remporté la médaille d’or contre les États-Unis. Après la partie, la joueuse étoile a bu une cannette de Molson Canadian. Sur la patinoire.

L’histoire avait fait scandale. La chef de mission, Nathalie Lambert, s’était portée à sa défense. « Je ne suis pas certaine qu’on en parlerait si c’étaient des gars. Le hockey est tellement associé à la bière qu’on ne peut même pas imaginer qu’ils ne prendront pas une bière après la partie. »

Elle avait raison : au hockey, bière et célébration vont ensemble comme bâton et rondelle de tape. C’est comme ça aux Jeux olympiques. C’est comme ça dans la Ligue nationale. L’été dernier, Alex Ovechkin, des Capitals de Washington, est parti sur une brosse qui a duré des jours. Un zombie marchait plus droit que lui. Le tout a été documenté en vidéos et photos que les adolescents s’échangeaient par messages textes comme des cartes Pokémon.

Les jeunes joueurs, on l’a vu à Victoriaville samedi dernier, sont influencés par le mode de vie de leurs idoles. Eux aussi veulent célébrer en buvant de l’alcool. Ils sont aussi perméables à la publicité.

Un petit exercice pour vous cette semaine : calculez le nombre de références à la bière pendant un match de hockey. C’est difficile de garder le compte.

La Coupe Molson. La section Coors Light. La lumière rouge Budweiser. Les publicités télévisées. Les annonces sur les bandes. Trois arénas de la Ligue junior de l’Ontario portent des noms de marques de bière. Au Québec, la LHJMQ accepte les commandites des brasseurs même si une proportion importante de ses joueurs n’a pas l’âge légal pour boire.

« En aucun temps cela n’encourage la consommation d’alcool chez les joueurs et ils n’ont pas accès à ces produits avant, pendant ou après le match via l’organisation », m’a indiqué le directeur des communications de la ligue, Maxime Blouin.

Maintenant, juste pour bien saisir l’importance du hockey dans la mise en marché d’une bière, prenez-en une froide et réfléchissez à ceci : pendant le lock-out de la LNH, en 2012, les chutes des ventes de bière Molson au Canada ont été si graves que l’entreprise a déclaré publiquement vouloir un dédommagement de la ligue.

Considérant tous ces facteurs, ne soyez pas surpris si les jeunes hockeyeurs commettent des abus d’alcool. Ce n’est pas près d’arrêter.

Ils poursuivent simplement la tradition.

Dans un pays de hockey avec un problème de boisson.