Violence conjugale : sécuriser les victimes au maximum

Il faut avoir travaillé à la Cour du Québec pour se rendre compte des violences faites aux femmes dans notre société. À répétition, chaque lundi matin, c’était la « routine ». Certaines victimes, repentantes, voulaient retirer leurs plaintes contre leur conjoint agresseur. Pourquoi ? L’amour était plus fort que la police.

Maintenant à la retraite depuis 14 ans, la situation perdure encore et toujours au point où on ne se surprend plus de lire les dénouements violents et atroces, publiés dans les journaux, sans que ça change vraiment.

C’est de plus en plus brutal avec des massacres indescriptibles commis par les agresseurs et tueurs. Les femmes demeurent vulnérables dans de telles agressions et il faut prendre les grands moyens drastiques et efficaces pour les protéger et les sécuriser au maximum.

Denise Bombardier en a fait le sujet de son article dans le Journal de Montréal du 1er février dernier. Son constat et ses interrogations sont subtils, à la veille des actions qu’entend prendre prochainement le gouvernement de la CAQ. C’est le texte que je veux partager avec vous aujourd’hui.

VOULOIR AIMER À TOUT PRIX Denise Bombardier

« Il faut que ça bouge », a lancé mercredi la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest. Elle est sincère à n’en point douter. Son gouvernement veut renforcer la sécurité des victimes de violence conjugale. Fort bien.

Le financement des maisons d’hébergement sera haussé. Tant mieux. On imposera aux agresseurs un bracelet « anti-rapprochement ». On acquiesce. Et on obligera les médecins à signaler les cas de femmes agressées qu’ils doivent traiter. Enfin !

Cela étant dit, la violence qu’on appelle conjugale ne diminue guère dans nos sociétés officiellement sensibilisées à ce genre de problème depuis des décennies. Des hommes d’aujourd’hui tuent leur conjointe et parfois leurs enfants. Est-ce à dire que les politiques, la police et tous les professionnels encadrant les victimes échouent à résoudre ce grave problème devenu endémique ?

Il faut savoir que si cette violence est intolérable pour plusieurs, elle laisse, hélas, dans l’indifférence nombre de citoyens qui haussent les épaules en soupirant « encore une autre ». Sans parler de ces hommes enragés et haineux qui croient « qu’elle l’a bien mérité ».

Il semble interdit de tenter de comprendre pourquoi tant de femmes tolèrent pour elles-mêmes et leurs enfants la domination de leurs bourreaux. C’est en effet un des derniers tabous qu’il faut briser dans le Québec de la rectitude politique en s’interrogeant sur les motivations profondes des femmes violentées. Car on a toujours prétendu que ce serait une manière de culpabiliser ces femmes, donc d’excuser leurs agresseurs.

CULPABILITÉ MATERNELLE

Un témoignage personnel. Mon père ne nous a jamais battus, ma mère et ses enfants, mais nous avons vécu dans une violence verbale terrifiante dès le plus jeune âge. Des menaces de mort, des injures et des jurons s’abattaient sur nous, en toutes circonstances au quotidien. Je n’ai jamais compris pourquoi ma mère nous a exposés à cette vie familiale dominée par la folie paternelle.

Pourquoi tant de femmes maltraitées croient-elles qu’elles peuvent transformer par leur amour leur conjoint violent ? Pourquoi aimer de tels hommes ? Pourquoi des jeunes filles exploitées par leur proxénète persistent-elles à croire qu’il les aime ?

Qui va les convaincre de cesser de vouloir être aimées à tout prix ? Qui va les aider à devenir conscientes qu’avant d’être aimées, elles doivent être respectées ? Qui va leur permettre de se libérer de la peur paralysante que ces bourreaux suscitent chez elles ? Qui va briser pour elles ces chaînes qui les enferment dans leur statut de victimes, sinon elles-mêmes ?

CALVAIRE

Pourquoi les femmes battues, martyrisées, offensées, terrorisées retournent-elles vers le lieu de leur calvaire pour s’offrir à ceux qui les tuent, souvent en s’acharnant sur leur corps déchiqueté ?

Pourquoi à notre époque les femmes préfèrent-elles vivre dans l’enfer conjugal, craignant davantage la solitude que la mort annoncée ?

Oui, « il faut que ça bouge », Madame la Ministre, mais il faut d’abord que l’on cesse d’éduquer les femmes en les leurrant au point qu’elles préfèrent vivre avec un bourreau que seules avec elles-mêmes.

Pourquoi même les jeunes filles nourries au biberon de l’égalité des sexes se laissent-elles berner par ces brutes ?

Où est la faille ?

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