Mesdames… Petit guide d’autodéfense

Si la majorité des agressions sont commises par des personnes connues des victimes, il arrive néanmoins que l’agresseur soit un inconnu que l’on croise à la mauvaise place, au mauvais moment.

Comment désamorcer ce genre de situation ? Surtout, comment s’en sortir si ça dégénère ?

Il n’existe pas de mode d’emploi officiel sur la façon de se comporter en cas d’agression. Nombre d’outils peuvent toutefois nous aider à maîtriser une telle situation et à éviter le pire, croit Beatriz Muñoz, coordonatrice et instructrice d’Action, un cours d’autodéfense pour femmes et adolescentes du Centre de prévention des agressions de Montréal.

Ici, on n’enseigne pas à se battre contre un agresseur, mais à utiliser des moyens verbaux et physiques pour mettre un frein à l’agression et s’enfuir. Les femmes apprennent aussi que, parfois, leurs doigts, leurs poings et leurs genoux sont des armes redoutables contre le nez, les oreilles, le plexus solaire d’un assaillant.

Les coups sont aussi un dernier recours pour Chantal Lepage, instructrice d’arts martiaux et d’autodéfense, et propriétaire de l’école Onnano Autodéfense. Elle convient néanmoins que la connaissance de certaines techniques physiques peut se révéler fort utile.

LES DEUX FEMMES NOUS DISENT COMMENT RÉAGIR AUX SITUATIONS SUIVANTES :

Un individu me suit et m’interpelle…

Il existe différents moyens de maîtriser la situation lorsqu’on a l’impression d’être suivie ou lorsqu’un individu nous interpelle de façon déplacée.  « Si l’on craint pour notre sécurité, on peut sortir notre cellulaire et le mettre en mode urgence pour appeler le 911, au besoin, suggère Chantal Lepage. On peut aussi faire semblant d’appeler un ami. Si l’on préfère et que cela est possible, on peut s’éloigner et entrer dans un commerce. »

Selon Beatriz Muñoz, affronter l’individu en le regardant dans les yeux est aussi une façon de désamorcer la situation si l’on se sent la force de le faire. « Lui crier laisse-moi tranquille ! par exemple, se révèle très efficace dans certains cas, assure-t-elle. Crier n’est pas toujours nécessaire, mais cela peut nous aider à attirer l’attention des gens. »

Quelqu’un tente de voler mon sac à main…

Si l’on sent la force et qu’on a la volonté de le faire, il est toujours possible de tenir tête au voleur. Par contre, plutôt que de s’engager dans un bras de fer en tirant sur notre sac, Beatriz Muñoz conseille d’utiliser notre main libre ou nos pieds pour atteindre les parties faibles de l’assaillant et l’amener à lâcher prise. « Frapper le nez, donner un coup de genou dans les parties génitales ou encore donner un coup de pied sur les tibias sont des moyens très efficaces », assure l’instructrice.

Chantal Lepage voit aussi plusieurs façons de réagir dans une pareille situation. SDi certaines demandent un peu de pratique, le simple fait de frapper énergiquement l’individu sous le menton avec la paume de la main nous aidera à le déstabiliser.

Un agresseur m’agrippe…

Si un individu nous agrippe, il faut miser sur l’effet de surprise d’une riposte, suggère Chantal Lepage. « L’agresseur ne s’attend pas à ce que l’on réagisse, et c’est ce qui nous permet de le désarçonner, explique-t-elle. Si on nous prend pas la gorge de face, par exemple, le simple fait de lever notre bras très haut et de tourner sur nous-meme nous permettra de nous dégager. »

Peu importe le type de prise, on peut riposter en utilisant les parties libres de notre corps, souligne Beatriz Muñoz. « Si un agresseur vous saisit par-derrière, on peut lui donner un coup de tête, tordre son petit doigt ou encore frapper le dessus de son pied avec notre talon, illustre-t-elle. Les possibilités sont multiples. » L’important est de se faire confiance pour prendre la décision qui nous convient selon nos besoins, notre personnalité et la situation.

Source : Revue Coup de Pouce, juin 2018, p52

Violence conjugale : sécuriser les victimes au maximum

Il faut avoir travaillé à la Cour du Québec pour se rendre compte des violences faites aux femmes dans notre société. À répétition, chaque lundi matin, c’était la « routine ». Certaines victimes, repentantes, voulaient retirer leurs plaintes contre leur conjoint agresseur. Pourquoi ? L’amour était plus fort que la police.

Maintenant à la retraite depuis 14 ans, la situation perdure encore et toujours au point où on ne se surprend plus de lire les dénouements violents et atroces, publiés dans les journaux, sans que ça change vraiment.

C’est de plus en plus brutal avec des massacres indescriptibles commis par les agresseurs et tueurs. Les femmes demeurent vulnérables dans de telles agressions et il faut prendre les grands moyens drastiques et efficaces pour les protéger et les sécuriser au maximum.

Denise Bombardier en a fait le sujet de son article dans le Journal de Montréal du 1er février dernier. Son constat et ses interrogations sont subtils, à la veille des actions qu’entend prendre prochainement le gouvernement de la CAQ. C’est le texte que je veux partager avec vous aujourd’hui.

VOULOIR AIMER À TOUT PRIX Denise Bombardier

« Il faut que ça bouge », a lancé mercredi la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest. Elle est sincère à n’en point douter. Son gouvernement veut renforcer la sécurité des victimes de violence conjugale. Fort bien.

Le financement des maisons d’hébergement sera haussé. Tant mieux. On imposera aux agresseurs un bracelet « anti-rapprochement ». On acquiesce. Et on obligera les médecins à signaler les cas de femmes agressées qu’ils doivent traiter. Enfin !

Cela étant dit, la violence qu’on appelle conjugale ne diminue guère dans nos sociétés officiellement sensibilisées à ce genre de problème depuis des décennies. Des hommes d’aujourd’hui tuent leur conjointe et parfois leurs enfants. Est-ce à dire que les politiques, la police et tous les professionnels encadrant les victimes échouent à résoudre ce grave problème devenu endémique ?

Il faut savoir que si cette violence est intolérable pour plusieurs, elle laisse, hélas, dans l’indifférence nombre de citoyens qui haussent les épaules en soupirant « encore une autre ». Sans parler de ces hommes enragés et haineux qui croient « qu’elle l’a bien mérité ».

Il semble interdit de tenter de comprendre pourquoi tant de femmes tolèrent pour elles-mêmes et leurs enfants la domination de leurs bourreaux. C’est en effet un des derniers tabous qu’il faut briser dans le Québec de la rectitude politique en s’interrogeant sur les motivations profondes des femmes violentées. Car on a toujours prétendu que ce serait une manière de culpabiliser ces femmes, donc d’excuser leurs agresseurs.

CULPABILITÉ MATERNELLE

Un témoignage personnel. Mon père ne nous a jamais battus, ma mère et ses enfants, mais nous avons vécu dans une violence verbale terrifiante dès le plus jeune âge. Des menaces de mort, des injures et des jurons s’abattaient sur nous, en toutes circonstances au quotidien. Je n’ai jamais compris pourquoi ma mère nous a exposés à cette vie familiale dominée par la folie paternelle.

Pourquoi tant de femmes maltraitées croient-elles qu’elles peuvent transformer par leur amour leur conjoint violent ? Pourquoi aimer de tels hommes ? Pourquoi des jeunes filles exploitées par leur proxénète persistent-elles à croire qu’il les aime ?

Qui va les convaincre de cesser de vouloir être aimées à tout prix ? Qui va les aider à devenir conscientes qu’avant d’être aimées, elles doivent être respectées ? Qui va leur permettre de se libérer de la peur paralysante que ces bourreaux suscitent chez elles ? Qui va briser pour elles ces chaînes qui les enferment dans leur statut de victimes, sinon elles-mêmes ?

CALVAIRE

Pourquoi les femmes battues, martyrisées, offensées, terrorisées retournent-elles vers le lieu de leur calvaire pour s’offrir à ceux qui les tuent, souvent en s’acharnant sur leur corps déchiqueté ?

Pourquoi à notre époque les femmes préfèrent-elles vivre dans l’enfer conjugal, craignant davantage la solitude que la mort annoncée ?

Oui, « il faut que ça bouge », Madame la Ministre, mais il faut d’abord que l’on cesse d’éduquer les femmes en les leurrant au point qu’elles préfèrent vivre avec un bourreau que seules avec elles-mêmes.

Pourquoi même les jeunes filles nourries au biberon de l’égalité des sexes se laissent-elles berner par ces brutes ?

Où est la faille ?