Robert Ménard (1934-2016) : l’histoire d’un super flic

Ce policier, je ne le connaissais pas. Son surnom de « Shotgun » Ménard non plus. J’ai découvert son histoire en regardant la chaîne Historia. Le qualificatif Shotgun avait piqué ma curiosité. J’ai adoré !

Ayant vécu une adolescence trouble, il est envoyé dans une école de réforme à 13 ans, le Mont Saint-Antoine, où il restera 4 ans. Le frère Julien le prend sous son aile pour le préparer à sa vie d’adulte. Moment où il deviendra le super flic de la police de Montréal.

Il a un parcours palpitant et dangereux en même temps, mais qui le passionne. Le 31 août de la même année, après son décès, Éric Thibault publiait un condensé de son histoire et de ses exploits, dans le Journal de Montréal. C’est ce que je vous propose aujourd’hui.


DERNIER HOMMAGE AU SUPER FLIC « SHOTGUN » MÉNARD

Le sang-froid et les méthodes de dur à cuire de Robert Ménard en ont fait un policier hors du commun.

Armé de son .12 à canon tronqué, il a fait la loi dans les bars du centre-ville. Agent double, il a infiltré la mafia et joué 17 personnages en autant d’années. Sa traque des braqueurs de banque lui a valu trois balles dans le corps.

Robert Ménard est devenu une véritable légende durant ses 30 ans de carrière à la police de Montréal.

Le super flic qu’on surnommait « Shotgun » et « Crazy Bob » s’est éteint le 18 août, à l’âge de 82 ans. Retraité depuis 1989, il sera porté à son dernier repos, aujourd’hui, à Pointe-Claire.

PAS FROID AUX YEUX

« Bob était un gars spécial. Franc, honnête, travaillant, créatif. Quand tu lui donnais un os, il passait au travers », a confié au Journal André Kourie, son ami et collègue à l’escouade des vols qualifiés.

Ménard a été baptisé « Crazy Bob » durant ses années comme agent double. Personnifiant un électricien de 1970 à 1975, il a loué le logement au-dessus du Reggio Bar et enregistré tout ce qui se disait au quartier général de la mafia.

« Son plus grand exploit est d’être parvenu à gagner la confiance du plus puissant mafioso de l’époque, Paolo Violi. Ménard savait qu’il pouvait se faire découvrir à tout moment et qu’on n’aurait pas hésité une seconde à le tuer. C’était un policier hors du commun qui n’avait pas froid aux yeux », évoque l’auteur Pierre De Champlain, ex-analyste du renseignement à la GRC.

« PERSONNE NE BOUGE ! »

Robert Ménard a aussi fait partie de « la patrouille de nuit », où les policiers réprimaient le trafic de drogue, les paris illégaux et la prostitution.

« Quand il y avait des descentes dans les clubs de nuit, Bob montait sur le stage avec son .12 et criait : “ Personne ne bouge, vos mains sur la table ! ”. Ça ne s’obstinait pas ! », se souvient André Kourie, évoquant l’origine du sobriquet « Shotgun » de son camarade.

En 1985, Ménard a été grièvement blessé quand des braqueurs de banque l’ont atteint de trois projectiles.

Trente ans plus tard, le retraité, contraint de se déplacer avec une canne, refusait de prendre des médicaments pour calmer ses douleurs durant le tournage de Shotgun Ménard, un documentaire sur sa vie diffusé sur Historia.

« C’était une force de la nature. Et un être extrêmement tendre et attachant, sous sa carapace de dur à cuire », a témoigné le réalisateur Frédéric Gieling.

LA CARRIÈRE D’UNE LÉGENDE

DÉBUTS FRACASSANTS

Entré à la police de Montréal en 1959, Robert Ménard est assigné au poste 14, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Dès sa première journée, il court après deux hommes qui venaient de voler une radio dans une auto et les maîtrise à coups de matraque, ce qui lui vaudra des remontrances de son supérieur. « Il disait qu’avec les criminels, le langage de la violence était parfois le seul qu’ils comprenaient. Mais il n’éprouvait pas de plaisir à utiliser sa matraque. Ni son shotgun, qu’il a gardé après sa retraite et qu’il a refusé de me montrer, parce qu’il ne voulait pas être show off », révèle Frédéric Gieling, réalisateur du documentaire Shotgun Ménard.

POLICIER AUX 17 VISAGES

Robert Ménard a incarné 17 personnages en autant d’années comme agent double, pour infiltrer des organisations criminelles et recueillir des preuves. Il a notamment personnifié un poète hippie pour tenter de démasquer des poseurs de bombes du FLQ, est devenu chauffeur de taxi durant l’Expo 67 et a reçu des confessions de prisonniers en se faisant passer pour un prêtre. « Il faut être un bon acteur pour faire ce travail. Il faut avoir l’instinct du chasseur et contrôler sa peur », disait-il dans la revue de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, La Flûte, au printemps 2006.

VOISIN DU PARRAIN

En décembre 1970, Ménard se fait passer pour un électricien appelé Robert Wilson pour convaincre le mafioso et futur parrain Paolo Violi de lui louer son logement situé au-dessus du Reggio Bar, alors considéré comme le quartier général du clan mafieux calabrais, à Saint-Léonard. Pour en mettre plein la vue à Violi, il arrive au bras d’une jolie blonde, qui était la conjointe d’un collègue du policier.

Le repaire de la mafia est ensuite truffé de micros reliés à un dispositif d’enregistrement que Ménard camoufle dans un buffet, à l’intérieur de l’appartement. Durant cinq ans, l’agent double enregistre tout ce qui se dit à l’intérieur de l’antre de Violi. La Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO) en fera ses choux gras. Violi, à qui on ne pardonnera pas cette erreur, sera assassiné le 22 janvier 1978.

« Le grand mérite de la mission périlleuse de Ménard aura été de permettre une grande avancée dans la compréhension des rouages et du fonctionnement interne de la mafia montréalaise de l’époque, et de connaître l’étendue de ses liens avec les autres groupes mafieux de Toronto, de New York et d’Italie », a expliqué l’auteur Pierre de Champlain, spécialiste du crime organisé.

CHASSE AUX BRAQUEURS

Au début des années 1980, « Crazy Bob » est promu à l’escouade des homicides et des vols qualifiés. Ses exploits seront honorés par l’Association des banquiers canadiens. Mais à l’époque, Montréal est surnommée « la capitale des vols de banque » et cette traque est parfois explosive.

Le 31 janvier 1985, Ménard et un de ses partenaires abattent deux jeunes dans la vingtaine, Roch Blais et Michel Deaudelin, qui ont pointé leur arme vers les policiers après avoir dérobé 1130 $ dans un supermarché Steinberg de la rue Notre-Dame. « Je lui ai crié “Police, lâche ton arme”, mais il l’a plutôt pointée vers moi. J’ai tiré quatre coups avec ma mitraillette », avait témoigné Ménard devant le coroner Roch Héroux, qui a blanchi les enquêteurs.

TROIS BALLES DANS LE CORPS

Le 28 mars 1985, Robert Ménard et un coéquipier arrivent en trombe près d’une banque de LaSalle où deux braqueurs viennent de commettre un vol à main armée d’une valeur de 13 232 $. Une fusillade éclate, durant laquelle pas moins de 143 coups de feu sont tirés. L’un des voleurs, Marc Loranger, perd la vie et son complice, Christian Bouchard, est blessé. Ménard, lui, a un poumon perforé par un projectile et sa jambe gauche restera partiellement paralysée par deux autres. « Il n’était pas question que des bandits aient ma peau », a-t-il dit en 2006 dans un article du magazine de la Fraternité des policiers de Montréal.

HONORÉ EN SICILE

À l’automne 2005, Robert Ménard est devenu citoyen d’honneur de la province sicilienne d’Agrigento, dont les autorités ont voulu souligner son travail d’agent d’infiltration du clan Cotroni-Violi à Montréal. Les enregistrements réalisés par Ménard avaient aussi permis d’appréhender plusieurs membres de la mafia italienne. Ménard a pris la peine de prononcer son discours de remerciement en italien et de souligner le travail de tous ses collègues de la police de Montréal.

Retraité en 1989, il est décédé le 18 août 2016, à l’âge de 82 ans.

NDLR : Si vous voulez visionner les épisodes du documentaire, faites une recherche sur Internet avec « Shotgun Ménard » et vous pourrez voir la série de vidéos pour visionnement.