Négocier avec l’« ami » Donald

Un jour l’ALENA est sur le point de se régler, le lendemain, la menace de tout arrêter plane. Donald veut des ententes bilatérales, Justin n’est pas tellement d’accord. La semaine suivante, on recommence et la roue tourne comme ça au gré des volontés de Donald.

Stéphane Laporte a dépeint l’« ami » Donald, dans son papier du 2 juin dernier publié sur La Presse + et je l’ai trouvé tellement juste et pertinent, que je ne peux m’empêcher partager ce petit bijou avec vous. Le voici.

COMMENT NÉGOCIER AVEC DONALD TRUMP

Quel est le livre préféré de Donald Trump, après la Bible? The Art of the Deal. Qui en est l’auteur? Donald Trump.

Cet ouvrage, publié en 1987, a fait de Donald Trump l’homme d’affaires le plus médiatisé des États-Unis. Ça raconte l’histoire du Donald. Sa vertigineuse ascension dans le monde financier new-yorkais. Et ça transmet le mode d’emploi de l’art de négocier.

Premièrement, avoir des objectifs ambitieux. On refait toutes les ententes avec tous les pays. America first. Les autres, derniers. On écrase. On saigne. On pulvérise. L’Amérique n’a pas besoin d’amis. L’Amérique n’a besoin que de l’Amérique.

Deuxièmement, être prêt à rompre les négociations en tout temps. On négocie. On négocie plus. On négocie. On négocie plus. On fait un sommet, on en fait pas. On fait un sommet, on en fait pas. On négocie l’ALENA, on scrappe l’ALENA. On négocie l’ALENA, on scrappe l’ALENA. Des observateurs disent que Trump ne cesse de changer d’idée. Faux.

Trump ne change pas d’idée. Il négocie. Trump n’est pas fou. Il joue au fou avec vous.

Troisièmement, faire des concessions sur des niaiseries qui ne concernent pas vraiment le sujet des négociations. Je vais faire un selfie avec vous. Je vais nettoyer vos pellicules. Je vais vous accepter sur Twitter. Votre pays pourra gagner Miss Univers. N’importe quoi. Pourvu que ça ne coûte rien.

Quatrièmement, quand l’accord intervient, il faut s’en attribuer le mérite. Tout le mérite. J’ai baisé la Corée du Nord, à moi le prix Nobel! J’ai arnaqué le monde entier, à moi la réélection!

Trump préside les États-Unis comme il gère ses affaires. En suivant le même crédo. En appliquant The Art of Deal. Maintenant, comment faire pour ne pas se faire arnaquer par lui?

Depuis cette semaine, le Canada est en guerre avec les USA. Trump a imposé des tarifs additionnels de 25% sur l’acier canadien et de 10% sur notre aluminium. Trudeau a répliqué en ajoutant des surtaxes sur plusieurs produits américains, dont la pizza, les quiches, le yogourt, le whisky, les cartes à jouer et les sacs de couchage. Ayoye! ça joue dur.

Si votre projet de vacances, c’est d’aller en camping en dormant dans un sac de couchage neuf, en buvant du Jack Daniel’s, en mangeant de la pizza et en jouant au poker, allez acheter tous les accessoires nécessaires à votre bonheur avant le 1er juillet. Sinon, vous pourrez toujours vous rouler un gros joint, pour oublier la surtaxe.

Tôt ou tard, quand les lobbys de la quiche et du yogourt auront mis de la pression sur le gouvernement américain, ce dernier devra revoir ses mesures économiques et s’entendre avec le Canada.

Faudra négocier. D’ailleurs, faut toujours négocier. Depuis que Trump est au pouvoir, le Canada et les États-Unis ne font que ça, négocier et renégocier un ALENA qui n’aboutit pas.

Mais comment négocier avec Donald Trump sans se faire avoir? C’est simple. Il faut lui renvoyer la balle.

Quand le Canada négocie avec les Américains, il cherche un compromis qui ne choquera pas les Américains. C’est pas ça qu’il faut faire. Règle numéro un : être ambitieux. Il faut vouloir purger les USA. Déculotter Donald. Il faut viser le meilleur deal pour le Canada. Point.

Il faut aussi que Justin annule ses rendez-vous avec Donald. Qu’il lui pose un lapin. On va se parler au G7. Non, on ne se parlera pas au G7. Je vais aller à Washington. Non, je n’irai pas à Washington. Trump ne respecte que les pays qui lui tiennent tête. Il faut lui faire face avec attitude, comme dirait Marc Bergevin. Juste avant la photo officielle, lui replacer la grosse couette orange dans son toupet.

Faut pas dire que les États-Unis sont nos amis. Surtout pas. Faut dire que c’est une grosse puissance qui nous exploite. Qu’ils profitent de nous. Depuis toujours. Et que ça a assez duré. Qu’il faut enfin se tenir debout. Trump diabolise toujours ses adversaires. Il faut renverser les rôles. Ce qui ne devrait pas être trop compliqué. Diaboliser Trump, c’est un euphémisme.

Ne pas oublier de faire des concessions niaiseuses. Donner à Donald la plus belle chambre lors du G7 à Charlevoix. Envoyer des selfies de Justin à Ivanka. Ne pas taxer Netflix. Ah non, ça, c’est déjà fait.

Pour ce qui est du quatrième point, s’attribuer le mérite de l’entente conclue, c’est peine perdue. Justin pourra bien essayer de le faire, il n’y arrivera pas. Donald se vante de tout.

La détente entre les deux Corées, c’est Donald. Le redressement économique, c’est Donald. La montée de la CAQ, c’est Donald. Tout est grâce à Donald. Trump aime tellement s’attribuer le mérite pour tout qu’il faut s’en servir quand on négocie avec lui. Il faut le flatter dans le sens du cheveu.

Son besoin d’attention est si grand qu’à bien y penser, oubliez les quatre points, la meilleure façon de négocier avec Trump, c’est de l’ignorer. Totalement. Ne pas répondre à ses attaques. Ne parler que de Poutine. Ne transiger qu’avec Poutine. Louanger Poutine. Critiquer Poutine, Avoir du Poutine plein les médias.

Seul et délaissé, Donald Trump
ne pourra faire autrement que d’être gentil pour que l’on s’intéresse à lui.

Qu’il apprenne enfin que l’art de négocier, c’est le talent de trouver ce qu’il y a de meilleur pour les deux parties.