Individualisme et désobéissance

Le gouvernement proposait de permettre de fêter Noël en famille, certes limitée, si le nombre d’éclosions journalières descendait sous la barre des 1000 cas. Dès le lendemain, la montée vers le haut s’accentuait rapidement. L’abolition de cette promesse devenait la seule solution. On bat records par-dessus records depuis ce temps. Au-delà des 2 000 cas journaliers.

Le gouvernement proposait de ne pas aller à l’étranger et risquer de se faire contaminer, pour éviter de surcharger les hôpitaux au retour. Dès cette annonce, les compagnies aériennes faisaient des affaires d’or et l’aéroport de Montréal était toujours bondée à l’approche du 25 décembre. On ne les entend plus se plaindre.

Les snowbirds ne peuvent pas se passer du soleil, alors ils partent quand même.

Quand on sait qu’on en voit de moins en moins au soleil, passé les 76 ans, ils vont sûrement mourir avant d’atteindre les 80 ans, parce que, ne l’oublions pas, le Québec c’est l’Arctique. 13°C le 25 décembre, c’est ce qu’on a eu.

Les journalistes interrogent les gens pour savoir s’ils dénonceraient leurs voisins qui tiennent des réceptions à Noël. Les réponses : non en forte majorité. Pourquoi ? Ce sont des mous, des individualistes ! Toujours le je, me, moi, où la peur du méchant voisin. Allez savoir.

On vit dans une société où on ne fait que se regarder le nombril. Encore pire depuis que nos voisins du Sud sont dirigés par un fou furieux, un débile qui rejoint, malgré tout plusieurs millions de suiveux.

C’est maintenant le portrait dégueulasse de l’Amérique. On a été contaminé par un air bête, un bipolaire qui refuse toujours sa défaite. Un despote qui menace d’avoir recours à la loi martiale pour rester président. Soutenu sauvagement par plus de 70 millions de crétins et d’enragés, on en a enfermé pour moins que ça !

Nos gouvernements doivent sanctionner sans réservent ceux et celles qui ont osé le défier en ne pensant qu’à leur petite personne. Aucune tolérance, ne serait-ce que pour apaiser la grogne de ceux et celles qui ont fait et entretenu l’effort depuis mars dernier.

Richard Martineau rejoint ma pensée dans un article qu’il a publié dans les pages du Journal de Montréal du 22 décembre dernier. Voici ce qu’il dit de notre lien social et notre solidarité.

QUI BRISE LE LIEN SOCIAL ?

« La dictature sanitaire brise le lien social », ai-je lu cette semaine.

Vraiment ?

J’habite peut-être un univers parallèle, où le mot « dictature » veut encore dire quelque chose, mais je n’ai absolument pas la même lecture de la situation.

Savez-vous ce qui brise le lien social, selon moi ?

Les gens qui se foutent des autres.

Ça, ça fout une société à terre.

LE DÎNER DE CONS

C’est ma découverte de l’année.

Je ne savais pas qu’il y avait autant de gens qui se foutaient des autres au Québec.

Je croyais que nous étions plus solidaires.

Mais la pandémie nous a permis de voir que René Lévesque s’était mis un doigt dans l’œil jusqu’au coude lorsqu’il a dit que nous formions « quelque chose comme un grand peuple ».

Le peuple québécois est un peuple comme les autres. Ni plus grand ni plus petit.

Ordinaire.

Le boutte du boutte, selon moi, a été atteint au centre commercial Place Rosemère.

Oh, il y a eu des rassemblements plus gros. Des partys illégaux de jeunes qui se croyaient protégés par leur âge, des mariages juifs hassidiques qui se croyaient protégés par leur dieu, des manifs de conspirationnistes qui se croyaient protégés par leur « savoir » et leur « sagacité »…

Mais la danse de Place Rosemère occupe une place spéciale dans mon Panthéon personnel du « je-m’en-foutisme ».

Un étalement de bêtise « de classe mondiale », pour reprendre les mots de Thierry Lhermite dans Le dîner de cons.

Qui, vous vous souvenez sûrement, disait aussi : « Il n’y a pas de mal à se
moquer des abrutis, ils sont là pour ça, non ? »

Ces danseurs étaient tout fiers de montrer qu’ils se foutaient des autres. Tout contents.

Légers. Libérés, enfin, de l’obligation d’agir comme des citoyens responsables.

Heureux de se trémousser le nombril.

CONFORT ET INDIFFÉRENCE

Ma phrase de l’année ? « Je suis en forme, même si j’attrape la COVID, je n’en mourrai pas. »

Vous imaginez le vide intellectuel que ça prend pour dire ça ?

Même pas capable de penser qu’ils peuvent avoir contracté le virus, ne pas présenter de symptômes et de propager à d’autres, qui, eux, en crèveront.

Trois degrés de séparation de leur égo, c’est trop pour eux. Ils ne peuvent compter jusque-là.

Comme ces biens pensants qui sont tout fiers de dire qu’eux ne seront jamais des « mouchards » ou des « porte-paniers ».

Mes voisins organisent un super gros party ? Bof, pourvu que les gouttelettes qu’ils projettent ne se rendent pas jusqu’à mon nez, je m’en fous.

Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Ça ne me regarde pas.

Il est chanceux, le virus.

Il est apparu juste au bon moment.

À l’ère du confort et de l’indifférence.

À une époque où tout ce qui compte, en Occident, est le bonheur individuel.

Il y a quelques décennies, les Occidentaux avaient la couenne dure. Ils étaient prêts à faire tous les sacrifices pour protéger leurs proches.

Aujourd’hui, vous leur demandez de porter un masque quand ils vont acheter leur caisse de bières, et ils crient à la dictature.

COMME DES GRANDS

Quoi qu’en pensent nos bons libertariens, on n’a pas besoin du « méchant » gouvernement pour briser le lien social.

Nous sommes capables de le faire nous-mêmes.