En septembre 1960, je me retrouvai seule avec 6 enfants affamés et seulement 75 sous en poches. Les 5 garçons avaient entre 3 mois et 7 ans ; leur sœur avait 2 ans. Mon mari était parti. Chacun d’eux craignait sans cesse la présence de leur père.
À chaque fois qu’ils entendaient le son des pneus de la voiture au contact du gravier de l’entrée, ils se précipitaient pour aller se cacher sous leurs lits. Il s’arrangeait pour laisser 15$ par semaine pour l’épicerie et il buvait le reste.
Après son départ, les enfants ne seraient plus battus mais il fallait trouver un moyen pour les nourrir et les vêtir. S’il y avait un système d’aide sociale en force dans le sud de l’Indiana à cette époque, je n’en savais absolument rien.
Un jour, j’enfilai la plus belle robe que j’avais moi-même confectionnée, donnai un bain aux enfants et les montai à bord de la vieille Chevrolet 51 toute rouillée, pour aller à la quête d’un emploi. Tous ensembles nous fîmes la tournée d’usines, magasins et restaurants de notre petite localité.
Les enfants restèrent calmement dans la voiture pendant que j’essayais de convaincre un employeur que j’étais prête à apprendre et à faire n’importe quoi. Il me fallait un emploi à tout prix. Le dernier endroit que j’ai visité, à quelques milles hors de notre ville, était un arrêt de camionneur. Il portait le nom de LA GRANDE ROUE.
Une vieille dame nommée Granny, propriétaire de la place, écoutait ma requête tout en jetant de temps en temps un coup d’œil sur les enfants dans l’auto. Elle me répondit qu’elle avait besoin d’une personne pour le quart de nuit, de 23 heures à 7 heures. À 65 sous de l’heure, je pouvais commencer le soir même. Je lui dis de ne plus chercher.
Je retournai rapidement à la maison. J’appelai l’adolescente qui gardait les enfants des gens des environs. Je m’entendis avec elle pour qu’elle passe la nuit chez moi, qu’elle dorme sur le divan à raison d’un dollar par soir. Après une courte discussion, elle accepta. Elle pouvait arriver en pyjama puisque les enfants seraient déjà au lit.
Ce soir-là moi et mes enfants remerciâmes Dieu de m’avoir aidée à trouver du travail. Après l’arrivée de la gardienne, je partis pour commencer à travailler à LA GRANDE ROUE. Le matin venu, je retournai à la maison, éveilla la gardienne pour qu’elle retourne chez elle avec un dollar puisé à même mes pourboires, soit la moitié de ce que je recevais chaque soir.
Après quelques semaines, les factures de chauffage diminuèrent mes faibles gages. Puis, les pneus usés de la vieille Chevrolet commencèrent à se dégonfler régulièrement. Je devais les souffler en allant au travail et en retournant à la maison. Un matin d’automne, je fus surprise de trouver 4 pneus neufs sur la banquette arrière. Je me posai la question : Est-ce que des anges s’étaient installés en Indiana ???
Sur ma route de retour je m’entendis avec le garagiste. En échange de l’installation des pneus, je m’engageai à faire un bon ménage de son bureau. Notez que ça m’a pris beaucoup plus de temps à brosser son plancher que la période nécessaire pour la pose des pneus. Je travaillais maintenant 6 soirs mais c’était toujours insuffisant.
Noël approchait et je savais qu’il n’y aurait pas d’argent pour acheter des jouets aux enfants. Je trouvai un vieux gallon de peinture rouge et commençai à réparer et peindre de vieux jouets. Je les cachais au sous-sol afin que le Père Noël puisse livrer quelque chose le matin de Noël. Les vêtements étaient un autre problème. Je parvenais à faire de multiples réparations sur les pantalons des garçons mais fallait se rendre à l’évidence que l’on ne pouvait plus rien faire tellement ils étaient usés.
La veille de Noël, les clients réguliers, soit les camionneurs LES, FRANK, JIM et un patrouilleur du nom de JOE buvaient du café. Quelques musiciens, après un contrat à la Légion, jouaient à la machine à boule. JOE et les autres jasèrent jusqu’aux petites heures et partirent avant le lever du soleil.
Lorsque vint le temps pour moi de partir, à 7 heures, le matin de Noël, je fus à nouveau surprise de voir la banquette arrière de ma vieille Chevrolet bourrée de boîtes de toutes les dimensions. Je m’empressai d’ouvrir la portière du conducteur, je m’agenouillai sur le siège en faisant face au siège arrière. J’allongeai la main pour retirer le couvercle de la grosse boîte pour constater qu’elle était remplie de JEANS bleus de grandeur entre 2 et 10. Je pris la boîte tout près pour constater qu’elle était remplie de chemises qui accompagnaient les JEANS.
Je jetai un coup d’œil à l’intérieur des autres boîtes pour constater qu’il y avait des bonbons, cacahouètes, bananes et des sacs d’épiceries. Il y avait un énorme jambon avec des légumes et des patates en boîtes. Il y avait du pudding, du Jell-O, des biscuits, de la farine et des garnitures pour tartes. Il y avait un autre sac plein d’articles pour le lavage et le nettoyage. Et finalement sur l’autre siège, 5 camions et une jolie poupée. Après avoir repris mes esprits je m’empressai de me mettre en route vers la maison.
En sillonnant les rues désertes au lever du soleil du plus beau matin de Noël de ma vie, je ne pouvais m’empêcher de sangloter en remerciant Dieu dans sa grande miséricorde. Je n’oublierai jamais la joie sur les visages de mes enfants ce matin-là. Oui, je suis certaine qu’il y avait des anges en Indiana ce décembre-là. Et ils fréquentaient LA GRANDE ROUE.
Au village du Père Noël, les lettres d’enfants qui commandent des jouets arrivent du monde entier. Les sacs de courrier s’entassent et forment une pyramide géante devant la maison des lutins.
– Il y a chaque année plus de lettres, grogne Toudou.
– Nous n’arriverons jamais à tout lire, ajoute Gouzi.
De sa maison, le Père Noël surprend leur conversation.
– Pas de panique, les lutins, dit-il. J’ai inventé une machine extraordinaire, la « machine à lire les rêves d’enfants ». Suivez-moi.
Au milieu de l’usine de jouets. Ils découvrent une drôle de machine qui ressemble étrangement au Père Noël !
Soudain, ses yeux clignotent, ses joues roses s’illuminent et sa bouche s’anime :
– Bonjour, je suis la machine à lire les rêves d’enfants, dit-elle. Glissez le courrier dans ma bouche-boîte aux lettres. Je le lis à votre place et je vous donne la liste des jouets à fabriquer.
Les lutins n’en croient pas leurs yeux. Mais le Père Noël interrompt leur rêverie :
– Au travail, les lutins. Allez vite chercher les lettres des enfants.
Les lutins organisent une longue farandole qui part du sommet de la pyramide de courrier jusqu’à la machine à lire.
Gouzi, le dernier lutin. Glisse une à une les lettres d’enfants dans la bouche-boîte aux lettres qui se met à parler :
– Juliette rêve d’une trottinette, Hugo voudrait un vélo, Yvette demande une dînette…
La machine à lire travaille à toute allure. Sa bouche avale des centaines de lettres et dévoile aux lutins les rêves secrets des enfants du monde.
Aussitôt, ils se mettent à l’ouvrage et fabriquent des trottinettes, des vélos, des dînettes, des tambours, des poussettes… Soudain, la machine à lire s’exclame :
– Pour Noël, Chloé voudrait un petit frère !
Les lutins sont bien embêtés.
– Nous ne savons pas fabriquer des bébés, s’exclame Gouzi.
La machine à lire leur sourit et répond :
– Si vous fabriquez un poupon à notre petite Chloé, je crois qu’elle sera ravie de s’en occuper !
– Bonne idée, s’écrient en chœur les lutins.
– Les petites filles adorent les poupons. Elle va pouvoir en prendre soin, lui donner un biberon, lui changer ses couches, le promener, l’habiller. Et pour le petit frère, laissons Chloé rêver !
Histoire de Clothilde Cacheux
Illustrations par Quentin Greban
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2004
Ce qui fait la riche beauté de la langue française, c’est la diversité de ses mots et la contradiction qu’ils peuvent exprimer dans une simple phrase. Les quelques perles qui suivent en sont des exemples éloquents…
Pourquoi dit-on qu’il y a un embarras de voitures quand il y en a trop, et embarras d’argent quand il n’y en a pas assez ?
Pourquoi parle-t-on des quatre coins de la Terre, alors qu’elle est ronde ?
Quand un homme se meurt, on dit qu’il s’éteint et quand il est mort, on l’appelle feu ?
Pourquoi appelle-t-on coup de grâce le coup qui tue ?
On remercie un employé quand on n’est pas content de ses services.
Pourquoi dit-on d’un pauvre malheureux, ruiné et qui n’a même plus un lit
dans lequel se coucher, qu’il est dans de beaux draps ?
Comment distinguer le locataire du propriétaire lorsque ces deux personnes vous disent à la fois : Je viens de louer un appartement ?
Pourquoi un bruit transpire-t-il avant d’avoir couru ?
Pourquoi lave-t-on une injure et essuie-t-on un affront ?
On passe souvent des nuits blanches quand on a des idées noires.
Pourquoi, lorsqu’on veut avoir de l’argent devant soi, faut-il en mettre de côté ?
Pourquoi, lorsque vous ne partagez pas l’avis de quelqu’un, dit-on que les avis sont partagés ?
Et pour en terminer, réjouissons-nous que ce soient les meilleurs crus qui donnent les plus fortes cuites.
– Alors, comment vais-je décorer mon sapin cette année? se demandait l’écureuil, bien au chaud dans son tronc d’arbre à étages aménagé. Avec toutes les décorations que j’ai récoltées pendant l’année, je peux le faire rouge et doré, ou bleu et argenté, ou avec des boules de toutes les couleurs et du pain d’épices en forme de coeur. J’ai l’embarras du choix. Mais qui va là? demanda l’écureuil, entendant qu’on frappait à sa porte.
– C’est moi, le Docteur hibou. Les animaux de la forêt m’ont dit que tu avais plein de décorations de Noël dans ta maison. Avec cette épidémie de grippe, je n’ai pas eu une minute pour faire mon sapin. Je peux t’emprunter deux ou trois bricoles?
– Mais bien sûr, dit l’écureuil. Tiens, prend ça, et ça, et ça, de quoi faire un beau sapin rouge et doré.
Le Docteur hibou eut du mal à s’envoler pour retourner chez lui avec plein de décorations sous chaque aile!
– Qu’est-ce que c’est? demanda l’écureuil, entendant qu’on tapait du pied au bas de son arbre.
– C’est nous, les lapins. On revient de notre spectacle de claquettes pour lequel on a répété toute l’année. On n’a pas eu une minute pour faire notre sapin. Tu n’aurais pas deux ou trois décorations à nous prêter?
– Tenez, prenez ces boules et ces guirlandes, voilà de quoi faire un beau sapin bleu et argenté.
– Merci, écureuil, et joyeux Noël!
– Bon, si ça continue comme ça, je n’aurai plus rien pour décorer mon sapin, se dit l’écureuil.
Il eut à peine le temps de poser sa patte sur la première marche de son escalier en colimaçon qu’on grattait encore à sa porte.
– Quoi encore? dit l’écureuil un peu énervé.
– C’est moi, le mulot. Je viens d’être papa d’un petit bébé mulot! Alors, le sapin de Noël, ça m’est un peu passé au-dessus des oreilles. Tu pourrais pas me dépanner de deux ou trois décorations?
– Mes félicitations et voilà de quoi décorer toute ta maison!
Et l’écureuil lui tendit ses dernières décorations. Quand il referma sa porte, il ne lui restait plus rien pour décorer son sapin : ni boules, ni guirlandes, ni coeurs en pain d’épices. Rien!
– Ce n’est pas possible, se dit l’écureuil qui ne se laissait pas abattre facilement. Je ne vais tout de même pas fêter Noël sans un beau sapin décoré! Voyons, qu’est-ce que je pourrais trouver pour remplacer les décorations que j’ai données? Des casseroles et des couverts? Non, ça ne fera pas l’affaire! Des chaussures et des chaussettes? Ça fera bête! Des boutons et des rubans? Ça fera trop gnangnan!
Soudain, il aperçut dans un coin ses sacs de noisettes de réserve pour l’hiver.
– Ça y est, je sais, je vais décorer mon sapin avec des noisettes! Je ferai des trous dedans, passerai un joli fil doré, les peindrai de mille couleurs acidulées et le tour sera joué.
Il travailla toute la nuit et, le lendemain, il invita ses amis :
– Regardez mon beau sapin couvert de noisettes colorées, leur dit-il. Ça c’est un vrai sapin d’écureuil, foi de moi!
Histoire de Claire Renaud
Illustrations par Marianne Dupuy-Sauze
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2004
Au pays des lutins d’en haut, tout là-haut, dans les nuages, on s’agite, on se bouscule! Cette nuit, les lutins d’en haut s’apprêtent à envoyer leurs cartes de vœux aux lutins d’en bas. Chacun à leur tour, ils détachent un petit morceau de nuage et, tout doucement, lui chuchotent un message de paix destiné à leurs frères de la Terre.
– Joyeux Noël et que l’année soit douce, murmure Bouboule, le lutin joufflu.
– Paix et amour, susurre Fil de Fer, le lutin maigrelet.
Dame Lune, ronde pour l’occasion, surveille les opérations.
– Préparez-vous, dit-elle, plus qu’une minute avant minuit!
Tout là-haut dans le ciel, des milliers de lutins s’assoient tout autour des nuages, gardant précieusement dans le creux de leurs petites mains leur minuscule morceau de nuage. Tout à coup, Dame Lune lance le signal de départ :
– Un, deux, trois, soufflez!
Les lutins, les joues gonflées comme des petites billes, s’époumonent et envoient tous ensemble leur morceau de nuage-carte de vœux en direction de la terre. C’est la plus belle averse de neige de l’année, éclairée par Dame Lune. En bas, les lutins de la Terre sortent de leurs cachettes. Vêtus des rayons de la lune, chaussés de bottes de cristal, nul ne saurait distinguer les lutins d’en bas sur la neige. Pourtant, ils sont des milliers à récolter leurs cartes de vœux dans leurs petites mains. Ils les approchent du creux de leurs minuscules oreilles et écoutent le message des flocons.
– Youpi, Bouboule me souhaite un merveilleux Noël, déclare Berlingot.
– Et moi, Fil de Fer m’envoie paix et amour, ajoute Beaudet.
Chaque lutin a droit à son petit flocon-carte de vœux. Quand ils ont tous terminé leur lecture, ils forment une grande ronde en chantant leur ritournelle :
– Nous sommes les lutins d’en bas, êtres de lune et de cristal, après les cartes de vœux, nous pouvons ouvrir le bal!
Toute la nuit, les lutins d’en bas dansent et tournoient sur la neige. Du haut de leurs nuages, les lutins d’en haut, qui ont la vue perçante, leur adressent de grands signes. Mais les lutins d’en bas ne les voient pas! Bouboule gesticule tant et tant qu’il manque de tomber dans le ciel. Heureusement, Dame Lune le rattrape par la peau du dos.
– Eh bien, Bouboule, sourit Dame Lune, tu te prends pour un flocon-carte de vœux!
Dame Lune lui adresse alors un clin d’œil qui, durant quelques instants, plonge les lutins d’en bas dans le noir.
– Il est temps d’aller nous coucher, déclarent-ils, et tous les lutins se précipitent dans leurs cachettes.
Histoire de Clotilde Cacheux
Illustrations par Quentin Greban
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2004
Depuis un bon moment, on nous parle de notre environnement, de réchauffements climatiques et surtout des moyens à prendre pour en ralentir leur progression. Des pays se sont rassemblés pour en discuter dernièrement à Paris, et se mettre d’accord sans vraiment préciser leurs moyens. Une brochette de pays dans le vaste univers de cette planète bleue. Qu’est-ce qu’on fait des autres pays qui n’y participaient pas, ceux qui ont un impact majeur sur ces changements et qui n’ont aucunement pris part à cette importante réunion.
À prime abord, moi je suis sceptique. C’est sûr que des changements s’observent, que notre boule se réchauffe, mais n’est-ce pas l’évolution normale de notre terre vielle de milliards d’années. Probablement accéléré par les habitudes des peuples qui l’habitent. Quoi qu’il en soit, je veux bien faire ma part mais la question qui me préoccupe est de savoir quel impact j’aurai si je suis le seul à m’en soucier? Est-ce une volonté planétaire? J’en doute un peu!
Prenons un exemple concret sur un aspect de l’actualité du Québec. Il est infime j’en conviens, mais réel; les sacs de plastique à usage unique, comme on les appelle. Ces sacs que les épiciers notamment, nous vendent 5 cents depuis des lunes. On dit qu’ils mettent 100 ans à se désintégrer et que c’est un irritant majeur à notre environnement. Pire encore, la grande agglomération du Montréal métropolitain veut les interdire et les faire disparaitre complètement de la circulation d’ici deux ans.
Personnellement, je leur donne une seconde vie pour mettre les déchets de cuisine dedans alors, que vais-je faire? En acheter d’autres pour mes poubelles? C’est quoi la différence? Serons-nous les seuls à faire notre part? Ici en Floride, ces sacs sont distribués par les détaillants à la même vitesse qu’on expulse les papiers mouchoirs de leur boîte. Ils mettent souvent un seul article à l’intérieur et pour une commande d’une centaine de dollars, vous pouvez facilement vous retrouver avec une bonne quinzaine ou vingtaine de sacs… Et ils n’en demandent aucun sous. C’est gratos! Pourquoi ne sont-ils pas assujettis aux mêmes règles? Pourquoi n’ont-ils pas la même conscience écologique? Et ce sont nos voisins! Alors imaginez à l’autre bout de la terre.
Et je ne parle que de ces minuscules sacs d’épicerie. Imaginez tout ce qui pollue sur cette planète et qui est laissé à la discrétion des pays qui s’en foutent éperdument? On arrivera assurément au même résultat catastrophique. C’est sur cet aspect que je m’interroge. Où est l’effort collectif de la race humaine? En France, il s’est dit plein de choses, de beaux et grands mots vides de sens. Des affirmations de politiciens qui ne veulent absolument rien dire et qui ne m’ont pas convaincu.
Pour terminer sarcastiquement cet article, hier, Michel Beaudry, dans sa chronique du Journal de Montréal, terminait sa réflexion ainsi :
« À chacune des grandes réunions des décideurs du monde sur le sujet, comme celle de Paris, on a toujours l’impression, à la fin, d’assister à l’accouchement d’une souris. Que tout le monde retourne dans ses affaires en continuant la même routine que la semaine précédente. Dans la vraie vie, le réchauffement climatique peut être ralenti, mais il ne s’arrêtera pas. Certains gaz à effet de serre ont une vie d’une centaine d’années et ils ont été lâchés. Trop tard. Je m’excuse, mais je suis obligé de me réjouir. Vrai que des tortues vont changer de territoire, que le blé d’inde va pousser plus vite, que les ours polaires vont bientôt se sentir dépaysés, mais moi, je devrais moins geler, moins payer et moins pelleter. Je veux bien me plaindre, mais je ne suis pas capable. »
Voilà!
Au royaume du Père Noël, Mastro et Lindo, les deux elfes de ménage, bavardent gaiement :
– Heureusement que nous sommes là pour aider le Père Noël. Vu son grand âge, il ne pourrait pas s’en sortir tout seul! dit fièrement Lindo.
– Pourquoi, tu lui donnes quel âge, toi, au Père Noël? demande Mastro.
– Je ne sais pas… Je l’ai toujours connu avec sa barbe blanche. Tu crois qu’il a été bébé, comme tout le monde?
Mastro sourit mystérieusement et lui répond :
– Viens avec moi, je vais te montrer quelque chose, mais… chut! C’est un secret!
Les deux elfes traversent l’immense atelier des jouets : la chambre des doudous qui apprennent des câlins tout doux, la salle des vaisseaux spatiaux où ont lieu des essais de vols intergalactiques. Ils arrivent enfin devant une porte rouge. Mastro chuchote à son compagnon :
– Viens avec moi dans cet endroit magique. C’est la chambre à secrets du Père Noël!
Ils entrent à pas de loup dans une pièce sombre où l’on ne voit rien du tout. Mastro demande à haute voix de la lumière et l’album photos. Aussitôt, une lampe de chevet s’allume et un album photos s’agite et s’ouvre sur la première page. Lindo s’exclame :
– Mais ce petit bébé qui dort à poings fermée dans son berceau rouge est le Père Noël!
Le petit enfant de la photo leur répond :
– Eh oui, c’est bien moi, le Père Noël, et je vais vous raconter mon histoire.
Lindo est émerveillé, c’est la première fois qu’il voit un livre animé.
– Voici la fête d’anniversaire organisée pour mes cinq ans, continue le Père Noël, j’étais très fier avec ma belle salopette rouge.
L’album photos continue de tourner les pages, pour le plus grand bonheur de Lindo.
– Ici, j’avais vingt ans. Je n’avais pas encore un seul poil de barbe, et mes cheveux étaient tout roux.
Et les images défilent inlassablement…
– Sur cette photo, j’avais trente ans, et un marteau à la main. Quand j’étais jeune, j’étais menuisier : je construisais des bancs, des chaises, des lits. Mais ce que je préférais fabriquer, c’était des jouets. J’étais vraiment très doué! Et là, regardez le beau traîneau sur lequel je suis juché! C’était moi le plus rapide à la course des rennes, mes animaux préférés, lance fièrement le Père Noël.
– Et voici le plus mémorables des anniversaires. À cette occasion, on m’a offert mon beau costume de… Père Noël, évidemment. Et ainsi, termine-t-il en refermant l’album, un beau jour j’ai décidé d’être Père Noël, pour le bonheur des petits et des grands!
Histoire de Gaëlle Dubourdieu
Illustrations par Marianne Dupuy-Sauze
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2004
Vivre les températures d’été à l’année peut être invitant pour qui n’apprécie pas beaucoup l’hiver comme on le connaît au Québec. La neige, la gadoue, la glace, le froid sibérien qui ne semble pas vouloir se terminer et la bagnole qui refuse de démarrer, sans oublier la pelle: autant de situations qui meubent nos pensées de paysage buccoliques parmi les palmiers, le soleil et la plage.
Plusieurs québécois ont déménagé leurs pénates en Floride, et ce depuis plusieurs années, pour y vivre à plein temps où tenter l’aventure commerciale, principalement concentrés dans les agglomérations de Miami, Orlando, Naples, Fort Lauderdale et Boca Raton, à titre d’exemple. En complément, la saison froide québécoise amène son lot important de touristes nordiques, année après année et souvent jusqu’à 75-80 ans. Nous faisons partie de cette délégation qu’on surnomme les Snowbirds. Nous séjournons légalement ici durant 6 mois et je demeure convaincu qu’un tel régime prolonge notre existence de quelques bonnes années.
Récemment, la publication Web francophone French District, y allait d’un article traitant du sujet de vivre en Floride, en proposant 10 bonnes raisons convaincantes et intéressantes. En voici un résumé que je veux partager avec vous.
La Floride : L’hiver est très court (si on peut appeler cela un hiver), la fiscalité est plutôt douce, on y trouve de très bonnes écoles, l’immobilier est attractif, la nature est préservée, des plages pour tous les goûts, l’offre culturelle ne cesse de grandir… vous hésitez encore?
1. La lumière du matin est un enchantement
En Floride, entre 7h et 8h30 du matin, sortir sur son balcon ou dans son jardin, charger les cartables des enfants dans la voiture, aller prendre son café au coin de la rue, sont autant d’occasion de profiter des premiers rayons si doux du soleil. Les photographes amateurs et professionnels y adorent la lumière naturelle des matins, pour exprimer pleinement leur talent.
2. L’hiver dure entre… 2 et 10 jours
L’hiver à Miami, la température descend et frôle parfois le zéro. Ce jour là, on sort sa petite laine qui sent la naphtaline, les coquettes dégainent les bottes et manteaux, on s’appelle entre amis pour se plaindre que l’hiver est rude, et surtout, on se ressource de fraîcheur. Car le reste de l’année, bermuda, gougounes et t-shirts restent l’uniforme officiel.
3. La nature est omniprésente
Les arbres sont somptueux et protégés, les Everglades offrent un terrain de jeu exceptionnel pour les amateurs de randonnées et de safari-photo; à Miami par exemple, le quartier de Coconut Grove, offre une densité incroyable d’arbres et de plantes tropicales.
Toute la Floride est peuplée de nombreux animaux sauvages : un couple de paons qui traversent la route et vous snobent en bloquant la circulation, un alligator qui se fait bronzer les écailles alors que vous circulez à vélo en famille sur un petit chemin dans les Everglades, un raton laveur qui grignote vos restes de pique-nique… Vous allez vivre avec les bêtes en Floride et faire du vélo au milieu des alligators!
4. Les plages sont immenses et pour tous les goûts
L’État est bordé d’océans sur ses trois côtés et possède plus de 1400 km de côtes, sans compter les milliers de km de baies et d’avancées. Pas étonnant, donc, qu’il existe des plages partout, pour tout le monde et tous les âges, les goûts et les humeurs.
5. L’immobilier est attractif
L’immobilier dans le Sunshine State offre de belles opportunités pour les investisseurs étrangers. Les prix sont souvent inférieurs à ceux trouvés sur le sol européen, le Dollar reste moins fort que l’Euro, la fiscalité est moins contraignante qu’en France, et les Français sont friands de soleil.
6. L’économie se diversifie et la fiscalité est douce
La Floride devenant de plus en plus attractive, les services aux particuliers et aux entreprises se développent, et ce, dans tous les domaines. Si la main d’œuvre locale ne peut répondre à tous vos besoins, la Floride est un État où le bon vivre, le système éducatif, le coût de la vie, la météo, l’environnement, la fiscalité et l’offre de loisirs vont faciliter votre politique de recrutement.
Alors que vous souhaitiez lancer une entreprise de technologie, un service aux particuliers, une société d’import-export ou une marque de luxe, la Floride est un état qui vous apportera probablement un marché local, une première implantation pour accéder au grand marché américain ou en bonus une ouverture vers les pays sud-américains.
La Floride bénéficie d’une fiscalité plutôt clémente mais bien spécifique par rapport aux 49 autres États américains. Par exemple, elle ne prélève pas d’impôt sur le revenu des personnes physiques, et cette règle est formellement inscrite dans sa constitution. À l’époque où la Floride était infestée de crocos et ne connaissait pas la climatisation, c’était un moyen plutôt efficace d’attirer l’immigrant.
7. Il y a d’excellentes écoles pour vos petits génies
La Floride a recherché ces dernières années (et cela a très bien marché) à attirer de jeunes familles afin de dynamiser son territoire, et les autorités locales ont très bien compris que cette politique devait passer par un système éducatif de qualité. L’investissement a créé un cercle vertueux, les bonnes écoles attirent les bons élèves qui incitent les écoles à la recherche de l’excellence.
8. La sécurité est… sécurisante
La police est très présente en Floride. C’est bien pour votre sécurité, moins bien pour votre porte-monnaie en cas d’excès de vitesse. La Floride, et notamment Miami, a beaucoup investi dans la sécurité ces dernières années. C’est bon pour le tourisme, et ce qui est bon pour les touristes est bon pour la Floride.
9. L’offre culturelle se développe
Concerts, musées, évènements, l’offre floridienne ne cesse de croître. Bien sûr, la Floride ne sera jamais New York ou Chicago, cependant Miami, St Petersburg, Naples, Orlando ou encore Fort Lauderdale, multiplient les lieux et les moments de culture.
10. La communauté française et francophone est très présente
Il y a les chiffres officiels (provenant essentiellement des registres des Français établis hors de France tenus par les consulats), cependant tous les français qui vivent en Floride savent que la réalité est bien plus importante.
Vous chercherez peut être à fréquenter surtout des américains en Floride pour faciliter votre intégration, néanmoins un bouchon Lyonnais, une soirée French Wine and Cheese, un apéritif saucisson, olive et Bandol frais, vous permettront de savourer un petit moment à la française, qui vous manquera sûrement après quelques mois ou semaines, en Floride. Et n’oubliez pas qu’expliquer à un dentiste son problème de gingivite, à un plombier ses tracas de plomberie, à un agent immobilier son projet d’acquisition, sera peut-être plus facile en français.
La lueur de la lampe vascille et tremble. La nuit est tombée, les flocons continuent de voleter dehors. Robert sculpte rapidement, il a sommeil. Cela fait des années qu’il travaille à fabriquer et vendre des crèches. Il a des dizaines de santons, et il ne leur reste plus qu’à rejoindre une maison chaude, pour fêter Noël en famille. Mais pour l’instant, ils grelottent dans le froid et la pénombre de l’atelier
Robert est pressé, vite, vite. Ses doigts et ses outils connaissent le travail. Ça coupe, ça lime, ça rabote. Le sculpteur ne regarde même plus, il sifflote, perdu dans ses souvenirs : il se souvient de la première crèche qu’il a déballée, enfant.
Il regarde l’horloge, se lève… Demain, il peindra la vingtaine de santons qu’il vient d’achever. Il sort. Dans le noir de l’atelier, les santons se secouent, ils ont des crampes à force de faire semblant d’être figés.
Sur l’établi, les derniers personnages sculptés, se plaignent.
– Bêêêê, il a oublié de me faire une queue. Il travaille trop vite… gémit le mouton.
Un berger le rassure :
– Bah, ce soir, il était distrait. Demain il s’apercevra de son erreur, au moment de te peindre et il te rattrapera. Tu seras prêt pour accueillir l’enfant… Mais moi, il ne remarquera pas qu’il m’a fait l’air triste. Alors je resterai ainsi, même devant les cadeaux.
Joseph l’interpelle de sa belle voix grave :
– Ne te plains pas. Moi, il m’a collé un sourire stupide aux lèvres…
– Meuuuh, meugle le boeuf.
– Robert lui a sculpté un pis, explique l’âne. Il ne veut pas être pris pour une vache. Il faut faire quelque chose…
Alors les santons se secouent. Ils n’ont que quelques heures avant de rejoindre les étals des marchands, puis de trouver une maison.
L’atelier s’emplit de vacarme. La scie, les ciseaux et la lime travaillent… Le matin, Robert prend ses couleurs, ses pinceaux, son vernis. Pressé par sa commande, il ne remarque rien…
Trois jours plus tard, dans la maison où il se sont retrouvés, les santons rescapés en rient encore… À la lueur des guirlandes électriques, il faut vraiment les regarder de près pour comprendre. On s’aperçoit alors que la queue du mouton ressemble à une oreille d’âne. Elle est où la queue du mouton? Sur la tête de l’âne! Joseph, le père de Jésus, a bien l’air un peu grave, mais cela va bien à sa situation, et le berger qui sourit tout le temps, au milieu des brebis, personne ne lui trouve l’air bête : ils ont échangé leurs visages!
Quant au pis du vieux boeuf, il a complètement disparu… À moins que ce ne soit cela, ce nouveau bonnet avec trois pompons sur le crâne de l’Arlésienne…
Histoire de Vincent Villeminot
Illustrations par Éric Puybaret
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2004
Après plus de six années de longues et pénibles procédures judiciaires, en plus d’un deuxième procès, Guy Turcotte a été reconnu coupable par ses pairs des meurtres non prémédités de ses deux jeunes enfants commis, en février 2009. Les onze jurés ont rendu un verdict unanime après 7 jours d’intenses délibérations. Le Palais de justice de Saint-Jérôme a été le théâtre de ce dénouement espéré et fortement attendu dans l’opinion publique, à 12h06 précisément, hier.
Dès lors, les commentaires se multipliaient à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux et fusaient de toute part. C’était écrit dans le ciel que ce procès se traduirait par un verdict de culpabilité en ce sens que toute la population a eu largement le temps et les tribunes pour condamner son auteur. Même si, dans l’opinion générale, certaines personnes exprimaient émotivement leur désaccord, seuls les onze jurés ont pu entendre toute la preuve et porter un jugement éclairé. Il faudra attendre la sentence finale du juge, le 18 décembre prochain, afin de connaître dans combien d’années, Turcotte pourra espérer demander une libération conditionnelle.
Anne-Sophie et Olivier ne reviendront pas mais pourront maintenant reposer en paix. Isabelle Gaston, leur mère, pourra essayer de tourner la page et regarder vers l’avenir. Dans les anales criminelles du Québec ce drame épouvantable s’inscrit dans ce qu’il y a de plus morbide et de non-qualifiable. Quand deux bambins, responsables d’absolument rien et à qui on enlève la vie, sont victimes de la fureur d’un père, il n’y a pas de mots pour expliquer un geste aussi dementiel et insensé. Turcotte devra maintenant supporter tout le poids de ses actes et je ne crois pas qu’il recouvre sa liberté un jour, du moins dans le monde actuel.
« Bonjour, je suis Picotin, l’âne de saint Nicolas! C’est moi qui le porte sur mon dos quand il vient visiter les maisons, au mois de décembre. Alors, imaginez toutes les aventures qui me sont arrivées, avec un maître pareil… Tenez, je me souviens d’une histoire incroyable : Claudion, Philippe et Simon étaient les fils d’un brave bûcheron. De très gentils enfants.
Un jour, mon maître, déguisé en mendiant, cherchait une maison où passer la nuit. Le bûcheron et sa femme furent les seuls à lui ouvrir leur porte. Ils lui préparèrent un bon dîner et le firent dormir dans un lit moelleux. Moi aussi, je fus très bien traité! Claudion et Philippe m’ont donné plein d’avoine dans l’étable. Et Simon, sans compter son temps, m’a frotté de bon coeur le dos avec de la paille.
Mon maître était très touché d’un si bon accueil de ces braves gens, et il espérait bien pouvoir les remercier un jour.
Or, peu de temps après, ce fut la saison de la moisson. Le bûcheron demanda à ses fils d’aller ramasser les grains de blé. Les trois garçons y vont de ce pas. Mais ils ne voient pas le temps passer, et voici que la nuit est tombée. Impossible de rentrer chez eux, ils sont perdus!
Soudain, Philippe dit à ses frères :
– Regardez, une lumière brille au loin! Ce doit être une maison. Allons-y.
Arrivés devant la maison, un grand et gros monsieur ouvre la porte. Simon lui demande :
– Monsieur, nous sommes perdus. Pourrions-nous dormir chez vous?
L’homme, qui était boucher, les invite à entrer. Mais aussitôt que la porte est refermée, le boucher les tue et les met dans son saloir, avec les jambons. C’était un ogre!
Sept ans plus tard, mon maître retourne chez le bûcheron qui l’avait bien accueilli. Mon maître s’étonne de l’absence des gamins. La malheureuse mère éclate alors en sanglots et lui raconte qu’ils ont disparu depuis sept ans.
Le soir, mon maître prie de tout son coeur. Puis, sautant sur mon dos, il me glisse à l’oreille :
– File à l’autre bout de la forêt. Je sais où sont les enfants.
Presque arrivés chez le boucher, mon maître remet ses habits dorés d’évêque. Il sait bien qu’habillé en mendiant le méchant boucher ne lui ouvrira pas la porte! Il frappe, le boucher lui ouvre. En voyant les beaux habits de l’évêque, il l’invite à dîner. C’est un magnifique festin que le boucher à préparé! Mais mon maître n’en veut pas. Il dit au boucher :
– Si tu veux me faire plaisir, donne-moi de ces délicieux jambons salés qui se trouvent dans ton saloir depuis sept ans.
Le boucher blêmit. Il est démasqué! Aussitôt, il s’enfuit en courant. Mon maître va alors dans le saloir et lève trois doigts sur les trois jambons : et aussitôt après, ce sont Claudion, Philippe et Simon qui baîllent, s’ébrouent, comme s’ils se réveillaient d’un somme… Nous filons vers la maison de leurs parents : et ce fut alors des embrassades et une fête mémorable. »
Histoire de Vincent Villeminot
Illustrations par Hervé Florès
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2004