Le distrait et les santons

Le distrait et les santons001La lueur de la lampe vascille et tremble. La nuit est tombée, les flocons continuent de voleter dehors. Robert sculpte rapidement, il a sommeil. Cela fait des années qu’il travaille à fabriquer et vendre des crèches. Il a des dizaines de santons, et il ne leur reste plus qu’à rejoindre une maison chaude, pour fêter Noël en famille. Mais pour l’instant, ils grelottent dans le froid et la pénombre de l’atelier

Robert est pressé, vite, vite. Ses doigts et ses outils connaissent le travail. Ça coupe, ça lime, ça rabote. Le sculpteur ne regarde même plus, il sifflote, perdu dans ses souvenirs : il se souvient de la première crèche qu’il a déballée, enfant.

Il regarde l’horloge, se lève… Demain, il peindra la vingtaine de santons qu’il vient d’achever. Il sort. Dans le noir de l’atelier, les santons se secouent, ils ont des crampes à force de faire semblant d’être figés.

Sur l’établi, les derniers personnages sculptés, se plaignent.

– Bêêêê, il a oublié de me faire une queue. Il travaille trop vite… gémit le mouton.

Un berger le rassure :

– Bah, ce soir, il était distrait. Demain il s’apercevra de son erreur, au moment de te peindre et il te rattrapera. Tu seras prêt pour accueillir l’enfant… Mais moi, il ne remarquera pas qu’il m’a fait l’air triste. Alors je resterai ainsi, même devant les cadeaux.

Joseph l’interpelle de sa belle voix grave :

– Ne te plains pas. Moi, il m’a collé un sourire stupide aux lèvres…

– Meuuuh, meugle le boeuf.

– Robert lui a sculpté un pis, explique l’âne. Il ne veut pas être pris pour une vache. Il faut faire quelque chose…

Alors les santons se secouent. Ils n’ont que quelques heures avant de rejoindre les étals des marchands, puis de trouver une maison.

L’atelier s’emplit de vacarme. La scie, les ciseaux et la lime travaillent… Le matin, Robert prend ses couleurs, ses pinceaux, son vernis. Pressé par sa commande, il ne remarque rien…

Le distrait et les santons002Trois jours plus tard, dans la maison où il se sont retrouvés, les santons rescapés en rient encore… À la lueur des guirlandes électriques, il faut vraiment les regarder de près pour comprendre. On s’aperçoit alors que la queue du mouton ressemble à une oreille d’âne. Elle est où la queue du mouton? Sur la tête de l’âne! Joseph, le père de Jésus, a bien l’air un peu grave, mais cela va bien à sa situation, et le berger qui sourit tout le temps, au milieu des brebis, personne ne lui trouve l’air bête : ils ont échangé leurs visages!

Quant au pis du vieux boeuf, il a complètement disparu… À moins que ce ne soit cela, ce nouveau bonnet avec trois pompons sur le crâne de l’Arlésienne…

Histoire de Vincent Villeminot
I
llustrations par Éric Puybaret
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2004

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