Souvenirs d’une élection historique

15 novembre 1976Vous vous rappelez le 15 novembre 1976? Moi oui et en plus, mes souvenirs sont clairs comme si c’était hier. Le Parti Québécois réussissait l’impossible; faire élire un gouvernement indépendantiste avec une majorité écrasante de 71 députés contre les 28 libéraux moribonds de l’ère Bourassa. Un exploit sans demi-mesure mené par un homme près du peuple; René Lévesque. Avec les Parizeau, Marois, Charron, Payette, Burns et le père de la Loi 101 Camille Laurin, pour n’en nommer que quelques-uns, ils ont représenté le meilleur gouvernement des 50 dernières années. C’était l’euphorie! Alors que René Lévesque remerciait les citoyens en célébrant son éclatante victoire, les caméras de télévision balayaient la salle et on pouvait y voir des partisans pleurer de joie, comme si le peuple se libérait soudainement de ses chaînes.

Durant cette campagne électorale, les anglos nous promettaient les pires calamités; déménagements massifs vers l’Ontario, présence importante de l’armée partout au Québec, menaces de chaos et d’anarchie, tout était en place pour nous promettre des années sombres comme l’effondrement des marchés financiers et j’en passe… Un régime de peur! J’avais un sergent qui travaillait avec moi à l’époque et qui s’époumonait à dire que si le PQ prenait le pouvoir, il déménageait en Ontario… Je lui ai offert d’aller le reconduire et je portais fièrement mon macaron sur lequel on pouvait voir un balai symbolisant le balayage péquiste attendu. Finalement, au lendemain de la grande victoire, il est resté au Québec devant la civilité de ses concitoyens. Rien des promesses d’horreur ne s’est manifesté.

Ce fut toute une victoire inespérée mais combien enivrante. On sentait les fibres nationalistes et patriotiques s’épanouir comme des fleurs au soleil et l’avenir s’ouvrait à nous. La nouvelle équipe s’est alors mise au travail et nous a donné des réformes audacieuses qui durent encore après toutes ces années; La Loi 101, la Société de l’Assurance Automobile du Québec, la réforme du financement des partis politiques et le premier referendum qui en faisait pâlir plus d’un.

Malheureusement, le rêve d’un pays a perdu beaucoup de plumes depuis, principalement depuis le referendum perdu par la peau des fesses de 1995. Mais au-delà de tout ça, jamais je n’ai vécu une aussi belle campagne électorale que celle de 1976. Une campagne émotive, chargée d’espoir et vulgarisée par René Lévesque, notre Moïse à nous, qui était peut-être dix ans en avance de son temps mais combien rassembleur. Malheureusement, il n’a jamais été remplacé mais quelle soirée et quelle époque à conserver dans la mémoire du temps.