Dénoncer rapidement les crimes sexuels

Depuis un an, les dénonciations de prédateurs sexuels meublent l’actualité quotidienne. Les langues se délient après toutes ces années de souffrances à garder en soi l’horreur d’être agressé. C’est encore un sujet tabou et lentement on met à jour de disgracieux événements survenus il y a bon nombre d’années. Les prédateurs sexuels, plus que renommés, sont révélés au grand jour, sur la place publique. Les institutions religieuses notamment, sont montrées du doigt pour leur mutisme et leur inaction.

Mais pourquoi attendre tout ce temps pour dénoncer. Pourquoi endurer ces remords au point de faire basculer toute une vie, notre vie. Dans le Journal de Montréal de mercredi dernier, Richard Martineau en a fait le sujet de son article. J’endosse totalement son analyse et je me permets de le partager avec vous.

LES COMPLICES DE BERTRAND CHAREST

Ça prend un village pour élever un enfant, dit un célèbre dicton africain.

De même, on pourrait dire que ça prend un village pour agresser un enfant.

LES AUTRUCHES

Des évêques qui regardent ailleurs. Des cardinaux qui font comme s’ils n’avaient rien vu. Un clergé qui se contente de muter des prêtres pédophiles dans la paroisse voisine quand les fidèles commencent à jaser.

Des croyants qui refusent de regarder la réalité en face. Des mères qui préfèrent sacrifier leurs enfants plutôt que leur couple. Des familles qui étouffent le scandale pour sauver leur réputation. Des fédérations sportives qui protègent leurs entraîneurs vedettes. Des bureaux d’avocats qui ferment les yeux sur les dérapages de leur plus brillant associé.

Des réalisateurs, des producteurs et des diffuseurs qui acceptent sans mot dire les « excentricités sexuelles » de leurs stars. Pour chaque pédo qui agresse, combien de gens savent, mais ne disent rien? Combien de témoins passifs? Combien d’autruches? Combien de complices silencieux?

Ce n’est pas vrai qu’un prêtre, un comédien, un réalisateur, un entraîneur ou un chef scout peuvent agresser des enfants ou des ados pendant des années sans que personne autour ne soit au courant. C’est impossible. La force de ces gens-là, c’est notre silence. Notre peur. Notre complaisance devant l’argent, le pouvoir et la célébrité.

« Oui, mail il rapporte des médailles, il attire les commanditaires, il facture plus que nous tous, il apporte de la business, il fracasse les cotes d’écoute, il est aimé des paroissiens… »

EXPIER LEURS PÉCHÉS

Quand tu es jeune, tu le sens, ces choses-là. Pas besoin qu’on te les explique, tu comprends. Entre une star admirée et un inconnu, on choisira toujours la star. Parce que la star c’est la poule aux œufs d’or. Alors que toi, t’es rien. Donc, tu te la fermes. Tu supportes et tu ne dis rien.

De toute façon, ça ferait mal à trop de gens que tu parles. Alors tu gardes le silence pour tout le monde. Tu protèges leur secret. Tu étouffes leur honte. Tu expies leur péché. Avec le temps, tu en viens même à te dire que c’est toi, le responsable.

Pourquoi est-il allé te chercher, toi, et pas l’autre, hein? Probablement parce que tu dégages quelque chose. Si tu parlais, ça exploserait et éclabousserait trop de gens. Tes parents. Tes voisins. Tes confrères.

Ils ne te le diraient jamais en personne, mais tu le devinerais dans leur regard. « Mais pourquoi dons as-tu parlé? Tu as exposé ma faiblesse au monde entier! Maintenant, tout le monde sait que je n’ai pas eu la force d’affronter l’autorité! Tout le monde sait que je n’ai pas eu la force de te défendre! »

MOI AUSSI

C’est l’autre face de #MeToo. Pas : « Moi aussi, j’ai été victime. » Mais « Moi aussi, je savais et je n’ai rien dit, Moi aussi, j’ai fermé les yeux. Mois aussi, je soupçonnais que quelque chose ne tournait pas rond, mais je n’ai pas eu le courage de fouiller, d’aller plus loin, d’en savoir plus. »

« Moi aussi, j’ai plié les genoux devant l’autorité. » « Moi aussi, j’ai été complice du monstre. »

2 réflexions au sujet de « Dénoncer rapidement les crimes sexuels »

  1. Il est bien et salutaire de dénoncer mais ne sommes pas en train d’en « faire » un peu trop dans l’autre sens et comme je le dis parfois … pourquoi ne traiter que « l’aspect féminin », malheureusement cela existe aussi du coté masculin.

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