Des critiques qui font mal

Tout est controverse sur ce qui se décide. La dernière en lice; la pièce SLÂV de Robert Lepage, metteur en scène, traité de raciste par des manifestants qui s’opposaient à la présentation de cette pièce représentant le lamentable travail des noirs américains, au temps de l’esclavage.

C’est justement le rôle des comédiens de nous montrer les réalités en face pour qu’on puisse se faire une opinion et, corriger des situations. En conséquence, elle a été retirée de l’affiche. Triste dénouement!

Dans son édition de vendredi dernier, 6 juillet dans le Journal de Montréal, Denise Bombardier en a fait le sujet de son article d’opinion. Très intéressant et rejoignant ma pensée, je m’empresse de le partager avec vous.

LA CENSURE Denise Bombardier

Que cela se sache. La censure non seulement existe, mais elle triomphe. Car elle a des adeptes dans tous les secteurs d’activités humaines. En politique comme à l’université, chez les intellectuels comme chez les artistes et dans les médias.

La censure a gagné du terrain cette semaine à Montréal. Une poignée de militants dont plusieurs s’abreuvent au biberon à longueur d’année dans la Mecque de la rectitude politique qu’est l’université Concordia ont réussi l’exploit de tuer le spectacle SLÂV, qu’ils n’avaient jamais vu.

Un rappeur noir américain – non pas une star mondiale, précisons-le – a annulé le concert qu’il devait présenter dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal, dont les dirigeants on fait par la suite leur mea culpa.

TOTALITAIRE

La censure a été de tout temps une tentation totalitaire. Ceux qui l’appellent de leurs vœux et qui se réclament de la liberté de parole et d’expression ont le droit de le faire. Ils font la preuve ainsi que la censure n’a pas la primauté sur la liberté.

Mais lorsqu’au nom de la rectitude politique et du droit des victimes de quelques causes que ce soit on veut censurer des œuvres de création, des livres ou des films qui ne violent pas la dignité humaine, on doit la combattre, y résister et user de la pédagogie sans laquelle on plonge dans la confusion idéologique, artistique, raciale ou culturelle.

La démence sociale n’est pas qu’un concept, c’est une réalité. Notre société deviendra folle si les individus consentent à vivre chacun dans des créneaux où ils s’emprisonnent eux-mêmes.

Où sont donc les valeurs universelles autour desquelles nous avons réussi depuis quelques siècles à faire triompher des droits communs à tous les habitants de la planète? La barbarie subsiste, mais elle est le fait de barbares. Si dans nos contrées on ne coupe plus la main du voleur, c’est que l’on estime que chacun a droit à son intégrité.

L’esclavage, cette tache indélébile dans l’histoire de l’humanité, a été le fait de barbares, qu’ils fussent blancs, noirs, jaunes ou bruns. Et ceux qui ont lutté contre cette infamie étaient aussi blancs, noirs, jaunes ou bruns.

SENSIBILITÉ

La souffrance n’a pas de hiérarchie raciale, sociale, culturelle ou religieuse. L’être humain, qui a une âme noble, un cœur aimant, une tête pour raisonner, une sensibilité pour éprouver de la compassion, de l’empathie, peut se mettre dans la peau de toute victime. Aucun groupe humain ne peut réclamer le monopole de la souffrance au détriment de celui des autres.

Le concept d’appropriation culturelle est le piège de tous les groupes victimaires qui prétendent à des statuts particuliers. Le jour où des racisés seront confinés à leur race, ils subiront une ghettoïsation pire que celle dans laquelle ils furent maintenus durant l’esclavage pratiqué entre autres dans le Sud des États-Unis.

Le dérapage actuel nous enseigne une chose terrible. L’homme n’apprend rien de ses erreurs et de l’histoire qu’on désire désormais commune à la planète entière. Pratiquer la censure, c’est retourner aux années noires des plus grandes nations totalitaires.

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