Le fait français, prise 2

Malheureusement, pour les raisons sociales anglophones, la Charte leur donne la permission de l’utiliser à une seule condition, qui n’est pas souvent respectée et qui se lit comme suit : que le Règlement sur la langue du commerce et des affaires, qui découle de la Charte, permet aux entreprises d’utiliser un nom qui n’est pas en français à condition que celui-ci soit accompagné d’un « générique », comme le fait, par exemple, Marché Goodfood.

Par ailleurs, vous constaterez la mauvaise foi de Philippe Telio quand il francise simultanément les raisons sociales, sans faire le moindre effort de trouver un nom francophone. À cet égard, je lui rappellerai qu’au début de l’application de la loi 101, existait un commerce de peinture qui s’appelait Color your world, qui a été francisé pour « La couleur au foyer ». Il faut y mettre un minimum de volonté.

Source: Journal de Montréal

LES JEUNES POUSSES PRIVILÉGIENT L’ANGLAIS

Des entreprises reçoivent des millions de dollars en fonds publics même si leur raison sociale n’est pas en français. Même si Alimentation Couche-Tard, Cascades et le Cirque du Soleil ont conquis le monde avec des noms en français, les jeunes entrepreneurs québécois préfèrent souvent adopter des noms en anglais, ce qui ne les empêche pas de recevoir des fonds publics.

Au cours des derniers mois, Investissement Québec (IQ) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) ont investi dans des entreprises comme Hopper, Hivestack, Breathe Life, Classcraft et Busbud. Des sites web de firmes comme Hivestack et Breathe Life ne sont pratiquement en anglais, en contravention flagrante avec la Charte de la langue française.

Sur les 61 entreprises québécoises du récent palmarès des 400 sociétés avec la plus forte croissance au pays, 22 ont des raisons sociales in English, soit 36 %. La proportion est encore plus élevée pour les jeunes entreprises axées sur les technologies.

« C’est bon qu’on en parle, d’attirer le regard sur cet enjeu-là », reconnaît Michel Leblanc, PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

« Mais ce que je ne ferais pas, c’est de lancer la pierre à des entrepreneurs qui, de bonne foi, se sont dit : comment je peux, avec une marque, avec un nom, illustrer ce que je fais à l’international ? », ajoute-t-il.

Guillaume Caudron, PDG de Réseau Capital, ne soit pas de problème.

« Nos membres investissent dans les entreprises en fonction de leurs compétences et de leur potentiel et non pas en fonction de leur nom », tranche-t-il.

LE FRANÇAIS POUR LES INTIMES

Cet été, Investissement Québec a investi dans BuyBack Booth, la présentant comme une entreprise « basée à Montréal ».

Son chef de la technologie, Dominique Dion, affirme cependant que BuyBack Booth est une entreprise américaine et que sa société mère porte un nom en français : À la carte média.

Judith Fetzer, PDG de Cook it, une entreprise de repas livrés à domicile, explique avoir choisi ce nom afin d’« inclure le mot kit, pour kit à cuisiner ».

« Avec le recul, si je n’avais pas réfléchi à ça toute seule dans mon salon, j’aurais sûrement pu trouver un mot comme Google. Mais du haut de mon très peu d’expérience, ç’a donné ça », confesse-t-elle.

Pour se conformer à la Charte de la langue française, Daniel Kudish a modifié le nom de l’entreprise de photographie qu’il a cofondée. The Image Salon est ainsi devenu Image Salon, « ce qui nous a donné un nom bilingue », dit-il.

ASSOUPLISSEMENT ET RÉALISME

Mais selon lui, Québec devrait assouplir la loi 101.

« Nous sommes entièrement pour la préservation du français au Québec et au Canada, mais l’approche n’est pas toujours la meilleure, à mon avis, soutient M. Kudish.

Le fondateur de Startupfest, Philippe Telio, ne croit pas qu’il soit réaliste de traduire en français
les noms de toutes les jeunes entreprises québécoises.

« Lumino Vite au lieu de Lightspeed, PasseBoîte plutôt que PasswordBox ou RespiVie pour Breathe Life, ça ne serait pas facilement compréhensible pour les anglophones, qui sont souvent la clientèle cible ou les acquéreurs des startups québécoises. Mais en revanche, si la Starups cible le Québec, elle ne devrait pas utiliser un nom anglo-saxon. »

Sylvain Larocque et Francis Halin