Allons voir ce qui se passe en Alberta

C’est curieux mais dès que je fais la promotion du français au Québec, les commentaires ne pleuvent pas. Au fait, ils sont inexistants. Pourquoi ?

Dois-je en conclure que j’ai raison et que je rejoins les francophones québécois ou ils ont déjà abdiqué et acceptent d’emblée le recul de notre langue ? Ils dorment profondément ou s’en foutent carrément.

C’est cette question existentielle que je me pose.

Quoi qu’il en soit, la minorité anglophone au Québec est la plus choyée en Amérique et probablement aussi à l’échelle planétaire. On les enveloppe dans la ouate et leur moindre demande est exaucée rapidement et sans aucune objection. Contrairement au reste du Canada, où nos francophones hors-Québec, n’ont pas le même succès. On les ignore totalement jusqu’à couper sans raison, le minimum pour subsister et s’éduquer.

Antoine Robitaille a écrit un article intéressant, dans le Journal de Montréal d’hier, sur le traitement récent en éducation, réservé à la minorité francophone en Alberta, citant même des problèmes similaires vécus en Ontario en l’an dernier. Leur traitement est pas mal plus indécent que nos anglos d’ici. Jugez-en par vous-même. C’est ce texte que je veux partager avec vous aujourd’hui.

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INJUSTICE POUR LES FRANCOPHONES

Il y a dans notre Dominion des injustices si gênantes entre francophones et anglophones qu’on semble préférer les ignorer.

La disparité de traitement entre les anglophones au Québec et les minorités francophones ailleurs au Canada, en matière de financement universitaire, est un de ces cas choquants.

EN ALBERTA

Dernier exemple en date : le Campus Saint-Jean, à Edmonton, est une des petites institutions francophones – avec une autre au Manitoba – qui assurent un peu d’enseignement universitaire en français dans les Prairies.

En 2015-2016, il y avait 822 étudiants. On y forme de nombreux professeurs de français qui iront enseigner dans les écoles d’immersion.

Or, le gouvernement albertain a décidé de sabrer les budgets des universités, amputant celui du Campus Saint-Jean de quelque 12 % en 2020. Une véritable saignée.

Tellement que la ministre fédérale des langues officielles, Mélanie Joly, fin octobre, a cru bon d’écrire à Jason Kenney pour lui proposer de financer en partie cette institution que certains jugent vitale pour la survie du français en Alberta.

Au micro de Qub, Mme Joly a dressé un parallèle avec le cas du gouvernement Ford en Ontario en 2019 qui, sous le même prétexte de compressions budgétaires, avait décidé de sabrer le projet d’université francophone en Ontario. Combat qu’elle a remporté.

Le jour de l’entrevue, le 28 octobre à Qub, Jason Kenney n’avait pas répondu à la ministre fédérale. Rien n’indiquait hier qu’il l’avait fait.

Lui qu’on croyait francophile. Lui qui s’exprime très bien en français. Espérons que le nouveau chef conservateur Erin O’Toole, que Kenney a appuyé lors de la course, le rappellera à ses devoirs à l’égard de la minorité franco-albertaine. L’éducation est de compétence provinciale après tout. Pas besoin d’Ottawa pour bien faire les choses.

LES PRIVILÉGIÉS

D’ailleurs, pendant ce temps, au Québec, le gouvernement Legault, – pourtant présenté dans la communauté anglophone comme dangereusement nationaliste – cédera à McGill un important actif, l’ancien hôpital Royal-Victoria. Et compte agrandir rapidement le cégep Dawson.

La proportion des fonds qui va aux universités anglophones au Québec connaît « une tendance à la hausse dans les 20 dernières années », m’écrit le chercheur Frédéric Lacroix (auteur de « Pourquoi la loi 101 est un échec » chez Boréal)

Depuis le dernier discours du trône à Ottawa, le gouvernement Trudeau reconnaît que le français a besoin d’aide même au Québec, en raison de « l’océan » anglophone que représente ce continent. (Il était temps.)

Pourtant, c’est cette seule province (qui a le français comme langue officielle, langue évidemment minoritaire sur le continent) qui « surfinance » les institutions post-secondaires de sa prétendue minorité (dont la langue est ultra puissante dans le monde actuel).

Le faible subventionne le fort, si vous me permettez de schématiser.

Au Québec, selon les calculs de M. Lacroix, les McGill, Concordia, Bishop récoltent 30 % des fonds destinés aux universités, soit 3,7 fois plus que le poids démographique des anglophones.

Si les franco-albertains étaient financés en proportion semblable, combien, selon M. Lacroix toujours, faudrait-il ajouter aux maigres 9,5 millions $ qu’ils ont reçus en 2015-2016 ? 177,2 millions !

Au contraire, on les a coupés.

Je ne saurais dire si c’est « systémique ». Mais c’est assurément injuste et scandaleux.

2 réflexions sur “Allons voir ce qui se passe en Alberta

  1. Diane

    Je félicite l’analyse de tes recherches pour tes blogs Normand. L’ensemble de tes sujets dénonçant l’agonie de la langue française se doit d’être interpellé sérieusement par tous les francophones du Canada même.

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