Le traitement du diabète, de 1921 à aujourd’hui

cercle-bleu-diabetePartout dans le monde, le 14 novembre marque La journée mondiale du diabète, avec le cercle bleu qui sert de symbole officiel. Diabète Québec estime à 830 000 le nombre de personnes qui vivent avec le diabète au Québec. De ce nombre, environ 250 000 ne le savent pas. Sans prévention, le diabète continuera à augmenter. On le sait, la recherche fait de grands pas vers la guérison définitive de cette maladie incurable, mais où en sommes-nous depuis 1921, année de la découverte de l’insuline. Malgré l’avancée des traitements et la connaissance que l’on a de la maladie, de nombreuses personnes diabétiques ne tirent pas encore parti de tous les moyens disponibles pour contrôler leur diabète.

Avant la découverte de l’insuline, les personnes diabétiques étaient condamnées à mourir.
La vie des personnes diabétiques a considérablement changé en cinquante ans. Elles disposent aujourd’hui d’outils précis et d’un accès à l’information plus aisée que jamais. Les professionnels de la santé qui les traitent connaissent aussi mieux la complexité de cette maladie et les traitements font leurs preuves.

En attendant la prochaine révolution médicale, Diabète Québec demande l’implantation d’une stratégie nationale de lutte au diabète. Une stratégie axée sur l’éducation, la prévention, le soutien et le traitement. Car les soixante dernières années ont démontré clairement qu’une personne diabétique bien informée, bien entourée et bien traitée vit en meilleure santé plus longtemps.

La découverte de l’insuline et le contrôle glycémique
L’insuline, découverte en 1921 grâce à la collaboration aujourd’hui légendaire de Banting, Best et MacLeod, fait des miracles. Dans le monde entier, elle a sauvé des milliers de patients d’une mort certaine. Avant la découverte de l’insuline, les personnes diabétiques étaient condamnées à mourir et ne pouvaient survivre, avec une diète sévère, que trois à quatre ans au maximum. Mais malgré les nombreux types d’insuline et la mise en marché des premiers agents hypoglycémiants oraux vers 1957 au Canada, le contrôle des glycémies demeure à l’époque imprécis.

Dans les années 50, la méthode de contrôle des glycémies consiste à laisser tomber un comprimé réactif dans une petite éprouvette contenant un mélange de quelques gouttes d’urine et d’eau. Selon la couleur du résultat – de bleu foncé à orange – la personne diabétique peut connaître la quantité de sucre dans l’urine. Tout en assurant des suivis auprès de leurs patients, les médecins se doutent bien qu’un meilleur contrôle des glycémies doit être atteint afin de retarder les complications. Des complications majeures qui ont un impact important sur la vie de leurs patients : cécité, atteinte des reins, gangrène, infarctus ou accidents vasculaires cérébraux.

Une découverte
Un pionnier dans le traitement du diabète, le médecin belge Jean Pirart, établit pour la première fois le lien entre bon contrôle des glycémies et prévention des complications. Entre 1947 et 1973, le Dr Pirart divise en trois groupes plus de 4 000 de ses patients, selon leur degré de contrôle : excellent, moyen, mauvais. En utilisant les comprimés réactifs comme méthode de mesure, les résultats du Dr Jean Pirart démontrent clairement l’incidence et la prévalence des complications chez les patients dont le contrôle des glycémies est pauvre.

Des innovations
Les années 70 et 80 sont un moment décisif dans le traitement du diabète. Des innovations telles que les lecteurs de glycémie et les bandelettes mesurant le taux de sucre dans le sang donnent aux personnes diabétiques et aux médecins les outils maintenant devenus indispensables. En 1976, des scientifiques américains découvrent que le sucre s’attache facilement aux globules rouges (l’hémoglobine) et permet de déterminer la qualité du contrôle des 2 à 4 derniers mois. Cette découverte ouvre la voie à la création d’un test : le dosage de l’hémoglobine glyquée (A1C).

L’arrivée d’outils de contrôle permet aux chercheurs de créer des études à grande échelle. Les résultats modifieront la façon de traiter le diabète. À leur tour, deux études importantes, la Diabetes Control and Complications Trial (de 1983 à 1993) et la United Kingdom Prospective Diabetes Study (de 1977 à 1997) démontrent pour les deux types de diabète que le maintien des glycémies à des valeurs près des normales retarde et ralentit l’apparition des complications chroniques liées au diabète.

L’arrivée de l’insulinothérapie
L’insulinothérapie intensive – injections multiples d’insuline imitant le fonctionnement normal du pancréas – fait son apparition dans le traitement du diabète de type 1 et devient maintenant une option thérapeutique de plus en plus répandue pour le diabète de type 2.

L’histoire derrière la première injection d’insuline
Le 2 décembre 1921, un jeune garçon de 14 ans, Leonard Thomson, entre d’urgence à l’Hôpital Général de Toronto. Il ne pèse que 65 livres (30 kg) et sa vie ne tient qu’à un fil. Son diabète avait été diagnostiqué deux ans auparavant. À l’hôpital, Leonard Thomson suit une diète limitée à 450 calories par jour et pourtant ses glycémies atteignent facilement 28 mmol/L et il est toujours en acidocétose. Les médecins ne lui donnent que quelques semaines à vivre.

Sur la piste de l’insuline
Depuis quelques mois seulement, deux chercheurs, le Dr Frederick Banting et Charles Best, sous la direction du Dr John Macleod, sont à la recherche de la fameuse substance mystérieuse qui joue un rôle primordial dans le diabète. Ils ont réussi à isoler une substance prélevée sur des pancréas de chien et à l’injecter à d’autres chiens dont on avait enlevé le pancréas. Ils avaient remarqué que les chiens rendus diabétiques pouvaient être sauvés par cette substance. Les résultats sont cependant très variables parce que les chercheurs n’ont pas réussi à purifier suffisamment l’insuline. Ils injectent plutôt un mélange d’insuline et d’autres substances.

Une question de pureté
Un jeune chimiste du nom de James Collip vient alors se joindre au groupe. Son but : obtenir une insuline purifiée. Sans lui, l’équipe ne serait jamais venue à obtenir des résultats positifs aussi rapidement. Pendant que Banting et Best poursuivent leur recherche sur les chiens, Collip utilise des pancréas de bœuf et travaille à affiner sa technique d’extraction de l’insuline et, très rapidement, il choisit pour ce faire l’alcool à différentes concentrations.

La première injection
Le 11 janvier 1922, la première injection est donnée au jeune Leonard Thomson. Des analyses sont faites le lendemain : la glycémie est tombée de 24,5 à 17,8 mmol/L. Dans les urines, il y a encore beaucoup de sucre qui passe. La première injection est donc un demi-échec, parce que l’insuline injectée n’est pas assez pure.

La deuxième injection
Douze jours après la première injection, après avoir testé à plusieurs reprises son insuline, Collip se sent prêt à reprendre les injections sur Thomson. Cette fois-ci, il s’agit d’un véritable succès. Sa glycémie passe de 28,9 à 6,7 mmol/L. Il n’y a presque plus de sucre dans les urines. Les deux jours suivants, Leonard ne reçoit pas d’extrait; la glycémie monte. Dans les semaines qui vont suivre, on lui en administra tous les jours. Il reprend du poids et de la force. Les chercheurs savent qu’ils viennent de faire une grande découverte. Dès février 1922, six autres diabétiques reçoivent l’extrait avec les mêmes bons résultats. L’extrait s’appelait alors isletin, ce n’est qu’en avril 1922, que son nom définitif est donné : l’insuline.

Quatre-vingts-quinze ans plus tard, c’est par millions que des gens peuvent vivre grâce à l’une des plus grandes découvertes du XXe siècle.

Source : Diabète Québec, novembre 2016

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