Grand bien vous fasse, madame la ministre

Avec tout ce qui se dit en anglais, en franglais et tout dialecte qui soit, on verra peut-être la lumière au bout du tunnel dans l’application de la Loi 101. C’est ce que la ministre Nathalie Roy a promis dès son assermentation comme ministre de la culture et des communications, responsable de la langue française; l’application de cette loi avec fermeté. L’envahissement de titres et de termes anglais a assez duré et si c’est devenu la mode de tout angliciser, il est grandement temps d’y mettre un terme.

Je me souviens qu’au début de la Loi 101 du gouvernement Lévesque, en 1977, la raison sociale d’un commerce devait être en français. Le commerce de peinture et décoration Color My World avait alors francisé sa raison sociale en La couleur au foyer. Staples avait fait de même pour devenir Bureau en gros. Et bien d’autres… Ce qui semblait impossible, ne l’était pas finalement ! Malheureusement, les temps ont bien changé.

Le 21 décembre dernier, Sophie Durocher en a fait le sujet de son article dans les pages du Journal de Montréal. Étant entièrement d’accord avec son opinion, il me fait plaisir de le partager avec vous.

EN FRANÇAIS, S’IL VOUS PLAÎT Sophie Durocher

Si la culture était une partie de hockey, je remettrais l’étoile de la soirée à la nouvelle ministre de la culture et des communications, responsable de la langue française, Nathalie Roy. Elle a annoncé cette semaine que, même si elle ne modifiait pas la Loi 101, elle l’appliquerait avec plus de « fermeté ».

Bravo, Madame. Mais vous savez quoi ? Ce n’est pas seulement à vous, au gouvernement, de faire respecter le français. C’est à nous tous. Chaque jour. On ne peut pas crier contre l’Ontario qui piétine le français si nous-mêmes, on ne s’en soucie pas plus que ça.

MON CARNET DE QUESTIONS

Depuis quelques semaines, je note dans un petit carnet des situations du quotidien qui me hérissent. C’est mon carnet des « pourquoi ».

Pourquoi, sur les ondes de 107,3 on présente le segment : « Would you rather ? », un dilemme où l’on doit choisir entre deux options.

Pourquoi le programme de mentorat de Netflix, en partenariat avec Québec cinéma, porte le nom de « Talent Lab » ?

Pourquoi le nouveau restaurant Henri s’adresse souvent à ses abonnés Instagram uniquement en anglais ?

Pourquoi l’émission de chasse et pêche de RDS s’appelle-t-elle : « Le shore lunch » ? Oui, je sais, c’est une expression consacrée qui désigne le festin que se font les pêcheurs, sur le rivage, en apprêtant leurs prises du jour. Mais on aurait pu se forcer un peu, non ?

Pourquoi le site internet du chef Danny St-Pierre s’appelle « Foodlavie » ?

Pourquoi une femme aussi ancrée au Québec que Léa Clermont-Dion a-t-elle un descriptif Twitter uniquement en français ? (PHD Student @ulaval | TvHost #mitsouet léa | Author and director | #cyberviolence # cybersexism).

Pourquoi le prochain album de Brigitte Boisjoli s’intitule-t-il WOMEN (même si je sais qu’elle y chante des standards de country) ?

Pourquoi le nouveau resto de Martin Juneau au Centre Rockland va s’appeler Pastaga’s alors que son autre resto s’appelle Pastaga ? Une orthographe anglaise pour la clientèle anglophone du quartier ?

Pourquoi la nouvelle émission d’humour qui sera diffusée à Z en janvier 2019 s’intitulera Roast battle : le grand duel ? Oui, je sais, l’émission produite pas ComédieHa est adaptée du format original Roast battle, diffusé aux États-Unis sur Comedy Central. Oui j’apprécie qu’on ait rajouté trois mots en français. Mais si au Québec on a pu franciser Star Académie et La Voix, on aurait pu faire de même pour un combat d’humoristes, non ?

Au cours des deux derniers mois, j’ai été servie par des unilingues anglophones dans trois commerces (coiffeur, pizzéria, resto). Pourquoi, quand je me suis plainte à ces trois occasions, les gérants m’ont répondu « Montréal, c’est bilingue » ?

Pourquoi, lorsqu’on appelle le service à la clientèle de certaines compagnies, a-t-on l’impression de parler à Paidge Beaulieu, le personnage de Katerine Levac à SNL Québec ? « Qu’est-ce que je peux t’aider avec ? Canceller ou recéduler ? »

MEA CULPA

Ne vous en faites pas, je m’inclus aussi dans cette liste. Pourquoi ai-je si souvent la tentation d’utiliser une expression anglaise au lieu de me forcer pour trouver l’équivalent en français ?

Une dernière question : pourquoi, comme résolution pour 2019, on ne prendrait pas la résolution de mieux soigner notre français ?