Je ne suis pas câlin

Vendredi dernier, 1er mars, je publiais un article sur les câlins. Alors, voici l’envers de la médaille… « Je ne suis pas câlin ».

Ils n’embrassent ni ne cajolent. Peu enclins à dévoiler leur amour au grand jour, ils sont sur la réserve. Presque sur la défensive… Pourquoi faire preuve de retenue ? Comment réduire la distance ? Voici un article d’Aurore Aimelet sur le sujet.

TÉMOIGNAGE

« J’adore mes enfants, affirme Sophie, 37 ans, photographe. Mais je ne sais pas les prendre dans mes bras, ou les cajoler gratuitement. Ces gestes ne sont pas naturels chez moi. Et je m’en veux d’être aussi froide. » A l’heure où l’on prône les vertus du « peau-à-peau », il n’est pas facile de porter fièrement sa pudeur. « Notre société valorise et encourage le contact, reconnaît Laurie Hawkes, psychologue et psychopraticienne.

Nous devons être tendres, chaleureux, décomplexés… L’introversion est vite jugée dysfonctionnelle. » Pour autant, les marques d’affection sont-elles nécessaires ? « L’échange est fondamental à notre équilibre, admet la psychanalyste Dominique Devedeux. Le toucher est structurant pour l’individu, qui y puise sa sécurité affective. Mais des résistances peuvent bloquer notre désir d’aller vers l’autre. »

POURQUOI ?

Je reproduis ce que je connais

Laurie Hawkes constate que, dans certaines familles, « l’émotion, l’affect, voire le corps, sont mis à distance. Ce qui est ressenti est gardé pour soi ». Or, nous avons tous tendance à marcher sur des sentiers battus. « Inconsciemment, il est bien plus sécurisant de reproduire ce que nous avons vu et expérimenté, enfant », poursuit Dominique Devedeux. Notre mère ne nous embrassait jamais ? Sa réserve ayant été érigée en norme, comment désormais couvrir l’autre de baisers ? Nos parents étaient distants ? Vingt ans plus tard, nous voilà emmurés dans ce même schéma conjugal. « L’inconscient est paresseux ! sourit la psychanalyste. Automatiquement, l’individu calque son comportement sur celui dont il sait comment il fonctionne. »

Je m’autocensure

Ce n’est pas le désir de rendre tangible l’amour qui fait défaut, « car nous avons tous en nous cet élan », précise Dominique Devedeux. Laurie Hawkes rappelle que « tout petit, l’enfant produit des gestes spontanés, selon Winnicott. Naturellement, il cherche le contact avec sa mère – ou toute autre figure maternante. Si ce besoin n’est pas accueilli et accepté, alors le geste est interrompu. Le bébé a honte d’avoir ressenti un tel désir, comme si celui-ci n’était pas bon ou digne, puis il « gèle » son corps ». Des expériences malheureuses et répétées inhibent notre spontanéité. Pour Dominique Devedeux, « nous nous défendons d’exprimer notre amour et justifions notre réserve par des « Je ne sais pas comment faire« , « Quand on n’a rien reçu, on n’a rien à donner« , ou encore « Ce n’est pas moi« . Ces croyances nous installent dans l’austérité ».

J’ai peur de l’autre

Mais derrière ces bons prétextes se cache la peur d’éprouver à nouveau de la honte. « Nous craignons et anticipons la réaction de l’autre, son rejet, sa moquerie, son embarras, explique la psychanalyste. L’autre, cet éternel inconnu, représente une menace. » Dont il faut rester à l’écart ! À moins de trouver un être inoffensif, innocent ? « Certains introvertis s’autorisent une proximité physique avec un nouveau-né ou même… un animal ! remarque Laurie Hawkes. Parce que celui-ci n’est pas un danger. » Mais dès lors que l’enfant grandit ou que c’est un adulte qu’il nous faudrait dorloter, le passé resurgit et tout notre corps, notre cœur, notre esprit, nous dit ! : « N’y va pas, souviens-toi, tu vas te brûler les doigts. »

QUE FAIRE ?

Prendre le risque de la rencontre

Dominique Devedeux, psychanalyste, suggère d’oser : « Puisque, naturellement, le désir d’aller vers l’autre demeure intact, peut-être pouvez-vous essayer d’aller au-delà de vos résistances et, au lieu d’étouffer la pulsion, vous autoriser à l’écouter ? Pourquoi ne pas tenter, de temps en temps, un geste ? » Choisissez quelqu’un de confiance, dont vous savez l’amour irréfutable. Et voyez ce qu’il arrive ! Cette expérimentation peut vous suffire à vous rassurer et apaiser vos anticipations du pire.

Danser !

« Il s’agit de réapprendre la proximité physique, analyse Laurie Hawkes, psychologue et psychopraticienne. Je propose souvent aux personnes très réservées de se mettre à la danse. C’est une activité qui suppose d’être en lien avec son partenaire, mais qui demeure cadrée. Les règles, les consignes sont sécurisantes. » À vous de trouver le rythme qui vous convient : salsa, tango, rock…

S’interroger en thérapie

Pour Laurie Hawkes, « si le blocage remonte à l’enfance, une thérapie peut aider la personne à explorer l’angoisse ». Ne vous tournez pas nécessairement vers une thérapie corporelle, qui pourrait vous faire peur et renforcer le symptôme. Vous pouvez aussi penser à libérer votre corps de sa tension interne en optant pour des séances de relaxation, de méditation, de yoga. « Il s’agit de se faire du bien, de se faire plaisir, conclut Dominique Devedeux. Rester en retrait, c’est se priver du sel de la vie. »

TÉMOIGNAGE

Emmanuelle, 41 ans, ophtalmologiste

« Mon homme, c’est le feu, et moi, la glace ! J’ai aussi beaucoup de mal à dire « Je t’aime ». Dans ma famille, on ne se dit rien, on ne se touche pas ; et si, par malheur, on se frôle, on s’excuse ! Ça fait rire Arnaud, qui prend un malin plaisir à embrasser tout le monde. À ses côtés, je m’ouvre un peu et parviens à exprimer davantage mes sentiments. Plutôt que de rester sur ma banquise, j’ai pris l’habitude de lui écrire, de lui dire aussi qu’il compte pour moi, ou qu’il est un homme formidable. Parce que tout le monde mérite de se sentir aimé. »

Source : Psychologies.com