Peut-on accuser un système ?

Triste à mourir et répugnante que cette conclusion de l’enquête interne du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie-CHUS, par la voix de son PDG Stéphane Tremblay, suite au décès de la petite martyre de Granby, à la fin avril. Ce ne sont pas une ou des personnes humaines qui sont responsables de cette mort, mais un système.

Comme on ne peut accuser un « système », on va le changer pour le mieux et le dossier sera réglé. C’est tout simplement choquant ! Et je me retiens de le qualifier autrement. Je suis cependant loin d’être surpris.

On paye des salaires faramineux à ces gestionnaires incapables pour quoi au juste. Une innocente enfant et ses comportements bizarres n’a pas réussi à attirer l’attention, c’est impossible ! Tout le monde dormait au gaz ou s’en foutaient royalement. Il faut sérieusement reformer l’institution.

Certes le père et la belle mère font face à de graves accusations criminelles, mais tout ce qui gravitait autour de l’enfant, et je parle des autorités ne se sont pas données la peine d’intervenir. Comment peuvent-ils encore dormir sur leurs deux oreilles… comme l’écrivait Josée Legault, dans l’édition du Journal de Montréal d’hier, que j’approuve entièrement et que je partage avec vous aujourd’hui.

COMMENT FAITES-VOUS POUR DORMIR LA NUIT Josée Legault

Tout le système a failli, mais personne n’est responsable. C’est la conclusion révoltante et néanmoins prévisible de l’enquête interne du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie sur la mort de la « fillette de Granby », Rose, comme je l’appelle, est morte à 7 ans, après des années de martyre aux mains de son père et de sa belle-mère.

Une vie volée sous le regard indifférent du CIUSSS, de la police, des tribunaux, de son école et de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Mais au fait, c’est quoi, ça, le « système » derrière lequel les gestionnaires du CIUSSS se cachent pour mieux se protéger ? Parce que le « système », ce n’est pas fait de robots ou de fantômes.

C’est fait de vraies personnes payées à même les fonds publics pour protéger les enfants maltraités. Ce sont elles qui ont failli à leur devoir. Du ministère de la Santé sous l’ère libérale aux gestionnaires du CIUSSS, policiers, juges, DPJ et enseignants, ont tous failli. Sans compter que d’autres enfants sont encore abandonnés, eux aussi, à des familles toxiques. Comment diable tout ce monde-là peut-il bien faire pour dormir la nuit ? Mystère.

MYSTÈRE

L’enquête interne nous parle d’un « manque de communication » entre les intervenants. Parlons plutôt d’un manque cinglant de responsabilité, d’humanisme, d’éthique et de cœur. Si, au lieu de protéger leurs postes en se taisant pour ne pas déranger l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette à qui ils devaient leur nomination, les gestionnaires des tous les CIUSSS avaient sonné l’alarme quant à la détérioration crasse de TOUS les services sociaux, dont la DPJ, nous n’en serions peut-être pas à compter les oursons de peluche devant la maison de Rose.

Le gouvernement précédent a siphonné le budget des services sociaux et leur a imposé une hypercentralisation dont les CIUSSS sont le produit. Les plus vulnérables – enfants maltraités, personnes déficientes intellectuelles, aînés moins nantis, etc. –, en ont fait les frais.

LUMIÈRE

Chaque CIUSSS couvre un immense territoire, de larges populations, des milliers d’employés, des hôpitaux, DPJ, CLSC, centres de réadaptation en déficience intellectuelle, etc. Ce gigantisme délirant a accouché d’un « système » parfaitement dysfonctionnel. Dans des structures éléphantesques, l’omerta et la déshumanisation des services s’installent.

Le problème est qu’à de rares exceptions près, les gestionnaires ont accepté de se taire et de faire taire leurs subalternes. Face à l’injustice, se taire ou parler est un choix.

La lumière au bout du tunnel est qu’un nouveau régime est au pouvoir. Le premier ministre semble prendre conscience de l’énorme redressement dont les services sociaux ont urgemment besoin. Pour la DPJ, l’annonce faite hier de 47 millions $ supplémentaires est la bienvenue, c’est sûr.

Le redressement de tous les services sociaux nécessitera toutefois bien plus que de l’argent. Il commandera une véritable révolution politique et organisationnelle. Dans une société vieillissante, cette révolution sera humaniste, ou elle ne sera rien.