Les 100 ans de l’insuline

En 1921, une des plus grandes découvertes de l’histoire de la médecine était faite : celle de l’insuline par une équipe de chercheurs à l’Université de Toronto. Cent ans plus tard, nous rendons hommage à : Frederick Banting, Charles Herbert Best, James Bertram Collip et John James Rickard Macleod.

L’IDÉE OU POURQUOI UN CALEPIN DE NOTES EST TOUJOURS UTILE DURANT LES NUITS D’INSOMNIE

Le chirurgien, Frederick Banting, arrive à Toronto quelques mois après son service militaire durant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Il travaille dans deux hôpitaux pendant quelques mois avant de quitter la ville pour s’installer à London (en 1920), une ville dans le sud-ouest de l’Ontario.

Il se rapproche de sa fiancée et souhaite commencer à recevoir et traiter des patients dans son nouveau cabinet. Mais les débuts sont beaucoup plus difficiles qu’il ne l’anticipait. Pour arrondir ses fins de mois, Banting accepte de travailler à temps partiel (pour un salaire de 8 à 10 $ par semaine) comme prosecteur de chirurgie et d’anatomie à la faculté de médecine de la Western University d’Ontario en octobre 1920. Ce travail consiste à préparer les cadavres pour les cours donnés par le Dr F. R. Miller, son patron. Il lui arrive même de l’assister durant quelques cours.

À la demande du professeur Miller, Banting doit donner une conférence sur le métabolisme des glucides aux étudiants en médecine. C’est un sujet avec lequel il est moins familier et, pour se préparer, il emprunte donc quelques articles et livres sur le sujet avant de retourner chez lui. Une fois la préparation terminée, Banting apporte dans sa chambre le numéro de novembre de la revue Surgery, Gynecology and Obstretrics comme lecture avant de s’endormir.

L’article principal est signé par Moses Barron, un pathologiste américain, et s’intitule Les liens entre les îlots de Langerhans et le diabète : le cas de lithiase pancréatique.

Il était loin de d’imaginer et de mesurer l’impact que cette lecture allait avoir.

La nuit du 31 octobre est l’une de ces nuits sans sommeil. Les soucis d’argent, les débuts difficiles de sa pratique médicale et la conférence à faire le tiennent éveillé. Le Dr Banting le racontera dans The story of the discovery of insulin :

« C’était un de ces soirs où j’étais agité et où je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Je repensais à mon cours et à l’article; je ressassais mes difficultés, tout en songeant à quel point j’aurais aimé ne plus avoir de dettes et être libre de tout souci.

Finalement, vers deux heures du matin, alors que mon cours et l’article se bousculaient dans mon esprit depuis déjà un long moment, l’idée me vint que si on ligaturait à titre expérimental le canal de Wirsung, il y aurait dégénérescence d’une partie du pancréas et on pourrait ainsi isoler la sécrétion interne de la sécrétion externe. Je me levai, notai cette idée et passai presque tout le reste de la nuit à y réfléchir. »

Cette idée s’écrit en 25 mots (29 en français). Des mots qui vont changer sa vie (et celles de millions de personnes) à jamais :

DIABÈTE
Ligaturer canaux pancréatiques de chiens. Garder chiens en vie jusqu’à dégénérescence des acineuses et libération des insulaires. Essayer d’isoler la sécrétion interne de celles-ci pour soulager la glycosurie.

DIABETUS
Ligate pancreatic ducts of dogs. Keep dogs alive till acini degenerate leaving islets. Try to isolate the internal secretion of these to relieve glycosuria.

La maison où résidait Banting et où il recevait ses patients est maintenant un lieu historique national. Les visiteurs peuvent se promener dans la maison et s’asseoir sur le lit qu’occupait Banting la nuit du 31 octobre 1920. Dans cette chambre, on trouve un bureau sur lequel est posé une pile de fiches blanches où il est possible de laisser un message. Il y a même une boîte de papiers-mouchoirs mise à la disposition des visiteurs. Elle est d’ailleurs changée fréquemment.

LE LIEU DE NAISSANCE DE L’INSULINE : LA MAISON BANTING

Le lieu de naissance de l’insuline, la maison Banting, a été désignée comme site historique national le 23 novembre 1997 après plusieurs décennies de travail. C’est dans la chambre à l’étage que Banting a eu l’idée qui l’a mené vers la découverte de l’insuline en 1921.

Le Dr Frederick Banting, achète la maison en juillet 1920 pour 7 800 $. Il y installe son bureau au rez-de-chaussée et sa chambre en haut. Il vendra la maison à la fin de l’année 1921 alors qu’il réside à Toronto depuis le début de ses recherches au printemps.

La maison se transforme en musée entre 1984 et 1989. Les pièces sont aménagées en galerie où les visiteurs découvrent tous les aspects de la vie du Cr Frederick Banting : le médecin, le chercheur, le militaire et l’artiste. Le musée possède une réplique officielle du prix Nobel de physiologie attribué à Banting et Macleod en 1923 pour la découverte de l’insuline.

À côté de la maison se trouve une place publique aménagée au fil du temps qui abrite un jardin et trois œuvres : une statue de Banting, un globe et la Flamme de l’espoir. C’est à cet endroit qu’est célébrée chaque année la Journée mondiale du diabète

LA FLAMME DE L’ESPOIR

La Flamme de l’espoir, allumée le 7 juillet 1989 par Sa Majesté la reine mère, Elizabeth Bowes-Lyon, rend hommage à tous ceux et celles qui vivent avec le diabète dans le monde. Elle sert également de symbole rappelant que le remède pour guérir cette maladie n’existe pas. La vasque de la flamme est déposée sur un énorme bloc de granite et d’onyx de plus de deux mètres de haut. Le monument a été conçu pour résister aux intempéries (vent, neige, pluie) et aux pluies acides.

La flamme sera éteinte par les chercheurs qui découvriront le remède pour guérir le diabète.

Source : Revue Plein Soleil, hiver 2020