Persiflage…

La pandémie actuelle révèle toutes sortes de lacunes dans nos systèmes sociaux. D’une journée à l’autre on découvre des anomalies qui traînent depuis des années et qui n’ont pas été prises au sérieux. Je suis d’accord avec ceux qui préconisent une enquête spéciale sur tout le système des CHSLD pour enfin faire la lumière sur ce qu’on y découvre. Tout a été écrit et malgré tout, on en apprend encore.

Mais cette enquête devra déboucher sur du concret, immédiatement. Si nos gouvernements ont pu débloquer des sommes faramineuses pour leurs citoyens dépourvus de revenus, durant cette crise, pour subvenir à leurs plus élémentaires besoins, ils devront faire de même pour la réforme urgente des CHSLD. Le temps des promesses est terminé. Il faut passer à l’action coûte que coûte. Il faut foutre dehors les administrations sans scrupules et en prendre le contrôle absolu et public.

Richard Martineau ironisait à peine dans son article qu’il publiait le 18 avril dernier, dans les pages du Journal de Montréal. Et le titre de son texte était assez évocateur de cette situation trop longtemps tolérée. Un texte cru et sans détour. C’est ce que je veux partager avec vous aujourd’hui.

DEVENIR RICHE GRÂCE AUX VIEUX

Tu veux faire un coup d’argent, mon ami ?

Tu veux t’en mettre plein les poches ?

Eh bien, suis mon conseil : ouvre des maisons pour vieux.

Tu ne le regretteras pas.

UNE RESSOURCE RENOUVELABLE

D’abord, comme les démographes le répètent depuis des années, la population du Québec vieillit à la vitesse grand V.

Des vieux, en veux-tu, en v’la !

C’est la manne, mon ami ! Oublie le vent et le soleil : la meilleure ressource naturelle renouvelable du Québec, c’est les vieux.

Pour chaque vieux qui meurt, il y a trois baby-boomers qui se font poser un dentier !

Non seulement tu ne manqueras jamais de clients, mon chum, mais tu devras ouvrir d’autres maisons de vieux pour répondre à la demande !

Surtout qu’au Québec, les vieux on ne les garde pas à la maison, nooooon.

On les parque ! Dans des maisons pour vieux !

Regarde les chiffres, mon ami : le Québec détient le record national du parcage de vieux ! Aucune autre province ne parque autant ses vieux que le Québec !

On se dit « solidaire », au Québec, on se pète les bretelles avec nos belles valeurs, mais tout ça, c’est de la frime.

Dès que tu comptes 80 chandelles sur ton gâteau, viens pépé, prends ta valise, on va faire un tour de machine !

DU BON MANGER TEXTURÉ

Et sais-tu ce qui est génial avec les vieux ?

Ils ne se plaignent pas !

D’abord, la moitié sont Alzheimer, ils ne savent même pas où ils sont.

Et l’autre moitié se contente de rien.

Un café filtre, un biscuit en forme de feuille d’érable, et ils sont heureux !

Pas besoin de leur servir de la grande gastronomie.

Tu te souviens du docteur Barrette, qui avait invité les journalistes à une dégustation de manger mou à Québec ?

Une pelotée blanche, une pelotée brune, et tout le monde est content !

Je te le dis, mon chum, ça coûte plus cher nourrir des chiens !

Pour ce qui est du divertissement, tu as sûrement un beau-frère ou un cousin qui joue de l’orgue. Tu lui refiles un 50 en dessous de la table, pis tes clients vont avoir l’impression d’être allés à la Place des Arts !

Tu peux pas perdre, mon ami, c’est un sure thing, je te dis !

J’ai sept maisons de vieux, pis le cash n’arrête pas de rentrer !

Quoi ? Tu as peur que la visite remarque que tes clients ne sont pas bien traités ?

Voyons, Joe, allume !

Personne ne va les visiter ! C’est ça, la beauté de la chose !

Tu peux faire ce que tu veux, personne ne va le savoir ! De toute façon, après deux ans, ils meurent, fa que…

UN BEAU CHÈQUE

Tu te demandes comment avoir des permis pour exploiter tes maisons ?

Voyons… T’as pas regardé la Commission Charbonneau ? « Un chum, c’t’un chum », ça ne te dit rien ?

T’as juste à envoyer des chèques au bon parti, c’est tout !

C’est comme ça que ça se règle, au Québec ! Tu peux avoir un casier judiciaire long comme le bras, personne ne va te mettre des bâtons dans les roues !

Ah non, mon ami, crois-moi : les maisons de vieux, c’est l’avenir !

Grâce à l’argent que ça me rapporte, je vais pouvoir vieillir à l’extérieur du Québec.

NDLR : Vite l’enquête publique, ça presse !