La Loi 101, version 2, tarde.

Depuis le temps que le ministre Simon Jolin-Barrette planche sur cette nouvelle version, il attend quoi pour nous la faire découvrir ? Promise pour l’automne dernier, puis cet hiver et plus particulièrement en février, aucun mot, aucune annonce, rien !

Avec toute cette attente, j’ai bien hâte de quoi il va accoucher. Il ne doit pas se tromper et nous décevoir. Cette loi doit revivre et prendre toute la place qui lui revient, comme l’avait fait feu Camille Laurin.

Josée Legault traitait de ce sujet chaud, dans sa chronique du 10 février dernier dans le Journal de Montréal. C’est le texte que je vous propose aujourd’hui.

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CAMILLE LAURIN, VOUS CONNAISSEZ ?

Dans la grande région métropolitaine, le français recule depuis plus de vingt ans déjà. Spécialisée à l’université sur la question linguistique, j’en ai souvent fait depuis l’analyse détaillée sur diverses tribunes. Ici et à l’étranger.

Après deux décennies de déni, tant chez la classe politique que dans les médias, le phénomène crève maintenant tellement les yeux que même les libéraux fédéraux s’en rendent compte.

C’est dire l’ampleur colossale du désastre qui, à force d’inaction des gouvernements, toutes couleurs confondues, commande un redressement majeur de la situation.

Cette tâche titanesque, le gouvernement Legault en a cependant hérité à son corps défendant. La réforme de la loi 101 préparée par Simon Jolin-Barrette, ministre responsable du dossier, est attendue depuis longtemps.

S’il fallait que l’éléphant accouche d’une souris sur le plan législatif, le rendez-vous manqué affaiblirait d’autant plus une langue « nationale » déjà amplement fragilisée.

INCERTITUDES ET ATTENTES

C’est dans ce même contexte d’incertitude et de grandes attentes que Richard Campeau, député caquiste de Bourget, suggère de remplacer le nom de sa circonscription montréalaise par celui de Camille Laurin.

Décédé le 11 mars 1999 à l’âge de 76 ans, le Dr Laurin, brillant psychiatre de profession, fut député de Bourget sous René Lévesque, et, surtout, ministre responsable de l’élaboration de la Charte de la langue française, mieux connue sous le nom de loi 101.

Pour mieux comprendre la grande intelligence, la finesse stratégique et la vision humaniste inaltérable de Camille Laurin, il faut lire sa biographie époustouflante, rédigée par Jean-Claude Picard, lui-même décédé l’an dernier. (Camille Laurin. L’homme debout. Boréal, 2003).

Pour qu’il puisse arriver à une version finale de la loi 101 en juillet 1977, on y prend la pleine mesure des nombreux obstacles qui jalonnaient la route de Camille Laurin. Un à un, il les a surmontés avec courage et détermination.

OBSTACLES

Rappelons que le milieu des affaires, les leaders anglo-québécois et fédéraux le conspuaient continuellement. Avec stoïcisme, il encaissait les insultes les plus viles, dont la comparaison odieuse avec Joseph Goebbels, propagandiste en chef du nazisme et d’Adolf Hitler.

Même au sein du gouvernement Lévesque, il devait se confronter à des collègues opposés à son projet. Fin tacticien, il réussira à les convaincre presque tous. Résultat : hormis pour la minorité historique anglophone, la loi 101 consacrerait le français comme langue nationale de tous les Québécois.

Au Québec, le français serait la langue d’intégration, de partage, du travail, de culture, de communication, d’éducation, d’affichage, de commerce, d’administration publique, etc. Un exploit historique.

Une fois adoptée, la loi 101 subira toutefois les assauts des tribunaux. Ses adversaires en ont fait grand usage pour mieux s’y attaquer. Pis encore, à de rares exceptions près, les gouvernements du Québec refuseraient à leur tour de la renforcer à nouveau.

Aujourd’hui, l’état des lieux est à l’avenant. D’où la « mission » de Simon Jolin-Barrette de lui redonner ses muscles perdus. Les difficultés se dressant devant lui sont d’ailleurs nettement plus atténuées qu’au temps de Camille Laurin.

La morale de cette histoire ? Honorer le legs exceptionnel de Camille Laurin en renommant son ancien comté est certes bienvenu. Redonner enfin vie à la Charte de la langue française serait beaucoup mieux encore.