Une triste évidence pour le français.

Une vérité vraie pour les décennies à venir, et pas des tonnes. À l’intérieur d’une vingtaine d’années, le français aura régressé. Mercredi dernier, Sophie Durocher en a fait le sujet de son article dans les pages du Journal de Montréal. J’endosse tellement son propos que c’est la lecture que je vous propose aujourd’hui. Une triste évidence qui ne ment pas.

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LA SWITCH EST A BITCHE

Le 19 mars, Facebook a supprimé la page d’une petite ville française de 5000 habitants parce qu’elle était « en violation des conditions applicables ». C’est que, voyez-vous, cette ville de la Moselle s’appelle Bitche et qu’en anglais, « bitche » c’est un mot très vilain qui consiste à traiter quelqu’un de chienne.

Sous la pression, Facebook s’est rendu compte de son erreur et hier, la page était restaurée.

Le plus drôle, c’est que le maire de la ville a invité Mark Zuckerberg à visiter sa petite municipalité. Il a aussi rappelé que la ville avait été libérée par des Américains, en 1945, et que ces soldats s’étaient eux-mêmes appelés « Sons of Bitche ».

Je sais, c’est anecdotique. Mais je vois dans cette histoire le signe que de plus en plus, sur les réseaux sociaux, c’est l’anglais qui mène.

JE BITCHE, TU BITCHES

Ici au Québec, où on parle de plus en plus franglais, combien de personnes se traitent de bitche ? On conjugue même le verbe bitcher à tous les temps.

Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui ? Parce que je suis tombée sur une série de publicités de la Fondation pour la langue française qui m’ont vraiment fait réfléchir à la présence de plus en plus insidieuse de l’anglais dans notre vocabulaire.

Dans le cadre de sa campagne Ne perds pas ton français, cette Fondation diffuse sur les médias sociaux une série de capsules qui montrent l’évolution de notre « vocabulaire » au fil des décennies…

Premier exemple : « 2000 : Ça m’a déplu. 2010 : Ça m’a turné off. 2020 : Ça m’a turn off. 2030 : Ça turned me off. 2040 : That turned me off

Voici un deuxième exemple de publicité de la Fondation.

« 2000 : J’ai échappé mon téléphone. 2010 : J’ai dropé mon téléphone. 2020 : J’ai drop mon phone. 2030 : J’ai drop my phone. 2040 : I dropped my phone. »

On doit tous reconnaître qu’on se laisse aller à un relâchement. Ça commence par un mot, par-ci, par-là. Un titre d’émission de télé. Un animateur qui parle de « show » au lieu de « spectacle ». On s’habitue. Notre oreille s’y fait.

On entend une animatrice parler de « tattoo » au lieu de « tatouage ». On s’y fait. On s’habitue.

Je ne jette pas la pierre aux autres. Je m’inclus dans ce ramollissement collectif.

Mais c’est pour ça que je trouve la petite pub de 15 secondes de la Fondation pour la langue française aussi percutante. On se rappelle tous l’époque pas si lointaine où on faisait des phrases complètes en français sans recourir à la béquille de l’anglais.

Mais avec les médias sociaux, l’influence de l’anglais est décuplée.

C’est une chanteuse hyper connue qui écrit sur Instagram : « Le printemps à Montréal is upon us

C’est une chroniqueuse d’un journal montréalais qui se décrit sur Instagram comme « Business columnist, Serious foodista, wannabe fashionista, unapologetic feminista » (pas un mot en francista).

C’est une animatrice qui écrit : « Smiling inside and out ! Bon dimanche tout l’monde ! Full chixée, 1 fois par semaine ».

Je ne veux bitcher personne, mais si on continue comme ça, en 2040, we’ll all be speaking la langue de Sugar Sammy.