Prestations canadiennes de la Sécurité de la vieillesse

Récemment, je publiais une invitation à signer une pétition pour que le gouvernement canadien révise sa proposition sur une éventuelle augmentation des prestations de la Sécurité de la vieillesse en créant deux classes d’aînés en fonction de leur groupe d’âge.

Aujourd’hui, je vous propose la lettre ouverte de Gisèle Tassé-Goodman, Présidente du Réseau FADOQ, parue dans le journal de Montréal du 30 juin dernier, sur ce sujet d’actualité très importants pour les aînés.


Gisèle Tassé-Goodman

UNE PRÉCARITÉ FINANCIÈRE OMNIPRÉSENTE… DÈS 65 ANS !

J’écris cette lettre ouverte pour vous transmettre des témoignages poignants que le Réseau FADOQ a reçus de la part de ses membres de 65-74 ans depuis que le gouvernement fédéral leur a refusé une bonification de 10 % des prestations de la Sécurité de la vieillesse, en avril dernier.

J’écris cette lettre ouverte pour donner une voix à ces gens. Ce sont des battants, des gens de cœur que la vie n’a pas toujours choyés. Ils ont souvent dû ramer à contre-courant, et, aujourd’hui, ils méritent d’avoir une tribune pour s’exprimer.

Parce qu’il est important qu’ils puissent donner l’heure juste sur l’état de leur situation financière. Parce qu’ils doivent pouvoir réfuter haut et fort l’argument du premier ministre Justin Trudeau selon lequel les besoins des aînés sont plus grands à partir de 75 ans.

GRANDS BESOINS

Entendons-nous bien, les personnes de 75 ans et plus ont de grands besoins qui justifient la bonification annoncée. Ce que le Réseau FADOQ ne comprend pas, c’est cet entêtement du gouvernement fédéral à vouloir créer deux catégories d’aînés, en discriminant au passage des milliers de Canadiens âgés de 65 ans et plus qui peinent à boucler leurs fins de mois. Notre organisation soutient que les gens de 65 ans ont autant besoin d’argent que ceux de 75 ans.

Je pense à Danielle, 73 ans, qui nous a confié devoir travailler environ 30 heures par semaine au comptoir d’une charcuterie pour éviter la faillite. Avec les maux de dos que ce travail physique implique. C’est la seule solution envisageable compte tenu des dettes léguées par son défunt mari.

Je pense à Christiane, 68 ans, qui, après une carrière de près de 50 ans dans le monde de la restauration, voit impuissante ses économies se dilapider à un rythme aussi fulgurant que la hausse du panier d’épicerie. La plus grande peur de cette grand-maman : être obligée de quêter pour subsister dans ce monde où tout coûte plus cher.

Je pense à Francine, 70 ans, qui a laissé sa carrière de côté pour élever ses deux enfants à la maison. Veuve depuis plus de 20 ans, elle se joint au combat que mènent tant de femmes aînées pour repousser sans relâche le spectre de la pauvreté. Pour pouvoir survivre, toute seule, avec peu.

Ces femmes ont courageusement accepté de faire partager leurs craintes, leur tristesse et leurs peurs dans le cadre du projet Visages de la précarité financière, que le Réseau FADOQ a lancé. Elles ont accepté de témoigner à visage découvert pour sensibiliser nos décideurs au fait que, derrière les statistiques qu’il évoque, il y a des êtres humains qui souffrent et qui ont besoin d’aide. Dès maintenant.

Surtout considérant que 60 % des aînés de 65 ans et plus ont des revenus de moins de 30 000 $ annuellement. Quant aux aînés qui reçoivent seulement les prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti, leurs revenus sont de 3000 $ inférieurs à la mesure officielle du seuil de pauvreté.

Dans l’immédiat, le Réseau FADOQ presse le gouvernement Trudeau de bonifier les prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti. Les montants versés par ces programmes doivent minimalement dépasser le seuil de pauvreté, qui s’établit à 21 000 $ dans la région de Montréal.

Surtout qu’à cette nécessité s’ajoute cet enjeu : l’indexation du programme de la Sécurité de la vieillesse évolue en fonction des prix à la consommation, alors que les salaires s’accroissent généralement à un rythme supérieur à l’inflation. En raison de cet écart, la pension de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti joueront, avant longtemps, un rôle de plus en plus réduit dans le niveau de remplacement du revenu à la retraite.

FILET SOCIAL

Cet enjeu affectera considérablement le filet social des aînés ai le gouvernement fédéral ne s’y intéresse pas davantage. Dans le contexte du vieillissement accéléré de la population canadienne, il s’agit là d’une situation très préoccupante…

De grâce, Monsieur Trudeau, prenez le temps d’écouter les aînés. Au-delà des apparences et des belles promesses, ils souhaitent une écoute active de votre part. Ils sont des milliers à attendre une aide financière durable. Rassurez-les – rassurez-nous ! – en mettant en place des mesures inspirantes qui hisseront le Canada au rang des sociétés où il fera bon vieillir.

Après une vie de dur labeur, personne ne devrait être apeuré par la retraite, par l’idée de gagner en âge. C’est vrai pour les aînés d’aujourd’hui, et ce le sera aussi pour ceux de demain.


Source : Journal de Montréal, 30 juin 2021, p24

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