Autre preuve du déclin

« On l’oublie souvent, mais la recherche, ça peut aussi faire partie de la culture d’une population. C’est pour ça que c’est important que ça puisse se faire davantage en français. »

C’est la déclaration de Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’UQAM, au journaliste Olivier Faucher du Journal de Montréal. Une autre évidence du recul de la langue française. Voici la suite de l’article.


LE FRANÇAIS EN DÉCLIN DANS LES THÈSES ET MÉMOIRES

De plus en plus d’étudiants choisissent l’anglais pour leur travail final, au Québec.

La proportion d’étudiants au doctorat qui choisissent de rédiger leur travail final en anglais a presque doublé en 15 ans dans les universités francophones du Québec.

C’est ce que révèle une étude du professeur à l’école des médias de l’UQAM Jean-Hugues Roy.

En 2006, les thèses de doctorat réalisées en anglais dans les établissements francophonesreprésentaient autour de 15 %. En 2019, cette proportion avait presque doublé.

Pour les mémoires de maîtrise, une légère hausse est observée pour la même période, pour atteindre 10 % en 2019.

« La production scientifique, ça fait partie de la culture d’une nation. […] Que la recherche se fasse en anglais, c’est aussi préoccupant que si c’était le cinéma ou la musique. Mais la recherche s’adresse aussi au monde entier et à la communauté de chercheurs », pense M. Roy.

C’est dans les sciences pures que l’anglais est le plus attractif. Les données les « plus frappantes » selon l’auteur se retrouvent d’ailleurs dans des universités spécialisées dans les sciences pures, comme l’École de technologie supérieure, où 72 % des thèses de doctorat rédigées en 2019 étaient en anglais, et HEC Montréal, où cette proportion a atteint 80 % lors de la même année.

AUSSI EN SCIENCES HUMAINES

Dans les sciences humaines, la progression est plus timide, mais tout de même présente.

« À McGill et à Concordia, il avait une tradition où on retrouvait beaucoup de thèses en français et il y a une diminution là aussi », ajoute M. Roy ».

Ces chiffres ne sont pas étonnants et concordent avec un rapport publié en début juin par l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) qui a observé une chute importante du français dans le monde de la recherche au Canada, soutient Sophie Montreuil, directrice générale de l’ACFAS.

LA LANGUE DU « PRESTIGE »

Cela est surtout lié à la course au prestige international qui s’est accélérée dans le domaine scientifique, croit Vincent Larivière, professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante à l’Université de Montréal.

« Les revues en français sont considérées moins prestigieuses, explique-t-il. Faire une carrière dans le domaine des sciences sociales et humaines en français, c’est encore possible. Dans le domaine des sciences médicales et naturelles, si vous ne publiez pas en anglais, on peut dire que vous n’existerez pas. »

« Il faut vraiment s’inquiéter de ce phénomène, pense Mme Montreuil. Les populations locales et nationales, si elles n’ont pas accès à des résultats de recherche parce qu’elles ne lisent pas la langue, c’est un frein à la diffusion de connaissances à l’échelle planétaire.