Vous auriez fait quoi à sa place ?

La Couronne demande huit ans de prison. Tout le monde a suivi avec intérêt l’histoire de Michel Cadotte, reconnu coupable de l’homicide involontaire de son épouse, Jocelyne Lizotte, souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Doit-il aller en prison pour le geste qu’il a fait ? C’est ce qu’aura à déterminer la juge Hélène Di Salvo lorsqu’elle rendra sa sentence vers la fin du mois de mai prochain.

Chacun a son opinion et la mienne est que la loi sur l’aide médicale à mourir doit être amendée pour donner plus d’ouverture à cette façon d’abréger ses souffrances des patients et surtout des proches qui sont également des victimes collatérales. Dans le système de santé saturé, voire débordé, il serait grandement temps de démontrer de l’empathie envers les personnes qui vivent comme des zombies sans espoir de retour à une vie normale.

Je penche indubitablement pour la suggestion de la défense.

Isabelle Ducas, de La Presse+ brossait le portrait de ce dossier en attente de conclusion, dans son édition du 9 mars dernier, et c’est cet article que je vous propose pour vous faire une meilleure idée. Vous auriez fait quoi à la place de Michel Cadotte ?

LA COURONNE DEMANDE 8 ANS DE PRISON Isabelle Ducas

Michel Cadotte, reconnu coupable de l’homicide involontaire de son épouse souffrant de la maladie d’Alzheimer, doit-il aller en prison pour le geste qu’il a fait ?

Entre la suggestion de la Couronne, qui réclame huit ans de pénitencier, et celle de la défense, qui estime qu’il ne doit pas être emprisonné, déterminer la peine appropriée sera une tâche d’une extrême difficulté, reconnaît la juge Hélène Di Salvo, chargée de trancher la question.

« Je voudrais ne pas être émotive, mais il n’y a pas un être humain sur la planète qui n’a pas été touché par cette histoire », a-t-elle noté hier, alors qu’elle entendait les arguments des deux parties au palais de justice de Montréal.

La juge a d’ailleurs essuyé quelques larmes en écoutant les témoignages empreints d’émotion des proches de la victime, Jocelyne Lizotte.

Michel Cadotte a reconnu avoir étouffé Mme Lizotte avec un oreiller, le 20 février 2017, dans sa chambre du CHSLD Émilie-Gamelin. Elle souffrait d’Alzheimer au stade le plus avancé de la maladie.

Un jury a déclaré le Montréalais de 57 ans coupable d’homicide involontaire, le 23 février dernier, une infraction moins grave que l’accusation de meurtre au second degré qui avait d’abord été portée contre lui.

Ce verdict donne à la juge une grande latitude pour déterminer la peine à lui infliger.

« LES AIDANTS NATURELS DOIVENT ALLER CHERCHER DE L’AIDE »

La défense recommande une peine de prison de 6 à 12 mois, mais comme M. Cadotte a déjà passé 4 mois en détention préventive après son arrestation, ce qui donne l’équivalent de près de 7 mois (205 jours), il n’aurait pas à retourner derrière les barreaux si cette suggestion est retenue.

Selon ses avocats, M. Cadotte était dépressif, isolé, épuisé, après des années à s’occuper sans relâche de sa femme malade, avec peu d’aide de ses proches ou du système de santé. Son geste a été impulsif. Il n’est pas un danger pour la société, et il n’y a pas lieu de se servir de cette cause pour envoyer un message pour prévenir d’autres crimes semblables.

« S’il y a un message à retenir, c’est que les aidants naturels doivent aller chercher de l’aide », a souligné Me Nicolas Welt, avocat de l’accusé.

« Personne n’est un superhéros. Si vous n’allez pas chercher l’aide nécessaire, vous pourriez en venir à penser attenter à votre propre vie ou à celle de quelqu’un d’autre. » Me Nicolas Welt, avocat de Michel Cadotte.

Ce n’est pas l’avis des procureurs de la Couronne, qui demandent huit ans d’incarcération.

« L’ensemble de la société doit savoir qu’on ne peut pas causer la mort d’autrui, même quand on est empreint d’une grande souffrance, même quand on est usé », a plaidé l’avocate de la poursuite, Geneviève Langlois.

Michel Cadotte a lui-même témoigné qu’il avait beaucoup de mal à vivre avec ce qu’il a fait.

« Je me sens tellement les mains sales depuis que c’est arrivé, je ne pourrai jamais oublier ça, a-t-il reconnu, émotif. Je suis désolé que Jocelyne soit partie. J’aimerais qu’on me pardonne, mais je ne sais pas si ce sera possible. »

FAMILLE DÉCHIRÉE

Des proches de Jocelyne Lizotte ont demandé une peine sévère.

« Michel va aller en prison parce qu’il a fait un acte illégal, et que peu importe comment on se sent, on ne peut pas se faire justice », a souligné le fils de Mme Lizotte, Danick Desautels, en expliquant au tribunal quel impact avait eu sur lui les circonstances de la mort de sa mère.

« Il dit qu’il a tué ma mère pour mettre fin à ses souffrances. Mais je pense qu’il a surtout mis fin aux siennes, à cause de sa conviction que ma mère souffrait. » Danick Desautels, fils de Jocelyne Lizotte.

La cour a entendu d’autres proches dire à quel point cette mort violente les avait ébranlés et qu’ils ne comprenaient pas le geste fait par son conjoint.

En plus, les enfants et petits-enfants de Mme Lizotte, qui considéraient M. Cadotte comme un père et un « papy », ont coupé tout contact avec lui depuis les événements.

« Nous avons perdu deux personnes en même temps », a souligné la belle-fille de la victime, Nancy Guénette, en larmes. « J’ai perdu ma belle-mère, qui était un peu comme une mère pour moi, et mon beau-père, de qui je me croyais proche. »

La famille est d’autant plus déchirée que la sœur de Jocelyne Lizotte, Johanne, a témoigné en faveur de Michel Cadotte.

Comme elle a été préposée aux bénéficiaires en CHSLD et qu’elle a été proche aidante pour deux membres de sa famille, elle a dit comprendre le geste fait par son beau-frère, dans un moment de désespoir.

Elle considère que la mort de sa sœur a été une « délivrance ». « La dernière fois que je l’ai vue, je me suis dit en sortant que j’espérais que le bon Dieu vienne la chercher », a-t-elle dit.

La juge Di Salvo a prévenu les proches que sa décision ne ferait sans doute pas l’unanimité, mais qu’elle prendrait en considération leurs témoignages en rendant sa sentence, prévue pour le 28 mai.

ILS ONT DIT

« M. Cadotte a déjà été emprisonné. Il vit dans sa propre prison depuis 10 ans et il y vivra encore. Il a perdu l’amour de sa vie parce qu’il a craqué, pour un bref moment. Et ça ne cessera jamais. » Me Elfriede Duclervil, avocate de Michel Cadotte.

« C’est un poids très lourd sur mes épaules, la mort de ma femme… Je l’aimais, je l’ai mariée pour le meilleur et pour le pire. J’ai eu le meilleur et j’ai eu le pire. » Michel Cadotte.

« Tu as toujours été impulsif et contrôlant. Tu as peut-être réussi à te faire passer pour un saint homme dans les médias et l’opinion publique, mais malgré tout ce que tu as pu faire de bon pour ma mère avant, tu resteras celui qui l’a empêchée d’avoir une mort douce, paisible et naturelle, donc son meurtrier. » Danick Desautels, fils de Jocelyne Lizotte, s’adressant à Michel Cadotte.

« Mon fils m’a demandé pourquoi Michel avait fait ça, si c’est parce qu’il n’aimait pas sa tante Jocelyne. Je lui ai dit que ce n’est pas parce qu’il ne l’aimait pas, c’est parce qu’il l’aimait trop. » France Cadotte, sœur de Michel Cadotte.

« Je ne pense pas pouvoir te pardonner, mais je comprends. Tu n’avais pas le droit de la priver de sa vie comme cela. […] Malgré toute cette tragique situation, tu seras toujours mon grand-père et je ne te souhaite aucun mal. J’imagine que c’est déjà assez dur comme cela. » La petite-fille de Jocelyne Lizotte, s’adressant à Michel Cadotte.

D’AUTRES RÉACTIONS

Un « tsunami » de cas d’Alzheimer

« Cette histoire est la démonstration ultime des conséquences collatérales de la maladie d’Alzheimer. C’est d’une tristesse inouïe », a déploré Sylvie Grenier, directrice générale de la Fédération québécoise des sociétés Alzheimer (FQSA), qui a témoigné, à la demande des avocats de Michel Cadotte, sur la détresse des proches. « On entend des histoires comme celle-là dans toutes les régions du Québec, mais heureusement pas toutes aussi dramatiques. » Il y a actuellement 145 000 personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer au Québec, a-t-elle mentionné ; il y en aura 260 000 en 2025. « Il va bientôt y avoir un tsunami. On subit la première vague présentement », a-t-elle prévenu, notant que le réseau de la santé n’était absolument pas prêt à y faire face.

« Idées d’euthanasie »

Les proches des personnes atteintes de démence se retrouvent souvent épuisés et dépressifs, au point qu’ils songent à tuer la personne qu’ils aiment, a expliqué au tribunal Mélanie Perroux, coordonnatrice générale du Regroupement des aidants naturels du Québec (RANQ). « Les idées d’euthanasie sont relativement fréquentes, mais elles causent de la détresse, de la culpabilité et de la honte chez les proches aidants, qui sont laissés à eux-mêmes », dit-elle. Comme il y a peu de soutien pour eux dans le système de santé, elle n’hésite pas à parler de « maltraitance institutionnelle ».

Personnel débordé

Même quand une personne est « placée » parce qu’elle est trop malade, un proche aidant ne cesse pas de s’en occuper : il continue souvent de fournir des soins parce que le personnel des établissements de santé est débordé. Mais on lui fait peu de place dans le système. « Ils doivent se plaindre quand ils réalisent qu’il y a un problème, mais deviennent gênants, au point qu’ils se font parfois interdire les visites, révèle Mélanie Perroux. En plus, ils se sentent coupables d’avoir placé la personne, de ne pas avoir été assez forts pour la garder à la maison plus longtemps. »

3 réflexions sur “Vous auriez fait quoi à sa place ?

  1. Bonjour, Si j’avais été à la place de ce Monsieur, je n’aurais pas commis le geste fatal car je pense que nous n’avons pas a décider, ni de notre propre mort ni de celle de nos proches et ce, qu’elle que soit la situation.Mais par ailleurs et comme je sais que ce geste n’a pas été commis pour tuer mais pour soulager, j’aurais, si j’avais été juge, donné une peine minime car cette personne est, depuis dans sa prison, celle de la culpabilité et le restera toute sa vie.

  2. Godin Michel

    Simple on ne tue pas…point final…compassion sous législation d accord..sinon on accompagne le mieux que l on peut.

  3. Rollande Vézina

    Je suis en accord avec la défense mais je crois urgent que la loi sur l’aide médicale à mourir soit modifiée afin d’y inclure les cas de démence ou de maladie dégénérative afin de permettre aux personnes atteintes de ces maladies de prendre une décision lorsqu’elles le peuvent encore. La seule alternative qu’elles ont présentement c’est d’aller mourir en Suisse.

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