Un pays raciste !

Un policier a abusé de son pouvoir en tuant « involontairement » un homme de race noire qu’il venait d’arrêter et de maîtriser. S’ensuivit des émeutes partout à travers du pays. Mêlé à des casseurs qui s’exécutent pour mettre le trouble et à un port d’arme à feu toléré, voire accepté dans différents États, il n’en fallait pas plus pour faire des victimes.

Le racisme aux États-Unis est toujours omniprésent. Dans certaines régions, c’est même palpable et ça dure depuis des temps immémoriaux. Dans son édition du Journal de Montréal de samedi dernier, Loïc Tassé, un spécialiste de l’actualité internationale, y allait d’une analyse intéressante, en cinq questions, des différences sociales entre les communautés noires et blanche aux États-Unis.

C’est ce texte que je veux partager avec vous aujourd’hui, afin de mieux comprendre les raisons profondes des malheureux événements qui se déroulent chez nos voisins du Sud.

UNE SOCIÉTÉ MALADE

Mélangez du racisme, des masses d’armes à feu en circulation libre, des écarts de richesse extrêmes, du fondamentalisme religieux, des systèmes d’éducation et de santé minables, sauf pour les riches, et vous obtiendrez les émeutes qui se propagent un peu partout aux États-Unis.

Le comportement meurtrier de la police de Minneapolis dans l’arrestation de George Floyd, mort pour avoir présenté à un marchand un faux billet de 20 $, a mis le feu aux poudres.

1- LE RACISME AUGMENTE-T-IL AUX ÉTATS-UNIS ?

Selon le Pew Research Center, 56 % des Américains estiment que les relations raciales se sont détériorées sous Trump. Le plus triste est que les minorités américaines ont intégré le racisme dans leur identité minoritaire. Ainsi, 15 % des personnes de peau blanche disent que pour elles, la race ou ethnicité est très ou extrêmement importante dans leur identité. Mais ces taux montent à 74 % chez ceux dont la peau est noire, à 59 % chez les Hispaniques et à 56 % chez les Asiatiques.

Cette identité raciste est nourrie par le rejet. Elle est aussi entretenue de toutes sortes de façons. Par exemple, il semble normal aux États-Unis de demander la couleur de la peau à quelqu’un qui remplit un formulaire. De même, des universités offrent des programmes « d’études noires », comme si la connaissance et la couleur de la peau étaient liées.

2- QUELS SONT LES ÉCARTS DE RICHESSE ?

Les écarts de richesse augmentent sans cesse. Selon les chiffres les plus récents, entre 1983 et 2016, la part de la richesse globale des 10 % des Américains les plus riches est passée de 60 % à 79 %, tandis que la part des classes moyennes chutait de 32 % à 17 % et que celle des plus pauvres tombait de 7 % à 4 %. Gageons que sous Donald Trump les écarts ont empiré. Ces écarts de distribution de richesse sont les pires de tous les pays industrialisés.

3- EN QUOI LE SYSTÈME D’ÉDUCATION LÈSE-T-IL LES MINORITÉS NOIRES ?

Les écoles aux États-Unis sont de qualité très variable. Deux critères principaux définissent leur qualité : la composition ethnique de leurs élèves et la richesse des parents, l’une étant souvent liée à l’autre. Plus de 90 % des Américains de 25 ans et plus ont terminé leur 12e année. Chez les Noirs américains, la proportion est de 25 %. Chez les Hispaniques américains, elle atteint 59 %.

4- COMMENT LE SYSTÈME DE SANTÉ AFFECTE-T-IL LES AFRO-AMÉRICAINS ?

Les soins de santé sont difficilement accessibles ou médiocres pour 50 % de la population. C’est probablement une des raisons qui expliquent que le taux de mortalité chez les Américains noirs atteint de la COVID-19 est trois fois plus élevé que dans le reste de la population.

5- QUE VEULENT LES ÉMEUTIERS ?

Il est facile de concevoir la colère de beaucoup d’Américains devant la vidéo insoutenable d’un policier qui tue un citoyen avec nonchalance. Pour un Afro-Américain, la vidéo est encore pire, puisque généralement ce dernier s’identifie à la couleur de sa peau et que la victime est noire.

La colère augmente quand cet Américain noir constate qu’il est de plus en plus pauvre, tandis qu’une minorité est de plus en plus riche. Quand il voit que la COVID-19 touche davantage les Afro-Américains, parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de cesser de travailler ou parce qu’ils n’ont pas vraiment accès au système de santé. Les émeutes ne sont pas que celles des minorités. Elles marquent le désespoir d’Américains qui se sentent trahis par leur pays.