Quand l’horreur émeut les plus durs

Hier, partout sur la planète on commémorait le sacrifice humain du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944. 75 ans se sont passés depuis et c’est toujours avec une émotion bien sentie qu’on peut voir nos vétérans encore vivants, replonger dans de douloureux souvenirs, comme si c’était arrivé hier, et les larmes coulent toujours sur leur visage. Revivre en silence.

Dans ce combat historique qui allait libérer l’Europe et devenir le prélude à la capitulation des nazis, 14 000 soldats canadiens, des adolescents pour la plupart, sont débarqués sur la plage Juno et 359 y ont trouvé la mort en quelques secondes. De la vraie chair à canons ! Foudroyés par les tirs ennemis.

Je suis né 7 ans après cette date historique mais j’en entendais parler année après année. Ayant servi deux années dans la réserve canadienne, je me suis toujours imaginé ce que ça devait être, au front, ce jour-là. Terrible !

L’article de Richard Martineau, dans l’édition d’hier du Journal de Montréal, m’a beaucoup ému et principalement la réaction de ce vétéran. C’est ce texte que je veux partager avec vous aujourd’hui. Est-ce que notre jeunesse actuelle serait prête au même sacrifice ? J’en doute !

LA DERNIÈRE GUERRE JUSTE Richard Martineau

Je suis allé deux fois faire le pèlerinage sur les plages du Débarquement, en Normandie.

Deux fois, à Courseulles-sur-Mer, j’ai couru sur la plage Juno vers les falaises, en tentant d’imaginer – en vain, bien sûr – ce que pouvaient ressentir les pauvres soldats qui se faisaient tirer dessus comme des lapins.

Deux fois, je suis allé sur le pont Pegasus, à Bénouville, lieu de la première opération militaire des alliés (des parachutistes britanniques se sont emparés du pont dans la nuit du 5 au 6 juin 1944).

Et deux fois, je me suis promené en silence parmi les tombes du cimetière des soldats canadiens à Bény-sur-Mer, en calculant l’âge des victimes : 18 ans, 19 ans, 20 ans…

JOHN WAYNE EST UNE MAUVIETTE

La deuxième fois, en août 2010, dans le cadre de l’émission Les Francs-Tireurs, j’ai eu l’immense privilège d’être accompagné d’un ancien combattant québécois qui a participé au Débarquement.

Cet homme, qui n’était jamais retourné en Normandie avant ce jour, aurait fait passer John Wayne pour une mauviette.

Un véritable mur de briques.

Le visage buriné comme un vieux sac en cuir, des yeux perçants, une gueule carrée qui ne laissait échapper aucun son.

On aurait dit une caricature. Tout juste si le bonhomme a prononcé deux mots pendant les huit heures qu’on a passées ensemble.

À la lumière de ce que sa fille me racontait, l’homme n’était visiblement pas commode.

Dur, sévère.

« The strong silent type », comme disent les Américains.

Mais lorsqu’il a foulé la plage où tant de camarades ont été abattus comme des bêtes 66 ans plus tôt, il s’est mis à sangloter silencieusement.

En tenant la main de sa petite fille.

UN VRAI COMBAT ANTIFASCISTE

Si vous n’avez jamais fait ce pèlerinage (et si vous en avez les moyens, bien sûr), ne remettez pas ça aux calendes grecques.

Allez-y cet été, ou l’été prochain.

Avec vos enfants.

Ce n’est pas une leçon d’histoire.

C’est une leçon d’humanité.

Depuis, chaque fois que j’entends quelqu’un parler de « masculinité toxique », j’ai le goût de vomir.

De jeunes hommes qui n’avaient jamais voyagé sont allés à l’autre bout du monde défendre des gens qu’ils n’avaient jamais rencontrés.

Qui ferait ça, aujourd’hui ?

Les pseudo « antifas » qui se cachent derrière leurs ordis pour lancer des injures, un sac de Doritos entre les cuisses ?

Les chroniqueurs comme moi ?

La solidarité, autre mot du jargon humanitaire dont se gargarisent les militants altermondialistes, c’est aussi ça.

Prendre les armes et faire couler le sang au nom d’un idéal.

Défendre les valeurs démocratiques bec et ongles.

Et non se contenter de publier un slogan creux sur sa page Facebook.

UNE BOUSSOLE DÉRÉGLÉE

Pas étonnant qu’on ne cesse de tourner des films sur la Deuxième Guerre.

C’était la dernière guerre « juste ». Avec des enjeux clairs.

Depuis, tout est flou, équivoque, ambigu.

La guerre du Vietnam était un bourbier moral. Celle de l’Irak, un mensonge.

On renverse des dictateurs, comme on l’a fait en Lybie en octobre 2011, et on se retrouve avec une situation encore plus explosive.

Aujourd’hui, on ne fait pas que saluer la mémoire des héros de la Deuxième Guerre.

On pleure le dérèglement de notre boussole morale.

Une réflexion sur “Quand l’horreur émeut les plus durs

  1. André

    Je suis allé en Normandie et au cimetière Canadien
    C’est très émouvant d’être sur place et de voir la place

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