Le Québec : une vraie société distincte

Vous aimez les parodies, les histoires vraies, les invraisemblances, les bouffonneries, bref, tout ce qui sort de l’ordinaire ? Alors le Québec c’est l’endroit tout désigné.

On ne s’ennuie pas au Québec, surtout quand on fait le survol de tout ce qui se passe dans les milieux hautement gérés. Dans le cercle de ceux qui nous dirigent ou sont en position d’autorité.

Eh bien, le texte qui suit devrait vous faire sourire. En tout cas, dans mon cas, ce fut le début de ma journée, tout sourire. Écrit par Richard Martineau dans les pages du Journal de Montréal d’hier, il raconte l’arrivée d’un immigrant dans cette tour de Babel qu’est le Québec.

Une drôle de société distincte dont il vaut mieux en rire que se fâcher et d’en pleurer. Ce n’est pas très bon pour le système digestif parait-il… En contrepartie, on peut abondamment le critiquer sans être enfermé et condamné à mort comme dans d’autres pays totalitaires.

LE SANTA BANANA DU NORD Richard Martineau

« Bonjour, monsieur. Je suis immigrant, je viens tout juste d’arriver au Québec et j’aurais besoin de quelques informations…

– Vous venez de quel Pays ?

– Santa Banana ! J’en avais assez de la corruption qui régnait là-bas, alors j’ai décidé de plier bagage et de venir m’installer dans une État de droit !

– Ouf, vous tombez mal…

– Pourquoi ?

– Parce qu’il y a beaucoup de corruption ici aussi. Tellement qu’on a dû mettre sur pied une commission d’enquête sur la question. On a découvert que dans le milieu de la construction, la corruption est quasi endémique…

– (Déçu) Ah oui ?

– Hé oui ! Mais ne vous en faites pas, on a créé une escouade spéciale pour lutter contre la corruption et arrêter les fraudeurs !

– (De nouveau enthousiasme) Donc, le droit l’emporte !

– Oui, sauf que… Cette escouade n’a plus de chef.

– Plus de chef ?

– Non. Et puis ça magouille tellement dans cette escouade spéciale qu’on a demandé au Bureau d’enquête indépendant d’enquêter sur les enquêteurs qui enquêtent sur la corruption !

– Mais… vous avez une police provinciale, quand même ?

– Oui, mais le chef de cette police a été écarté, car il aurait posé des gestes de nature criminelle…

– (Stupéfait) Le chef de police a été écarté ?

– Oui. Mais on l’a remplacé.

– Ah, OK.

– Mais son remplaçant vient de démissionner.

– (Éberlué) Donc, cette agence de police n’a pas de chef non plus ?

– C’est en plein ça !

– Bon… Oublions le système de justice et parlons du système de santé, alors. Vous avez de bons médecins ?

– Certainement ! Ils font partie des médecins les mieux payés au monde !

– Wow ! Vous êtes riches, donc ?

– Non, on est pauvres ! On est tellement sur la paille que le gouvernement fédéral nous a donné 13 milliards de dollars cette année pour nous sortir du trou !

– Et qu’est-ce que vous faites avec cette aide ?

– Plein de choses ! Par exemple, on paie 800 000 $ pour des locaux de maternelle qui en valent 300 000 $…

– Euh…

– Oui, monsieur ! Ce n’est pas parce qu’on tire le diable par la queue qu’on ne peut pas être généreux ! Tenez, il y a quelques années, on a mis en place un système de gestion informatique pour les ministères du gouvernement. Il devait coûter 83 millions. Eh bien, on l’a payé un milliard !

– Un milliard de dollars d’argent public ?

– Yes ! On croit à ça, la social-démocratie, nous autres !

– Et l’environnement ? J’espère que vous protégez l’environnement, quand même ?

– Bien sûr ! La preuve : nos écolos sont contre la construction de pipelines!

– Ah, bravo !

– Oui. Vois-tu, mon ami, nous, au Québec, on préfère transporter le pétrole par train ! À travers les villages ! C’est plus sécuritaire ! Et autre preuve qu’on a la nature à cœur : on protège les chiens dangereux !

– Euh… Vous pouvez me conduire à l’aéroport ?

– Quoi, tu as oublié une valise ?

– Non, je veux retourner chez nous ! »